CHAPITRE IT. 3S
qui portera son fruit en son temps. » Voilà comme il commence le premier de tous ses cantiques.
La manière de considérer est différente selon la diversité des sajets et des personnes. 11 y a des sujets qui représentent quelque mystère, ou quelque action de notre Seigneur; et alors il en faut examiner toutes les circonstances : par exemple si Ton médite sa passion, il faut considérer qui est celui qui souffre? quelles peines il souffre? où es^ce qu'il souffre? de quelle manière il souffre? pour quel sujet il souffte?
Si c'est de quelque vertu qu'on fasse sa méditation, il en faut considérer la nature, les propriétés, la beauté, l'utilité, la nécessité, les moyens de l'acquérir, et les occasions de la pratiquer. Si c'est sur un vice qu'on médite, il en faut découvrir la malice, les mauvais effets, et les remèdes qu'on peut y apporter.
Il y a des personnes qui sont peu capables de discourir ou méditer ; soit parce qu'elles sont convaiacues de toutes les vérités chrétiennes, soit parce qu'elles ju'ont pas de facilité à raisonner, soit parce qu'elles ont Tesprit trop pesant ou rimagination trop légère.
Ceux qui sont convaincus des vérités cbi'étiennes doivent plus donner à l'affection qu'à
la considération; il est bon aussi quelquefois, qu'ils se tiennent paisibles en la présence de Dieu, ou qu'ils Técoutent parler dans le fond de leur âme, ou qu'ils demeurent à ses pieds comme la Madeleine, ou qu'ils attendent le mouvement de l'eau comme le paralytique, jetant de temps en temps quelques soupirs, et priant notre Seigneur de leur donner son saint amour.
Ceux qui ont de la peine à discourir, peuvent se servir de la méthode de Grenade et de S. François de Sales, qui conseillent à ceux qui commencent, principalement aux femmes, d'avoir leur livre devant les yeux, de lire le premier point, et s'il ne leur vient point de bonnes pensées qui les occupent, de recommencer et de lire les deux premières lignes avec attention, comme si c'était notre Seigneur qui leur parlât par ce livre; puis s'arrêter un peu à ruminer ce qu'ils ont lu, et à produire quelque affection conforme au sujet. Après ces deux lignes ils en liront deux autres, considérant la vérité qui leur est proposée, faisant réflexion sur leur vie, et produisant des affections de remerciement, ou de douleur de leurs péchés.
Quand ils trouveront quelque chose qui les touchera, ils doivent s'y arrêter sans passer outre, et en tirer tout le profit qu'ils pourront. Que