‹ Météorologie de la belgique comparée à celle du globeChapitre 176 sur 211 · Chapitre I. — De la chaleur du globe en général · texte numérisé non relu

Chapitre I. — De la chaleur du globe en général

Letudo des grands phénomènes de la nature ne peut s’obtenir qu’au moyen d’observations recueillies simultanément par des hommes éclairés, placés sur les diiïérents points duglobe et observant daccord, d’après des principes scientifiques, exactement comparables entre eux. Un physicien habile, dont la vaste intelligence embrasse de pareils travaux, saura les subordonner ensuite d’après leur importance et concevoir les relations qui existent entre eux; il connaîtra les actions réciproques qu’ils peuvent exercer individuellement ; mais pour mettre en présence les grands faits de la nature, pour être en mesure de les comparer sans s’exposera des chances d’erreurs , il faut que ces faits observés soient exactement comparables. Or, c’est ce qui est loin d’avoir lieu : il existe encore aujourd’hui dans les observations une disparité si grande; on trouve tant de dissemblance dans la manière de les apprécier, dans les instruments employés à en exprimer la mesure, dans le classement qui se fait en les recueillant, que les comparaisons exactes deviennent à peu près impossibles. L’homme le mieux organisé se sent abîmé de fatigue lorscjue par désir de comparer quelques pays, il doit faire, à force de labeur, un nombre de réductions immense pour arriver à pouvoir les rapprocher d’une manière sûre.

Les esprits les plus actifs ont senti le besoin d’avoir pour ainsi dire une méthode scientifique nouvelle, un art

MÉTÉOROLOGIB . LIVRE IV.

tout spécial, pour réunir et coordonner les documents ipii doivent être mis en présence et comparés d’une manière sûre, malgré la diversité des méthodes, des mesures, et des appréciations de toute espèce. Cette méthode, toute nouvelle encore, a déjà fixé l'attention des observateurs les plus habiles et quelques règles ont été fixées. Un dos exemples modernes les plus frappants a été donné par la conférence des officiers de marine de diverses nations qui, sur l'appel des États-Unis, se sont réunis à Bruxelles en 1853

On sait combien cette pensée féconde a été accueillie avec faveur chez les différents peuples et les avantages quelle a produits. On n’avait pas saisi, sans doute, au premier abord tout ce qu’on pouvait se promettre, mais on peut mieux juger aujourd’hui, par les résultats utiles, les avantages qui ont été recueillis. Un mode uniforme a été adopté pour l’emploi des instruments de mesure dans les faits physiques; les mêmes échelles ont été adoptées pour les instruments, les mêmes nuances ont été indiquées dans l’indication des phénomènes, des mesures uniformes ont été adoptées sur les différents points du globe : et les marins les premiers ont su montrer, d’une manière utile, les avantages de s’exprimer dans le même langage scientifique quelle que fût la position du pays. Ce langage fraternel a été compris par tous les peuples de la terre; et ce qui le prouve le mieux, c’est l’accueil bienveillant qui a été fait à ces idées.

Cette même uniformité dans l’assemblage et l’exposé des travaux statistiques des différentes nations, dans les mesures

1 II a été parlé déjà de cette association qui comptait plusieurs excellents observateurs de cette tqioquc et spécialement le capitaine Maury qui en était le promoteur, ainsi que l'amiral Beechey dont le nom se trouve rattaché à la détermination de plusieurs lieux importants de l’Amérique septentrionale. Les autres membres étaient MM. 11. James, P. Rotbe, Delà Marche, U. Jaiiscn, Nils Ihlen, de Mattos Corréa, Alexis Gorkovenko, Cari Anton Peltcrson, V. Laliure et Ad. t^uetclet, représentants des difTérents pays qui assistaient au congrès.

CIIAI’ITRE I. DE L.t CHALEl'It Dl' GLOBE.

et dans les monnaies des différents peuples, a été adoptée également par les représentants de ces nations, lors des congrès statistiques qui ont été tenus successivement à Bruxelles, à Paris, à Vienne, à Londres, à Berlin Dans ce dernier congrès même la conviction fut telle que cinij cents membres présents, moins une voix, votèrent, on peut dire à l’unanimité, le besoin de l’uniformité et de l'identité des poids, des mesures et des monnaies chez toutes les nations civilisées

L’adoption d'améliorations aussi utiles double et triple 1 existence de l’homme d’étude ; elle lui donne les moyens d'apercevoir d’emblée des résultats qu’on n’aurait pu aborder autrement qu’après les plus grandes fatigues et avec des risques continuels de se tromper.

Dans les sciences on doit comparer trop souvent des documents scientifiques, pour ne pas sentir la nécessité d’établir

I C’esl l’illustre prince Albert qui fut président du eon(jrès de Londi*es; lurd Bruugliaiii en dirigea les séances. Il fut convenu, lurs de cetti^ réunion importante, qu'on ferait un premier essai d'une statistique générale de toutes les nations; les représentants des différents peuples voulurent bien consentir à un essai pareil et ils noiniiiêrent, pour recueillir les différents rens^dgncnients, celui qu’ils considéraient coinnie leur confrère le plus ancien. H s’agissait d’adopter, du moins autant que |H>ssible, la même unité de poids et mesures, de monnaie, de langage, etc., de manière que les documents fussent immédiatement comparables. Ce premier essai jwuvaii montrer mieux que tous les raisonnements possibles combien un travail pareil était en(*orc difficile à faire dans l'état de la statistique actuelle : il {>oiivail donner en meme temps des indices sur la inarcbc à suivre pour mieux réussir.

