‹ Méthode curative externe des douleurs rhumatismales, goutteuses, nerveuses; des maladies lymphatiques, et des viscéralgies. Affections nerveuses des viscèresChapitre 40 sur 74 · PHYSIOLOGIQUES ET PRATIQUES · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIQUES ET PRATIQUES

Après une étude assidue et expérimentale de toutes les nuances des maladies nerveuses, nous pouvons aflirmer que nous sommes parvenu à obtenir, pour leur guérison, le même degré de certitude que celui qui caractérise le traitement des maladies aiguës les plus simples, et qui montre aux plus incrédules toute la puissance de la médecine.

L'une des plus grandes difficultés que nous avons eue à vaincre, a été de résoudre une question fondamentale, relativement à l’existence de certaines maladies nerveuses latentes (1), question qui, jusqu’à présent, était restée insoluble et semblait devoir se soustraire encore long-temps à tous les efforts du raisonnement et de l'observation. « Y a-t-il des ma » ladies imaginaires, et ceux qu'on en suppose at- » teints méritent-ils le .dédain avec lequel on ac- » cueille l’expression des tourmens qu'ilsendurent?»

Les médecins ont toujours regardé l’hypocondrie essentielle, c’est à dire celle qui n’est aCCOMpagnée d'aucune lésion matérielle appréciable, comme une maladie fictive qui n’a son siége dans aucun appa-

(1) On donne ce nom, en médecine, aux maladies dont les SYMmptômes sont obscurs et pour ainsi dire cachés.

reil viscéral, spécial, et qui résulte seulement de ce qu'ils appellent une aberration intellectuelle , dont la permanence détermine sympathiquement un trouble des fonctions de certains organes, qui ne s'altèrent que consécutivement par la persistance de la dépravation de l’action cérébrale (1). En conséquence de cette opinion, qui n’était basée que sur l'effet apparent, ils ont abandonné le soin des organes pour ne s'occuper que de l'esprit, ou, comme on dit, du moral des malades, sur lequel leurs efforts sont aussi impuissans que la cause qu’ils poursuivent est insaisissable. D'ailleurs, combien peu d'hommes sont aptes à dominer intellectuellement l'intelligence d’un autre homme! C'est pourquoi il a fallu toujours compter autant d'insuccès que de traitemens ; à moins que, par hasard, une modification bienfaisante n’ait été apportée dans la sensibilité des organes souffrans, soit par une perturbation morale vive, dirigée empiriquement vers les centres nerveux, soit par une médication de même nature, employée instinctivement sans en mesurer les effets. Mais de tels succès étant obtenus fort rarement et ne pouvant être expliqués, n'ont pu servir à mettre en évidence les causes de l'hypocon-

(4) est facile de voir que nous ne nous servons pas de la dénomination hypocondrie, dans l'acception propre au langage médical, et que nous n'avons l'intention ici que de caractériser Pétat des malades dits imaginaires, qui, constamment préoceupés de leur santé troublée, cherchent sans Cesse des secours contre des souf-

frances réelles auxquelles on ne veut pas croire.

drie ; au contraire, ils ont contribué à obscurcir sôn éliologie, parce que les praticiens qui les avaient sollicités, ne pouvant s’en rendre compte, 1l était naturel qu'ils les attribuassent plutôt à un effort salutaire de la nature qu'aux soins qu'ils avaient administrés sans raison. Et ce n'est pas en partant d’une erreur que l’on peut parvenir à une réalité ù car c'est l'énonciation contraire à la définition que nous avons rapportée ci-dessus de l’hypocondrie (4), qui est l'expression de la vérité : Par suite du trouble de 1'iNnervarTIoN (2) dans le tissu des orqanes, 1 y & réaction sur le centre sensible percevant, et altération des fonctions de l’intellect. qui constituent un état maladif que l'on peut désigner par la dénomination de VISCÉRALGIE hypocondriaque. Nous prouvons l'exactitude de cette définition par le succès dont sont constamment suivis les traitemens dont elle prescrit l'emploi, d’après les règles de l’art, qui obligent à combattre les causes et non pas les effets sympathiques des maladies.

Mais comment pouvait-on induire, de ce que les Sujets atteints d’hypocondrie, ou pour mieux dire, de viscéralgie hypocondriaque, accusent des souffrances dont les causes paraissent inappréciables, il pût S’ensuivre rigoureusement qu'aucune lésion matérielle ne devait les OCcasionner ?

