‹ Méthode curative externe des douleurs rhumatismales, goutteuses, nerveuses; des maladies lymphatiques, et des viscéralgies. Affections nerveuses des viscèresChapitre 45 sur 74 · NOEL · texte numérisé non relu

NOEL

Nouvelle lettre de l'année suivante, dans laquelle M. Noël m’annonce qu’il continue à mettre en pratique avec succès ma médication curative.

. Il arrive très souvent aussi que ma Méthode curative, dirigée contre un groupe tout entier de phénomènes névralgiques, les modifie, non pas simultanément, mais successivement, et, dans bien des cas, c’est celui de ces phénomènes qui avait ouvert la marche qui cède le premier, au grand étonnement des malades, mais quelquefois aussi à leur grande satisfaction. J'en ai recueilli, l'an dernier même, un bien singulier exemple, que je rapporterai brièvement joli s’agit d’une dame de Lyon qui, à la suite de douleurs épicraniennes, avait depuis long-temps perdu l’ouie. À cette déplorable infirmité, que rien ne put prévenir, vinrent se joindre des douleurs articulaires que le développement de quelques nodosités sur plusieurs articulations ne permit pas d’attribuer à autre chose qu’à la goutte. Ayant entendu parler par plusieurs de ses compatriotes des succès qu'obtenait en pareil cas ma Méthode curative, madame Raymond se décida à faire le voyage de Paris, où elle arriva dans le courant de juin 4842, et descendit hôtel Valois, rue de Richelieu. Mandé le lendemain même de son arrivée, j’eus une grande peine à me faire comprendre de la malade ; la faculté d’entendre étant complètement abolie, il me fallut m'entretenir par écrit avec elle. Je parvins ainsi à lui faire partager l'espoir que je conçus, non de la guérir complètement, mais

d'apporter un notable amendement à sa triste position, et cela non pas pour l’ouie dont elle avait depuis long-temps fait le sacrifice, mais pour ce qu’elle appelait simplement ses douleurs. Cependant, comme ces douleurs se faisaient vivement ressentir dans les oreilles et derrière le cou, c’est vers ces parties que je dirigeai d’abord les vaporisations et frictions. Dès les premières applications, madame Raymond sembla entendre un peu, et ce qui ne fut d’abord qu'une espérance, devint en peu de jours une incontestable réalité. Je pouvais causer avec elle sans trop éléver la voix, pendant les applications, et la maîtresse de l'hôtel put aussi tenir conversation avec cette dame, qui repartit pour Lyon après un court séjour à Paris, emportant avec elle tout ce que je lui indiquai pour continuer son traitement, et le 1% août elle m'écrivait :

« Monsieur,

» Ne me condamnez pas sans m'enténdre : que de contrariétés j'ai éprouvées depuis mon retour ! Les personnes sur lesquelles je comptais étaient toutes parties pour les eaux, et elles en reviennent comme eïles sont parties. N'ayant personne pour fairé mes vaporisations, j'ai dû me contenter de me frictionner avec du baume. Aussi ma toux est revenue, de même que mes chaleurs, mais qui pourtant sont sans fatigue et ne durent que quelques minutes. Dans tout cela, j'ai beaucoup gagné : c’est d'entendre très bien ma sonnette. J'ai aussi péu de douleurs dans les pieds, et je marche sans rien ressentir, si ce n’est parfois de légers picotemens ge durent peu. Le genou, du côté affecté de varices, ayant consi-

érablement enflé, me fatiguait beaucoup; mais l'ayant frictionné au baume, cela m’a beaucoup soulagée : il est maintenant dans son état naturel, etc. |

» Votre affectionnée, » E.-L. RAY—OND. »

Ayant, sur sa demande, fait envoyer à cette dame les objets nécessaires à la continuation de son traitement, j'eus la satisfaction d'apprendre que le succès vraiment extraordinaire obtenu du côté de l’ouïe se maintenait, et que l’amclioration relative aux douleurs goutteuses éfait loin de pren-

dre une marche rétrograde, car madame Raymond m'écri vait trois mois plus tard :

« Lyon, le 11 novembre 1842.

