‹ Méthode de chimieChapitre 17 sur 109 · NO* M · texte numérisé non relu

NO* M

Or, nous avons dit plus haut qu'il y avail plus de probabilités en faveur des atomes de M. Gerhardt qu'en faveur des atomes de Berzelius ; donc, il est probable que l'acide nitrique ne renferme pas d'eau, et que le dualisme nous induit en erreur sur Tarrangement des atomes.

Les chimistes qui soutiennent le dualisme sont loin d'être d'accord entre eux ; néanmoins', pour faire prévaloir leur opinion , tous s'appuient sur les propriétés chimiques, c'est-à-dire sur les réactions. Depuis longtemps on a signalé l'incertitude de cette méthode, en faisant remarquer que les atomes, mis en mouvement pendant les réactions, prenaient ensuite un nouvel arrangement, et qu'il était impossible de déterminer Tancien à l'aide du nouveau.

C'est comme si, au milieu d'une partie d'échecs, l'un des joueurs , après avoir dérangé toutes les pièces , voulait ensuite, à l'inspection de la nouvelle place occupée par chaque pièce, déterminer celle qu'elle occupait primitivement.

On répète partout et à chaque instant que les sels s'obtiennent en combinant les acides avec les bases , qu'on peut les décomposer en séparant l'acide de la base , et que , par conséquent, ils renferment nécessairement deux groupes^ l'un négatif et l'autre positif, l'un acide et l'autre alcalin.

Remarquons d'abord qu'il n'y a peut-être pas un sel sur mille qui ait été obtenu par la combinaison de son acide avec son oxyde , et surtout qui puisse se décomposer en aâde et en oxyde : car, lorsque l'on veut faire du suliate de potasse, c'est toujours le sulfate d'hydrogène et l'hydrate de potasse que l'on emploie. Non pas que je veuille nier la possibilité de préparer ce sel à l'aide de Toxyde et de l'acide anhydres *, je veux seulement constater que ce cas , qu'on

cite si souvent , n'a jamais été soumis a reT^périence , et qu'il est impossible de faire la plupart des sels avec les acides et les oxydes anhydres. Que prouve d'ailleurs la possibilité de préparer quelques sels en unissant les acidesavecles oxydes ? Si la manière dont les sels se forment et se décomposent nous conduit directement a déterminer l'arrangement de leurs atonies, on peut soutenir : i° que le sulfate de potasse est une combinaison de sulfite et d'oxygène ; a^ que c'est une combinaison de sulfure et d'oxygène, car on peut le préparer avec ces deux corps , et, de plus , en le traitant par le charbon, on le transforme en sulfure \ 3° qu'il renferme SG*H- K , etc.

Il n'y a pas une seule de ces hypothèses au secours de laquelle on ne puisse appeler les réactions. Ainsi , si Ton voulait adopter la théorie de M. Longchamp, théorie dans laquelle on admet qae les oxysels renferment les métaux à l'état de bioxydes , on prouverait que le sulfate de potasse renferme S0'-4- O'K en unissant l'acide sulfureux au bioxyde de potassium ; on expliquerait sa décomposition par le chlorure de barium à Taide de cette équation,

(SO'-h 0»K) -h Cl=Ba=: (SO»-h O'Ba) -h CPK.

Faudrait-il expliquer sa formation par le sulfure et 1 oxygène? on dirait que ce dernier se porte sur le soufre et le brûle comme s'il était libre, et qu'il se porte en même temps sur le potassium qu'il transforme en bioxyde.

On prouverait, par la synthèse, que le nitrate d'hydrogène est une combinaison d'acide liyponi trique et de bioxyde d'hydrogène; on le prouverait de même par l'analyse, en le décomposant par la chaleur qui le transformerait en acide hyponitrique, eau et oxygène, et l'on ferait remarquer que , dans ce cas , l'eau oxygénée ne peut pas être mise en liberté, puisque la chaleur la décompose.