En admettant la perversion de la sensibilité, on

(1) Voir Ia note précédente.

(2) L'action nerveuse.

ne pouvait pas exiger que l'expression de la sensation fùt fidèle. Quand le cerveau perçoit mal les impressions, il juge mal; cela est dans l’ordre : c’est au médecin à rectifier l'erreur et à trouver la cause du désordre apparent, par l'examen minutieux et raisonné des symptômes qui se manifestent. C'est ainsi qu'il est obligé de procéder pour l’appréciation des causes des maladies dont sont atteints les enfans et tous les individus qui se trouvent, naturellement ou accidentellement, dans un état de collapsus cérébral qui ne leur permet pas de percevoir et de rendre fidèlement les impressions qu'ils ressentent. Par exemple, il n’est pas permis à un médecin de méconnaître une gangrène du poumon à la suite d’une pneumonie foudroyante, parce que le malade déclarera, comme cela arrive fréquemment, qu'il éprouve un bien-être qui lui fait croire à la disparition subite de la maladie qui le tue.

Avec de l’attention, du tact et une perspicacité que l'habitude d'interroger les hypocondriaques procure, il devient, sinon facile, du moins possible d'apprécier les causes des maux qu'ils éprouvent ; et alors le traitement efficace n’est pas ce qui embarrassera le praticien exercé, car il est indiqué par les règles ordinaires de l'art. Mais voici un moyen des plus importans, el qui n'a point encore | été signalé, pour acquérir la connaissance du Sys- 1ème nerveux particulièrement affecté. Si Ja lésion de la sensibilité occasionne un état maladif auquel il ne se joint aucun signe d’altération ou de pertur-

bation des fonctions du cerveau, c’est que l’organe souffrant n'est soumis qu'à l'influence du centre nerveux viscéral (grand sympathique). Si le cerveau réagit au contraire, c’est que l'organe est sous l’influence des deux centres nerveux de la vie viscérale et de la vie extérieure (1). Cette méthode d’appréclation est la même à suivre pour arriver à la connaissance de toutes les affections nerveuses ; nous nous sommes empressé de la signaler, pour qu’il soit bien établi que nous ne nous vantons pas d’avoir un mérite que nous voudrions seul posséder. Rien de plus simple, dira-t-on peut-être. Oui, car il ne s’agit que de ne pas prendre l'effet pour la cause; et pour sortir de l'ornière si profondément tracée, il ne nous à fallu d’autre guide que l’observation. |

Mais l'art d'observer et de traiter les maladies en général, et plus spécialement les affections nerveuses, n est intelligible que pour ceux qui ont étudié avec soin les lois de l’organisation humaine et les phénomènes de la vie : voilà pourquoi il y a tant de savans médecins et si peu d’habiles praticiens. C'est surtout pour l’appréciation des troubles nerveux des appareils viscéraux , qu'il faut être guidé par les connaissances les plus précises en anatomie et en physiologie. Les accidens multiformes et fu-

(1) Foër plus loin l'exposition des rapports de ces centres nerveux avec les divers appareils viscéraux, et la méthode d’exploration et d'interrogation à mettre en usage pour porter un diagnostic certain sur les maladies nerveuses latentes. »

gitifs qui se manifestent incessamment, ne pourront être expliqués que par ceux qui connaitront parfaitement l’organisation, la sensibilité propre et le jeu de ces appareils. Nous allons résumer succinctement ce qu’il est le plus essentiel de connaître sous ce rapport, ainsi que déjà nous l'avons professé publiquement dans notre cours d'anatomie physiologique à l’Ecole philosophique, en 1835.

Les efforts des plus habiles physiologistes ont échoué devant la difficulté de définir la vie, parce qu’ils ont voulu donner l'explication d'un phénomène dont le principe est inconnu. Pour nous, vivre, C'est sentir; non pas seulement par Fopération intellectuelle, ce qui, dans ce sens, ne serait que l'exercice d’une fonction plus ou moins développée chez les êtres animés, mais sentir organiquement.

Le siége de la vie est donc essentiellement dans les centres sensibles ou nerveux. |

Il y a deux centres nerveux bien distincts anatomiquement et physiologiquement : celui de la vie extérieure, de relation ou cérébrale, et celui de la vie intérieure, organique ou viscérale.

: Aucune fonction ne peut s'exercer si les organes qui en constituent l'appareil sont privés de la sensibilité qui leur est propre et qui émane de Fun des deux centres nerveux, ou de l’un et de l’autre conjointement (1).

