CHAPITRE VU. DES PHÉNOMÈNES OPTIQUES
Nous ne voulons sans doute pas inférer de là que D’Aiguillon pourrait être reconnu comme un des inventeurs de la célèbre loi de la réfraction, mais on peut en conclure au moins que, vers cette époque, la Belgique, malgré les rudes coups quelle avait reçus sous la domination espagnole, marchait encore parmi les nations les plus avancées. L'ouvrage même de notre compatriote servit de texte aux leçons d’optique qui se donnaient alors par toute l’Europe, jusqu’à ce qu'il fût détrôné par le beau traité de Newton sur la même matière.
Malgré le silence scientifique qui frappa nos aïeux et l’extinction morale qui les atteignit pendant près de deux siècles, la Belgique ne détourna point ses regards des phénomènes lumineux. Différents ouvrages parurent encore successivement sur cette partie; et le public sut rendre justice à un homme qui, par sa hardiesse et sa grande connaissance de la navigation aérienne, éveilla puissamment l’imagination publique chez ses contemporains, et qui eut le courage de répéter ses expériences en Amériijue et jusiju’au fond de l Asie, où il obtint du comte Golowin la permission de raccompagner; il fit même devant l’empereur de la Chine une de ses àscensions aérostatiques*. On a peut-être trop oublié ses ouvrages et l’on a perdu de vue les observations scientifiques qu’il eut le courage de faire dans les régions supérieures de l’atmosphère , pour ne s occuper que des incidents pittoresques qui se rattachaient à scs navigations aériennes : on n'a pas consulté les besoins de la science au moment où il les a entreprises. De nos jours, on a mieux senti toute leur utilité : plusieurs ascensions scientifiques ont été faites et l’on doit une juste
1 Ktienne-Ga^pard Bo)>rrtHon, né à Liège le 15 juin i763, mort à Batignollen, pn’-sde l’aris, en juillet 1857. Voyet V UUtoire det tciences matkéma^ tiques ef {>oges 315 Ct suiv.
MÉTKOnOLÜGlE. LIVRE III.
reconnaissance à leurs auteurs. Des associations se sont forinéos en France et en Angleterre, pour chercher à leur donner plus de développement, et tout récemment on a eu lieu d'applaudir aux succès de M.M. Glaisher, Barrai, Flammarion, etc.
l'n des physiciens belges modernes qui s’est occupé avec distinction, parmi nous, des phénomènes optiquesen relation avec la météorologie, a contribué de son côté à reculer les limites de la science, dans une partie dont on s’était peu occupé avant lui; nous avons déjà parlé des premiers travaux que publia M. Plateau pendant son séjour à Bruxelles et pendant scs fonctions de professeur à l'Université de Garni. On a pu voir combien ses recherches, et particulièrement les premières, touchent de près à la météorologie (page 2G9).
