EXPOSÉ D'UNE NOUVELLE MÉTHODE D'EXAMEN DES MALADES
… Sile Diachirismos peut, particulièrement dans les maladies de long cours, aplanir les difficultés qui résultent de la préparation, de l’administration et de la dispensation des médicamens, il reste encore à substituer au mode vicieux et arbitraire en usage pour l'examen des malades, une méthode simple et régulière de recueillir tous les documens qui doivent servir au médecin pour établir un diagnostic raisonné.
On conçoit que, quelles que soient la perspicacité et la faculté de mémoire qu'un médecin puisse posséder, il n'est pas impossible que, distrait, même par l'application qu'il met dans ses investigations, il oublie d'interroger son malade sur des circonstances qui porteraient les plus grandes lumières sur la nature de l'affection dont ce dernier est atteint; d’ailleurs, quelques unes des réponses du malade ne peuvent-elles pas échapper au souvenir du médecin ?
Au contraire, en procédant à la recherche des causes et des effets des maladies, dans l’ordre établi sur la feuille d’interrogations dont nous donnons ci-après un modèle et que nous adressons aux malades qui nous en font la demande, il est facile de ne rien omettre d’essentiel. En ayant le soin d’annoter, au fur et à mesure des réponses, les indications qu'on en tirera, on aura un tableau précis de tous les phénomènes propres à fixer les idées et le jugement d’une manière solide et éclairée.
C’est une remarque que tout le monde a faite, que les malades, émus par la présence du médecin, oublient presque toujours ce qu’ils s'étaient bien promis de lui dire : il est donc très important d'aider leur mémoire troublée par des questions bien ordonnées. Puis, dans le silence du cabinet, quel parti ne peut-on pas tirer des faits rassemblés, pour étudier les formes insidieuses d’une altération obscure.
Le malade, guidé par les demandes, consignera lui-même avec calme et réflexion, ou fera noter ses réponses à la suite de chacune d'elles : ainsi le médecin possèdera des documens exacts et circonstanciés, au moyen desquels il formera son opinion sur le caractère de la maladie et l'espèce de traitement qui doit lui être opposé.
Depuis long-temps nous nous servons avec avantage de
notre méthode d’interrogations : elle est indispensable, il faut le dire, pour réunir, gfouper et comparer les indications si fugitives des affections nerveuses, et les nombreûses métamorphoses des signes des maladies chroniques et organiques. Avec son aide, nous nous sommes toujours trouvé à même de répondre d’une manière satisfaisante aux consultations qui nous ont été demandées par des malades fort éloignés de la capitale.
Nous avons l'habitude de conserver les feuilles d’interrogations, sur la dernière page desquelles nous résumons le traitement que nous avons prescrit et son résultat. Quelque-
fois, au bout de plusieurs années, on y trouve d’utiles renseignemens, si l’on est de nouveau appelé à donner des soins ou un avis aux mêmes personnes.
Si quelques praticiens trouvent minutieux les détails dans lesquels nous entrons pour parvenir à l’appréciation rationnelle des causes et du traitement des maladies, nous conviendrons de la vérité de leur remarque ; mais lorsqu'il s’agit de remplir un ministère aussi sacré que celui du médecin, on ne peut encourir de reproche plus grave que celui d’être léger, téméraire, ou trop confiant dans ses propres forces. |
D'ailleurs tous les médecins, quels que soient leurs talens, ne sont pas également aptes à obtenir des succès dans le traitement des maladies chroniques, organiques et nerveuses; il faut être doué d’une véritable passion de guérir ou de soulager ses semblables, pour se décider à subir les inconvéniens d’une telle spécialité. Ce n’est que par une grande persévérance, un tact que l’expérience seule procure, et une méthode rigoureuse d'examen, que l’on peut parvenir à interroger et à interpréter utilement des souffrances dont le cri se fait mal entendre, et que généralement l’on ne comprend pas. Mais aussi que sont, pour le praticien heureux, les reproches et les doutes du vulgaire? Il est bien récompensé lorsqu’après des recherches, minutieuses si l'on veut, il parvient à arracher à une lente agonie des malades pour lesquels il est un nouveau créateur, et qui, dans les cas au dessus des ressources de l’art, ont au moins éprouvé les bienfaisantes influences de l'espérance et des soins consolans d’une douce humanité.