(4) Tous les tissus sont, en outre, pourvus d'une propriété. intime et particulière, qui n’est pas la même dans tous, et qui les

En parlant de deux vies qui président conjointement ou séparément à l'accomplissement des actes qui constituent l'existence, nous exprimons une vérité physiologique incontestable.

La vie extérieure, de relation ou cérébrale, est celle qui nous met en rapport avec tout ce qui nous entoure. Elle tire sa source d’un centre nerveux complexe, le cerveau, le cervelet, la moelle épinière et les nerfs qui en dépendent. Ses actes sont inces- Samment soumis à l'influence de la volonté, faculté intellectuelle qu'il est au pouvoir de tout être animé de mettre en jeu comme bon lui semble.

La vie intérieure, organique ou viscérale, a pour : objet la confection des fluides nécessaires à la digestion et à la séparation de la matière alimentaire de celle qui doit être excrétée ; l'absorption des élémens nutritifs et leur circulation; la sécrétion de ceux qui doivent être éliminés; enfin la respiration, fonctions dont le but commun est de préparer la matière nutrilive destinée à l’entretien de tous les organes dans des conditions indispensables à leur exercice. Elle émane d’un centre nerveux complexe, connu sous la dénomination de système gan-

met dans un rapport convenable avec la matière préparée par les appareils fonctionnaires, sur laquelle ils doivent agir, Soit pour l'approprier à leur propre substance, soit pour repousser les élémens qui ne peuvent servir à leur composition ou à leur entretien; c'est cette propriété que l’on a confondue à tort avec la sensibilité organique, car elle n’émane point du centre sensiblé de la vie intérieure organique ou viscérale (le grand Sympathique). Voyez plus loin.

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glionnaire, de nerf grand sympathique ou trisplanchnique (1).

(1) Les investigations des anatomistes et des physiologistes modernes ont jeté un grand jour sur les fonctions des nerfs et sur l'influence dont ils jouissent dans la manifestation de la vie. Il n'y a pas long-temps que la plus grande obscurité régnait encore sur les attributs du système nerveux qui joue le plus grand rôle pour l'exercice des fonctions organiques. Nous voulons parler du nerf tri-splanchnique ou grand sympathique. Il n’est donc pas étonnant que le développement des idées des observateurs ait été entravé par les données fausses qui ont régné jusqu'alors, et que les causes des maladies nerveuses des viscères, et le traitement propre à les combattre, aient été si long-temps méconnus. En 1832, M. Magendie disait dans la dernière édition de son Précis de Physiologie : « Les physiologistes de l’époque actuelle semblent accorder une » très grande part, pour la transmission des sensalions internes, » à ce qu'ils nomment le nerf grand sympathique : peul-étre ont- » ils rencontré juste; mais il est impossible d'admettre cette opi- » nion, elle n’est fondée sur aucun fait, sur aucune expérience po- » sitive. » Il y a dix ans, M. Magendie pouvait s'exprimer ainsi; aujourd’hui il ne le ferait plus : des observations multipliées ont fixé les idées à cet égard. Il n’y a que des praticiens qui ont négligé de suivre les progrès de l'anatomie physiologique auxquels nous parlerons un langage inintelligible, en avançant que tous les phénomènes qui caractérisent la vie intérieure ou organique sont sous l'influence d’un centre nerveux qui répartit à notre insu, et sans la participation de la volonté, la sensibilité nécessaire à tous les viscères pour l'exercice de la vie. Ce centre nerveux est le sys- 1ème ganglionnaire situé de chaque côté de la colonne vertébrale, et dont les nombreuses ramifications se distribuent exclusivement aux appareils viscéraux, bien qu'il ait des relations avec le cerveau et les nerfs de la vie extérieure, par des anastomoses fréquentes.

L'influence du système nerveux ganglionnaire devait être toute spéciale et bien différente de celle du système nerveux de la vie de relation, puisque son action n’a jamais lieu sur des muscles qui l'attachent aux os, et qu’il entre exclusivement dans la composition des organes intérieurs ou des viscères proprement dits.

