L. BILLAUD
Je n'avais, dans la précédente édition de cet ouvrage, fait que mentionner ce cas; et si j'ai retardé jusqu’à présent de publier cette observation intéressante, c’est que je voulais
met. jou
que le temps vint sanctionner le résultat et le rendre plus authentique.
J'ai dit que des viscéralgies, proprement dites, succédaient très souvent à des affections rhumatismales ou goutteuses; on en trouvera encore une preuve dans l'observation suivante, et j’ajouterai que l'emploi de ma médication, dans des cas de rhumatisme ou de goutte, s'oppose puissamment à l'invasion des viscéralgies.
M. N., capitaine du génie en retraite, avait joui jusqu’à quarante-trois ans d’une assez bonne santé, lorsqu’à cet âge, c'était au printemps de l’année 1828, il ressentit au gros orteil du pied gauche une attaque de goutte qui céda par une application de sangsues, des cataplasmes et quelques purgatifs. Cette maladie reparut en 1832, et passa du pied gauche dans le droit, puis disparut pour revenir en 1834. M. N. vint à cette époque habiter Versailles, dont l'air vif le disposa à quelques mouvemens fluxionnaires vers la tête, qu'on fut obligé de combattre par de fréquentes applications de sangsues. La goutte ne reparut pas; mais M..N. commença alors à ressentir de fortes douleurs dans le bas-ventre et l'estomac, et un état de malaise général qu'accompagnaient un mouvement fébrile très prononcé et des vomissemens qui se renouvelaient fréquemment. Il y avait, comme on dit vulgairement, goutte remontée.
M. N., fatigué de ce que son médecin ne le guérissait pas, et surtout de ce qu’il ne définissait pas sa maladie, se confia aux soins d’un autre homme de l’art, qui considéra la maladie comme dépendante d’un vice lymphatique, et prescrivit des bains de Barége, et à l'intérieur des jus d'herbes et l'eau d’Enghien coupée avec le vin de Bordeaux, le tout secondé par de l'exercice, des frictions sèches et même aromatiques faites sur toutes les parties du corps. Ce traitement, tout incomplet qu'il était, apporta une légère amélioration
dans la position de M. N., mais il lui resta un. etat de malaise qu’il définissait en disant :
«Je sens mes reins où mes hypocondres enfer, et j'éprouve une douleur sensible au dessus des hanches, dans les côtés, surtout en y appuyant un peu la main. Cette douleur augmente quand je Suis assis ; aussi ne puis-je n'asseoir que sur le bord et non sur le milieu d'une chaise. 11 se joint quelquefois à cela un tremblement, ou plutôt un tressaillement nerveux dans les membres inférieurs. Je me promène tous les jours, mais j'ai toujours un fond de tristesse et d'inquiétude ; je crains que cette maladie ne devienne plus sérieuse : est-ce un principe dartreux qui me tourmente, ou bien une viscéralgie ? Ce qu'il y a de certain, c’est que mes reins ou mes hypocondres sont malades. »
M. N. était dans cette position lorsqu'il me consulta, Comme aux détails qu’il me donnait dans sa première lettre datée de Versailles, du 21 mars 1837, je ne doutai pas de l'existence d’une viscéralgie gastro-intestinale, je conseillai l'emploi de ma Méthode curative, appliquée sur l'abdomen et sur les hypocondres. Ce traitement ne fut commencé que vers ia fin du mois d'avril, et dès le 4 mai M. N. m’écrivait déjà :
« Je mets deux heures à chacune des vaporisations que je fais matin et soir. Je vais mieux, je me sens plus dispos et surtout beaucoup moins triste. Il me semble que mes reins et mon ventre
sont moins enflés, que j'éprouve moins d’embarras, moins de gêne : mes douleurs se calment évidemment; seulement, quand je suis
Sur le flanc et que je me frotie avec les boules mé
dirigeant horizontalement du flane opposé à l'ombihic, je sens, en appuyant un peu, une douleur dans le ventre. Mes urines sont meilleures et mes selles plus abondantes. »
Cette amélioration me donna l'espoir, mais non l’entière certitude de guérir M. N.; aussi l’engageai-je à persévérer, afin de recueillir de ma médication les avantages qui lui sont propres. M. N. était d’ailleurs un malade aussi intelligent que docile et parfaitement capable de s'administrer luimême le traitement dans ses moindres détails, Aussi m'écrivait-il le 23 mai :
