‹ Méthode curative externe des douleurs rhumatismales, goutteuses, nerveuses; des maladies lymphatiques, et des viscéralgies. Affections nerveuses des viscèresChapitre 47 sur 74 · GUYOT · texte numérisé non relu

GUYOT

Les aveux contenus dans cette lettre étaient pour moi d'un augure favorable. Aussi, sans espérer que la guérison Mmar— cherait toujours régulièrement, j'engageai M. Guyot à persévérer dans l'emploi des moyens externes que je lui avais conseillés, et de les aider en faisant usage, matin et soir, d’une prise de poudre anti-viscéralgique ; du reste, je l’engageai, au besoin, à prendre les avis de son médecin ordinaire, s’il survenait accidentellement quelque signe de maladie aiguë. Enfin, après plusieurs alternatives de bien et de mal qui se prolongèrent jusque vers la fin de 1840, les choses prirent, tant au physique qu’au moral, l'aspect le plus favorable, et j'acquis la certitude de la guérison complète par M. Guyot lui-même, qui vint à Paris m'offrir un témoignage de sa reconnaissance, et me déclarer, dans les termes les plus expressifs, que je lui avais rendu la vie, comme le bonheur à sa famille.

Voici un autre cas de viscéralgie, qui montre que la Méthode curative externe à une action que des interruptions multipliées dans le cours de son emploi peuvent suspendre, mais non pas en empècher les bons effets, lorsqu'on les reprend avec régularité, même tardivement.

A M. le Docteur Comet.

«Moulins, 3 août 1840.

» Monsieur,

» Depuis plus de seize ans je suis tourmenté par une gastro entéile chronique, pour la guérison de laquelle je croyais avoir Cpuise

toutes les ressources de F1 médecine, lorsque j'eus connaissance de votre Méthode curative externe. de me suis hâte de faire venir vG-

tre ouvrage et je l'ai lu avec avidité. Vous dépeignez avec un rare

talent d'observation, à l’article des viscéralgies, tous les symptômes de l’infernale affection qui fait le désespoir de ma vie, et vous me donnez le désir d'essayer si votre procédé curatif est aussi efficace que vos explications sont intelligentes et profondément senties. Je vais rapidement vous exposer le tableau de ma santé avant et depuis les premières atteintes de la maladie qui me mine lentement. :

» À quinze ans j'éprouvai une légère irritation d'estomac, accompagnée de diarrhée. Cette indisposition cessa; néanmoins, depuis cette époque, j'ai toujours conservé de la tendance à l'enrouement et à l'irritation gastrique. Je quittai le collège à dix-huit ans et devins un chasseur intrépide et infatigable. Je me mariai à vingt-trois ans. Mes habitudes devinrent alors aussi sédentaires qu’elles avaient été actives; j'aequis un embonpoint prodigieux. C’est de cette époque que date ma sérieuse maladie. L'irritation gastrique augmenta ; }j éprouvai des nausées chaque matin, et je consultai le médecin de ma localité, qui me fit prendre deux grains d'émétique dans trois verres de petit-lait clarifié : j'éprouvai des spasmes et des crampes d'estomac épouvantables, et rien de plus; puis il me survint une diarrhée très abondante. Le même médecin me prescrivit aussi Les eaux gazeuses et ferrugineuses de Saint-Pardoux ; mais ma maladie ue fit qu'accroître, et les accidens devinrent si graves que je me décidai, en 1824 (j'avais alors vingt-sept ans), à consulter M. Broussais.

» MM. Broussais et Sarlandière m'ordonnèrent un traitement complètement anti-phlogistique, que j'ai strictement observé jusqu’en 1829. Etouné alors du peu de succès de ma consciencieuse obéissance, je consultai M. Chomel, qui me conseilla un vésicatoire au bras gauche, un séton à la nuque, me ramena progressivement à un régime plus fortifiant, m'ordonna un exercice modéré au soleil, les bains et boissons sulfureuses. Ma soumission à cette consultation à été aussi complète qu’elle l'avait été à la précédente. Ma situation s'est peut-être améliorée ; la gorge et la poitrine sont devenues libres ; l'estomac lui-même est plus rarement engagé; mais l'abdomen, particulièrement vers le flanc droit et au dessous du nombril, est toujours plus ou moins affecté. Pendant les beaux jours, avec un régime bien observé, malgré des chaleurs et des malaises fréquens aux intestins, je passe ma vie sans trop de souffrances, mais dès les premiers froids mon sang abandonne la superficie, et se porte en masse à l'estomac et surtout aux intestins. Alors apparaissent tous les symptômes que vous indiquez à l'article des viscéralgies. Je perds totalement l'appétit, mon estomac remplit péniblement ses fonctions; mes intestins se paralysent, j'éprouve une constipation cruelle ; le peu de boissons gommées simples où coupées avec du lait, que je prends par cuillerées pour

m'empêcher de mourir d'inanition, séjournent long-temps un peu au dessous du nombril. Ma tête, mon estomac et mon abdomen sont brülans, et, malgré la flanelle dont je suis couvert, j'ai les extrémités glacées.

