‹ Méthode curative externe des douleurs rhumatismales, goutteuses, nerveuses; des maladies lymphatiques, et des viscéralgies. Affections nerveuses des viscèresChapitre 41 sur 74 · DES CAUSES DES VISCÉRALGIES · texte numérisé non relu

DES CAUSES DES VISCÉRALGIES

Les viscéralgies ou maladies nerveuses des viscères se manifestent généralement dans la période de seize à soixante ans, plus tôt chez les femmes, plus tard chez les hommes; mais ces derniers y sont plus prédisposés et en sont plus fréquemment atteints, quoique l'opinion contraire soit assez généralement accréditée. Cette erreur tient à ce que l’on confond ordinairement la susceptibilité nerveuse avec l’état nerveux maladif. Certainement on ne peut nier que la sensibilité ne soit éminemment développée chez la plupart des femmes; mais si ce sexe est plus facilement impressionnable, Les affections nerveuses sont chez lui beaucoup plus fugaces que chez les hommes, et les désordres qu’elles occasionnent chez ces derniers sont plus profonds et plus persistans. Si l’on considère en outre que la suractivité des organes, sollicitée par les excès de tous genres cl les passions, est une des causes les plus actives du développement des maladies nerveuses, On concevra que notre observation est

exacte, et que les hommes devront être plus fréquemment attemts de viscéralgies que les femmes À qui, néanmoins, lorsqu'elles arrivent à l’époque de puberté, ou qu'elles entrent dans la période dite lemps crilique, sont pour la plupart en proie à des affections nerveuses , d’autant plus redoutables : qu'elles jettent dans l’économie le germe de maux qui obscurcissent l'existence et la rendent souvent insupportable.

La constitution naturelle ou acquise des sujets doit être comptée parmi les causes prédisposantes des maladies nerveuses. Par exemple, ceux dont le développement des organes a été entravé dès l’enfance, ou dont l'éducation physique et morale n’a pas êlé convenablement dirigée, se trouvent dans des circonstances plus propices à la manifestation des accidens nerveux. Il en est de même des individus qui, habitucllement privés d’une nourriture suffisamment substantielle, sont dans un état de débilité générale qui ne permet pas aux organes de réagir contre les agens excitans.

L'influence du climat peut être rangée, dans cerlains cas, parmi les causes occasionnelles des affecions nerveuses. Les pays où la température est fort élevée, ainsi que les contrées froides et humides, sont dans des conditions tout-à-fait défavorables aux individus prédisposés aux maladies dans lesquelles le système nerveux paraît le plus spécialement en jeu. Quoi qu'il en soit, les affections nerveuses se développent peut-être en plus grand nombre, et sous

des formes plus variées, dans les régions tempérées, parce que, dans ces régions, les variations de la température atmosphérique sont plus fréquentes et plus subites, et que les alternatives brusques de chaleur et de froid, jointes à l'humidité qui règne habituellement dans ces contrées, sont des causes essentiellement occasionnelles des lésions de Ja sensibilité. Toutefois les affections nerveuses sont, toutes choses égales d’ailleurs, beaucoup moins funestes dans les climats tempérés que dans ceux contraires ; mais elles sont persistantes et rebelles aux moyens employés pour les combattre.

Certaines habitudes peuvent être aussi considérées comme causes occasionnelles des maladies nerveuses; les plus fâcheuses sont : l’onanisme, les excès vénériens, les travaux habituels et prolongés de l’esprit, la lecture des romans qui font naître des émotions répétées, enfin tout ce qui peut accroître la sensibilité, en la mettant trop fréquemment ou trop activement en exercice : c'est ainsi que la fréquentation habituelle des bals et des spectacles, en privant Les organes d’un repos régulier, et en excitant, sans les satisfaire, des désirs voluptueux, engendre le cortége de maux connus sous Île nom de vapeurs et de spasmes, auxquels les jeunes gens des deux sexes sont en proie dans les plus belles années de leur vie.