« Je ne veux pas encore réduire mon traitement à une seule opération par jour. Quoique je me trouve beaucoup mieux, je pré-
fère continuer deux fois encore pendant quelque temps. Je guérirai plus tôt, je pense, pourvu que ce!a ne puisse pas me nuire. Le gonflement de mes reins et de la ceinture est moins fort. Je me sens dans ces parties-là plus de force et plus d’agilité, moins de douleur. Celle que j’éprouvais sur le nombril est moins forte aussi, mais je la sens encore; elle se lie avec les hypocondres, à la hauteur de l’épigastre.,. Mon teint gagne, mes couleurs reviennent. La sensibilité dont je me plaignais aussi dans les cheveux se dissipe non seulement, mais j’éprouve maintenant une sorte de plaisir à me gratter et à y passer le peigne. Il me semble aussi que l’'odorat et le goût gagnent beaucoup ; je me sens tout autre que je n'étais il y a vingt jours... Nous avons done du succès, puisque j' éprouve beaucoup de mieux. Par ces derniers temps de pluie, j'ai ressenti quelques malaises, comme le cœur un peu malade et prêt à vomir; mais aussitôt que j'avais déjeuné, le tout se passait; je n'en mangeais pas moins avec appétit. Je‘sens cependant encore un peu de lassitude et de fatigue dans les jambes et les cuisses, le matin quand je me lève, etc. »
M. N. marchait donc bien évidemment vers la guérison ; mais il lui restait encore une grande partie de cette suscepübilité morale qui est le triste apanage de la maladie à laquelle il était en proie. Il était bien convaincu qu’il guérirait, mais le moindre incident survenu dans le cours de son traitement l’inquiétait. Il m'écrivait en effet sous la date du 9 juin :
«Mon cher Docteur,
» Je continue à aller de mieux en mieux; mais à mon réveil il paraît que le sang éprouve de la difficulté pour se répandre dans les petits vaisseaux; j'éprouve un malaise d'un moment et une fatigue dans lé$ Membres. Ne m'oubliez pas et recevez les salutations de votre affectionné et reconnaissant serviteur. r
Cette lettre fut presque immédiatement suivie de celle-ci ::
« Mon cher Docteur,
» Je compte bien aller vous voir sur la fin du mois. Vous êtes consolant dans tout ce que vous me dites ; je m'en rapporte entièrement à vous. Un fait certain, c’est que je me trouve beaucoup mieux, et qué, quoique non encore complètement guéri, j'ai l’espoir de l'être bientôt. Mes humeurs moins noires et mes idées moins sombres, mon appétit plus marqué, la facilité que j'éprouve à satisfaire à tous mes besoins, mes reins moins gonflés, plus sou-
ples et beaucoup plus fermes, sont de grands avantages déjà obtenus, et j'espère encore mieux de l'avenir.
» Veuillez recevoir ici le témoignage de ma vive reconnaissance, elc. » -
M. N. continua son traitement presque sons relâche, pendant les mois de juillet; août, et même une partie de septembre, et le mieux a été presque toujours croissant. Je dis presque toujours, parce qu'il est bien rare que, dans le cours d'une maladie aussi ancienne, il ne survienne pas quelques petits incidens qui entravent momentanément le succès: et les hypocorndriaques sont malheureusement si disposés à s'inquiéter, qu'ils ne reconnaissent d'amélioration à leur état que quand elle est bien manifeste, et encore, même dans ce cas, ils n’en font l’aveu qu'avec certaines réticences qui trahissent leurs craintes. M. N., quoique doué d’un esprit éclairé, ne fit point exception à cette règle commune. Aussi toutes les attestations de mieux qu’il me donna dans le cours de la correspondance ja plus suivie que nous eùmes pendant tout le temps que dura son traitement, se résumaient en ces phrases : «Si je ne puis pas dire que je suis guéri, je
puis du moins affirmer que je suis beaucoup mieux, etc.; mais j’éprouve quelquefois encore, ete.» E arrive cependant un moment où toute dissimulation est impossible, et où, malgré toute la tendance, j'allais presque dire malgré tout le plaisir que ces malades ont à se plaindre, ils sont forcés de s’avouer guéris. Ce moment n’arriva pour M. N. que sur la fin de l’année 1837. Aussi m’écrivait-il aù commencement de 1838 :
« Versailles, ce 29 janvier 1838.