» Monsieur, ‘

» Je vous remercie de votre aimable lettre du 18 août, et vous donne quelques détails de ma santé. J'entends toujours ma sonnette ; mais, pour entendre parler, il faut encore que l’on soit assez près. Depuis les froids, les douleurs de goutte se font sentir ; mais elles ne durent pas; le genou grossit parfois, je le frictionne,

il survient une éruption et l’enflure diminue, etc., etc. Je regrette de ne pouvoir vous faire autant de prosélytes que je le voudrais, etc.

» Votre très dévouée, » E.-L. RAYMOND. »

On peut rapprocher des observations qu’on vient de lire celles que j'ai cru devoir placer avant les considérations générales sur les viscéralgies, et qui ont pour sujets des malades affectés de troubles nerveux qui pourraient réellement rentrer dans la classe des viscéralgies proprement dites ; ce sont les cas de M. Plantevignes, Servais, Groves, atteints de Névroses-cérébro-spinales (pages 91 et suiv.).

Voici maintenant un cas de viscéralgie gastrique qui a cédé à ma Méthode curative, quoiqu'il füt très ancien, puisqu’il datait de plus de huit ans, et qu’il fût accompagné d'un état très marqué d’hypocondrie.

Le 1% juin 1839, M. V., directeur des usines du fourneau de Saint-Loup, près Gray, dans le département de la Haute- Saône, m'écrivait qu'ayant lu mon Mémoire sur les viscéralgies, et ayant parfaitement reconnu sa position dans la description que j'y donnais de ces maladies, il était décidé à avoir recours à mes moyens, pour lesquels il avait conçu la plus grande confiance, malgré l’avis de son médecin qui lui conseillait de s’abandonner aux seuls efforts de la nature. L’affection débuta, il y avait une huitaine d'années, par une chaleur d'estomac, de fréquentes palpitations, et un ennui

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insupportable. Le malade resta quatre mois environ sans consulter de médecin, et celui aw’il consulta le premier, ne manqua pas, suivant les erremens de l’époque, de lui déclarer qu'il était affecté d’une gastrite chronique : de là, sangsues à l’épigastre et au fondement, régime débilitant. Ce traitement, suivi pendant deux et même trois ans, non seulement ne modifia aucunement les accidens morbides, mais au contraire les aggrava, et l'estomac ne fut ramené à son état à peu près normal que par l'emploi de quelques purgatifs et par une nourriture plus substantielle que M. V. prit à l'insu de son médecin. Le trouble profond de l'innervation, qui était la cause essentielle de la maladie de M. V. et qui était complètement méconnue, persistait donc, car ce monsieur m'écrivait :

« Si inon physique n'annonce pas un état maladif bien prononcé, je suis loin d’être dans ma position ordinaire ; j’éprouve toujours de l’ennui et suis toujours disposé à m'occuper de ma santé. Les douieurs que j'éprouvais dans les pieds et dans les mains, et qui ne disparaissaient que sous l'influence d'une légère transpiration, n existent plus il est vrai; mais il me semble encore auJourd'hui que j'ai de l'embarras vers la région ombilicale ; car quand je suis couché sur le dos, je crois avoir dans cette partie, qui est indubitablement plus sensible, comme un poids, et J'y ressens un battement qui fait l'effet d’un pouls. Quelquefois ce battement augmente et remonte jusqu’au creux de l'estomac; dans ce cas mon anxiété augmente, et alors ma tête s'embarrasse, mon ouie devient moins claire, etc., etc. »