Cette .science en effet est immense ; elle touche à la fois à toutes les branches des sciences physiques et naturelles : chacune des spécialités dont elle se compose forme en quelque sorte une branche à jiart. File ne présente pas moins de diversité dans la manière dont on exécute les travaux qu’elle impose, que dans les résultats qu’on en peut obtenir. Pendant longtemps I étude de la météorologie ne marcha, comme celle des autres sciences, qu’en s’appuyant sur les travaux d’hommes plus ou moins habiles, plus ou moins ingénieux, et qui lui prêtaient du reste toutes les lumières qu'on pouvait attendre du génie de l'homme. Mais il est des })arties spéciales de la météorologie qui ne s’obtiennent avec succès que par le concours d'un grand nombre d’observateurs travaillant séparément, dans les mômes vues, avec les mômes méthodes, avec les mômes instruments, aux mômes jours et aux mômes heures, avec les mômes moyens d’appréciation et uniquement occupés du môme soin de saisir le vaste ensemble des faits, comme s ils
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avflicnt él6 recueillis par un seul et mi'mo observateur. Cette manière d’observer appartient entièrement aux modernes; et sans avoir réduit en principe sa manière d'opérer, cependant l'intelligence de l’observateur, à défaut do règles bien tracées, parvient à réunir les données nécessaires. Des règles pour l’observation ximultancc n’ont point encore été tracées, mais le bon .sens et la science les indiquent assez pour qu’on ait cru pouvoir s’en passer : combien d'observations cependant, faites de cette manière, sont restées sans résultats et mémo entre les mains des observateurs les plus habiles. Je ne citerai qu’un exemple, c’est celui du célèbre Linné qui, désireux de connaître l’époque de la feuillaison, de la floraison, de la fructification des plantes dut, après quatre à cinq ans de travaux avec scs amis, renoncer 5 un travail, dont il croyait n’avoir plus rien à espérer. On peut craindre toutefois ({lie les principes de l’obsérvation n’étaient [las encore suffisamment tracés et que le même phénomène n’était point saisi au même instant de son développement : il eût été difficile en effet de fixer cet instant, en rapprocfiant les différentes phases de son développement. Cette science, extrêmement difficile, exige la plus grande exactitude et la plus scrupuleuse attention.
f.es difficultés que nous venons de signaler ont déjà frappé l’esprit de bien des savants, plus spécialement occupés des phénomènes de la nature qui demandent le concours d’un grand nombre d'observateurs.
La météorologie, sous ce rapport, occupe peut-être le premier rang. Lors des commencements de l’observation simultanée, les physiciens de Florence firent un appel aux physiciens des autres pays, pour l’observation des grands phénomènes météorologiques ; mais la science, les instruments et les observateurs étaient trop nouveaux encore pour qu’on pût en attendre des résultats utiles. La Société de
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Manheim fit un pareil appel , vers la fin du siècle dernier : des instruments comparés furent envoyés aux observateurs, des instructions furent données ; mais, malgré les soins de plusieurs savants distingués, il fut difficile d'obtenir des résultats utiles, peut-être à cause de l étendue territoriale trop faible des stations et de l'état trop restreint de la science.
Malgré ces illustres exemples, la faible Belgiipie fit un nouvel appel aux observateurs des différents pays, et parvint , en 1840, à réunir plus de quatre-vingts stations en Europe et en Asie, grâce aux soins obligeants de jilusieurs physiciens distingués des différents États. Les résultats de cette association furent publiés après plusieurs années d'observations ; il fut possible de reconnaître que les ondes atmosphériques qui se formaient dans l'atmosphère marchaient assez périodiquement dans le même sens, avec des vitesses qu’il fut possible d’assigner Nous aurons occasion d’en parler bientôt et de rappeler les puissants développements que ce genre de recherches a pris par l’invention des télégraphes électriques et le progrès des sciences.
J’ai déjà eu l’occasion de parler précédemment de l’association qui s’établit en Belgique, pendant l’année 1826, pour observer simultanément à Bruxelles, à Louvain, à Liège et à Gand, le phénomène des étoiles filantes ; quatre groupes d’observateurs se formèrent à cet effet ; ils étaient composés par les professeurs de sciences, aidés de leurs meilleurs élèves. Ce système d’observateurs se mit en relations avec celui formé en Allemagne par Brandès etBenzenbcrg, qui observaient déjà avec succès depuis le commence-
^ Sur h climat de la Belgique^ tome II, 4* partie, De la preuion attnosphéri^ue, iii>4** avec planches, 1857. .hmales de V Observatoire de Brusellet^ tora? Vlll, 18j1. Dans rin/ro</«c//ow à cct ouvrage, j'ai essayé irimliqucr ce quia été faitdans ce sens, en faveur de la marine d'après les idées de Maury, pour robservatioii des plantes et des animaux, pour les étoiles filantes, pour la statistique générale des divers Etats, pour le magnétisme du globe, etc.