» Mon cher Docteur,
» Je vous prie de vouloir bien m’excuser si je ne suis pas allé vous voir pendant le mois de janvier. Le temps était si froid et les jours si courts qu'ils m'ont inspiré une certaine dose de paresse que je n'ai pu vaincre. Grâce à Dieu et à vos bons soins, je passe et supporte assez bien cet hiver. Je n’ai pas rapproché mes vapo-
risations, comme j'en avais l'intention çt ainsi que je vous l'avais écrit. Je n'en fais qu'une par semaine. Seulement, à mesure que je
n'éloigne du moment où je lai faite, je sens moins de tranquillité el moins de Sommeil, tandis que le lendemain du jour où ele est faite, je repose beaucoup mieux. Îl est constant que j'engraisse et qué Mon teint est infiniment meilleur. Mon ancien médecin, le docteur Bataille, que j'ai vu dernièrement, crie au miracle et dit que j'en suis revenu de loin, s’imaginant que c’est lui qui m'a rendu Ja santé. Il m'en à fait compliment, et je ne lai ài rien dit qui pût lui ôter cette persuasion; il me paraît si heureux avec cette pensée, que je Ia lui laisse (4)... Lorsqu'on me masse le ventre, je sens bien dans la pression un peu de sensibilité sur fes côtés de la vessie et du nombril. Du reste, les fonctions se font bien et régulièrement. Je suis beaucoup moins inquict que je ne l'étais il y a un an. J'irai vous voir au beau temps: en attendant, véuillez, je vous prie, recevoir Le témoignage de ma reconnaissance, ete.
Tous les cas de viscéralgies ne sont pas aussi tranchés que ceux dont je viens de tracer l'historique ; en voici une preuve qui démontre aussi combien il est important de ne se prononcer qu'avec réserve et de s’entourer de tous les renseignemetis nécessaires.
M. le docteur Beaussier, de Blois, m'écrivit ce qui suit sous la date du 26 janvier 1839 :
« Monsieur et très honoré confrère,
» Un de mes cliens, dont la résignation est épuisée, et qui s’abandonne aux tristes pensées d’un hypocondriaque, à lu votre brochure et me prie de vous soumettre l'état dans lequel il se trouve, afin que vous puissiez me dire ce que vous en pensez. Faire l’énu-
(1) La plupart des malades, par des considérations relatives à leur médecin ordinaire, dont ils veulent ménager la susceptibilité, exigént de moi üne discrétion fâcheuse dans l'intérêt de l’art et de l'humanité. Malgré mes prières réitérées de me mettre en rapport avec leur médecin habituel, généralement les malades persistent à suivre mon traitement sans lui en faire part, et il en résulte qu'on me prive d’un témoignage de gratitude que j’es. time par dessus tout et auquel j'ai véritablement droit, en même temps qu’on rend ridicule le praticien à qui of laisse croire que c’est par ses soins que la guérison a eu lieu. On met encore le médecin que lon trompe ainsi, par politesse, dans le cas de persister auprès d’autres malades dans une médication au moins inutile, si elle rest contraire, parce qu'il a d’autant plus de confiance dans ses effets, qu’il s’autorise des succès qu'il croit en avoir déjà obtenus.
de
mération de tous les moyens thérapeutiques qu'il a employés jusqu'ici serait passer en revue toutes les ressources de la matière médicale : je me borne à vous dire qu'il à été affecté d’une fièvre lente nerveuse, qui fut combattue par les préparations de fer, de quinquina, les bains, les boissons amères légèrement aromatiques, et surtout par l'exercice dont il s’est bien trouvé.
» Ge malade ressent actuellement des douleurs à l’épigastre ; ses garde-robes sont glaireuses, un peu sanguinolentes; il y a douleur au toucher dans tout l'abdomen; il ne peut marcher sans être excessivement fatigué, se livrer à aucun travail manuel et a toujours froid. fl est habituellement triste et persuadé de l'impossibilité de sa guérison. Veuillez donc, Monsieur, nous honorer d'une prompte réponse et eroire à: la parfaite considération de votre dévoué confrère.