NE
peut se présenter un cas sur dix contre lequel ma Méthode curative est tout-à-fait impuissante, et sur le même nombre trois autres cas contre lesquels elle n’a qu'un effet salutaire borné, il reste toujours établi, par l'expérience souvent renouvelée, que les malades les plus gravement atteints, ont neuf chances contre une, que leurétat sera notablement amélioré, et six chances contre quatre qu'ils obtiendront une guérison complète. Certainement on a droit de me dire que ma Méthode curative n’est pas infaillible ; aussi ne l'ai-je pas présentée comme telle, mais comme d’une eficacité bien au dessus de tous les moyens thérapeutiques connus, et donnant des résultats inouïs, comparés à ceux déterminés par les traitemens ordinaires. En existe-t-il une autre dont l’action bienfaisante puisse être mise en parallèle ? Eh bien! n’est-ce pas une heureuse thérapeutique que celle qui donne constamment de pareils résultats ?
Qui ne sait avec quelle facilité on dénature la sensibilité des tissus vivans de manière à en changer l’impressionnabilité et à les rendre, pour ainsi dire, invulnérables par l’actioh de certains agens ordinairement destructeurs. L'opium n'empoisonne ni ne porte au sommeil les Orientaux qui le prennent avec délices, comme les Européens le café et le thé: voilà un exemple entre mille pour les sensations internes. Mais ces jongleurs, qui se sont habitués à Supporter la température d’un four fortement chauffé, et à tremper leurs membres dans de l’huile bouillante ou du plomb fondu, ne sont-ils pas parvenus à modifier profondément Ja sensibilité de la peau, puisque, en examinant ce tissu, on n’y remarque aucune particularité d'organisation ?
Les enfans du riche et ceux du pauvre sont identiquement organisés en venant au monde. Au bout de huit jours ils ne sont plus impressionnables de la même manière.
L'enfant du pauvre, que l’on n’a pas pris soin de garantir contre les variations de la température, a bien vite acquis une remarquable force de résistance à leur influence ; l’en-
fant du riche, au contraire, que j’on a immédiatement soustrait aux vicissitudes atmosphériques, ne peut déjà plus y être exposé, même accidentellement, sans danger. Cependant les deux enfans sont restés identiquement organisés, mais sont devenus différemment impressionnables par l’action d’un même agent physique dans des conditions opposées, l'air, privé ou chargé de calorique. Enfin s’il existe des maladies qui se manifestent par la perversion des sens et des goûts dépravés, n'est-ce pas la preuve quela sensibilité organique peut être modifiée profondément par des causes physiques? Cette vérité reconnue, il suffit donc, pour combattre avec avantage les affections résultant d’un trouble nerveux, de trouver des agens modificateurs de la sensibilité en rapport avec l'effet qu’il est nécessaire de produire ; et dans ce cas est-on autorisé à dire que les névroses et les affections locales analogues sont au dessus des ressources de l’art, c’est à dire de l’observation et de l’expérimentation? Cette contradiction m'a frappé et m’a encouragé dans la recherche, sinon des causes qu'il importe fort péu de reconnaître, mais des effets d’une médication curative, rationnellement dirigée contre ces maladies; l'expérience a fait le reste.
A l’appui des préceptes qui viennent d’être énoncés, je vais immédiatement rapporter quelques observations de cas graves dans lesquels la Méthode curative a été suivie des plus heureux succès, dus surtout à la persévérance et à la régularité qui ont été mises dans son emploi. Ces résultats, d’une haute importance, n'auraient pu être acquis si lon avait compté sur des effets aussi prompts que ceux que l’on peut obtenir dans des affections pour ainsi dire superficielles, et qui ne nécessitent pas une profonde modification de la sensibilité particulière aux tissus organiques.