Chapitre I. — Des hymnes
Quand, au lieu de correspondre, l'accent tonique précède immédiatement l'ictus métrique, comme dans le chant encore, il n'en a que plus d'élan. Dans ce cas, on enlève vivement l'accent tonique, — c'est la vraie manière de le faire — et on laisse la voix retomber doucement sur l'ictus métrique sur lequel elle semble se poser. Quoi de plus gracieux et — puisqu'il s'agit de poésie — quoi de plus poétique que cette règle appliquée à l'exemple suivant!
Rector, pot-ens, ve-rax De- us,
Y a-t-il vraiment conflit entre l'accent tonique et l'ictus ou touchement métrique? Le premier est-il gêné, entravé par le voisinage du second? Leur gracieux croisement n'est-il pas plutôt le symbole de leur concert non moins que de leur indépendance?
Nature de rictus métrique.
393. — De cette' indépendance, il suit que l'ictus métrique, comme l'ictus rythmique, n'a pas d'intensité par lui-même; il n'a que celle que lui communique la syllabe avec laquelle il coïncide. C'est donc une vraie méprise que de l'assimiler à l'accent et de lui en donner le nom et la valeur.
Place des ictus métriques.
394. — Le rythme, ainsi que nous l'avons vu en l'étudiant, marche à pas binaires ou ternaires. Dans les antiennes il est libre. Dans la poésie antique, il est mesuré. Dans la poésie tonique, les ictus rythmiques s'installent sur les syllabes qui tiennent lieu des longues et reviennent à des places fixes. C'est tout ce en quoi consiste leur « métricité ». Dans le premier vers du Creator aime siderum, par exemple, nous avons quatre ictus rythmiques sur les syllabes paires. Ils sont métriques tous les quatre, en ce sens qu'ils sont à la place des longues antiques ; mais aucun d'eux n'est spécialement « métrique » ; le second ne l'est pas moins que le premier et le quatrième que le troisième. La métrique intervient simplement pour^^f^r leur place à tous ; cela fait, elle disparaît.
B) Exécution des hymnes.
395. — Les hymnes se récitent ou se chantent, et leur chant est simple ou orné.
Mélodies simples.
396. — Dans la récitation et le chant simple des hymnes, les syllabes ont une durée à peu près égale et les ictus métriques jouent un rôle prépondérant. Le rythme s'appuie sur eux ; ils sont les colonnes qui soutiennent l'édifice poétique; on doit donc les
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mettre en relief sans exagération et conformément.au caractère de la syllabe qu'ils affectent.
397. — Entre la récitation et le chant simple des hymnes il y a toutefois une différence. Soutiens à la fois du rythme poétique et du rythme musical, les ictus métriques passent, dans le chant simple, par des nuances plus variées que dans la récitation. Ils sont souvent le point de départ et le point d'arrivée des crescendos et des decrescendos mélodiques. Quant aux nuances, elles dépendent de la place des ictus métriques dans la ligne sonore. Pour nous faire mieux comprendre, donnons maintenant, avec les indications dynamiques, la mélodie' de l'hymne de l'Avent.
Cre- á-tor álme sí-de-rum, Aetérna lux credénti- um,
fl ■
Jé-su, Redémptor ómni- um Inténde vó-cis súppli-cum.
398. — D'abord, nous avons mis un accent sur le premier quart de barre, pour indiquer que l'accent musical de la première phrase va de l'accent tonique de sideru^n à celui de aetér7ia. Par leur place dans la ligne mélodique, ces deux accents sont les deux ictus métriques principaux de cette phrase. Il va de soi qu'après l'accent de sideruin, la voix doit légèrement fléchir pour se poser plus doucement sur la dernière syllabe. On évitera avec soin de respirer après cette syllabe; ce serait briser l'unité de l'accent musical.
Les autres ictus métriques auront l'intensité que la ligne dynamique leur donne au passage. On remarquera qu'au dernier vers, c'est l'ictus métrique central qui est le plus fort, parce qu'il porte l'accent musical.
Se bien garder, sous prétexte de faire les ictus métriques, de les détacher isolément par un appui marqué de la voix ; les lignes mélodique et dynamique en seraient brisées, hachées, et toute la beauté de la mélodie disparaîtrait.
Enfin, les nuances générales elles-mêmes que nous avons indiquées doivent être faites avec la plus grande délicatesse et sobriété. 11 ne faut rien de matériel dans de tels chefs-d'œuvre.