Objecterait- on à M. Longchamp que la plupart des acides, dont il admet la présence dans les sels, n'existent

pas libres -, mais la même objection pourrait être retournée contre ses adversaires.

Les partisans du dualisme ne se sont pas rendus â ces raisons, et voici le moyen qu'ils ont imaginé pour les combattre :

Pour étudier la constitution d'un corps binaire, on ne peut,"* disent-ils, employer un corps quelconque; i7 ^auf faire réagir sur lui un corps simple ; et pour étudier celle d'une combinaison saline , il faut employer une base ou un acide. Or, les bases chassent les bases , les acides chassent les acides; donc les sels renferment des bases et des acides. // faut employer une base et un acide ! et pourquoi le faut-il? C'est ce qu*on ne nous dit pas. Eh bien, il me plaît d'employer les corps simples pour étudier les sels, il me plait de mettre du fer en contact avec du sulfate de cuivre; et, comme le premier métal déplace le second, j'embrasse le système de Davy, et je conclus , avec lui , que le sulfate de cuivre est ainsi constitué : SO^ -f- Cu.

// me plait de prendre le bioxyde de barium et de le faire réagir sur le même sel ; et , comme il se forme du bioxyde de cuivre, je soutiens , avec M. Longchamp, que le sulfate de cuivre renferme de Tacide sulfureux.

lime plait de prendre votre méthode; je verse de Tacide sulfurique dans l'hyposulfite de potasse, et comme il se forme du soufre et de Tacide sulfureux , j'en conclus que ce sel renferme trois groupes S -|- OK -f- SO*, et que le système trinitaire doit remplacer le dualisme.

J'ai dit plus haut que, pour préparer ou décomposer les sels, ou pouvait, tout au plus dans un cas sur mille, employer les oxydes ou les acides anhydres. Afin de détruire cette objection, on a fait dernièrement quelques expériences , et Ton est arrivé au même résultat , c'est-à-dire qu'on est parvenu à décomposer un carbonate parles acides sulfureux et sulfurique anhydres; et comme l'acide carbonique a été déplacé de sa combinaison , sans le concours

de Teau, ou en a conclu qu*il existait tout formé dans le carbonate.

Il est étonnant que , aujourd'hui , on soit obligé d'attirer Tattention sur le phénomène le plus ordinaire de la chimie , qu'on soit obligé de faire remarquer qu^un métalloïde peut déplacer un autre métalloïde analogue, qu*un métal chasse an métal, un oxyde chasse un oxyde, qu'un peroxyde chasse ou fait naître un autre peroxyde , qu'un acide anhydre déplace un acide anhydre , qu*un acide hydraté fait naître un autre acide hydraté , qu'un sel donne naissance à un autre sel, etc.; en un mot, qu'un corps qui remplit une certaine fonction tend toujours, en agissant sur un sel , à délacer ou faire naître un autre corps qui remplit les mêmes fonctions. Et si ce déplacement n*a pas constam ment lieu , il est facile de voir que cela tient tout simplement à Tinstabilité des corps qu'on veut ainsi déplacer. Ainsi , à une certaine température , l'acide sulfurique hydraté donne naissance, en agissant sur le salpêtre, à de Tacide nitrique hydraté; mais, à une haute température, celui-ci ne pouvant plus exister, il se forme d'autres produits.

Si des combinaisons aussi simples que les sulfates ou les carbonates , nous passons aux phosphates, aux borates, aux silicates doubles , nous verrons que l'on cherche bien encore à faire des groupes binaires, chacun desquels est luimême composé d'autres groupes binaires; mais le nombre des atomes devenant plus grand , le nombre des hypothèses que Ton peut faire sur leur arrangement croit dans la même proportion.

Voici un silicate qui renferme :

Si'* O" Mg" AI* H".

