CHAPITRE lU
naiies^ et met Pâme en un état de privation.
On ne saurait expliquer Tétonnement de cette pauvre âme, lorsqu'elle se voit tout d'un coup plongée dans des ténèbres horribles, abandonnée à la fureur de ^es passions, et, du paradis où elle était, précipitée dans un abime de misère ; d*abord elle se croit perdue, et s*imagine avoir commis quelque grand péché qui a offensé son époux, et qui Ta obligé de retirer sa présence. Elle pleure, elle soupire, elle gémit, elle languit ; elle voudrait bien retourner à son premier état, mais elle ne peut; elle trouve un chérubin armé à la porte de ce paradis qui lui en refuse rentrée, elle fait tous les efibrts imaginables pour produire des actes^ et elle n'en saurait venir à bout, d'autant que son époux, qui est caché dans son cœur, tient toutes ses puissances liées, et les empêche de se répandre au dehors. Oh 1 que cette âme alors a besoin d'une personne expérin^ntée qui l'assure qu elle est bien, et qu'elle est entrée dans la vie de l'esprit, et dans le royaume de la grâce où les sens n'ont plus de part.
Quand une personne est fidèle et tranquille en cet état de privation, le divin époux ne manque point à se fedre voir et sentir comme un soleil qui a dissipé les nuages qui le couvraient, et c'estalors qu'arrivent les extases et lea ravis-
sements; la joie de cette chaste épouse est si excessive^ qu'elle est en danger de se perdre, si elle ne se modère et ne se laisse conduire. Elle ne peut concevoir comme elle apu croire qu'elle fdt éloignée de celui qui était au fond de son cœur ; elle est toute confuse de ses infidélités, et après Texpérience qu'elle a de son amour, elle passe dans l'oraison de transformation, où elle devient un même esprit avec Dieu par l'anéantissement de ses jugements, de ses volontés, de ses actes, de ses puissances, et pour ainsi dire de son être : comme le bois après avoir été desséché et purifié est changé et converti en feu, avec cette difiërence que le bois change de nature, et que rame conserve la sienne, si pénétrée qu'elle soit de Dieu.
Ensuite son oraison n'est plus qu'un repos er Dieu, doux et tranquille, sans soin et sans désir sans mouvement, sans recherche; semblabl aux fleuves qui se reposent dans la mer aprt avoir lontemps couru sur la terre; semblab aux bienheureux qui jouissent de Dieu , et perdent, pour ainsi dire, en lui, sans se m tre plus en peine d'eux-mêmes.
Voilà où arrive une âme qui est fidèle l'exercice de la méditation et de la mor cation, qui s'abandonne à la providence Dieu, et qui ne s'appuie sur aucune créât