Nous ne rangeons pas parmi les causes occasionnelles des affections nerveuses, comme quelques auteurs l’ont indiqué, l'usage habituel des alimens

succulens et des boissons stimulantes, telles que le vin, le café, le thé et même les liqueurs alcooliques. Nous avons au contraire déjà signalé Ja privation d’une alimentation suffisante comme une des principales causes prochaines de ces maladies, et nous opposerions, s’il Le fallait, à ceux qui sont d’un avis contraire à celui que nous émettons, la rareté des. maladies nerveuses dans les classes inférieures du peuple, et chez tous ceux qui se livrent, même sans ménagement, à des orgies et à des excès de boisson. L'action nerveuse semble anéantie chez les ivroones, et il est d'observation qu'il n’y a pas de gens moins impressionnables que ceux qui font habituellement leurs délices de la table. Geite remarque n’est pas moins vraie pour les animaux que pour l'espèce humaine.

Au contraire, le régime auquel s'imposent les petits-maîtres et nos femmes à la mode, ainsi que la diète trop rigoureuse dans la convalescence des maladies aiguës ou pendant le cours des affections chroniques ; l’usage des boissons débilitantes, des évacuations sanguines et des purgations intempestives, déterminent l'apparition d’accidens nerveux d'autant plus rebelles , qu'il n’est pas toujours possible de les combattre directement par les moyens les plus convenables, en considération des lésions qui les accompagnent, et dont le médecin doit tenir compte.

Toutes les causes occasionnelles peuvent, par leur persistance, devenir causes délerminantes des af-

fections nerveuses ; mais il faut principalement regarder comme telles les violentes commotions jmprimées à la sensibilité générale, soit par la rétention ou la suppression d’un flux habituel (les règles, les hémorrhagies périodiques, ete., etc.), soit par l’influence des passions fortes et déréglées, telles que la colère, l'ambition démesurée et souvent déçue, l'orgueil humilié, le désespoir, les chagrins profonds, l'envie, la jalousie, la haine qu'on ne peut assouvir, Ja vengeance non satisfaite, la peur, et surtout celle de la mort, l’amour effréné, l’exaltation religieuse, etc., etc.

Il y à des causes sympathiques et antipathiques qui dérivent de celles que nous venons d’énumérer. Les premières nous portent particulièrement à convoiter avec ardeur des choses qu’il n’est pas en notre pouvoir de posséder ; les secondes excitent en nous l’aversion d'objets qu’il ne dépend pas toujours de nous d’écarter de notre usage et de nos relations habituelles : d’où résultent des impressions fâclieuses sur le système sensible.

L'imitation est un acte sympathique auquel le plus grand nombre des individus sont instinctivement enclins, et qui n’a pas été assez noté parmi les causes déterminantes des affections nerveuses. Cependant il est constant, et l’expérience le prouve chaque jour, que ces maladies sont contagieuses par imitation. I faut avoir une grande puissance de volonté pour pouvoir se soustraire à l’influence fàcheuse qu'exerce sur la sensibilité la contemplation

habituelle des maux que . nid endurent, et à la crainte, que tous les hommes sont disposés à éprouver, d'être atteints des mêmes affections qu'ils voient se manifester chez ceux avec lesquels ils sont constamment en contact. Il n’est pas rare de voir des familles dont tous les membres sont successivement en proie à des convulsions (1). C’est ce qui a porté certains auteurs à considérer les maladies nerveuses comme pouvant être, dans certain cas, héréditaires. Nous sommes loin de partager cet avis, qui laisserait supposer qu’un vice particulier, inhérent au système nerveux, un agent matériel enfin, long-temps caché et inoffensif, se développerait toutà-coup à certaine époque de la vie, pour donner naissance aux maladies nerveuses. Il est facile de réfuter une telle opinion, puisque, si elle était exacte, | il y aurait dans ces maladies lésion matérielle et appréciable des nerfs, ce qui n'existe jamais. Ce n’est pas que nous voulions dénier que l'organisation primitive, transmise des parens aux enfans, ne puisse être, dans bien des circonstances, favorable au développement des maladies nerveuses; au contraire, cette disposition organique originaire est la base fondamentale de notre théorie; mais nous attri-

(1) Lorry, de Melancholia et morbis Melancholis, en cite un exemple remarquable : une nombreuse famille, le père, la mère et tous les enfans des deux sexes, tombaient simultanément en convulsions par la cause la plus légère, ce que Lorry attribue à l'émstation; Car il était impossible de croire qu'ils fussent tous soumis à l'action de la cause qui avait déterminé les convulsions chez le premier qui les avait éprouvées.

