IMPUISSANCE MUSCULAIRE SIMULANT LA PARALYSIE
N. B. La rédaction de cette observation ‘appartient toute
entière au malade qui en est le sujet; elle résulte d'extraits tirés textuellement de sa correspondance.
« Nancy, le 46 juin 1836.
» Monsieur,
» Je viens de faire venir de Paris votre brochure pour y voir la manière de traiter les rhumatismes, ayant une jambe réduite depuis plusieurs années presque à un état de paralysie. J'ai montré votre Méthode curative externe à mon médecin, qui m'a fort conseillé d'en faire l'essai; mais comme mon rhumatisme, si même c'en est un, est d’un genre fort singulier, je désire vous consulter sur mon état, el Savoir si vous croyez que votre remède puisse me convenir. 5
» Je suis petit, maigre, d’une constitution faible, âgé de cinquante ans; mes parens ont presque tous été atteints de maladies nerveuses très fortes, surtout du côté de ma mère, qui était Anglaise; moi-même j'ai les nerfs fort ivritables, et leur grande susceptibilité s'oppose perpétuellement aux remèdes que mon état de santé exigerait : par exemple, je ne puis souffrir la grande chaleur, surtout celle du feu, quoique je sois très frileux en hiver; je ne peux rester dans un lit chauffé ou un peu trop couvert; les erampes, les tressaillemens me font sauter par dessus les toits; les bains chauds, les douches me réussissent très mal; aussi, en un mot, il me faudrait une température douce et égale, Ma jeunesse a été délicate, du reste assez tranquille ; jai toujours mené une vie trop sédentaire ; m'étant adonné aux arts, en étudiant le paysage d'après nature, je me suis souvent assis dans des endroits humides.
» À l'âge de quarante ans environ, j'ai commencé à perdre mes forces dans les jambes sans éprouver aucune douleur et sans avoir eu d'accident : quand j'avais marché environ une heure, mes genoux fléchissaient sous moi, je serais tombé si je ne m'étais assis, <et cinq minutes de repos suffisaient pour me remettre. Quinze jours plus tard, je ne pouvais plus marcher qu'une demi-heure, puis un quart d'heure, puis dix-minutes, et tout cela sans autre douleur que des maux de nerfs, c'est à dire un malaise, des inquiétudes dans les membres, des crampes, ete. Je ne pouvais appeler cela une maladie; mais pourtant arrivé Ià, il à fallu me soigner ; je chancelais sur mes jambes comme un homme ivre, et serais tombé Souvent sans le secours d’un bâton. Ma première idée a done été de croire mon mal un rhumatisme, et de le traiter en conséquence. Je suis allé aux eaux de bains près Plombières. Mes nerfs m'empéchaient de prendre des bains trop chauds, mais j'ai pris des douches assez chaudes, à la quatrième je me suis aperçu du mal qu'elles me faisaient : «Tant mieux, ma-t-on dit, c'est marque qu'elles agissent, continuez. » J'en ai pris onze, et elles ont si bien agi que je me suis trouvé tout disloqué; tandis qu'auparavant je ne boilais qu'après quelques minutes de marche, voilà que maintenant, au sortir de mon lit, je tombais à droite et à gauche, à
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moins d’avoir toujours ma canne, et tout cela sans douleur que les nerfs bien attaqués ; des envies de rire, de pleurer sans motif, un malaise vague qui vous fait souffrir sans pouvoir dire où ni comment. Alors j'ai abandonné le rhumatisme pour soigner les nerfs ; j'ai cru que ma maladie n’était qu’un affaiblissement nerveux : de là les bains froids, les ventouses et plusieurs autres remèdes; les nerfs se sont alors rétablis, mais le mal de jambe a demeuré; je suis encore revenu au traitement des rhumatismes, j'ai été aux eaux de Plombières, de Bourbonne, je me suis frictionné avec plusieurs linimens, et voici ma position actuelle et le résultat de tous ces traitemens. La maladie a pris un caractère plus positif; elle est tombée principalement sur la jambe gauche, depuis la hanche jusqu'au bout du pied, et aussi sur le bras du même côté. C’est surtout quand il fait mauvais temps. J'éprouve une sorte d’engourdissement, je perds le sentiment du tact, je lâche ce que je tiens sans le sentir, je n'ai plus aucune force dans la jambe, les muscles n’ont plus d'action : le nerf sciatique, le pliant du genou, le col du pied, quand je veux marcher, tout me manque à la fois; ce n’est plus la mauvaise jambe qui marche, c’est la bonne qui la traîne après elle, et non seulement elle ne marche pas, mais je ne saurais seulement lever le pied soit pour monter un escalier, ou mettre le quartier de mon soulier. C’est un état voisin de la paralysie. , » Cependant les eaux thermales ne me soulagent pas, les douches surtout irritent et augmentent le mal. Bourbonne m'avait rendu si lourd que je n’y pouvais plus bouger; du reste tous les liminens toniques angmentent lirritation de mon mal, qui se joint à un échauffement prodigieux. L'usage du lait froid a un peu remédié à ce dernier inconvénient; aussi vais-je mieux cette année, et c'est ce qui m'encourage à aider la nature. J'avais envie d'aller aux bains de mer, mais j'en suis éloigné et les voyages me fatiguent beaucoup ; j'aimerais beaucoup mieux que voire remède püût me convenir : J'attends votre décision là-dessus.