» Malgré l'ancienneté de ma maladie, le médecin, qui est actuel-

lement mon conseil et mon ami, m'a assuré, après percussion et auscultation, et après avoir palpé attentivement la rate, le foie, l'épigastre, l'abdomen et Le thorax, qu'il n'y avait désorganisation ni engorgement nulle parf, mais seulement désordre fonctionnel. J'ai recours à vous, Monsieur, comme à une dernière ancre de salut. Je vous prie, en conséquence, de me faire adresser tous les médicamens que vous croirez pouvoir assurer ma guérison, ou au moins améliorer ma position. , » Recevez, etc.

»:L. BILLAUD, » Premier adjoint au maire de Moulins. »

Je répondis immédiatement à M. Billaud, par la lettre suivante :

« Monsieur,

» J'accepte avec empressement la confiance que vous voulez bien m'accorder, parce que j'ai la conscience que je pourrai la justifier. Les détails que vous me transmettez sur les accidens qui troublent votre santé me donnent la conviction que vous m’êtes aucunement atteint d'une lésion organique. H ne s'agit done que de modifier et régulariser l’action nerveuse dont la perturbation engendre les maux que vous éprouvez. J'ai eu l’occasion de donner des soins à M. Guyot, directeur de l'Ecole supérieure de votre ville, dont l'affection avait beaucoup d'analogie avec celle dont vous êles atteint. Le succès que j'ai obtenu chez ce monsieur par ma médication, et qui m'a valu de sa part des marques réitérées et surabondantes de reconnaissance, m'engage à vous faire espérer un résultat non moins avantageux. |

» Oui, Monsieur, j'ai la ferme conviction que vous recouvrerez une bonne santé, si vous voulez mettre en usage, mais cæclusivement à lous autres, el avec une persévérance suffisante, les moyens que je vous indique ici. » (Suivait le détail de la médication conseillée.)

M. Billaud commença son traitement le 15 août, c’est à dire aussitôt ma consultation reçue. Malheureusement, huit jours s'étaient à peine écoulés, qu’il éprouva une indisposition tout-à-fait accidentelle, et dont il me donna avis en ces termes :

« Moulins, 8 septembre 1840.

» Monsieur,

» Un échec que je viens d'épreuxyer, et que je crois pouvoir n'attribuer qu'à Fa grande chaleur, à retardé ma réponse et m'a fait

Ne,

penser qu'il était prudent de suspendre mon traitement de quelques jours. Le 27 août il fit extrêmement chaud, je me levai sans malaise, je déjeûnai avec plaisir, je vaquai à mes affaires et à celles de la ville comme d'ordinaire: à quatre heures je rentrai chez moi très fatigué, jé me couchai la gorge embarrassée, la tête douloureuse et brûlante, les pieds froids et un léger frisson fébrile ; je passai une nuit sans sommeil. Le lendemain inflammation de la gorge augmenta, la chaleur de la téte et le froid des pieds persistérent; la nuit suivante fut encore très agitée. Cet état dura Cinq jours et fut suivi d’une grande irritation à Ja peau ; mes mains et mes pieds devinrent gonflés et brûlans ; mes épaules, mes genoux, mes cuisses et mes jambes se couvrirent de plaques rouges faisant relief et s’'accompagnant de démangeaisons insupportables, etc.

» Aujourd'hui mon état s'est beaucoup amélioré, mais je suis encore trés faible; le plus léger exercice, la plus légère agitation physique ou morale me rend très impressionnable aux plus légères variations de la température, J'ai recommencé mon traitement depuis deux jours et je n’en ai pas été fatigué,

» Veuillez régler ma conduite, etc. »

Je conseillai de suite à M. Billaud de suspendre le traitement jusqu’à ce que la convalescence de l'affection éruptive, dont il venait d’être accidentellement atteint, fût complète, puis de le reprendre ensuite ; et dès le 18 septembre il m’écrivait :

C J'ai recommencé les Vaporisations : je ne vous dirai pas que je nven irouve mal; j'ajouterai même que mon estomac paraît avoir plus d'énergie; il me demande davantage, el il digère avec plus de facilité certains alimens, tels que le pain, la viande : 1e bois même un peu de vin coupé avec de l'eau, ce que je n'osais pas me permettre depuis bien des années. Quoique les désappointemens aient détruit chez moi les illusions et l'enthousiasme, j'agis cependant comme si j'étais sûr du succès... Je compte sur votre traitement spécial pour maintenir la circulation du sang à la peau, l'empêcher d'être refoulé et fixé à l'intérieur par le froid, et enfin pour parer aux graves accidens auxquels j’ai échappé miraculeusement depuis tant d'années, et qu'une fausse manœuvre, une légère imprudence de régime, commise au moment de la guéri- Son, pouvait tôt où tard rendre mortels... »