= buons seulement à l’imitation, résultant d’une action sympathique, les effets qu’on impute à la transmission morbide héréditaire. Nous croyons à l’hérédité de viscères qui se trouvent dans des conditions d'organisation qui les prédisposent à des affections nerveuses, qui se manifestent plus facilement que chez les sujets nés de parens qui ne leur ont point transmis des organes aussi impressionnables ; mais nous ne croyons rien au delà de la condition matérielle organique, qui favorise le développement des maladies nerveuses.

Si l’on nous demande quel est l'agent actif dans les phénomènes sympathiques, nous répondrons franchement qu’il nous est impossible de l’apprécier, quoique les effets sympathiques nous soient parfaitement connus; et nous ajouterons qu'il est tout aussi difficile d'en contester l’existence que de la prouver. Mais, de même que les hommes sont en général disposés à contracter les habitudes de ceux avec lesquels ils vivent, à tel point que les gestes, l'expression de la physionomie et l’accent de la voix sont imités sans la participation de la volonté de l’imitateur ; de même des mouvemens convulsifs sont déterminés chez certains sujets très impressionnables, aussitôt qu’ils en voient se manifester chez d’autres individus. Des vomissemens abondans et spontanés ont été observés chez des personnes bien portantes, et ces vomissemens n'avaient été sollicités que par la vue de vomissemens éprouvés par d’autres personnes. Ces phénomènes spasmodi-

ques ne peuvent s’expliquer physiologiquement que par l’action nerveuse sympathique.

On ne peut nier les effets de certains agens dont l'action est cependant tout-à-fait inappréciable. Qui ne sait qu'un grand nombre de personnes ne peuvent supporter le grattement des ongles sur les tissus, le cri résultant du frottement d’une porte sur ses gonds, ou de la section d’un morceau de liége sec au moyen d’un couteau mal aiguisé. Combien d'impressions diverses qui, transmises à des individus très excitables, occasionnent chez eux des phénomènes extraordinaires, et qu’on ne peut pas attribuer à une répugnance réfléchie, car l'effet est fréquemment produit avant que l'intelligence ait réagi ; et même le plus souvent, lorsqu'elle est mise en action, elle se trouve impuissante pour conjurer les accidens nerveux. Gavard, médecin grave et peu impressionnable, était atteint de convulsions lorsqu'il mangeait de la pomme, et le vomissement seul mettait fin aux accès. Nous pourrions citer un grand nombre d'exemples de désordres nerveux par antipathie.

Les hémorrhagies abondantes ou répétées, les flux sanguins, salivaires, intestinaux, lorsqu'ils sont dans des proportions anormales, deviennent, selon les circonstances, des causes prédisposantes, occasionnelles ou déterminantes des affections nerveuses; il en est de même de l'exercice de certaines professions ; il serait trop long d'en décrire l’action, et ce n’est pas 1ci le lieu.

— 19h — . DES SYMPTOMES DES VISCÉRALGIES.

Les symptômes où Signes caractéristiques des viscéralgies sont aussi variés que disparates ; ils se manifestent et se succèdent d'üne manière (op irrégulière pour qu’il soit possible de les énumérer dans un ordre basé sur celui de leur apparition. Nous allons seulement rassembler ici les phénomènes qui surgissent des lésions de la sensibilité dans les divers appareils viscéraux.

Aucün auteur, jusqu’à présent, n’a eu l’idée de considérer la lésion de la sensibilité dans les viscères, déterminant le trouble de leur fonction, comme une affection spéciale des nerfs qui donnent là vie aux divers organes qui concourent à fa formation des appareils fonctionnaires. C’est pourquoi l’on à constamment cherché à localiser les lésions nerveuses dans certains organés, én les considérant comme dépendantes d’une cause qui n’agissait que dans le lieu où elle était présumée exister.

Cependant les viscéralgies s’annoncent par des Symptômes généraux tellement variables, qu'il n’est guère possible de les attribuer à Finflammation, dont les effets sont ordinairement appréciables, calculés, et les résultats prévus ; nous allons les présenter et les grouper en diverses séries.

L’invasion des viscéralgies est rarement subite ; elles se manifestent pour la plupart graduellement, et la lésion nerveuse n’est apparente que lorsque le

trouble des fonctions des appareils qui en sont le siége vient déceler son existence. Un sentiment de malaise existe depuis plusieurs semaines, souvent depuis plusieurs mois, avant qu'aucun accident local où sympathique se déclare.