À une description aussi nette il était-impossible de mécounaître une viscéralgie dont le siége avait d’abord été l’estomac, et qui s'était aggravée sous l'influence d'un traitement débilitant, si contraire à un homme de quarante-trois ans, dont la vie se passait dans les travaux soutenus qu’exige la direction d’une grande administration. Aussi n’hésitai-je pas à promettre la guérison, sans toutefois me faire illusion sur la difficulté de calmer le moral, que tout m’annonçait avoir reçu une violente atteinte. Je conseillai en conséquence d'ajouter aux moyens qui constituent ma Méthode curative, une médication propre à activer les fonctions di-

ai

gestives et à les faire prédominer sur les fonctions intelleciueiles ; dès le 5 août je reçus de M. V. la lettre suivante :

« Monsieur,

» Depuis quelques jours j’éprouve moins de pesanteur et il me semble que le succès marche, quoiqu’assez lentement; j'ai remarqué le matin, en me levant, que la pesanteur était plutôt fixée au creux de l'estomac qu'ailleurs. J’éprouve toujours un peu de chaleur dans les pieds; mais vos frictions me la font disparaître. L’appétit est toujours bon, et c’est surtout après le repas que je vas bien. Enfin j'espère bien, en suivant votre traitement, me débarrasser de cette maudite maladie qui me tracasse plus qu'elle ne me fait souffrir. Je vous serais en conséquence obligé de vouloir bien me faire parvenir le plus tôt possible, etc., etc. »

Quelques circonstances indépendantes de ma volonté ayant retardé l’envoi et la réception des remèdes demandés, M. V., content d’avoir une occasion de m’entretenir de sa maladie, me donna de nouveaux détails, desquels je crus pouvoir conclure que les battemens qui se manifestaient souvent la nuit dans la région épigastrique, et l’engourdissement qui leur succédait, n'étaient que des effets produits par la stase du sang dans la position horizontale. Aussi augurai-je que cet état se dissiperait lorsque linnervation se régulariserait, et conseillai-je l’usage de la poudre anti-viscéralgique. Le 24 septembre, M. V. m'écrivait ce qui suit :

« Monsieur le Docteur,

» Je vous prie d’excuser la négligence que j'ai mise à vous rendre compte du résultat que j'ai obtenu de l'emploi de votre traitement.

» J'ai d'abord à vous dire, qu’au lieu d'en suivre les prescriptions matin et soir, pendant quinze jours, comme vous l’ordonniez, je n'ai pu, à cause des courses que j'ai eu à faire le matin, l’emplayer que le soir. Les effets en ont été nécessairement plus longs à se faire sentir. Pendant près de trois semaines je n’'apercevais presque aucune amélioration, puis tout-à-coup, et le lendemain méme d'un jour où j'avais été passablement ennuyé, j'ai remarqué un changement subit en mieux : on eût dit que c'était un adieu que l'ennui avait voulu me faire. Cet état si satisfaisant se soutenait Gepuis une huitaine de jours, lorsqu'it m'est survenu un violent mal de gorge que j'attribue à des refroidissemens que j'ai

éprouvés dans mes courses, L’irritation locale qui en à été la suite, mais qui n’est plus rien aujourd’hui, m'a forcé, depuis cinq ou six jours, à suivre un régime adoucissant et conséquemment débilitant. Dès lors j'ai été à même de juger que vous aviez parfaitement apprécié ma maladie, puisque la cause toute accidentelle qui m'a fait m'écarter du régime que vous m'aviez prescrit, m'a mis à même de m'apereevoir que le suecès était non seulement paralysé, mais encore qu'elle avait nui à l'effet déjà obtenu.

