Chapitre premier. — De la chaleur
La surface de la Belgique était anciennement plus grande que de nos jours ; elle était limitée à l’occident par l'Océan ; au nord et à l’orient, elle s’étendait jusqu'au Rhin. Ses limites sur le bord de ce fleuve se sont successivement resserrées par les envahissements de la Hollande d’une part ; et, de l’autre, par l’extension de 1a Germanie. Mais les pertes de territoire les plus grandes ont été faites du côté du sud, et surtout pendant les invasions successives de Louis XIV, qui nous enleva plusieurs portions importantes de nos provinces. La France avait à cœur d’éloigner de sa capitale nos frontières qui lui en paraissaient trop rapprochées.
La Belgique telle qu’elle est maintenant renferme un peuple numériquement faible et resserré entre le sud, l’est et l’ouest, par trois grandes puissances dont elle touche les États; mais elle mérite aujourd’hui encore par ses souvenirs historiques, et l’on peut dire par ses sentiments de dignité, d'occuper avec honneur une des positions les plus difliciles et les plus importantes de l’Europe. Les champs de bataille nombreux que ce pays offre dans son enceinte et qui ont été teints tant de fois du sang de ses pères, lui apprendraient au besoin le chemin qu’il aurait à suivre pour répondre à la confiance des peuples qui lui ont donné la neutralité de ce sol à défendre.
Toute la partie de la Belgique qui borde la mer et celle qui avoisine les Pays-Bas sont formées d'un terrain uni, qui s'élève un peu en s'avançant vers la France; mais du côté de l’est, surtout dans les provinces de Liège, de Namur et de Luxembourg, la surface du sol est extrêmement inégale et couverte de rochers. La Belgique, dans sa faible étendue, offre donc les aspects les plus différents. Dans les Flandres et la province d'Anvers, le climat est maritime et diffère totalement du climat terrestre qu'accusent les provinces de Liège et de Luxembourg.
Les circonstances malheureuses que le pays eut à traverser, pendant près de ileux siècles, l'avaient mis dans limpossibilité de s’associer aux recherches actives que faisaient scs voisins pour connaître plus intimement les trésors que produisait son territoire et les avantages qu’il pouvait en retirer. 11 est une science surtout qui, en peu de temps, avait fait des progrès immenses ; la météorologie et l’explication rationnelle des phénomènes qui avaient tant occupé nos aïeux étaient devenues l’objet de l’attention de tous les peuples civilisés, mais la Belgique n’avait pu s’y associer : la vie intellectuelle semblait s’étre éloignée de nos frontières.
Les plus anciennes observations sur la physique du globe, faites à Bruxelles, ne remontent pas au delà de 1 763 : elles sont dues à l abbé Chevalier et se trouvent insérées dans le premier volume des Mémoires de l'Académie de Bnixetles; elles se faisaient dans le quartier haut de la ville, place du Grand Sablon, et elles comprennent une période de onze années, depuis 1763 jusqu’en 1773 inclusivement. Ces ob.servations ne donnent, du reste, pour chaque année, que l’indication des deux points maximum et minimum, limites des variations du baromètre et du thermomètre : le maximum s’est généralement placé, pour le thermomètre.