De la gène dans les mouvemens du tronc et des membres, du dégoût pour l'exercice, et de la répugnance même pour les actes qui ont pour objet de délasser le corps et de récréer l'esprit, se manifestent d'abord; puis l’appétit est moins vif, et après les repas même légers, les malades éprouvent de la plénitude, de la tension et du gonflement à là région de l'estomac, de la propension au sommeil, de la difficulté à respirer et des bâillemens répétés. La langue devient sèche ou la bouche pâteuse; il y a soif vive dans le premier cas, répugnance pour les boissons dans le second, et le hoquet, des éructations avec régurgitation de matières alimentaires non digérées, précèdent des vomissemens qui on lieu ordinairement peu de temps après l’ingestion des alimens. Ces symptômes précurseurs ne se mon trent pas chez tous les individus attéints de viscéralgies ; ils sont plus ou moins prononcés, en raison de la sensibilité particulière des sujeis. Souvent il y à alternative de l'abolition de l'appétit et d’une faim très vive qui se fait sentir subitement, même la nuit, avec une telle intensité que le sommeil en est interrompu, et ne peut revenir que lorsque l'estomac à été satisfait. Dans le dernier cas, ‘les digestions peuvent être actives, mais ne réparent aucu-

nement les forces, d'autant moins que le dégoût pour les alimens revient ordinairement aussitôt que les malades ont commencé à manger. Quelquefois il y à désir impérieux de substances qui ne sont point alimentaires, surtout chez les femmes, et les malades se repaissent avec délice, soit de charbon, de plâtre, de cendre, de débris d'animaux crus, de matières les plus dégoütantes, etc. Un appétit fort vif pour les boissons fortes et les liquides acides, le vinaigre en particulier, précède ordinairement des accidens plus graves, tels que l’altération de l’haleine qui est aigre ou fétide, un développement considérable de gaz dans les intestins et l’estomac; d’où des borborygmes perpétuels et la tension de la peau du ventre qui résonne comme un tambour lorsque l'on frappe dessus légèrement avec les doigts. Si l'expulsion de ces gaz n’a pas lieu, soit par la bouche, soit par l’anus, des douleurs résultant de la compression et du tiraillement des filets nerveux se font ressentir avec une telle violence qu’elles déterminent la syncope et souvent des mouvemens convulsifs. Le développement des gaz, sans être porté au point de déterminer les accidens que nous décrivons, est tellement fréquent, que beaucoup de personnes attribuent leur maladie aux vents qui les incommodent ; et, prenant ainsi l’effet pour la cause, elles attendent leur guérison de moyens impuissans qui, s'ils soulagent momentanément, ont le grave inconvénient de laisser la cause agir sans obstacle et augmenter le désordre.

Des battemens très remarquables et des pulsations se manifestent au creux de l'estomac et dans toutes les parties qui renferment des vaisseaux sanguins artériels; l'épigastre et les hypocondres sont sensibles à la pression, même lésère; des douleurs lancinantes aiguës se font sentir instantanément dans la tête, la poitrine, le. ventre et les membres. Dans la plupart des cas Les selles sont rares et les excrémens durs, moulés, noirs et extrêmement. fétides : cependant il peut y avoir diarrhée habituelle, Les urines sont ordinairement abondantes, limpides et pâles, quelquefois claires comme de l’eau distillée, surtout dans le premier degré des viscéralgies.

Dans la deuxième période des viscéralgies, le plus grand nombre des accidens que nous venons d’énumérer, et qui caractérisent une lésion nerveuse au premier degré, se manifestent avec plus d'intensité : la gène de la respiration augmente, surtout lorsque le malade se livre au moindre exercice ; il ne peut courir, monter ou simplement accélérer sa marche, sans éprouver de l’essoufflement et de violens et tumultueux battemens de cœur , en' même temps qu'un sentiment de constriction fort pénible se fait ressentir dans la poitrine et à la gorge. Dans ces instans de spasme, la déglutition, particulièrement des liquides, est difficile ou même impossible; il y a de la toux sèche, et tellement continue, que le malade semble menacé de suffocation. Des palpitations se manifestent d’une manière fort incommode et même douloureuse; la circulation du sang n’est

