XXIII. — Sur les corps hypothétiques
Tous les corps hypothétiques dont les chimistes admettent r existence dans les combinaisons, comme le formffle, l'acétyle, Téthyle, lebenzoûe, etc., sont contraires à notre proposition. Pas un seul ne la confirme, et cela tioit être; nous verrons plus tard pourquoi.
La plupart des remarques précédentes n'ont été faites que sur les acides, mais on peut dire qu'elles s'appliquent aussi à presque tous les eorps neutres, car l'oxamide, l'éther oxalique , le cyanogène et l'oxaméthane , par exemple , sont des combinaisons qui appartiennent k Tacide oxalique.
Quant au cacodyle, à Téthyle, k la caprone, à la benzone, j'y reviendrai plus tard.
13°. Par la duplication des formules, les composés des deux séries donnent alors, dans tontes leurs réactions, H*0% C«0*, C»0*, a* ou des multiples.
i3^. On conçoit enfin pourquoi, en général, les corps de la seconde série sont moins volaiils que ceux de la pre* mière, car ils renferment maintenant un nombre double d'atomes. Ainsi , en comparant
L*acide benzoique C" H'" 0%
à la benzone C H'* O ,
nous nous étonnions de voir celle-ci si peu volatile; mais notre étonnement cesse en écrivant ces deux corps ainsi :
Azide benzoique C'« H'» 0%
Benzone C^H-C.
Nous savons donc enfin ce que c'est qu'un acide bibasique.
Sour Berzclius , un acide est bibasique à cause de Tindivisibilité de sa formule : tel est , par exemple, l'acide pyropbos^orique P' 0*+ a H* O. J'ai fait voir précédemment qu'en prenant d'autres nombres pour les atomes, on pouvait changer la basicité des acides.
Pour M. Liebig, un acide est bibasique lorsqu'il peut former des sels doubles avec certains métaux. M. Lidi>ig était dans la bonne voie, mais il s'est arrêté en chemin. Ainsi il considère les acides tartrique et alloxanique comme bibasiques , parce qu'ils peuvent former certains tartrates et certains alloxanates doubles. La définition est incertaine, car la nature des sels doubles , qui rendent un acide bibasique, n'est pas indiquée d'une manière précise; cela, d*ailleurs, est impossible.
Pour M. Gerhardt, un acide est bibasique lorsqu'il forme des sels acides et des sels doubles , peu importe avec quelle base. Ainsi , pour lui , les acides sulfureux , sulfurique, carbonique, oxalique, etc., sont bibasiques.
Mais, comme ce caractère n'est pas absolu, attendu qu'on rencontre çà et là des acides monobasiqnes qui donnent quelques sels doubles ou acides, M. Gerbardt y ajoute le suivant : Les acides bibasiques donnent des éthers à 2 volumes^ ainsi, l'étlier oxalique, dans la notation ordinaire, correspond à 2 volumes.
I^ caractère que M. Liebig attribue aux acides bibasiques appartient , au plus haut degré, aux acides sulfureux , sulfnrique, carbonique et oxalique. Cependant M. Liebig ne considère pas ces acides comme bibasiques. Tous les chimistes (même ceux qui n'admettent que les équivalents!) ont adopté l'opinion de M. Liebig. M. Gerhardt leur demande, depuis longtemps, pourquoi ils considèrent les acides tartrique , malique , alloxanique , urique , etc. , comme bibasiques , tandis qu'ils ne voient , dans Facide sulfnrique, qu'un acide monobasique. M. Gerhardt n'a pas encore obtenu de réponse; cependant elle est facile à faire : Un acide est ou n'est pas bibasique , suivant T autorité dont jouit le chimiste qui le considère comme tel.
Aux caractères donnés par M. Gerhardt, j'ajoute les suivants : Les acides bibasiques peuvent donner deux éthers , quatre amides, un acide alcoolidé, un acide amidé, un anh3rdride, directement, des sels à i, a, 3, 49*'-9 molécules d'eau, des para-méta-acides, etc;
Ainsi , pour nous , la basicité des acides ne dépend pas uniquement, comme le veut Berzelîus, de l'indivisibilité de leurs formules, mais de leurs propriétés. Pour MM. Berzelius, Liebig et pour tous les chimistes, l'acide stéarique C" H***0*-4- 2 H* O est bibasique à cause de Tindivisibilité de sa formule, tandis que l'acide margarique C" H" 0« -h H* O est monobasique.