» Il s'agit donc maintenant de réparer Le tort qu'a pu me causer cette légère indisposition; et à cet effet, je viens vous prier, Monsieur, de vouloir bien me faire adresser le plus tôt possible ce qui sera nécessaire pour prolonger votre traitement assez long-temps pour obtenir cette fois une complète guérison, que je serais heureux de pouvoir vous annoncer, etc. »

À cette lettre, qui motiva de ma part de nouveaux conseils, succéda la suivante qui m’arriva le 23 novembre :

« Monsieur,

» Je viens vous annoncer que j'ai épuisé les médicamens que vous m'avez fait expédier, el que, malgré ma persévérance dans l'emploi de votre traitement, je ne suis pas encore totalement guéri. Je dois cependant reconnaître que j'en ai obtenu une amélioration très sensible, et que mon état est infiniment plus supportable, comme j'ai déjà eu l'honneur de vous l'écrire ; mais j'éprouve encore de temps à autre, et surtout le matin, à dater de mon premier réveil, après un sommeil de quatre à cinq heures, plus ou moins d’ennui, c’est à dire que je Suis encore disposé à m'occuper de ma santé, et que je suis obligé de faire des efforts pour reporter mes idées sur d’autres objets. Voilà à présent tout mon mal; car, à part cela, j'ai bon appétit; je prends autant d’alimens qu'une personne qui jouit d’une bonne santé; je remarque même que, loin de m'être nuisibles, c’est au contraire après le diner que je vas le mieux : l'ennui, si j'en ai, disparaît immédiatement, le courage et l'énergie reprennent le dessus.

» Quant au physique, il est bon et loin d'annoncer une mauvaise santé ; en effet, je ne manque plus de forces, car il m'arrive assez souvent de faire des exercices à pied, de six, sept et huit heures, soit pour mes occupations, soit pour des parties de chasse, et j'en reviens toujours avec un bon appétit... Ainsi, il est constant que votre traitement m'a fait beaucoup de bien ; qu’il a surtout la propriété de calmer; car j'ai remarqué que lorsque j'avais des battemens dans l'estomac, ils cédaient de suite à vos vaporisations, etc. »

Il était donc bien évident pour moi que M. V. était, malgré ses hésitations à l'avouer, complètement guéri de la névrose viscérale qui avait fait le fond de sa maladie, et qu'il

ne lui restait plus que cette vague inquiétude et cette crainte de retomber malade qui assiégent quelquefois si long-temps les hypocondriaques, même après la disparition complète des- symptômes par lesquels se trahissait leur affection : aussi ne balançai-je pas à engager M. V. à suspendre tout traitement. Il suivit ce conseil et m’écrivit, sous la date du 8 décembre, que son appétit continuait à être excellent, et que sans doute, comme je le lui faisais espérer, les choses ne tarderaient pas à aller encore mieux. !l profita même de cette occasion pour me témoigner et me prouver sa recon— naissance. |

La lettre suivante, que je reçus plus de six mois après, me prouva que mon opinion était fondée, et qu’il ne restait au malade qu'une susceptibilité nerveuse dont quelques applications à distance ont fait justice. ;

« Fourneau de Saint-Loup, le 19 juin 1840, » Monsieur,

» Vous m'avez conseillé, l’année dernière, de suspendre votre traitement, pour le reprendre ensuite si j’éprouvais de nouveaux accidens. Pour vous mettre à même de juger de l'utilité de son emploi, je dois vous faire connaître mon état actuel,

» D'abord, comme j'ai eu l'honneur de vous lannoncer, votre traitement a rendu à mon estomac toute sa souplesse, et je n’y éprouve plus aucun embarras. Seulement je ressens encore quelquelois le matin, après mon lever, un peu de pesanteur accompagnée d’an léger battement; puis il n'est toujours un peu resté de cette susceptibilité nerveuse qui me rend craintif. C’est en quoi aujourd'hui Consiste tout mon mal; car j'ai du reste de l'appétit, et mon estomac fonctionne bien. J'ajoute qu'il m'arrive encore des fois, mais rarement, de transpirer; je ne m'en trouve que mieux après. En résumé, je trouve une grande amélioration à mon état. Ne penseriez-vous pas cependant, Monsieur, que ce serait le cas de faire usage de votre traitement, pendant un mois environ; j'ai l'espoir qu'il pourrait détruire totalement cette susceptibilité nerveuse que j'éprouve encore. Je vous prie d’agréer l'assurance de mes sentimens, ele., etc.