plus régulière, et il en résulte divers troubles passagers. Des bouffées de chaleur semblent être jetées au visage qui se colore subitement, et est bientôt le siége d'une pâleur remarquable et habituelle, principalement autour des ailes du nez et des lèvres. Par moment, le malade éprouve des frissons qui se propagent des lombes aux diverses autres régions de la parte postérieure du troné, et auxquels succède une chaleur assez prolongée, accompagnée de sueur qui se refroidit très vite et est très incommode. Les pieds et les mains sont constamment au dessous de la température générale du corps et de l'atmosphère, imprégnés d'une sueur visqueuse qu’il est fort difficile de tarir. Ce n'est pas non plus sans difficulté que l'on parvient à rappeler la chaleur dans les parties qui en sont privées, de sorte que les malades éprouvent une sensation pénible du froid qu’ils y ressentent habituellement.

Des défaillances plus ou moins prolongées, quelquefois incomplètes et instantanées, ont fréquemment lieu, et, dans ces accidens, qui inquiètent beaucoup les personnes qui les éprouvent, le pouls est concentré, insensible ; le malade conserve cependant toute sa connaissance; une sueur froide couvre son front, il est dans une anxiété indéfinissable. Il est rare que ces accidens soient suivis d’une réaction fébrile ; généralement le mouvement circulatoire n'est pas augmenté, le pouls est peu développé, profond, intermittent où irrégulier. Un sentiment de constriction fort pénible se fait ressentir au larynx

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pendant les exacerbations Spasmodiques; les malades se plaignent d’une sorte d'étranglement, et particulièrement d’éprouver la sensation d’une boule qui de l'estomac remonterait au gosier. Ce phénomène nerveux, résultant d’un état convulsif de l'œs0ophage, est plus fréquent et plus caractéristique chez les femmes que chez les hommes. Le plus souvent les traits de la face expriment l'inquiétude et la souffrance; le teint est pâle, légèrement jaune ; d’autres fois, sans que la maladie soit moins prononcée, il n'existe aucun trouble appréciable de la physionomie, et l'inspection du visage ne fournit aucun indice de l'altération de la santé, que l’on découvre seulement par l'examen minutieux des fonctions des organes sur lesquels l'attention du médecin doit être appelée par les plaintes du malade. à | Des douleurs de tête, permanentes ou vagues,

lancinantes ou gravatives, sont quelquefois ressenlies avec une telle intensité, que les fonctions intellectuelles peuvent en être troublées et le sommeil tout-à-fait impossible. Des étourdissemens passagers succèdent à des bourdonnemens et à des tintemens : d'oreilles. Un bruit de sifflement semblable à celui du vent, ou un effet analogue au murmure de satisfaction du chat (frémissement cataire de LaENNEc), importune les malades qui font des efforts impuis- Sans pour s’ysoustraire. Ce bruit est le plus souvent semblable à celui que l’on occasionne en soufflant doucement et d’une manière prolongée sur le con-

duit auditif, il paraît augmenter le soir et devient insupportable dans le silence de la nuit, si le malade est privé du sommeil.

Des élancemens douloureux, qu’on pourrait comparer à des commotions électriques, se font ressentir dans diverses parties du corps, dans les membres comme dans la profondeur des organes renfermés dans les diverses cavités, la tête, la poitrine-et Le ventre. Les intestins en sont fréquemment le siége, surtout le rectum chez les hommes. Chez les femmes, la matrice et les seins en sont plus particulièrement atteints. La peau de la tête est quelquefois sensible, au point que le nettoiement des cheveux, lors même qu'on l’opère avec beaucoup de précaution, est impossible à supporter. Il y a des fourmillemens dans les membres et principalement à la plante des pieds; quelques malades croient sentir un insecte, un reptile, ou les ondulations d’un liquide se mouvoir sous la peau; ils éprouvent de l’engourdissement, des tremblemens, des crampes, des mouvemens subits et involontaires des membres.