Pour M. Gerhardt et pour moi , si ce dernier est monobasique, le premier Test certainement aussi. Il est impossible de rencontrer deux corps qui se ressemblent autant que ces deux acides; on n'a qu'un point de fusion, une différence
(76) de quelques degrés pour les distinguer ^ leurs sels , leurs élherssont presque identiques. Enfin , l'acide stéarique ne possède aucun des caractères des acides bibasiques. Noos n'hésitons donc nullement à le considérer comme monobasique, et, par conséquent, à déclarer d'une manière positive que sa formule est inexacte.
Personne ne peut manquer d'être frappé de toutes les remarques que je viens de faire , personne ne peut se refuser â en admettre la conséquence , savoir qu'il faut doubler les formules de la seconde série. Cependant, on éprouvera saas doute de la répugnance à compliquer ainsi toutes ces formules , on refusera de représenter l'acide sulfurique par S« 0» H*.
Je conçois cette répugnance; mais il faut être logique, et par conséquent, suivre M. Gerhardt qui propose de laisser intactes les formules ordinaires de la seconde série, et de simplifier toutes celles de la première en les divisant par a. Nous arrivons ainsi i un résultat qui, au fond, est le même ; seulement , au lieu de représenter tous les corps par 4 volumes , nous les représentons par 2 volumes. Les acides de la première série sont monobasiques; ceux de la seconde restent bibasiques. Par exemple, le nitrate de potasse, en devenant NO* K, reste monobasique; et le sulfate de potasse , en devenant SO* K', reste bibasique.
Non-seulement les — des formules , celles de la première série , se trouvent ainsi simplifiées, mais il en est de même d'un grand nombre de formules de la seconde série. Ainsi, Fou représente ordinairement l'acide sulfovinique par SO* Et' -f- SO* H*. Cette formule devient, dans la notation à a volumcs,SO^EtH. Le bisulfate de pousse SO^K'-f-SO^H* devient SO*KH.
Enfin , cette remarque que nous avons faite sur les molécules d'eau, qui se trouvent toujours en nombre pair, s'explique facilement; car, en divisant les formules par a, le nombre des molécules suit la progression ordinaire
(77) i,a,3,4v* On conçoit de même pourquoi, dans les réactions, on yoyait toujours apparaître C^O^, C*0', CP,
Par suite de cette nouvelle convention, notre proposition fondamentale peut se simplifier et recevoir la forme suivante :
Dans les corps composés, les monades et les djades offrent un nombre pair ou impair, mais la somme des dyades est un nombre pair.
Ou tout simplement :
La iomme des dyades est un nombre pair.
Ainsi , la loi de M. Gerhardt : que tous les corps offrent un nombre pair d^atomes , n'existe plus; mais elle se trouve remplacée par un avantage équivalent, la simplification de toutes les formules.
Les formules ainsi simplifiées , nous les appellerons uni* tairesy par opposition aux formules dualistiques, car il de* vient impossible, dans la notation unitaire, de représenter la formule des acides monobasiques par de Teau plus Facide anhydre. En effet, nous écrivons maintenant :
Eau. H»0;
Acide nitrique. NO' H ;
Acide chloracétique .... C Cl' O' H.
Les acides nitrique et chloracétique, qui n'ont qu'un H, ne peuvent donc pas renfermer H' O.
Comme désormais je n'emploierai plus que la notation de M. Gerhardt par a volumes , je dois bien faire remarquer la différence qu^il y a entre elle et celle de Berzelius*
Pour les corps simples, M. Gerhardt emploie les atomes de Berzelius, excepté ceux des métaux qui sont dédoublés.
Pour les corps composés, il dédouble toutes les formules de Berzelius.