Lorsque les systèmes nerveux de la vie de relation et de la vie organique régissent conjointement les fonctions d’un viscère, parce qu'il reçoit des nerfs de l'un et de l’autre système, ce viseère a une double propriété, en ce qu’il participe de l'une et de

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Ce qui distingue plus spécialement les deux vies, c'est que les actes de la vie extérieure, comme nous l'avons déjà dit, sont toujours, et sans exception, soumis à l'empire de la volonté; au lieu que ceux de la vie intérieure ne le sont aucunement, et qu'ils peuvent même se manifester dans quelques circonstances, indépendamment de la vie extérieure qui, par exemple, est suspendue pendant le sommeil, tandis que la vie organique s'exerce dans toute sa plénitude, ainsi que toutes les fonctions nutritives et sécrétives.

Nous allons maintenant tracer brièvement les caractères particuliers des deux vies.

La vie extérieure ou de relation se manifeste en établissant les rapports de l'individu avec tout ce qui l'entoure, par l'intermédiaire des nombreux cordons (les nerfs) qui se répandent dans toutes les parties du corps et communiquent avec le centre percevant ou ses dépendances, et lui transmettent les impressions. Le cerveau les perçoit, les Juge et transmet à son tour, au moyen des mêmes nerfs, des ordres aux organes soumis à son influence, pour agir dans tel ou tel but. Rien de plus précis, rien de plus rapide : la sensation, l’ordre et l’exécution semblent être simultanés. Mais cette action si ad-

l’autre vie. Cela étant bien établi et incontestable, il est bien facile de comprendre les effets de certaines lésions de la sensibilité qui échappaient aux explications physiologiques, et l’on voit que les traitemens de ces lésions, qu'un hasard heureux pouvait seul rendre efficaces, doivent maintenant être basés sur des indications rationnelles.

mirable du centre intelligent rentre en exercice qu'avec le consentement de la volonté, faculté de ce même centre, et à laquelle sont subordonnés tous ses actes. Par exemple, si un corps vient à se trouver en contact avec quelque partie, et que l'impression en soit jugée fâcheuse, aussitôt Le cerveau transmet à certains muscies l’ordre de se contracter et d’éloigner la partie de l’objet malfaisant. Toutefois il faut que la volonté ait permis que l’ordre soit donné et exécuté, malgré la nécessité qu'il le soit ; car si elle s’y oppose, la partie sera détruite au milieu des angoisses de la douleur, avant que les contractions nécessaires pour lui faire fuir le danger se soient opérées. Témoin Mucius Scœvola, cet il- - lustre Romain qui condamna sa main aux flammes, et qui l'y laissa dévorer pour la punir d’avoir mal exécuté les ordres que son cerveau lui avait imposés. Il n’en est pas ainsi quand la volonté ne s’oppose pas à l’action intelligente et conservatrice du centre sensible. On sait avec quelle promptitude les organes agissent pour repousser les agens nuisibles, ou se soustraire aux lésions qu'ils peuvent occasionner.

Les choses se passent tout différemment dans l'exercice de la vie intérieure, organique ou viscérale. Ici, le centre sensible (les ganglions du grand sympathique) à bien des communications avec le centre intelligent, mais il n’est soumis en aucune manière à la volonté; les impressions qu'il perçoit ne sont point rapportées au cerveau, et rien he nous

donne la conscience de son action. L'expérience seule nous démontre son influence et celle des nerfs qui émanent de lui.

Il suffit de jeter un regard sur les fonctions dés organes de la vie intérieure pour reconnaître l’impuissance de la volonté sur leur exercice.

Le cœur se contracte sur le sang qu'il recoit, et le pousse avec une force immense dans de nombreux canaux qui le répandent dans toutes les parties du corps, Sans que ses mouvemens réguliers puissent être augmentés ou ralentis par aucune action volontaire.

Les alimens parvenus dans l’estomac sont soumis à l’action digestive qu’il n’est pas en notre pouvoir d'activer ou de suspendre; non plus que l’absorption, dans les intestins, des parties nutritives élaborées. |

Le foie combine à notre insu les matériaux destinés à composer la bile, comme le rein sécrète l'urine.

L'air introduit dans les poumons concourt à revivifier le sang et au développement de la chaleur, sans que nous en ayons la conscience , ni que nous puissions entraver ni modifier volontairement ces admirables opérations physico-chimiques.

Enfin, nous pourrions citer une foule d'autres phénomènes de la vie organique ; mais ceux-ci suffisent pour établir la non crane di ce de la volonté sur son exercice.

y à quelques appareils, et partieulièrement

ceux de la respiration et de la digestion, qui sont composés d'organes qui participent de la vie extérieure et de la vie intérieure, parce qu’ils reçoivent simultanément des nerfs du cerveau et du système ganglionnaire, Leurs fonctions s’exercent en conséquence sous l'influence des deux vies, et il fallait que cela fût ainsi : nous allons le démontrer.