En général, l'irritabilité des viscéralgiques est très grande, l'impression du froid est fort pénible pour eux, et le plus léger abaissement de la température atmosphérique leur excite un vif malaise. Ils ne sont pas moins susceptibles au moral qu'au physique, la plus légère contrariété les exaspère, ils ne sont jamais satisfaits de rien ; ils trouvent insupportables les soins minutieux que leurs amis et leurs parens s’empressent de leur prodiguer. [règne dans

leurs actions une incertitude, une versatilité, un découragement indéfinissables. Capricieux à l'excès, ils s’irritent contre tout ce qui n’est pas entièrement soumis à leur mobile volonté. Les viscéralotques se plaignent amèrement de leur sort, et attribuent leur état à des causes qui y sont entièrement étrangères. Aussi rien de plus irrégulier et de plus contradictoire que les moyens qu'ils emploient pour recouvrer la santé; ïls n’ont de confiance en personne, et suivent aveuglément les conseils de tout le monde, même des gens les plus étrangers à l’art de guérir. Ils veulent un nouveau remède pour chaque nouvel accident qui se développe ; le désir chez eux naît et expire à l'instant. Ils causent longuement de leurs souffrances et n'écoutent presque jamais les réponses qu'on leur fait. Îls répondent incomplètement et sans suite aux questions qui leur sont adressées, préoccupés qu'ils sont d’énumérer et d'expliquer verbeusement les atcidens qu'ils ont remarqués, tout en négligeant de les décrire avec exactitude. Dans la plupart des cas ils exagèrent le récit de leurs maux. Néanmoins les personnes atteintes de viscéralgies, lorsqu'elles sont livrées à elles-mêmes, reconnaissent l’exaltation de leur sensibilité et l'abus qu’elles en font ; alors elles se désespèrent des chagrins qu’elles ont pu causer à leurs parens, à leurs amis, à leurs domestiques ; elles en témoignent un vif repentir et trouvent souvent dans des pleurs versés en abondance un allècement momentané à leurs ennuis.

Le sommeil est généralement bon chez les ma lades affectés de viscéralgies, à moins que ces maladies ne soient arrivées à un degré d'intensité tel, que des fonctions importantes soient notablement entravées, ou que des douleurs erratiques ou fixes aoCompagnent les accidens nerveux. Le sommeil , qui vient à la suite des accès ou crises spasmodiques, est très bienfaisant et répare promptement les forces épuisées ; mais lorsqu'il est déterminé par des médicamens narcotiques, ou qu'il n’est sollicité que par l'abattement, la solitude et le calme des ténèbres, il est souvent l’occasion de nouveaux tourmens. Des rêves bizarres et épouvantables viennent porter l'effroi dans l’âme des malades qui se réveillent en sursaut en appelant à leur secours, ou sont retenus dans leur lit, immobiles et glacés d’effroi par un horrible état convulsif connu sous la dénomination de cauchemar, qui paralyse leur volonté et les met dans l'impossibilité de se soustraire à leur terreur fantastique.

Lorsqu'une viscéralgie est parvenue au degré où se manifestent la plupart des Symptômes ci-dessus décrits, une irritation nerveuse cérébrale complique, dans le plus grand nombre des cas, la lésion des nerfs viscéraux; et pour l'appréciation exacte de la maladie, il faut tenir compte de cette complication, qui n’est qu’accidentelle et qui ne peut être aucunement considérée comme une preuve de la gravité de l'affection principale. Les troubles nerveux cérébraux sont en proportion de la susceplüibi-

lité, de l'éducation et des forces morales du sujet ; ils ne peuvent qu'accessoirement aggraver l’état du malade, en rendant nulle l'influence personnelle du médecin, au moyen de laquelle ce dernier doit toujours chercher à modifier l’exaltation désordonnée du cerveau ; mais ces phénomènes sympathiques ne s’opposent aucunement à l’action favorable de la médication employée, si elle est basée sur des données exactes et suivie sans interruption : seulement [a guérison de la maladie se fera beaucoup plusattendre.

