BEAUSSIER, D. M
Quelque précis que puissent paraître au premier abord ces renseignemens, ils ne me semblèrent cependant pas suffisans pour autoriser de ma part une réponse catégorique ; car si la maladie dont il est ici question n’était qu’une lésion nerveuse abdominale, on pouvait craindre aussi l'existence d’une phlegmasie chronique de l'estomac et des intestins. Je crus donc prudent de ne conseiller ma médication que comme un moyen d'essai, convaincu d’ailleurs que, tous cas échéans, son emploi, surveillé par l'honorable confrère qui venait de me consulter, ne pourrait produire aucun effet nuisible. Le malade et son médecin ayant résolu de tenter cet essai, je fis expédier les objets nécessaires au traitement, et le 29 avril suivant, M. le docteur Beaussier m’adressa la lettre suivante :
« Monsieur et très honoré confrère,
» Notre malade va mieux. Son dégoût pour l'exercice a disparu, son appétit est bon. Après ses repas il n’éprouve plus de plénitude, il respire bien et dort de même. Sa bouche n’est plus pàteuse ; :e hoquet à totalement cessé, ainsi que la diarrhée qui existait depuis plusieurs années. I est survenu, en un mot, un amendement très remarquable dans les: symptômes. Il me charge de vous prier de vouloir bien lui faire parvenir le plus promptement possible, et toujours à mon adresse, deux flacons, etc... Je reçois à l'instant une lettre de lui (c’est la soixanie-sixième depuis trois mois) ; il me prie de vous dire que l'abdomen est encore sensible à la pression, que les pieds et les mains sont toujours froids.
» Veuillez donc encore une fois nous aider de vos bons conceils. Je ne doute pas que notre malade finira par surnager et pourra aller vous remercier lui-inême, etc. »
Notre but était donc en grande partie atteint ; j'engageai à continuer avec régularité les applications , et si je parvenais à obtenir du malade un peu de persévérance dans l’emploi de la médication, il n’y avait pas à douter de la guérison ; mais il me tardait d’en recevoir l'assurance du malade lui-même , car on sait combien les affections de cette nature rendent versatile, exigeant et inquiet; croire même qu'on n’est pas guéri, c’est encore être malade. La lettre suivante vint fixer mon incertitude à cet égard :
« Chaussée Saint-Victor, canton de Blois, 30 juin 1839.
» Monsieur le Docteur,
» Je m'empresse de vous donner moi-même connaissance du résultat du traitement que vous m'avez conseillé, et qui n'a été administré avee beaucoup d’exactitude et de régularité. Jai été bien sensible à la vaporisation de l’eau réactive, et je. ne pouvais sup porter les boules que faiblement chauffées ; nous croyons d’ailleurs avoir bien rempli toutes les instructions de votre ordonnance, et si je ne suis pas encore entièrement guéri, je reconnais cependant qu'il y a en moi un mieux sensible. de prends beaucoup plus de distraction, car j'ai assisté à plusieurs contrats et à plusieurs noces de mes parens et de mes amis depuis environ six semaines, Ce qui ne m'était pas encore arrivé depuis plus de trois ans.
» Ce n’est pas que j'aie toute la satisfaction désirable ; mais au moins je m'aperçois de quelque chose de mieux et cela fait plaisir, puisqu'avant je ne pouvais voir personne chez moi sans que cela n'occasionnât une forte commotion. Actuellement, et surtout depuis le printemps, ie m'aperçois que je vais de mieux en mieux, doucement il est vrai, mais j'ai moins d'inquiétude. Quoique je n'ignore pas que ma maladie est d'une nature diflicile, puisqu'elle avait résisté jusqu'alors aux moyens employés pour la combattre ; je ne doute pas non plus maintenant qu'en persévérant dans votre traitement, nous arriverons bientôt à un résultat complètement satisfaisant.… Je me soumettrai à tout ce que vous m'ordonnerez; je me suis fait confectionner des vêtemens en flanelle, comme vous me le prescrivez dans votre dernière letire; j'en suis satisfait.