La vie organique, comme nous l'avons dit, préside seule, sans l'intervention des facultés cérébrales , à la revivification du sang par la combinaison qui s'opère, dans les poumons, des élémens constitutifs de l'air avec ce liquide. Mais il était indispensable que l'acte de la respiration et son mécanisme fussent soumis jusqu’à un certain point à la volonté, faculté du centre intelligent chargé d'apprécier les circonstances les plus favorables à l'exercice ‘de la fonction. Sans cette merveilleuse combinaison de l’action cérébrale et de l’action organique, la respiration se serait opérée constamment et aveuglément, sans que les organes qui l’exécutent eussent jamais pu être garantis contre l'atteinte des agens nuisibles dont l’air est souvent le véhicule, et la vie générale eût été compromise à chaque instant. Au contraire, le cerveau, averti par les sens que des corps malfaisans sont renfermés dans l'air, et jugeant que leur introduction dans Les voies respiratoires peut nuire à l'exercice de la fonction, ou même devenir une cause de destruction de l'existence, donne des ordres aux muscles destinés à mettre en jeu le mécanisme de la respiration, pour

D" tre qu'elle soit instantanément suspendue. Accessoirement les organes de la vie de relation sont activement appelés à porter secours à l’organe menacé ; la bouche fermée hermétiquement, les narines pincées par les doigts, ne permettent plus l'introduction de l'air : et si le danger se prolonge pendant un temps plus long que la respiration ne peut être interrompue sans inconvénient, les muscles de la locomotion se contractent et transportent le corps dans des lieux où l’atmosphère n’est plus imprégnée de principes délétères. Si le danger est moins grand, parce que les principes constituans de l’air ne sont pas viciés, mais parce que celui-ei est seulement chargé de corps étrangers qui pourraient agir mécaniquement sur les organes, le centre intelligent n’ordonne que l'emploi de moyens nécessaires pour remédier à l'accident : un mouchoir porté devant la bouche et les fosses nasales permet à l’air, tamisé à travers son tissu, de servir à la respiration, et cette fonction continue d'être effectuée sans péril.

Mis ce qui prouve que la respiration n’est pas absolument sous l'influence de la vie extérieure, c'est qu’elle s’exécute pleinement pendant le sommeil, où l'action cérébrale est entièrement suspendue; et que si, par malheur alors, des agens nuisibles sont mélés à l'air ambiant, les accidens les plus graves en sont la suite; le danger n’est plus reconnu, aucune disposition n’est prise pour l'écarter, et la vie est anéantie par l'exercice même de la fonction destinée à l’entretenir. C’est ainsi que

tant d'individus ont succombé à des asphyxies par la vapeur du charbon ou le dégagement de gaz méphitiques pendant leur sommeil.

Des considérations analogues à celles qui ont déterminé la nécessité de l'influence des deux vies dans l’appareil pulmonaire, justifieni la part qu’elles prennent aussi à l’exercice des fonctions digestives. L’estomac n'ayant pas la facukté d'apprécier les qualités bonnes ou mauvaises des alimens, il fallait que la vie extérieure présidât à leur choix au moyen des sens; il est superflu de faire ressortir l'urgence de cette disposition. D’un autre côté, l’estomac n'ayant aucun moyen direct de se procurer les substances propres à la nutrition, avait besoin de la participation du cerveau pour exercer utilement la fonction digestive dont il est chargé. Le centre intelligent, averti de l'opportunité de fournir les matériaux de réparation, par le sentiment de la faim que lui transmet l'estomac, donne des ordres aux organes de la vie de relation pour qu’ils entrent en action, cherchent, choisissent, appréhendent et préparent ceux les mieux appropriés aux besoins de l'individu.

Si le cerveau est trop préoccupé par des travaux soutenus de l’intellect, il est sourd à l'appel de l’estomac; et celui-ci, las de crier en vain, tombe dans le spasme qui dénature l'excitation agréable qu'il éprouvait et la change en douleur, trouble son action normale et le rend incapable de fonctionner.

On sait avec quelle facilité Les travaux prolongés de l'esprit font taire le sentiment de la faim, et

quelles sont les suites fâcheuses de la répétition de ces infractions aux lois de la nature.