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En

Toutes les viscéralgies ne se fixent pas dans leur début

r les organes qu’elles doivent affecter ; elles sont souvent précédées de pliénomènes erratiques, qui se montrent le plus ordinairement sous la forme de rhumatismes ; cela confirme pleinement ma théorie sur la nature des affections rhumatismales, que je considère uniquement, ainsi que je l'ai dit, comme de simples lésions de l’innervation. L'observation suivante démontre toute la vérité de cette assertion.

Dans les premiers jours du mois de mai 4838, je fus consulté par M. le docteur Jouenne-Lonchamps, résidant à Eu. Cet honorable confrère ressentait depuis long-temps des douleurs vagues dans les cuisses, les hanches et les lombes. Ces douleurs se concentrèrent bientôt sur la région épigastrique, et furent accompagnées d’un état de malaise géné ral, qui plongeait le malade dans le plus grand abattement moral, et lui suscitait sur sa santé des craintes que la nature même de son mal ne justifiait pas. Convaincu, par expé— rience, que cet état pathologique était un de ceux contre lesquels ma Méthode curative est presque toujours opposée avec succès, j'en conseillai sans hésiter l'emploi à M. Jouenne, qui accepta avec empressement mes conseils, ‘et se procura les objets nécessaires au traitement, AL Jouenne Re put pas Commencer son traitement avant le 12 où même ie 15 juin, puisqu'aucun médicament ne lui fut expédié de Paris avant le 7, et cependant, dès le 1° juillet, je reçus de lui la lettre suivante : , ,

« Monsieur et honoré Confrère,

» Je ne vous ai pas encore donné de détails sur les effets de votre Méthode curative, car je voulais étre à même de bien apprécier mOn état pour vous en rendre un compte plus exact. Je dois vous dire que j'ai favorisé les effets du traitement par la continence et un régime approprié. Je suis à peu près débarrassé des douleurs vagues que je ressentais, principalement dans les cuisses et dans les hanches, surtout quand l'atmosphère offre peu de variations : il me semble aussi que je suis moins frileux. Du côté de l'estomac, je n'ai point encore remarqué d'amélioration sensible : il n'arrive parfois, lorsque le temps est mauvais, de souffrir de ce viscère, ce qui à principalement lieu lorsque le vent est fort et le temps humide; aussi la chaleur sèche m'est extrêmement favorable, Dans

mn fers

le premier cas, ma langue est blanchâtre, un peu pointillée et légèrement rouge à sa pointe. Néanmoins pas de soif ni de vomissemens, ni même de dégoût pour les alimens qui me semblent toujours bons.

» Quand je souffre de l'estomac, ma digestion est pénible; j'ai des éructations gazeuses, je suis triste, je bâille et j éprouve une paresse inaccoutumée. La nuit qui suit une semblable journée est souvent bonne, et si le lendemain le temps devient plus beau, je me trouve beaucoup mieux, etc. Voici ma situation actuelle. N'y at-il pas un engorgement chronique du côté de La valvule pylorique ou des membranes de l'estomac? N'y a-t-il pas à la fois élément nerveux et élément inflammatoire, ou l'inflammation est-elle la seule cause du mal? Je me suis pratiqué dix vaporisations sur Pabdomen et la poitrine, quatre sur la colonne vertébrale, et six sur les articulations coxo-fémorales. Si vous pensez qu’il soit utile de persévérer, veuillez, etc., etc. »

À ces détails si clairs, mais si minutieux, il devint évident pour moi que Paffection toute nerveuse qu'éprouvait M. Jouenne, avait réagi sur la sensibilité générale, et avait déterminé un état assez voisin de l’hypocondrie; je m'empressai donc de corroborer la confiance du malade et son espoir de guérison, en lui faisant pratiquer, loco dolenti, la vaporisation simple et balsamique. Le 26 août je reçus de Jui cette lettre :

