CHAPITRE II
QUELLES DISPOSmON S IL FAUT AVOIR POUR FAIBB OEAIIOlf.
La pauvreté est éloquente ; pour savoir bien prier il ne faut que connaître sa misère. Il n'y iai point d'avocat dans le barreau qui plaide mieux sa cause qu'un pauvre qui veut obtenir quelque chose d'une personne riche. Si nous sommes froids dans Toraison^ c'est que nous ne connaissons pas notre misère^ et que nous croyons que rien ne nous manque.
Et cependant comme il n'y a point dliommes sans désir^ il n'y en a point sans indigence. Les grandes fortunes^ à proprement parler^ sont des illustres mendicités; les rois sont plus dé-pendants que leurs sujets^ il leur faut plus de secours qu'il n'en faut à un pauvre artisan.
Car celui-ci pour vivre n'a besoin que de ses bras^ et un roi pour subsister a besoin de tous ses sujets; ce qui montre que les .grandeurs
ne sont que des servitudes éclatantes; aussi David se considérait comme un pauvre mendiant auprès de Dieu, et c'est ce qui le rendait si fort, si éloquent et si constant à la prière.
Il en est de même du reste des hommes :
comme il n'y en a point qui ne soit misérable, il n'y en a point qui ne sache prier et demander ses besoins à Dieu ; mais combien en trouverez-vous qui sachent s'entretenir avec lui? Dès lors que Moïse eut conversé avec Dieu, il ne pouvait plus parler aux hommes, et le priait de le dispenser de porter ses ordres à Pharaon. Mais nous voyons au contraire une infinité de gens d'esprit qui savent très-bien parler aux hommes, et qui ne sauraient parler à Dieu; d'où vient celât du cœur qui est engagé dans le péché et dans l'affection des créatures. Car le cœur vole où est son trésor : on se plaît à converser avec ceux qu'on aime. Ce n'est donc pas merveille si celui qui n'aime pas Dieu, fuit autant qu'il peut sa présence et sa compagnie ; mais quand une âme est détachée de tous les biens créés, on ne saurait dire ni concevoir les douceurs qu'elle trouve dans l'oraison.
Les Apôtres disaient autrefois au Fils de Dieu : Seigneur^ enseignez-nous à prier; étrange demande 1 11 n'y a rien déplus misérable que