Nous pourrions faire des remarques semblables à l'occasion de l'exercice de certaines autres fonctions moins importantes, mais qu'on ne peut entraver long-temps impunément, particulièrement l’excrélion des urines et des matières fécales, presque entièrement soumise à l'influence de la volonté.

Nous ne pouvons résister au désir de reproduire ici, à l'appui de nos vues sur l'action nerveuse interne, la description si pittoresque des propriétés physiologiques des nerfs sympathiques, et qui est due à la plume élégante de feu le professeur baron Richerand. (Nouv. Élém. de Physiologie, 2° édit., Paris, 1833.)

€ Les nerfs grands sympathiques doivent être regardés comme le lien destiné à unir plus intimement les organes des fonctions nutritives par l’action desquelles l'homme s'accroît, se développe et répare sans cesse les pertes continuelles qu'entraîne le mouvement vital. Ils forment un système nerveux bien distinct du système des nerfs cérébraux, quoique unis par de nombreuses communications, soit au cerveau, soit à la moelle de l’épine; et de même que les nerfs cérébraux sont les instrumens des fonctions par lesquelles nous nous mettons en rapport avec les objets du dehors, les grands sympathiques donnent le mouvement et la vie aux organes des fonctions intérieures , assimilatrices où nutritives. En fleur transmettant la puissance nerveuse, les

nerfs grands sympathiques les mettent dans des rapports plus intimes, des connexions plus étroites avec la totalité de cette puissance; en sorte que de leur affection la plus légère naît un trouble profond bientôt ressenti dans toute l’économie.

» Le système nerveux des animaux invertébrés, flottant dans les grandes cavités avec les viscères qu'elles renferment, n'est-il pas entièrement réduit aux grands sympathiques ? Il se distribue principalement aux organes de la vie intérieure, dont l'activité semble croître dans ces animaux à proportion de l’affaublissement des sens extérieurs et de Ia faculté locomotrice. Si les grands sympathiques existent dans tous les animaux qui ont un système nerveux distinct, ne contiennent-ils point spécialement le principe de cette vie végétative, essentielle à l'existence de tout être organisé, à laquelle appartiennent les phénomènes de la digestion, de l'absorption, de la circulation, des sécrétions et de la nutrition? Enfin, n'est-il pas vraisemblable que, chez l'homme, le système des nerfs grands sympathiques joue le plus grand rôle dans la production d’un grand nombre de maladies, et que c'est à ses nombreux ganglions que se rapportent les impressions affectives, tandis que le cerveau est exclusivement le siége de l'intelligence et de la pensée ?

» On n’hésitera point à résoudre ces questions par l'affirmative, si l’on fait attention à l’origine, à la distribution, à la structure particulière de ces nerfs, à la vive sensibilité dont jouissent leurs rameaux,

ainsi qu'aux désordres que leur lésion occasionne. Les ganglions nombreux qui se trouvent répandus le long de leur trajet semblent les partager en autant de petits systèmes particuliers, desquels émanent les nerfs des organes qui en sont le plus rapprochés. Parmi ces renflemens, regardés par plusieurs physiologistes comme autant de petits cerveaux dans lesquels se fait l'élaboration du fluide qu’ils admettent dans les nerfs, aucun n’est plus important que le ganglion semi-lunaire placé derrière les organes qui remplissent l’épigastre, et duquel partent les nerfs qui se répandent dans la plupart des viscères de l’abdomen. C’est dans la région qu’occupe ce ganglion, auquel se réunissent les nerfs grands sympathiques, et qui peut être regardé comme le centre du système formé par leur ensemble, que se rapportent toutes les sensations agréables : on y ressent, dans la tristesse, une constriction que le vulgaire attribue au cœur. C’est de là que , dans les affections tristes de l’âme, semblent partir ces irradiations pénibles qui portent le trouble et le désordre dans l'exercice de toutes les fonetions,

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+ + + La douleur que produit l'affection des

grands sympathiques est d’une nature toute particu-

lière ; elle ne se manifeste pas par une sensation pa-

reille à la sensation que produit la lésion d’un nerf

cérébral; elle va plus directement à éteindre l’ac-

tion vitale. On sait que la pression des testicules,

qui reçoivent les sentimens de ces nerfs, brise toutà-coup les forces de l’homme le plus robuste. Personne n’ignore que lès malades qui meurent d’une hernie étranglée, d’un volvulus ou de toute autre affection de ce genre, périssent au milieu des angoisses les plus cruelles, se sentant le cœur défaillir… Les coliques intestinales et néphrétiques présentent des douleurs absolument semblables... Jai, dans trois occasions, et seulement par le genre de douleurs auxquelles étaient en proie les malades, pronostiqué la pénétration dans des plaies au basventre, et l’événement à trois fois confirmé mon pronostic. Dans toutes ces lésions des grands sympathiques, le pouls est fréquent, vif et serré; une sueur froide mouille le visage, les traits de la figure se décomposent, tous les symptômes sont alarmans et rapidement funestes (1).

