CHAPITRE 1. se
Si iR^)it immortel aussitôt qu'il a un peu de santé; c'est pour cela que Diea nous éprouve fit nous tente, non pas pour nous connaître, car il sait ce que nous sommas; mais pour nous faire connaître i nous-mêmes. C'est ainsi qu'il tenta Abraham : « Oh ! je connais, lui dit-il, maintenant que tu es mon serviteur, je ne doute plus de ta fidélité après Tobéissance que tu m'as rendue. » L'ange Raphaël parle de même au bon vieillard Tobie : « Parce que vous étiez agréable à Dieu, il a fallu que vous fussiez éj[M*ouvé par la tentation.» Il n'y a donc pas tant die mal qu'on s'imagine^ dans ces états de sécbiBresse, puisque Dieu les permet pour nous tenir dans Thumilité, pour éprouver notre amour, pour nous faire estimer sa grâce, et pour augmenter notre mérite. Quelqu'un me dira sans doute qu'il n'aurait point de peine i porter cet état, s^il était assuré que c'est Dieu qui en est l'auteur; mais que ce qui l'afilige, c'est que ses distractions lui arrivent par sa faute, par sa négligence et en punition de ses infidélités. Nous répondrons bientôt à cette plainte, cependant il ne faut pas p^dre cou!> rajje, mais souffrir avec patience la peine que vous croyez avoir méritée, réparant par votre humilité ce qui manque à votre cbiarité.
Il est vrai que les distractions viennent sou*
40 DE L'ORAISON MKNTALE.
vent de Phomme, ou parce qu*il a Tesprit trop vif, ou parce qu'il a les passions trop fortes, ou parce que son corps est infirme, ou parce que son imagination est volage, ou parce qu'il a commis quelque infidélité, et qu'il a le cœur attaché d'affection aux créatures. Mais toutes ces distractions sont innocentes, pourvu qu'on ne s'y arrête point. Il n'y a que celle du cœur qui soit criminelle, parce qu'elle est libre et volontaire, du moins en son principe.
Il faut joindre à cette occupation de la volonté, la dissipation de l'esprit pendant le jour, car s'étant rempli d'images vaines et curieuses, il est difficile que tout cela ne revienne pendant l'oraison. Aussi est-ce le sentiment des Pères et des Maîtres de la vie spirituelle, qu'il faut se vider pour être rempli, et se conserver durant le jour tel qu'on veut être dans la prière.
Quand je dis vider, je n'entends pas l'esprit, mais le cœur; car il y a des gens qui ne songent qu'à combattre leurs pensées, et ne songent point à combattre leurs passions. Ils s'attachent à tout, et ne veulent penser à rien; ils sont agités de désirs, et veulent dormir en repos: cela ne se peut. Il faut vider son cœur, pour vider son esprit, et vivre sans passion, pour prier sans distraction. Car le cceur sviUson tré-