« Monsieur et honoré Confrère,

» Depuis long-temps je désirais vous écrire, mais le temps n'a manqué. Ma santé s'est améliorée; j'ai suivi le conseil que vous m'aviez donné dans votre lettre, et j'en ai encore éprouvé beaucoup de soulagement. Les douleurs ne reviennent plus du tout dans la région lombaire et dans les cuisses; j'y ressens parfois seulement un simple embarras. Du côté de lestomac j’éprouve encore de temps en temps quelques secousses; mais, en résumé, je me trouve mieux, quoique je ne puisse me dire entièrement guéri. »

Près de trois mois se passèrent sans que je reçusse de nouvelles de M. Jouenne, qui, enfin, m'écrivit sous la date du 410 novembre : .

« Mon cher Confrère, :

» Mes occupations m'ont encore empêché de vous écrire comme je le désirais depuis long-temps. Je vous dirai que je vas de mieux

en mieux, surtout depuis que je porte habituellement des gilets de flanelle imprégnée de votre préparation; je ne suis cependant pas encore un homme bien robuste, et je ne le serai jamais, car un mauvais arbre ne peut produire de bons fruits (physiquement parlant) ; mais cependant il y a un mieux bien réel, quoique j'aie ces$é les frictions depuis trois mois. J’éprouve rarement les douleurs dont je vous ai donné la deseription : elles se bornent à un

oint limité de la région lombaire du côté droit et sont faibles. Quant à l'aspect extérieur, je suis un peu plus coloré et je me sens plus de vigueur; cependant j'éprouve encore parfois des aga— cemens nerveux, quelques attaques de gastralgie, d’'hypocondrie, etc.; mais ne demandons pas l'impossible. La mauvaise saison avance, et je désire me mettre en mesure d'en combattre les elfets. Je pense donc à recommencer les vaporisations, et vous prie en conséquence de vouloir bien, etc. »

Cette fois la guérison fut aussi complète que possible , et ce qui me le prouva, c’est la lettre suivante que je recus du docteur Jouenne, plus d’un an après celle qui précède :

« Eu, le 1° décembre 1839.

» Monsieur,

» IL y a près de deux ans que je vous ai consulté pour des douleurs rhumatismales et que j'ai fait usage de votre traitement. Depuis cette époque, j'ai rarement souffert de grandes douleurs: mais depuis quelque temps le mauvais état de l'atmosphère a donné lieu à quelques légères atteintes; ayant peur qu’elles ne deviennent plus fortes, je désire recommencer les applications pendant quelque temps : étant sur le point de partir pour aller en Italie, je crois qu'il est prudent de prendre le parti que j’adopte. »

M. Jouenne m'écrivit encore une fois avant son départ pour Italie; mais il ne se plaignait plus alors que de corysas et de maux de gorge qui lui survenaient dans les froids humides, et ne parlait de sa maladie principale que par une sorte d'habitude, qu'il est difficile de détruire chez les personnes qui ont été affectées de troubles nerveux.

Dans les cas de viscéralgies hypocondriaques très in tenses, je suis loin de penser que le traitement physique seul puisse toujours guérir; je reconnais au contraire la nécessité d'aider dans bien des cas les effets de ce traitement par

des soins moraux. Ces soins consistent surtout à ne pas heurter les malades en voulant, comme le font à tort un si grand nombre de médecins, leur persuader que leurs souffrances ne sont qu'imaginaires ; à compatir à leurs maux en soutenant leurs espérances ; à s'emparer de toute leur confiance, en ne refusant d'entrer avec eux dans aucun détail propre à les convaincre que leur mal vous est parfaitement connu ; car telle est souvent leur susceptibilité, que la plus légère marque d’impatience de la part du médecin les irrite, que la moindre hésitation les effraie.

Voici un exemple qui prouve combien ces malades sont impressionnables, et qui démontre le besoin de seconder les effets du traitement médical par une bonne direction imprimée à leurs facultés intellectuelles.