» Le système des nerfs grands sympathiques a non seulement pour usage d'établir une connexion plus intime, une liaison plus étroite entre tous les organes qui remplissent des fonctions nutritives, il soustrait encore ces actions importantes à l'empire de la volonté, faculté de l’âme si mobile, et tellement variable, que la vie courrait à chaque instant

(1) On a révoqué en doute la sensibilité des nerfs grands sympathiques ; on ne conçoit pas une erreur aussi grossière ; c'est pourquoi nous avons cité ces faits à l'appui de notre opinion, qui nous fait considérer le système ganglionnaire comme l'appareil nerveux le plus éminemment impressionnable, à tel point même que des désordres considérables peuvent résultér de l'action dé causes dont l'influence est inappréeiable.

de grands dangers s’il était en notre pouvoir d’arréter ou de suspendre l’exercice des fonctions auxquelles l'existence est essentiellement liée. Enfin, et ce dernier usage n’est pas le moins important de tous, les organes de la vie intérieure, soustraits à l'empire de la volonté par les nerfs grands sympathiques, sont mis par eux en rapport plus intime et plus nécessaire avec la totalité du cerveau et de là moelle de l’épine; ce qui rend parfaitement raison du trouble profond que portent dans toute l’économie animale les douleurs qui ont leur siège dans les parties qü'animent ces nerfs. »

Il faut déduire de ces vérités physiologiques, sur lesquelles noùs avons tant soit peu insisté parce qu’elles offrent un intérêt qu'on ne peut méconnaitre, que les organes qui concourent à l'exercice de toutes les fonctions doivent être divisés en trois classes, division fort importante pour parvenir à apprécier d’une manière exacte les affections nerveuses dont ils peuvent être atteints.

Les organes de la première classe sont tous ceux de la vie extérieure ou de relation: ils ne reçoivent des nerfs que du cerveau et de ses dépendances ; leur action est en conséquence toujours soumise à l'empire de la volonté : ce sont les muscles du tronc, des membres et des appareils des sens.

Les organes de Ta deuxième classe président à l'exercice de la vie viscérale , intéricure ou organique; ils ne reçoivent des nerfs que du système ganohonnaire, nerf grand sympathique ou tri-splan-

chnique ; leur action n’est en aucune manière soumise à l'influence de la volonté. Le cœur, le tissu pulmonaire, le foie, la vésicule biliaire, les intestins grêles, le pancréas, les reins et la rate font partie de cette classe.

Les organes de la troisième classe sont ceux qui participent de la vie extérieure et de la vie intérieure, parce qu’ils reçoivent des nerfs du cerveau et du système ganglionnaire; ils sont dans de certaines limites sous la dépendance de la volonté : ce sont les voies aériennes, le canal alimentaire, l’estomac, les gros intestins et la vessie.

Il résulte de ces divisions que le diagnostic des maladies nerveuses dont sont atteints les viscères devient plus facile. Les affections des organes de la première classe ne peuvent jamais être méconnues, puisque les impressions morbides sont transmises au cerveau. Au contraire, les affections des organes de la deuxième classe seront presque toujours latentes et sans douleur, puisque le cerveau n’en a pas la conscience et qu'il ne peut même apprécier le trouble de la fonction qu'exercent ces organes.

Mais les organes de la troisième classe ne peuvent être malades sans que le cerveau percçoive cet état, soit par le trouble de la fonction, soit par la transmission de la sensation morbide.

D'après les accidens qui se manifesteront, quelque peu apparens qu'ils soient, le médecin, guidé par les considérations physiologiques que nous avons

exposées, sera loujours à même de reconnaitre le siége et la nature de la lésion, et de diriger en conséquence un traitement rationnel, sans attendre le développement des accidens graves pour établir son

diagnostic.

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