» Pardon, Monsieur, si j’abuse de vos momens, la faute en est à la confiance que votre ouvrage m'inspire; c'est le motif qui me fait espérer de vous une réponse la plus prompte possible.
» Votre dévoué serviteur, » ARTHUR DE VILLERSVAUDEY, » Rue Gu Loup, 25, à Nancy, département de la Meurthe. »
Bien que l'affection de M. Viliersvaudey me parût d’une nature assez rebelle, je conseillai d'essayer l'emploi de ma Méthode curative, en recommandant d'agir particulièrement sur le centre nerveux vertébral, la moelle épinière, d’où émanent les nerfs du mouvement. Les effets de cette médication pouvaient faire reconnaître si les accidens résultaient
ne pis d'une lésion organique de la moelle épinière, d’une paralysie réelle, ou simplement d’une impuissance musculaire ayant pour cause une suspénsion de l’action nerveuse (1). M. de Villersvaudey, après avoir consulté son médecin”, M. Béchet père, consentit à suivre mes avis. Voici la lettre qu'il m'écrivit après avoir terminé l'essai que je l'avais engagé à faire :
« Monsieur,
» J'ai fini, il ÿa quelques jours, le traitement que vous m’aviez ordonné, et j'ai fini faute de médicamens : je n'ai eu de l’eau réactive que pour neuf jours. Ce traitement a été suivi avec la plus grande exactitude, mais jusqu'à présent je n’en éprouve pas un grand soulagement. Il est vrai que je suis tombé dans le moment des plus fortes chaleurs, le thermomètre étant de 25 à 26 degrés, et j'étais dans un état de transpiration perpétuel. Il parait d’abord que le remède y porte naturellement, car je sentais toutes mes sensations se porter à la peau : si je n'étais pas assez vêtu, j'avais froid; lorsque j'avais mes vêtemens de flanelle, j'étais en eau, mais j'aimais mieux cela. Cependant je crois la hanche gauche un peu dégagée ; je fais quelques pas avec plus de sûreté qu'auparavant; j'ai encore du baume névropathique, je continue à m'en frictionner les membres, et je m'en trouve assez bien : je crois aussi que l’usage de la flanelle préparée doit être fort utile, et je pense m'en faire venir des vêtemens confectionnés.
» Maintenant mon médecin pense que mon traitement a {trop peu duré pour avoir pu agir sur un mal aussi ancien que le mien ; qu'il faut que je le recommence en le faisant durer au moins trois semaines, et que je ferais bien pour cela d'attendre la fin de l'été. IL. inc Charge aussi de vous demander si je ne pourrais pas me contenter de pratiquer la vaporisation seulement depuis Ja région sa- .cro-lombaire, en la continuant sur le nerf sciatique de la cuisse gauche, qui est la partie la plus attaquée, tandis que l’épine du dos, Surtout à sa partie supérieure, ne paraît nullement malade.
» Pensez-vous aussi, Monsieur, qu'il faille recommencer le traitement, comme le dit mon médecin, pendant au moins le double de temps que je l'ai déjà fait, c'est à dire trois semaines? L’effet du remède est-il de faire tanspirer, ou était-ce l'effet de la température ? Comment faut-il alors se conduire? Enfin, si l’on doit retirer
(1) La paralysie résulte de l’abolition complète de l’action nerveuse ; l’impuissance musculaire peut n’avoir pour cause qu’un trouble de l’innervation. La paralysie est incurable; l’impuissance musculaire est avantageusement combattue par la Méthode curative qui m'est particulière,
Fe. Ave un bénéfice du remède, est-il prompt, ou ne vient-il qu'à la longue (1)?
