‹ Méthode d'oraison: avec une nouvelle forme de méditations pour toute sorte d'étatsChapitre 27 sur 92 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

que lorsque vous ne pensez rien faire. Pour vous persuader de cette seconde vérité, il faut remarquer qu'encore que le temps de la consolation soit plus doux que celui de la, désolation, ce n est pas néanmoins le temps où nous faisons mieux nos aflaires, et où nous méritons davantage. Nous recevons dans la consolation, nous donnons du nôtre dans la désolation : dans Tune nous proposons, dans l'autre nous travaillons; dans la première nous jouissons, dans la seconde nous combattons. A votre avis, n'y a-t-il pas plus d'honneur et de profit à donner qu'à recevoir, à travailler qu'à dormir, à combattre quM jouir?

Résister aux tentations c'est souffrir une espèce de martyre pour la foi, pour la charité, pour la justice, pour la Religion. C'est sacrifier son corps et son àme, son cœur, son esprit et toutes ses passions à la gloire de Dieu, qui est le spectateur de vos combats, et qui est prêt de couronner votre patience. C'est pratiquer les actes de toutes les vertus de la manière la plus noble et la plus héroïque; la foi dans les ténèbres, l'espérance dans l'abandon, la charité dans le dégoût, la pauvreté dans le dépouillement, la patience dans les soufi'rances : voilà ce que vous faites ; et vous appelez cela ne rien faire!

Une âme, comme j'ai dit, ne mérite presque rien dans la consolation, elle ne peut s'assurer qu'elle produise un seul acte de vertu surnaturelle: car on appelle surnaturel ce qui surpasse tous les efforts et tout le mérite de la nature; Thomme naturellement ne peut croire que ce qu'il entend, ni espérer que ce qui lui est possible, ni aimer que ce qui lui plaît* Ainsi la foi est surnaturelle, quand il croit ce qu'il n'entend pas ; son espérance surnaturelle, quand il attend ce qu'il ne peut pas; sa charité surnaturelle, quand il aime pour Dieu ce qui ne lui plaît pas. Croire dans l'obscurité, espérer dans l'infirmité, aimer dans le dégoût, ce sont des actes de vertu qui surpassent tous les efforts de la nature, et qui ne s'appuient qu'en Dieu seul.

Et voilà ce que fait une âme qui demeure fidèle et tranquille dans ces états de peines et de privations ; elle croit un Dieu présent qu'elle ne voit point ; elle espère en lui contre toute espérance; elle s'abandonne à lui, lorsqu'il semble qu'elle en est abandonnée; elle Taime dans le dégoût, dans le chagrin, dans l'amertume; elle se conforme a ses volontés sévères et crucifiantes ; elle souffre un martyre d'amour; elle s'humilie dans la connaissance de ses misères ; elle se contente de sa pauvreté, et bénit Dieu comme Job sur un funiier>

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