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propres, dans le produit total. L'alternative est pourtant d'une importance extrême à décider, et à fixer dans ses particularités spéciales. Car on doit bien s'attendre que les réactions d'un système matériel seront dijOTérentes , selon qu'il aura une constitution moléculaire , homogène ou hétérogène; et, dans ce dernier cas, selon la nature des groupes qui s'y trouveront associés. Aussi a-t-on beaucoup d'exemples de corps qui, formés des mêmes éléments simples, en mêmes proportions de poids, ont des propriétés physiques, et des affections chimiques très-diverses. Mais, sur ce point le plus élevé de la chimie rationnelle, l'analyse chimique ne peut nous donner aucune indication immédiate, puisque ses résultats ne définissent chaque composé que par les éléments simples qu'elle en retire, soit isolés, soit combinés en**groupes dont elle ne saurait affirmer la préexistence. Ce qui a fait dire avec justesse, qu'elle ne juge des corps, qu'après qu'ils n'existent plus.
L'état préexistant ne peut donc être conclu que par induction, en se fondant sur des analogies de propriétés et de réactions; ou sur des idées spéculatives, qui, en donnant une conception simple de chaque produit considéré, le rapprochent, par des indices vraisemblables, de ceux avec lesquels il parait avoir le plus de rapports, dans sa constitution moléculaire.
Or, cette liberté d'interprétation que chaque chimiste emploie pour son usage, dans chaque série particulière de ses recherches, jette aujourd'hui dans la science une confusion déjà très-grande, qui ne fera que s'accroître ; surtout à mesure que l'on avancera davantage dans l'étude des produits organiques, où les com-
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binaisoDS d*iin petit nombre de principes simples, toujours les mêmes, se présentent avec une variété d'association presque infinie. Laurent a eu pour but de régler l'exercice de cette liberté, en l'assujettissant à des lois uniformes et générales. Dans la multitude infinie des formes symboliques, par lesquelles on peut représenter théoriquement les corps dont l'analyse chimique a fait connaître la composition, il s'est proposé de chercher, d'assigner celles qui, dans l'état actuel de la science, méritent d'être préférées, comme ofiErant le plus d'avantages généraux pour le classement et l'étude pratique des corps composés ; en rapprochant les analogues, et séparant les dissemblables, par des traits assez nombreux, comme assez marqués, pour que le seul aspect de leur formule symbolique fasse prévoir le plus grand nombre possible des réactions qu'ils doivent exercer, et des produits qu'on en peut déduire. En un mot, il k entrepris de faire, pour l'ensemble des recherches chimiques actuelles, d'après une méthode de classification générale et uniforme, ce que chaque chimiste fait aujourd'hui pour les siennes propres , avec une diversité arbitraire de vues, et d'énoncés. A-t-il complètement réussi dans cette grande tâche, pour laquelle la chimie n'offre peut-être pas encore une somme de matériaux assez nombreux, assez assurés? On n'oserait l'affirmer sans doute; et il y aurait de l'injustice à l'exiger. Mais ce qu'il faut se proposer en lisant son ouvrage, c'est de voir si, dans le plus grand nombre des exemples sur lesc[uels il s'est appuyé, ses vues sont conformes à l'expérience; de sorte que chacun ait des chances fondées, de les trouver fécondes pour soi-même, comme elles l'ont été pour lui, et souvent pour d'autres. Si
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elles ont cet effet, même dans ces limites, on ne devra qu'y applaudir, en travaillant à les perfectionner. Les repousser, ou les rejeter au premier aperçu, parce qu'elles sont étranges, ou énoncées, parfois, avec une hardiesse d'expression trop absolue, ce serait une politique peu profitable à la science. S'il a secoué quelquefois un peu trop rudement ce grand édifice, formé de parties progressivement ajoutées les unes aux autres, c'est, qu'en voyant l'incohérence des matériaux accumulés qui le composent, il a pensé qu'il serait plus profitable de travailler à le reconstruire, que de s'obstiner à le conserver tel qu'il est. Il a voulu seulement aider à cette œuvre, en signalant des rapports de formes et de symboles, qui, à défaut de notions intimes, offrissent généralement des motifs fondés, de rapprochement, ou de disjonction.
La chimie pourrait, dans beaucoup de cas, sortir de cet empirisme, où elle est jusqu'à présent restée. Le pouvoir rotatoire que possèdent les molécules qui constituent un grand nombre de corps, jusqu^ici exclusivement organiques, fournit un caractère certain pour confirmer ou infirmer les spéculations abstraites que l'on peut former sur la constitution des composés doqt elles font partie, soit qu'elles y existent naturellement, soit que l'art les y introduise. L'application de ce caractère, ainsi dirigée, offre un moyen direct, et assuré, pour résoudre une multitude de questions controversées de chimie rationnelle, du genre de celles que Laurent a traitées. Mais l'usage n'en est encore que peu répandu, quoiqu'il ait été toujours fructueux pour ceux qui l'ont fait servir à leurs travaux.
12 juin 1854. J.-B. BIOT.