» ARTHUR DE VILLERSVAUDEY. »
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Quoique le résultat de ce premier essai ne puisse être considéré comme satisfaisant, on voit, par la lecture de cette lettre, que la modification nécessaire pour apprécier la nature du mal a été obtenue, et que M. le docteur Béchet père, dont le mérite justifie la réputation dont il jouit à Nancy, s’est déjà prononcé avant d’avoir mon opinion sur la nécessité de persévérer dans le traitement. Ce médecin aperçoit même si bien l'influence directe de la médication, qu'il indique le trajet sur lequel il faudrait opérer pour obtenir des effets plus prononcés. Je ne pouvais que partager l'avis de mon confrère, et je pressai le malade de reprendre immédiatement le traitement, sans attendre la fin des chaleurs qui, bien qu’incommodes pour le patient et l'opérateur, ne pouvaient être nuisibles au premier. J’ai déjà émis ce précepte, qu'aussitôt qu’une modification favorable a été acquise, il ne faut pas interrompre un seul jour le traitement. Mon conseil fut adopté et suivi ponctuellement, au grand avantage du
malade, comme on va le voir par la teneur des lettres suivantes :
« Monsieur,
» J'ai recu la caisse que vous m'avez fait adresser par votre pharmacien ; mais elle n'était pas tout-à-fait conforme à ma demande. Au lieu de quatre bouteilles d’eau réactive, il n’y en avait que trois; cependant j'en suis déjà aux deux tiers, et j'ai le chagrin de prévoir qu'elles ne me suffiront pas, quoique j'en éprouve déjà du soulagement. Je ne perds donc pas une minute pour vous demander deux bouteilles d’eau réactive et du baume névropathique; mais l'important serait pour moi de recevoir cet envoi aussi promptement que possible, pour ne mettre presque point d'intervalle entre ces nouveaux remèdes et ceux que je fais main-
(1) La réponse à cette question se trouve dans le résultat obtenu, consigné dans les lettres suivantes.
tenant, de manière à ce que le bénéfice dés uns ne soit pas perdu vour les autres. J'ai été obligé de faire une double opération, d’abord sur le dos, comme le porte votre consultation, puis sur la hanche et la cuisse : la hanche se dégage déjà sensiblement...
» ARTHUR DE VILLERSVAUDEY. » e-
ke à] « Monsieur,
» J'ai fini mon traitement depuis quelques jours, et je m’empresse de vous en rendre compte. d'en éprouve un grand soulagement, sans être radicalement guéri, mais au moins j'entrevois le but où j'espère arriver. J'avais commencé par n’appliquer le remède que sur la colonne dorsale, et j'en obtenais peu de succès ; alors, sur les instances de mon docteur (M. Béchet père), j'ai médicamenté les membres eux-mêmes, c’est à dire la cuisse, en suivant le nerf sciatique, et, au bout de quelques jours, j'ai commencé à lever le pied et le genou; ensuite le bien s’est accru, mais pas jusqu'à marcher librement. Quelquefois, après l’opération médicamenteuse ou après le repos de la nuit, je fais quelques pas sans canne, sans aucun appui; je ressemble alors à un postil- Jon qui vient d'ôter ses bottes fortes; je me trouve léger comme un sauteur. Finalement, je m’empressé de le reconnaître, aucun rémède ne m'a encore soulagé comme le vôtre ; je suis plus dégagé, j'ai plus d’aisance dans mes mouvemens, mais je ne marche pas encore avec sûreté, et ne peux soutenir la moindre fatigue. Comme je viens seulement de finir mon traitement, et que j'en suis un peu fatigué, il est possible que nes forces augmentent après un peu de repos, il me semble même m'en apercevoir; je vous en rendrai compte, plus tard, car j'aurai vraisemblablement encore recours à vous avant l'hiver : c’est l’avis de mon docteur. Voilà, Monsiéur, Ce que jé puis vous dire sur ma position actuelle; je crois avoir rempli exactement toutes les exigences du traitement.
» Ainsi, Monsieur, je suis fort satisfait de votre traitement, vu surtout l’ancienneté et la gravité de mon mal, qui ne me laissait presque aucun espoir de guérison, et je croirais manquer à la reconnaissance si je négligeais de vous en témoigner ma satisfaction. Agréez-en donc l'assurance ainsi que celle de ma parfaite considération.
» ARTHUR DE VILLERSVAUDEY. »
Dans une lettre que j'ai reçue plus récemment de M. de Villersvaudey, on remarque les passages suivans :
« Maintenant je m'aperçois plus du bien que m'a fait le remède que dans le moment où on me l’administrait. ….
» Voici bientôt les vendanges, qui m'occuperont ainsi que mon opérateur ; mais, vers la fin d'octobre, je compte me régaler en-