Les accidens cérébraux peuvent augmenter ou se métamorphoser sans cesse et être même portés à un très haut degré, sans que la lésion nerveuse viscérale soit, comme nous venons de le dire, aucunement exaspérée ou dans des conditions plus défavorables à sa guérison. C’est pourquoi il nous paraît utile de tracer avec quelques détails le tableau de ces phénomènes multiformes qui font le désespoir des malades, et contre lesquels l'influence morale du médecin aura d'autant plus d'efficacité que le traitement de la malädie qui les occasionne sera plus activement suivi. Toutefois il n’ést pas rare de voir des accidens cérébraux se montrer encore après la guérison complète d’une viscéralgie qui leur avait donné naissance; mais ils ne persistent pas longtemps, et la régularité des fonctions des organes qui avaient été lésés, ramène bientôt le calme chez les malades. |

Les symptômes cérébraux peuvent se manifester dans le début des viscéralgies chez les individus

méticuleux, chez ceux surtout qui s'occupent habituellement de leur santé et qui redoutent de voir arriver la fin de leur existence ou en exagèrent la fragilité ; mais ils ont plus d'intensité et sont moins fugaces dans le second degré; dans le troisième, ils dominent tous les autres accidens résultant de la lésion de la sensibilité des nerfs viscéraux.

Les malades deviennent impressionnables à l’excès; la vue est troublée et son exercice fatigant, quelquefois même douloureux; la lumière vive est surtout incommode et occasionne des douleurs de tête fixées dans la région sus-orbitaire ; il y à aussi des illusions d'optique, des visions, une berlue permanente, enfin des hallucinations de toutes sortes. Les uns se voient constamment entourés de précipices, de fantômes, de nuages, de feux follets, etc. D'autres voient jaillir des éclairs ou sortir de longues traïnées de feu du terrain qu'ils doivent parcourir; ils croient apercevoir des mouches, des araignées, des filets, des taches de toutes couleurs, des étincelles ou des étoiles lumineuses différemment colorées, et toutes sortes de figures voltigeant dans l'atmosphère ou errant sur les objets sur lesquels la vue est dirigée. Ceux-ci voient briller d’un grand éclat les corps plongés dans l'obscurité la plus . profonde; ceux-là ne distinguent pas les objets les micux éclairés dont ils n’apprécient la présence que par le toucher.

I y a aussi des hallucinations de l’ouie, du goût, de l’odorat, du toucher. L’halluciné croit entendre

une voix qui l'appelle au milieu du silence le plus absolu, les accords d’un instrument harmonieux, ou le bruit d’une forte détonation, de l’écroulement d’un édifice, sans qu'aucune cause puisse donner lieu à une semblable perception. Il trouve l'odeur la plus suave dans les émanations les plus fétides ; il croit éprouver l'impression d’un parfum qui lui occasionne des maux de tête, dans des lieux qui en sont totalement dépourvus et dont Fatmosphère est tout-à-fait inodore. Le goùt n’est pas moins trompeur : les substances d’une saveur repoussante sont recherchées avec avidité; on rejette, au contraire, celles qui flattent ordinairement le palais. Le toucher peut être perverti de telle sorte, que les corps les plus lisses et polis semblent äpres et raboteux ; la sensation du tact est abolie; les corps froids paraissent chauds; ceux qui sont à une température élevée ne donnent qu’une impression nulle ou de froid.

Dans cet état d’aberration des fonctions des sens et de l'intellect, le caractère des malades change entièrement : les personnes ordinairement gaies et bienveillantes deviennent moroses el contrariantes; la confiance se tourne en défiance; les actions les plus innocentes sont l’objet de soupçons, de reproches et d’interprétations les plus mal fondés; Le viscéralgique accuse tout le monde d’injustice et de trahison; il est envieux, jaloux, dissimulé, ou fait parade d’une franchise importune et malveillante ; il se plaint à tout propos du sort affreux qu'on lui

fait éprouver ; des menées, des calomnies dont ilest victime; il ne veut plus croire aux sentimens exprimés par l’amour et l'amitié. Au milieu de tant de désordre, les facultés intellectuelles exaltées ne sont pas à ce point compromises que le malade soit sans inquiétude sur son état mental, et il témoigne sans cesse de la crainte qu’il éprouve de perdre la raison: il redoute de devenir fou , imbécile, de perdre la mémoire.

