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CLASSIFICATION

Dans les sciences naturelles, les classifications reflètent, jusqu'à nn certain point , les systèmes qui dominent dans ces sciences. Dans la chimie minérale , la classification est intimement liée au système de Lavoisier^ elle a été seulement modifiée peu à peu par le dualisme. Telle qu^elle est aujourd'hui , cette classification suffit encore aux besoins de la science, et ne laisse guère de côté que certains composés qui ne font pas partie de renseignement élémentaire. Mais si nous passons à la chimie organique , nous voyons la classification refléter tous les systèmes qui ont été successivement proposés, et présenter un tel désordre, une telle discordance , qu'il n'y a peut-être pas un corps qui ne puisse successivement se ranger dans toutes les classes. La confusion ne vient pas de ce qu'un chimiste suit une classification, et de ce qu'un autre chimiste en suit une différente; non, la confusion règne dans la classification d'un seul et même auteur. Prenons comme exemple celle de Berzelius , puisque c'est elle qui se trouve employée, à quelques légères modifications près , dans la plupart des Traités de chimie :

Les corps sont d*abord divisés en deux grandes classes, ceux qui appartiennent à la chimie minérale, et ceux qui dépendent de la chimie organique. Mais cette division est tout à fait arbitraire; ainsi nous voyons, parmi les substances minérales, les acides carbonique, oxalique, rhodi' sonique,cyanhydrique,sulfocyanhydrique,mellitique,etc., alors nous sommes étonnés de ne pas y rencontrer l'acide stéarique.

Les substances organiques renferment les principales divisions suivantes: les acides, les alcaloïdes, les corps neutres , les éthers , les corps gras , les huiles essentielles , les résines, les matières colorantes , les produits de l'action du ft»u, de la fermentation, de la putréfaction, etc. Une

classe renferme des produits naturels, une autre des produits artificiels.

Quelques corps sont classés d'après la manière dont on suppose que les atomes y sont arrangés : de sorte que si Ton a proposé , comme nous l'avons vu plus haut , six à sept formules difléren tes pour représenter Farrangement des atomes de Tacide acétique, celui-ci peut avoir six à sept places difliérentes dans la classification,

Enfin , depuis que j*ai proposé la première ébauche de ma classification, on voit que la plupart des chimistes ont adopté quelques-unes de mes séries qui sont basées sur les métamorphoses .

Pour faire voir F impossibilité où Ton est de trouver la place d'un corps dans une pareille classification, je demanderai dans quelle classe il faut mettre Thuile de Gaukheria procumbens , un des corps les mieux connus *

i^. C'est un acide \ a° c'est une huile essentielle naturelle; 3^ on peut la reproduire artificiellement ; 4^ c'est un éther ; 5^ c'est un salicylatc; 6" c'est une combinaisou d*un des produits de la distillation du bois*, 7" on peut supposer qu'elle renferme du méthyle ou du méthylène; 8^ c'est un produit de métamorphose de la salicine et de Thydrure de salicyle ; 9^ c'est un barbophénate de méthyle , et comme tel on peut le mettre, 10^ parmi les produits de la distillation de la houille ; 1 1^ dans les carbonates; 12^ à coté de l'acide benzoïque , qui est de lacide carbophénîque , etc.

Mais ce n'est pas tout: où mettrons-nous maintenant cette huile chlorée, bichlorée, nitrée, binitrée, etc.? Parmi les chlorides , les acichlorides , les matières jaunes colorantes , les nitrites, nitrates, etc.; enfin, en considérant qu'on peut y voir des combinaisons à copules, on pourra leur trouver un grand nombre d'autres places : ab uno disce omnes.

M. Liebig a cherché à faire une classification, en se basant srulcment sur rexislencc des radicaux organiques.

mais il lui a élé impossible de la continuer; car, après avoir donné les combinaisons de Téthyle , du mëthyle , du cacodjle, du formyle et de Toxyde de carbone, il est revenu , à peu près , aux divisions de Berzelius.

M. Graham partage les substances organiques de la manière suivante : i^ Tamide et ses combinaisons ; a° les substances amylacées et saccharines; 3° les produits de la fermentation du sucre; 4° I^ produits de la distillation du bois, de la houille ; 5^ Tamygdaline; 6^ la glycérine et les corps gras; 7^ les huiles essentielles et les résines; 8^ les principes constituants de certaines plantes; g^Talbumine et la caséine végétale ; 10^ les matières colorantes; 11® les acides; 1 2° les alcaloïdes ; 1 3° le cyanogène et ses combinaisons; i4° Tacide urique ; i5° les matières animales.

La classification de M. Tbenard se distingue des précédentes par une tendance manifeste à classer les corps d'après leur composition et leurs fonctions; car ses principales divisions sont les acides volatils, les acides non volatils, les alcaloïdes, les matières dont la composition se représente par du carbone et de Teau (gomme, sucre, amidon), les éthers méthyliquc, vinique, anvylique, les amides, les combinaisons du cyanogène, etc. Il n'était pas possible de faire mieux à Tépoqucoîi cet ouvrage a paru.

La classification de M. IJumas ressemble à celle de M. Tlienard; mais c*est à lui que Ton doit un des éléments les plus importants qui aient été introduits dans toutes les classifications; je veux parler de sa théorie des éthers, qui l'a conduit à mettre dans une même classe Thydrogène bicarboné , la liqueur des Hollandais , Téther, Talcool et toutes les combinaisons viniques.

La classification de M. Gmelin étant basée sur la mienne, je n'en parlerai pas. Quant à celle de M. Gerhardt , qui n'a plus aucun rapport avec les précédentes, j'en dirai quelqws mots plus loin.

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