^ I.«e rapport fut fait par M. Dove, qui était mieux que personne à même de juger de son importance. A cette même séance de Berlin assistaient trois des cumniissaires qni avaient dans le temps été chargés par leur gouvernement de prendre a Paris des étalons comparés du mètre prototype, c’étaient MM. Dove pour la Prusse, Kupffcr pmr la llussie et l^luetclet pour la Belgique. M. Dove, n qui la science doit tant d’ouvrages utiles, a pu mieux que tout autre apprécier les avantages qui résulteraient de l’adoption d’une même mesure pour les divers pays et des diffirultés qui se présentent au calculateur dans l’état actuel des choses.

i3i MÉTioROI.OCIE. LIVRE IV.

quelque solidité dans ses jugements; c’est ce besoin qui nous a porté h joindre ce quatrième livre aux trois autres qui concernent directement nos provinces. Pour avoir des idées un peu justes sur les documents qui appartiennent à un pays aussi peu étendu que la Belgique, il est presque indispensable de bien savoir si les éléments qui le concernent, dans le peu départies où il est possible de les apprécier, varient d’une manière plus ou moins grande. Nous commencerons ici, poursuivre l’ordre précédemment établi, par examiner l'induence des localités sur les températures.

Nous n’occupons, à la surface de notre globe, qu’un espace bien restreint entre la France, l’Angleterre, l’Allemagne et les Pays-Bas. Nous savons qu’en avançant vers l’équateur, nous éprouvons une température croissante, tandis qu’en nous dirigeant au contraire vers le pôle, le froid devient de plus en plus intense. Les courbes d’égale température varient cependant d’un jour à l'autre ; mais il est une courbe qu’on peut concevoir pour chaipie lieu de la terre et qui re|)résenlc la temjiéralure moyenne qu’on y éprouve pendant le cours d’une année; ces courbes d’égale température ne sont pas uniformément répandues autour du pôle, mais elles subissent différentes indexions. On peut voir, dans la figure qui suit, la manière dont les courbes d’uniforme température se rangent autour du pôle nord. 11 existe, d’après l’expérience , deux points de plus grand froid , rangés à droite et à gauche du pôle nord de la terre. Ces points ou pôles froids sont entourés, chacun, de deux systèmes de courbes fermées qui ont une égale température ; un troisième système de courbe, qui se trouve tracé sur la carte et pour laquelle tous les points qui la forment ont aussi une température moyenne la même, a une marche continue et renferme dans son enceinte les deux pôles. Il en est de même pour les autres courbes d’égale température

CUAPITRE 1. DE LA CIIALEIR DL' ULORE.

qui arrivent successivement plus loin, et marquent conséquemment des points moins froids. Celle qui passe à peu près par Bruxelles est la quatrième de ces courbes continues qui s'élargissent en avançant vers l'équateur

J GîUp fîjyurc est tirée en partie <lu cours tîe Métcoro^ogie deKn.*mli, qui a été publié en France par M. le professeur Martins à qui Ton doit un ^rand nombre de travaux remarquables sur Thistoire naturelle et la physique du ^lobe. Nous donnons, dans ce qui suit, quelques remarques sur les lignes isockimènes et ûoMére*, en même temps que les températures extraites du tableau qui se trouve p. 175 et suiv.de sa traduction du traité deKænitx.

Ce système de courbes est traversé par un autre système de courbes ou de circonférences marquant les latitudes de 80°, de 60°, de 40°, etc. On peut voir que les courbes d'égales température se relèvent un peu en se rapprochant de notre ligne méridienne, et qu elles nous assignent une température annuelle un peu plus forte, en raison de notre latitude, qu’aux autres points de la terre

Licne-s isochimènks et isoTiiÈnEs. — « Si l’on réunit sur une mappemonde tous les lieux dont la moyenne hibernale est la même, il en résulte des courbes appelées woc/i»nc«es. Celles qui passent par les points où les moyennes estivales sont égales, se nomment isotitcres. Le nombre des observations n’est pas encore assez grand pour pouvoir tracer ces courbes avec une parfaite exactitude ; mais elles sont suflisantes pour faire voir que ces lignes sont loin de coïncider avec les parallèles qui joignent les points situés à la même distance de l’équateur, car les isochimènes s’abaissent vers le Sud à mesure qu’on s'éloigne de la côte occidentale de l’Europe en marchant vers l’orient, parce que les pays situés vers l’Est ont des hivers beaucoup plus rigoureux que ceux qui sont à l’Ouest. Les isolhères, au contr.ire, s élèvent vers le pôle quand on marche d occident en orient, et c’est seulement dans l intérieur du continent qu à égale latitude, les moyennes estivales sont les mêmes. Dans l’Amérique du N’ord, on observe quehjue chose de semblable; car à distance égale de l’équateur, les lieux situés à l’Ouest des Alleghanis ont des hivers plus froids et des étés plus chauds que ceux qui sont situés au bord do la mer.

« On comprendra facilement que ces conditions climatériques aient la plus grande influence sur la distribution géographique des êtres organisés. Beaucoup d’animaux, surtout les quadrupèdes, qui ne peuvent pas faire d aussi grandes migrations que les oiseaux, évitent les climats

Page 1