Les craintes des viscéralgiques pour ce qui concerne l’altération de certains organes de leur corps, sont aussi nombreuses que variées, fugitives et tou-jours renaissantes. Ils se consolent assez facilement et l'espérance les ranime pendant quelques instans : mais ils retombent non moins vite dans l'anxiété et le désespoir. Toujours l'esprit tendu sur les maux de toutes sortes dont ils ont trouvé la nomenclature et d’informes descriptions dans des livres de médecine, de la lecture desquels les viscéralgiques sont fort avides, ils se croient en proie à un cancer du pylore, à un ulcère rongeur, à une fistule interne. Us redoutent de tomber en apoplexie, en paralysie ; d’avoir une gastrite, un engorgement du foie, des obstruclions, une gale rentrée ou mal guérie ; d’avoir le sang gâté, décomposé, tourné, brûlé; d’avoir la bile passée dans le sang; d'être victimes de traitemens actifs qu'ils ont dû subir, ou de la maladie elle-même qui n’a pu guérir. Au moindre trouble dans les battemens du cœur, lorsque l'accès de toux le plus léger se manifeste, Le viscéralsique se dé-

sespère d’être menacé dans son existence par un anévrisme du cœur, ou de succomber bientôt au développement de la phthisie pulmonaire; heureux encore s’il ne s'occupe pas des nombreux germes de maux que lui ont légués ses ancêtres, et qui, tôt ou tard, dit-il, doivent mettre fin à une vie si remplie d’amertume.

Les individus atteints d’affections nerveuses parlent longuement, et avec une logique souvent embarrassante pour le médecin qu’ils consultent, des causes et des effets des maladies dont ils se supposent affectés. Ils interrogent tout le monde pour savoir si on ne connaît pas quelque personne atteinte d’un mal semblable au leur; mais ils ne s’occupent de la santé des autres que pour s’entretenir d’euxmêmes; ils questionnent tous ceux qu'ils rencontrent sur l'expression de leur physionomie, et sont vivement et péniblement frappés si on les croit malades. LES | Les viscéralgiques passent la plus grande partie de leur temps plutôt à consulter des médecins qu'à faire des remèdes, car leur incrédulité égale leur inconstance, et ils ne mettent guère en pratique les avis que leur donnent les praticiens sages et dépourvus de charlatanisme. Les empiriques, les commères, Les gens étrangers à l’art de guérir, et qui se mêlent de traiter les malades, sont, au contraire, leur providence, parce qu'ils flattent leurs caprices; de sorte qu'ils emploient simultanément des moyens dont l’action est le plus opposée, et risquent ainsi

de compliquer gravement les accidens qu'ils cherchent tant à éloigner. |

Par suite de cette disposition à rechercher les causes de leur maladie et les moyens d'y remédier, les personnes atteintes de viscéralgies étudient avec attention tous les phénomènes vitaux, se tâtent habituellement le pouls, écoutent battre leur cœur, observent le mécanisme de la respiration, explorent leur ventre et en palpent toutes les régions ; EXaminent scrupuleusement toutes les matières excrétées; recherchent, par la contemplation dans une glace de l'aspect de leur visage et de celui de leur langue et par l'inspection des urines, des garde-robes et des crachats, soigneusement conservés, si elles ne trouveront pas quelque indication utile à la connaissance de l'affection dont elles sont atteintes.

Nous n’en finirions pas si nous voulions retracer tous les motifs de tourment que se créent les viscéralgiques : nous avons rassemblé un assez grand nombre des accidens auxquels ces malades sont en proie, pour caractériser l’état des personnes atteintes d’affections nerveuses des viscères ; mais il est surtout important de noter le penchant qu'ont ces malades à s'occuper constamment d'eux-mêmes.

Chez un grand nombre d'individus où d'autres signes particuliers des lésions viscéralgiques manquent, ceux tirés de la sollicitude des malades pour eux-mêmes, sont une indication suffisante pour faire caractériser la nature ou au moins la complication de la maladie existante. |

Tels sont, en général, les symptômes qui accompagnent les viscéralgies dont le siége est dans les appareils digestif, nutritif, de la circulation sanguine et des fluides blanes, de la respiration, de la génération, des sécrétions et des excrétions. Mais de ce que nous avons présenté l’ensemble des phénomènes qui peuvent se manifester pendant le cours des affections nerveuses, il ne faudrait pas induire que l’on doitrencontrer tous ces phénomènes, ou la plupart d’entre eux, chez tous Îles individus atteints de viscéralgie. Au contraire, il est rare que les symptômes d’une même viscéralgie soicnt identiques chez divers malades, surtout de sexe différent, attendu que ces symptômes ne sont que l’expression de lésions de la sensibilité qui n’est pas la même chez tous les sujets.

TRAITEMENT DES VISCÉRALGIES

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