Dons le courant du mois d’août 1837, je fus consulté par M. Levavasseur, âgé de trente-quatre ans, maître de poste à Breteuil (Oise), qui ressentait depuis long-temps les terribles atteintes d’une viscéralgie hypocondriaque des plus caractérisées. Ce malade, ayant déjà réclamé et reçu sans succès les conseils de plusieurs médecins, n'avait plus, dans les ressources de la science, une foi assez grande pour se livrer sans hésitation aux conseils d’un homme qui n'aurait rien fait pour mériter toute sa confiance. Aussi vint-il à Paris dans l'intention de mieux apprécier la valeur de mes avis. Après avoir maudit, c’est le mot, les médecins auxquels il avait eu jusque là recours, il m’exprimait ainsi ses souffrances :

« Je n’apporterai aucune dissimulation, et puisque vous me permettez de m'ouvrir amicalement à vous, je dois vous dire que, sans m'en inquiéter beaucoup, j'éprouve néanmoins des choses réellement pénibles : je veux parler de ces serremens et de ces gonfle- . mens habituels qui occupent tout mon corps, le fatiguent et le tourmentent sans cesse, et qui, quand iis se portent à la tête, jettent le trouble dans tout mon organisme, au point de m'empêcher de me tenir debout et de me courber, comme par l'effet d’un travail morbide. Ces sensations sont souvent si fortes, que je ne puis rester boutonné, bien que mes vêtemens aient beaucoup d'ampleur.

Je quitte la société, y reviens l'instant d’après et recommence continuellement ce manége. Si je reste à table plus long-temps que de

coutume, je me lève sans cesse pour satisfaire à quelques besoins, tandis que nul aütre convive ne le fait...

» Tout cela ne constitue certainement pas un état normal ; aussi, sans être bien fâcheux, cela suffit cependant pour me donner le désir de vivre sinon dans la solitude, du moins sans la moindre étiquette. Je fais souvent des efforts réitérés sur moi-même pour me remettre dans les habitudes du monde, dont les goûts différent tant des miens. Vous saisissez trop bien ma position, mon cher Monsieur, pour ne pas être convaincu de ce que j'avance. Si je voulais, je pourrais vous accuser bien d'autres symptômes, mais cela ne servirait à rien, j’éprouve tout ce que vous avez décrit dans votre ouvrage. »

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Il est rare, comme on le voit, de porter plus loin cet état de susceptibilité nerveuse et de sombre impressionnabilité qui constitue l’hypocondrie ; mais il était difficile en même temps d’avoir affaire à un homme d’un cœur meilleur et à un malade plus docile. Je craignis cependant que, soigné par correspondance, M. Levavasseur n’eùt cela de commun avec tous les hypocondriaques, qu'il s'occupât plus activement à raisonner avec son mal qu’à user de tous les moyens que je mettais à sa disposition pour le combattre. Aussi l’engageaije à recevoir directement mes soins à Paris, ce à quoi il s’empressa d’acquiescer. Ne voulant pas le laisser trop livré à luimêrne, je le plaçai, pour ainsi dire, sous ma main, dans une maison fréquentée par des membres de ma famille et par quelques amis; en moins de deux mois, dans le cours desquels je lui fis moi-même chaque jour des applications, tant sur l'abdomen que le long de la colonne vertébrale, il obtint, non pas une simple amélioration de santé, mais un complet rétablissement. La lettre suivante, qu'il m'écrivit plus de trois mois après son départ de Paris, en est une preuve incontestable :

« Breteuil, ce 24 novembre 18387.

» Mon cher monsieur Comet,

« Ne me taxez ni d’indifférence, ni d'oubli si je ne vous ai pas écrit plus tôt, car l'éloignement ne m'empêche pas d’avoir toujours présent à l'esprit celui auquel je suis redevable du plus précieux des biens, de Ja santé : santé que j'ai le bonheur de voir s’a-

méliorer de jour en jour, et que, par une activité incessante, je ne laisserai pas retomber. Oui, je me plais à le proclamer, mon moral et mon physique ont été métamorphosés et régénérés, l’un par vos excellens conseils sur la manière de régler ma vie intellectuelle et de modérer son action prédominante; l’autre par la supériorité incontestable de votre admirable trailement, que la prévention ou l’inconstance de ceux qui en usent peuvent seules faire échouer.