On discute sérieusement si les atomes y ont cet arrange-

ment :

(i 1 Si O* -h 21 Mg 0) H- 2 (Si O^ -^ APO^) -h i5 Aq,

( ^7 ) OU celui-ci :

7 (Si O + 3 MgO) -^ 2 (2SiO=» 4- AP O') -f- i5 Aq, ou

7 (Si 0^4- 3ltfgO-f-2Aq)-4-2(aSiO^-hAl'(>») -hAq,

oucent autres semblables. Cepeudant, il parait que Ton s^est arrêté à celui-ci :

[3 (Si O^ 4- 3 MgO) 4- 2 (SiO^ -f. AI»0») -f- 3 Aq] -h4[(2Si0^4-3MgO)-h 3Aq].

Qu'est-ce qui prouve que la silice y est partagée en trois groupes principaux, que la magnésie forme deux combinaisons distinctes , que Teau occupe deux places différentes (je crois me tromper, et que Teau occupe vingt et une places différentes)? Ce sel se scinde-t-il, parles réactions, en silicate magnésien, d'une part, et en silicate aluminico-magnésien , de l'autre? etc.

J'ai souvent lu les discussions qui ont eu lieu sur ce sujet, et l'avoue que je n'y ai jamais trouvé que de l'arbitraire ou de la routine ; ce que j'y ai vu de plus clair, c'est que , en général , on s'en rapporte à l'autorité.

Si de la chimie minérale nous passons k la chimie organique, nous verrons que l'arbitraire y règne sans partage.

On s'appuie bien ici encore ^sur les réactions pour découvrir l'arrangement des atomes^ mais , semblable aux anciens oracles, une même réaction sert k deux fins, à prouver le pour et le contre.

Pour donner une idée du désordre qui règne dans la chimie organique, je n'irai pas invoquer la composition d'un corps complexe et mal connu ; non , je prendrai le plus simple , le plus commun de tous les acides , l'acétique. On nous représente l'arrangement de ses atomes par

OH'O^-f-H'O; O H« O* 4- H' ;

eH«0-hO'H-H»0; (C»H«)CO^ + H»0; (C»H«)C»(y-+-H'; {C»H«0)H-CO» + H'0.

J'en oubliais encore denx ou trois , que voici :

on* -h (y-,

Je ne vois pas pourquoi je négligerais celui de M. Longchamp :

eH'O'-hO'HS

et celui de M. Graham :

Enfin, je sais qu'une nouvelle formule va bientôt paraître , et qui , s'il nous est permis de découvrir un jour l'arrangement des atomes, me parait préférable à toutes les autres.

A l'appui de chacune de ces formules, l'on invoque les réactions, et ce qu'il y a de curieux , c'est que, dans quelques cas, si les réactions sont contraires à une hypothèse, c'est précisément celles-là qu'on choisit. Ainsi la formule

(C»H*)C'0*-hH'0

représente une combinaison d'acide oxalique avec un composé imaginaire C H*, et cependant Ton sait que , par aucune réaction , l'on ne peut démontrer la présence de l'acide oxalique dans Tacide acétique.

Que l'on n'aille pas croire que, pour le besoin de ma cause, je vais chercher une hypothèse obscure d'un obscur chimiste. Non , c'est l'hypothèse de Berzelius et de son école.

Enfin , pour découvrir l'arrangement des atomes dans un

( >9) corps , l'on n atlend même pas qu'il ait été soumis à un certain nombre de rétctions*, sa composition centésimale suffit. On a annoncé, II y a quelques années, la découverte d'une essence qui renferme C*H^®0'; à Tinstant même, sans attendre d'autres renseignements, on en fait un hydrate d'oxyde ,

On apprend plus tard que c'est un acide, e^ vite Ton écrit cette formule :

C"H'SO*-hH»0.

Quelques jours après, on annonce que cette essence est un éther ; en un clin d'oeil , on donne l'arrangement suivant :

ou , mieux encore , celui-ci :

C'0«(C'»H»») -h OH» -4-H»0,

qui nous apprend que C^' et H^^ sont en combinaison intime, que G* et O* sont en combinaison ordinaire, que C'O* est copule avec C"H*% que C«0* (C"H>^) est conjugué avec C* H' ^ enfin que le tout forme un mariage de convenance* avec H' O.