» Ainsi, Monsieur le Docteur, voilà ma position actuelle : si, comme je viens de le dire, elle n’est pas encore complètement satisfaisante, du moins, je le répète, il y a beaucoup de mieux, et du mieux, je dois en convenir, qui n'est dû qu'à votre traitement,
car, de tous ceux que j'avais suivis avant, je n'avais éprouvé aucun avantage, Aussi je vous en remercie infiniment, et suis, etc. » RAVENEAU OUDIN. »
Cette lettre me confirma dans mon opinion, que vint encore corroborer une lettre du docteur Beaussier, qui m’écrivit le 51 juillet suivant :
« Monsieur et très honoré confrère,
# » M. Raveneau Oudin est véritablement bien. Ses garde-robes ne sont plus du tout sanguinolentes, ni même glaireuses, et les coliques ont totalement cessé. Une très forte pression peut maintenant être exercée sans aucune douleur sur l'abdomen. Son sommeil est bon, tranquille; il porte des gilets et des caleçons de flanelle qui le font transpirer. Son état s'améliore bien visiblement chaque jour.
» Veuillez recevoir, mon cher confrère, l'assurance de mon estime et de tout mon dévouement.
» BEAUSSIER, D. M. & Blois. »
Dans le courant du mois d'octobre de 1836, M. M., de Pont-Saint-Maxence, me fit consulter par M. Leclerc, son ami, pour une affection nerveuse à laquelle il était depuis long-temps en proie, et qui avait résisté à plusieurs traitemens. Les renseignemens qui me furent donnés sur son état ne me permettant pas d’avoir une opinion bien arrêtée sur les moyens curatifs qui pouvaient lui être appropriés, et M. M. ayant manifesté le désir que je m'assurasse par moimême de sa position, j'acceptai la proposition qui me fut faite de me rendre auprès de lui.
L'examen minutieux que je fis par moi-même ct sur l’indication du docteur Véry, son médecin habituel, des causes qui avaient pu déterminer les accidens qui troublaient la santé de M. M., l’état de malaise dans lequel se trouvait quelquefois chez lui toute l’économie, et les phénomènes qui se manifestaient ordinairement d’une manière subite, surtout sous l'influence d’une variation quelconque de la
température, me firent dé suite présumer que . M. était seulement atteint d’une affection nerveuse abdominale.
L'exploration des organes pectoraux et abdominaux, que je trouvai dans un ‘état d’intégrité parfaite, venait confirmer mon diagnostic. D'ailleurs, le:tempérament de M: M., sa constitution générale et certains symptômés accessoires, mais Uès caractéristiques pour le médecin exercé à l'étude de ces maladies, venaient encore lé corroborer.
Comme il n’existait bien certainement aucune trace ni d'inflammation ni d’altération organique, j’estimai de suite que M. M. était dans les circonstances les plus favorables pour éprouver les effets d’un traitement qui aurait pour but de régulariser l’action nerveuse. Aussi affirmai-je qu’on arriverait infailliblement au but qu'on devait se proposer, par l’emploi soutenu et prolongé, en raison de la résistance morbide à vaincre, de la médication externe qui m'est particulière, aidée de l'usage intérieur de quelques préparations de médicamens simples, d’après les préceptes du diachirismos. (Voyez plus loin.)
Je conseillai en conséquence de pratiquer, fai manière méthodique et pendant quelques jours, d’abord au moins matin et soir, une application de la vaporisation suivie de frictious sèches et balsamiques sur touté l'étendue de la co- Jonne vertébrale, depuis là nuqué jusqu'au bas dés reins, et sur les diverses parties de l’abdomen; puis, successivement, qu'on opérât sur les membres inférieurs et supérieurs, et sur toutes! es régions du tronc. J’ordonnai en outre, pour combattre! a disposition habituelle à la constipation, ou plutôt la difficulté d’excrétion des matières fécales, de prendre, dans une cuillerée où deux d’eau ordinaire ou sucrée, huit ou dix fois chaque jour, dans l'intervalle des repas, une dose diachirismotique d’une solution péristaltique.