» Qui, Monsieur, vous avez droit à ma reconnaissance, et la plus vive et la plus douce satisfaction pour moi est de vous lexprimer. Mais il faut être moi-même pour apprécier toute la distance du sentiment à l'expression, Depuis que la plus heureuse des inspirations m'a conduit vers vous, j'ai vu se dissiper chaque jour, par vos soins bienveillans et comme par enchantement, cette affreuse maladie qui me dévorait et à laquelle je n’opposai sans cesse que des efforts impuissans.…… Ma santé étonne bien du monde, et j'en reçois des complimens que je vous renvoie de bien bon cœur, car c’est à vous que tout est dù., Soutenu désormais par la conscience de ma position, je ne laisserai pas perdre le fruit d’un traitement qui tient presque du miracle, et ne cesserai de continuer les relations de

vive amitié que vous m'avez permis d'établir avec vous. »

Sans doute cette lettre porte encore le cachet d’une excessive impressionnabilité et autorise à croire qu'il n'aurait fallu qu’un léger accident du côté des organes primitivement malades, ou qu’une affection morale trop vive pour troubler l'harmonie que j'étais si bien parvenu à rétablir. C’est donc à éviter toute secousse physique et morale qu'il faut s’étudier après le traitement même le plus fructueux. Comme le moral chez M. Levavasseur pouvait seul donner quelques craintes, je mempressai de raffermir son courage par la lettre suivante :

« Paris, 27 novembre 1837.

» Monsieur et ami,

» Vous êtes très certainement un excelient homme, mais ne vous en glorifiez pas trop, car il ne dépend pas de vous d'être autrement. Si à votre heureuse organisation vous joigniez un peu de fermeté, si vous vous étudiiez enfin à être bon comme un homme et non comme une femme, vous seriez parfait. Il faut que l’homme soit fort au moral comme au physique pour remplir la tâche que la nature Jui a imposée. Si je n'étais bien sûr que vous pouvez acquérir ce qui vous manque, je ne vous ferais pas remarquer par où vous péchez, et comme il suffira que vous veuilliez fermement, il imporie qu'on veus rappelle souvent que vous devez vouloir;

vous êtes dans des conditions si favorables, que tous vos efforts doivent tendre à ce but...

» Oubliez votre santé, ne craignez rien autant que de vous en occuper. Eh quoi! souffrir, qu'est-ce donc quand on n’est pas cloué dans un lit avec la fièvre qui nous prive de nos forces et de toutes nos facultés? Mais c’est assez, mon bon ami, car si je voulais me monter à voire ton, je vous ferais un cours de métaphysique senti mentale, et rien n'est plus ridicule, je vous l'ai souvent dit, que de disserter au lieu d'agir. Je vous remercie de vos témoignages de reconnaissance , qui me fourniront une belle page pour mes observations de guérisons ; mais actuellement vivez comme un homme guéri : vous ne devez plus dire que vous l’êtes, il faut le prouver par vos actes, etc... »

M. Levavasseur suivit mes avis et m’écrivit, pour le pre mier de l’an, la lettre affectueuse, mais simple, qui suit :

«Breteuil, 1° janvier 1838, » Mon cher monsieur Comet,

» Vous êtes toujours présent à mon esprit et je vous porte toujours dans mon cœur. Sans cesse pénétré des mêmes sentimens pour vous, je n'oublierai jamais les heureux instans que votre bienveillance pour moi vous a permis de me consacrer. J'ai donc la conviction que vous accueillerez l'expression sincère des vœux que je joins à ceux de vos meilleurs amis à l’occasion du jour de l'an. Recevez, elc.

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