A-t-on au moins, je ne dis pas une règle, mais une convention pour représenter ainsi l'arrangement des atomes ? Non, chaque chimiste suit une route particulière, et la même personne change ses formules chaque fois qu'elle fait une nouvelle réaction. On parviendrait â des résultats tout aussi satisfaisants, en mettant les lettres atomiques d'une formule dans une urne, et en les tirant ensuite au hasard, pour en faire des groupes dualistiques.

Après les réactions, les chimistes ont cru trouver dans la pile électrique un moyen certain de découvrir l'arrangement des atomes.

Ici nous allons voir un exemple încrojable de rinflaence que les Uiéories exeroent sur l'appréciation des faits.

Sor des milliers de réactions produites par la pUe, il n'en est certes pas une seule qui puisse être invoquée a Tappuî du dualisme , et cependant les chimistes qui adoptent ce système ont trouvé le moyen , par leurs interprétations, de se persuader que toutes ces réactions si diverses prouvent que les sels sont composés diacide et d^oxyde. On répète sans cesse que presque tous les sek se décomposent , sous Tinfluence d^un courant électrique, en acide et en oxyde. La preuve expérimentale s'en fait journellement dans tous les cours de chimie.

Dernièrement, j'assistais à la leçon d^un savant profes* seur; devant lui se trouvait un tuhe recourbé en U et renfermant une dissolution de sulfate potassique et de tournesol. Après avoir fait passer dans ce tube un courant électrique, et fait remarquer que Time des branches était colorée en rouge et Tautre en bleu, le professeur ajouta à peu près ces paroles : « Vous voyez de la manière la plus n évidente que le sulfate a été décomposé; la couleur rouge » de cette branche vous prouve que Tacide sulfurique sVst » transporté de ce côté, tandis que Poxvde de potassium » s'est transporté dans l'autre branche, qu^il colore en ) Ueu. Eh bien, messieurs, tons les sels se décomposent » de la même manière ; et cependant , en présence d'un fait u aussi capital , l'on rencontre des personnes qui osent nier *» Texistence de Tacide sulfurique et de la potasse dans le » sulfate et rejeter le dualisme. «

Qu'eût dit le savant professeur si Fun de ses auditeurs se fût levé , et lui eût répondu ainsi : « En disant que tous » les sels se décomposent de cette manière, votre intention *> est sans doute de nous apprendre que le plus grand nom- > bre des sels est dans ce cas. Quant à moi , je pense le » contraire, je pense qu'il nV en a pas un seul qui se déo compose ainsi , pas même celui qui est sous nos veux.

» Vous savez bien Tous-mème que les hypocUorites, les » chlorates, les perchlorales, les bromates, les azotites, » les phosphites, les sels d or, de platine^ de manganèse, » de plomb, etc., donnent des rësuhau bien différents les » uns des autres , et bien différents de ce que vous nous an- >i noncez.

» Quant au tubequi est devant nous , il renfermait deux » substances , de l'eau et du sulfate de potasse ; et mainte- » nant Tune de ses branches contient, non de l'acide sul- » furique SO% comme vous le dites, mais bien du sulfate » d'hydrogène, ou bien du bisulfate potassique; dans » l'autre branche se trouve , non de ri)xyde de potassrum , » mais de l'hydrate d oxyde de potassium. De sorte que, » sous Tinfluence du courant électrique, il s'est formé, n non une simple décomposition, mais une double décom- » position. Et remarquez que cette double décomposition » se fait exactement comme lorsqu'on décompose le chlo- » rure de potassium en présence de l'eau.

» Les réactions ont donc lieu comme l'indiquent les » équations suivantes, que j'écris avec les atomes de » M. Gerhard t :

-2KHO.

(SO* K' en* ni

2 COS. Formation du bisulfate de potasse, l ^^ , „

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