Là se bornait tout lé traitément direct ou thérapeutiqué ; mais le régime journalier devait lui venir en aide. Pour la nourriture, M. M. s’écarterait progressivement des habi-
tüudes Contractées, et la COMposerait d’alimens de nature Variée, viandes rôtiég ou grillées, bouillies où étuvées, volaille, poisson, légumes frais, surtout les légumes herbacés, les fruits cuits, le tout pris dans de justes rapports avec l’appétit. L'usage du vin de Bordeaux ne pouvait être que favorable, En un mot, je reconnus que M: M. ferait bien d’essayer de tous les mets qui flatteraient son appétit, à moins qu'ils ne fussent d’une nature reécontiue mauvaise où trop stimulante et âcre ; c’est À dire que les boissons spiritueuses, le café à l'eau, les condimens et les épices devaient être Seulement proscrits.
Enfin l'exercice régulier ne devait être que profitable, soit à pied, soit en voiture, surtout s’il n’était pas poussé jusqu'à la fatigue: mais ce que je conseillai surtout à M. M, c'était de se Soustraire aux changemens sübits de Ia température, et surtout à l'impression du froid humide. Pour activer les fonctions de la peau et la prémunir contre l’action variable de l'atmosphère, il devait être très important de porter habituellement non seulement des gilets, mais des Caleçons ou des pantalons de flanelle préalablement imprégnée de la préparation que j'avais indiquée. |
Ces conseils, suivis avec docilité et exactitude par M. M., et surveillés par l'honorable confrère habituellement chargé de sa santé, ne tardèrent pas à avoir un résultat avantageux ; la lettre suivante le prouve.évidemment : .
il Pont-Saint-Maxence, le 26 octobre 1836; » Monsieur,
» La position dans laquélle je me trouve, par suite du traitement que Vous m'avez prescrit, M'imposé l'obligation de vous en COM Muniquer le résultat. Jusqu'à présent il n’a rien eu de désavanta- SCUX; AU Contraire, après votre départ plusieurs évacuations me firent bien augurer : 1a journée se passa assez bién. M. Véry opéra le même soir comme nous en étions convenus, et il le fit avec toute l'exactitude et l'adresse désirables. Je fus pris d’un profond sommeil, etc.
» J'ai l'honneur d'être, etc., etc. |
Ce premier résultat fut confirmé par le docteur Véry, qui s’expliquait même d'une manière plus explicite et plus étendue. Voici sa lettre : î
« Pont-Saint-Maxence, le 7 novembre 1856.
» Monsieur et Confrère,
» Vous n’apprendrez pas, j'en suis persuadé, sans satisfaction, l'état actuel de M. M., tant au moral qu'au physique. Il ne fallait rien moins que votre dernière lettre pour faire cesser son indécision. Actuellement il ne pense presque plus à ses maux, Ce qui prouve que sa très grande tendance à l'hypocondrie se dissipe : voilà pour le moral. Pour ce qui est du physique, les digestions se font sans pesanteur à la région épigastrique, quoique la quantité des alimens soit à peu près double de ce qu'elle était avant, etc. En résumé, M. M. n’a éprouvé, depuis votre visite ici, qu'une journée et demie de malaise; il peut maintenant mangér le double; il dort d’un bon sommeil ; il va régulièrement à la garde-robe ; il ne pense que peu et même SOuvVENt plus à ses maux, etil entrevoit la possibilité d'obtenir une existence moins pénible.»
Le traitement de M. M. fut interrompu par quelques accidens, mais n’en a pas moins eu en définitive un suCCès as— sez marqué. Sa suspension à même été parfois suivie de quelques rechutes qui on toujours cédé à un nouvel emploi des moyens que j'avais conseillés. La lettre suivante en est une preuve :
« Pont-Saint-Maxence, le 11 mars 1857.
» Monsieur et honoré confrère,
» Depuis que M. M. a terminé son traitement par la vaporisation, il s’est parfaitement trouvé pendant un mois. Mais à ce mieux ont succédé quelques malaises et un peu moins de régularité, soit dans les digestions, soit dans les selles, etc. Aussi prend-il la résolution de vous prier de vous rendre au désir que j'ai que vous lui fassiez uné visite ; de même que je vous prie de vouloir bien m'adresser . un mot sur la conduite à tenir de ma part, dans le cas où vous ne viendriez pas d'ici à quelques jours.
» Recevez, Monsieur, etc., etc.