Ge que je craignais le plus pour M. Billaud, c'était l’approche de l'hiver, saison pendant laquelle son état s’aggravait toujours ; mais je fus rassuré par une lettre de lui, datée du 6 novembre, et qui contenait ces passages :

« Vous voyez, Monsieur, que je suis avec persévérance votre

ho

traitement : trois fois de légères indispositions n'ont obligé de le suspendre, mais j'ai peu tardé à le recommencer, et depuis plus d'un mois je l’exécute sans interruption... Les approches de l'hiver ne me paraissent pas aussi dures que les années précédentes, et il me semble que mes intestins subissent moins les influences du changement de saison. Je-mange avec assez d’appétit, et malgré quelques digestions pénibles, toujours aux intestins, jy ressens moins de cheleur que d'ordinaire à cette époque. Si mon état se

maintenait ainsi pendant les froids, il y aurait alors grande amélHioration. »

L'hiver, sans trouver M. Billaud complètement exempt de souffrances, se passa cependant assez bien, et fut, dans tous les cas, moins pénible que ceux qui l'avaient depuis long-temps précédé. Un nouvel accident vint encore malheureusement troubler le traitement au commencement du printemps, car M. Billaud m'écrivait le 9 mars 1841 :

« L'amélioration que j'avais apportée à ma triste santé, en suivant scrupuleusement votre traitement, vient encore d’être renver- SÉCL Li (Suit la description de l'accident.) Quoi qu'il arrive, je veux cependant recommencer les frictions ; je viens même d'en essayer deux qui he m'ont pas incommodé. de vous prie en consé-

quence de me faire parvenir le plus tôt possible, avec vos bons conseils, etc., etc. »

Quelque confiance qu'eût M. Billaud dans ma médication, il n’est pas moins vrai qu'il manquait de persévérance dans son emploi, puisqu'il la suspendait au moindre incident, et qu’il en compromettait ainsi chaque fois les résullats. C’est en vain que je lui donnai comme garantie du bien à venir ceiui qu'il éprouvait en commençant les applications, 1 avait de la peine à maîtriser ses craintes, et se laissait décourager par le plus léger motif. En voici encore une preuve. Après avoir passé ce dernier été assez fayorablement, M. Billaud recommença son traitement vers la fin d'août, pour se prémunir contre les atteintes du froid qui lui étaient ordinairement si funestes, puis tout-à-coup il m'écrivit sous la date du 11 septembre :

« Monsieur,

» J'ai encore été obligé de suspendre votre traitement. J'avais

obtenu une amélioration bien notable dans mon état, lorsque j'ai éprouvé une ophthalmie, légère d'abord, mais ensuite très sérieuse. J'ai cru remarquer que, chaque fois que je me faisais vaporiser, nes yeux devenaient plus malades.

» L'état de mes veux s’est un peu amélioré ; mais, comme j’éprouve depuis quelques jours de l'embarras et de l'irritation aux intestins, je désire me soumettre de nouveau à votre traitement ; j'ai la conviction qu'il me soulagera en ramenant à la peau cette irritation qui tend de nouveau à se fixer à l'intérieur. Veuillez, je vous prie, m'indiquer le moyen de préserver mes yeux d’une excitation qui leur est aussi fâcheuse qu'elle est favorable sur toutes les autres parties, etc., etc. »

Il me fut aussi facile de démontrer à M. Billaud que les vaporisations étaient entièrement étrangères à lophthalmie dont il venait d’être atteint, qu’il était incontestable pour moi qu'il serait déjà guéri de sa viscéralgie intestinale s’il n'avait pas si souvent suspendu mon traitement, et qu’il s'en débarrasserait encore complètement s’il le suivait avec la persévérance convenable. C'est ce qu'il ft enfin, et M. Billaud a depuis lors recouvré une bonne santé. M. Meilheurat, député de Moulins, que j'eus occasion de voir, me fit part de ce résultat lors de son retour à Paris, après les élections; et tout récemment j'ai reçu, de M. Billaud même, la val tion du succès qu’il a obtenu. Voici le début de sa dernière étre

« Moulins, le 26 mars 1843:

» Mon cher Docteur, » Je vous dois le retour à une meilleure santé ; je viens vous demander le même bienfait pour ma sœur : depuis long-temps elle désirait vous consulter, elle hésitait cependant LOujours : mais, EN-

couragée par l heureux succès que ai obtenu de votre traitement, elle me prie de la mettre en rapport avec vous, etc.

» Recevez, Monsieur, l'assurance de ma reconnaissance et de ma considération.

Page 1