CHAPITRE VU
se voyant dépouillée de loiis ses biens spirituels, couverte de plaies et d'ulcères, et persécutée par les démons qui la veulent jeter dans le murmure et dans Timpatience.
Oh ! si une âme savait l'honneur qu'elle rend à Dieu dans une oraison de patience ! oh ! si elle connaissait les trésors de mérite qu'elle amasse à tous moments, elle ne voudrait jamais changer d'état. Ce n'est pas qu'il faille rejeter la consolation quand Dieu la donne; c'est une rosée du paradis qui est nécessaire aux âmes tendres et qui ne sont pas encore enracinées dans la vertu, mais il ne s'y faut pas attacher. Les grandes âmes n'établissent ))as leur paix sur ces menues douceurs, mais sur l'ordre et sur la disposition de Dieu, dont la volonté fait leur bonheur et leur unique consolation : leur vie est une vie d'esprit et de grâce élevée au-dessus des sens et de la nature.
Or qu'y a-t-il de plus naturel que de croire ce qu'on voit? que d'espérer ce qu'on touche? que d'aimer ce qui plaît? Y a-t-il homme sur la terre qui ne crût Dieu présent, s'il le sentait opérer dans son cœur? qui n'espérât en Dieu, s'il en était caressé? qui n'aimât Dieu, s'il en était incessamment consolé? Ce n'est donc pas dans les lumières qu on pratique une foi surnaturelle, mais dans le&timYst^^.^^'^^
pas lorsque Dieu nous flatte que l'espérance est divine, mais lorsqu'il nous afflige. Ce n'est pas dans la consolation qu'on aime Dieu purement, mais dans la désolation. Oui, croyez-moi, jamais vous ne faites plus que lorsque vous ne croyez rien faire, jamais vous ne méritez plus que lorsque vous croyez ne rien mériter; d autant que c^est dans ces états de peine et d'aridité, qu'on produit, comme j'ai fait voir, des actes d'une foi divine, d'une espérance surnaturelle, d'une charité pure, d'une mortification générale, d'une humilité chrétienne, d'une obéissance aveugle, et d'une patience héroïque. C'est alors que l'homme honore Dieu de sa substance, et qu'il lui fait un sacrifice de toutes ses passions. Eh! pourquoi donc se troubler?
pourquoi perdre courage? pourquoi quitter Toraison?
Vous ne pouvez, dites-vous, penser à Dieu?
hé bien, contentez-vous de Taimer, conformez votre volonté à la sienne, et acceptez cet état de peine où il vous amis. Votre esprit vous quitte; il n'y a pas grand mal, pourvu que vous conserviez votre cœur et que vous l'empêchiez de courir après lui. Hélas, je n'ai point de consolation ! quoi? est-ce pour cela que vous allez à Toraisou? méritez-vous que Dieu vous console, vous qui l'avez tant oflensé et qui mériteriez