CHAPITRE m
Cette faveur est grande^ mais celle qui la suit l'est encore davantage : car l'esprit étant comme exclus de ce divin sanctuaire^ l'époux entre dans le cœur^ touted les portes des sens extérieurs et intérieurs étant fermées; il s'unit à l'âme par un attouchement secret^ que Louis de Blois appelle substantiel. Car Tâme ensuite de cette union croit fennement qu'elle a touché substantiellement la divinité, d'autant que ce n'est point par les sens de la vue^ ni de l'ouië, ni du goût, ni de l'odorat spirituel qu'elle sent Dieu présent, mais par celui de l'attoucbement, lequel a cela de commun avec le corporel, qu'il s'unit immédiatement à son objet. Ainsi comme un ami, pendant la nuit, sent et connaît son ami, lorsqu'il le touche, quoi qu'il ne le voie pas; de même l'âme plongée selon l'esprit dans une obscurité très-profonde, sent d*une manière insensible en son cœur, et touche d'une connaissance que saint Bonavonture appelle expérimentale, immédiatement et substantiellement son époux, et c'est dans cette union inexplicable et môme inconcevable à ceux qui ne Tout point expérimentée, que consiste le mariage spirituel de l'âme avec Dieu, et les noces de PAgneau qui la rendent mère et féconde en vertus, en mérites, en bonnes œuvres et en enfants spirituels, qu'elle
produit incessamment par ronction de sa parole^ qui est celle de son divin époux. Bienheureux sont ceux qui sont appelés à ce festin et à ces noces de FAgneau 1
Cette opération céleste ne dure pas longtempS; mais le souvenir en est un baume qui réjouit Tesprit et les sens, quoiqu'ils n'en aient presque point de connaissance. La pauvre épouse, à ce souvenir^ soupire sans vouloir soupirer; pleure sans vouloir pleurer. Elle demeure si remplie de Dieu, qu'elle ne saurait plus parler ; et bien que cette opération soit passée, elle ne peut douter que Dieu ne soit en son cœur, et que son cœur ne soit en Dieu. A la présence de ce divin époux qui repose dans le fond et dans le centre de son âme, elle s'embrase quelquefois d'un amour si violent, qu'elle est en danger de tomber en défaillance si elle ne modère ses transports.
Mais d'autant que cet état est infiniment déli cieux et se peut appeler le paradis de la terre s'il durait longtemps l'âme ne mériterait pref que rien, non plus que les bienheureux dans ciel; du moins die ne songerait presque poinf l'autre vie, trouvant son repos et sa félicité celle-ci. C'est pour cela que notre Seigm retire tout d'un coup â quelques-uns , / autres peu à peu, ces douceurs extrao/