Il est évident que^ dans les deux notations, la formule de Tacide sulfurique reste la même, c'est-à-dire quMl n'y a
{ 7») aucun changement à faire aux acides bibasiques qui u'éuient pas considérés conune tels par Benselius.
J'ai dit plus haut que M. Gerhard t considère ses atomes soit comme des volumes, soit comme des équivalents. Ainsi^ pour lui , X volume d'hydrogène ou i volume de chlore est l'équivalent de i volume d'oxygène.
L'expérience nous démontre k chaque instant que i volume d'hydrogène, dans un corps composé, peut être remplacé par I volume de chlore ou par i volume de brome. L'expérience nous démontre également que le nouveau eorps chloré ou brome est analogue au composé primitif, et que, par conséquent, i volume d'hydrogène est bien Véquù^aleni de X volume de chlore ou de brome.
Mais Texpérience nous fait défaut, au moins dans les substances organiques , lorsque nous voulons savoir si i volume d'hydrogène ou de chlore est ou non l'équivalent de I volume d'oxygèue. Je ne connais pas de corps dans lequel on puisse opérer une véritable substitution de l'oxygène par l'hydrogène ou par le chlore, {f^oy, l'article Substitutiov .)
On pourrait bien citer la conversion de l'alcool en acide acétique,
pour prouver que i volume d'oxygène sesubstitueà 2 volumes d'hydrogène, et que, par conséquent, i volume d'oxygène est l'équivalent de a volumes d'hydrogène^ mais quel rapport y a-t-41 entre l'alcool et l'acide acétique? Et d'ailleurs, il n'y a pas substitution ou remplacement inunédiat d'un de ces corps par l'autre , car l'alcool perd d'abord de l'hydrogène sans substitution , en donnant de l'aldéhyde ; celuici absorbe eusuitc de l'oxygène, en donnant de l'acide acétique.
Si, parce que l'oxyde de barium échange 1 volume d'oxygène contre 2 volumes de chlore, on voulait en conclure que
(79) I volume d'oxygène est l'ëqnifalent de a volumes de chlore, ou pourrait soutenir, avec plus de raison , que i volume d oxygène est Téquivalent de i volume de chlore, attendu que le peroxyde de barîum cède tout son oxygène contre son volume de chlore, et que le chlorure de barium neutre, ainsi formé, a plus d'analogie avec le peroxyde neutre qu^avec Toxyde basique.
Cependant, en voyant qu'il est impossible, dans les substances organiques, de remplacer i volume d'hydrogène ou de chlore par i volume d'oxygène (i) , et que, si certains composés peuvent être considérés comme des oxydes dont l'oxygène serait remplacé par dn chlore, c'est toujours i volume de l'un qui est remplacé par a volumes de l'autre ( exemple : liqueur des Hollandais C* H* -h Cl" et aldéhyde C*H*-f»0), on est naturellement conduit k adopter l'opinion ordinaire qui consiste à considérer i volume d'oxygène comme l'équivalent (en poids) de 2 volumes de chlore ou d'hydrogène.
U y a là une difficulté que je vais essayer de résoudre ; mais , pour cela , je suis obligé de restituer momentanément aux mots atonie et molécule leur acception ordinaire.
Les chimistes ignorent si la molécule de l'acide chlorhydrique est Cl H, ou Cl* H', ou CP H', etc. ; mais ils se croient en droit d'affirmer que si la molécule d'acide nitrique renferme NO' H, celle de l'acide chlorhydrique doit contenir CIH^ que, par conséquent, la formule de l'acide cyanhydrique est CN H , celle du cyanogène CN , celle du chlore Cl , celle de l'hydrogène H. Quoique ceci soit admis sans contestation partout le monde, je vais démontrer que les
(i) On pourrait citer comme exemple île remplacement de 1 volume de H par I Tolame de O, la tranforraation de carbures d'hydrogène nitrés en aléa» loîdes par l'hydrogène sulfuré; par exem)>ley la benzine nitrée C*H*N (O'}, qui donne de Taniline C'H*N (H*). Mais ce sont 3 volumes d'hydrogène qui M>nt remplacés par 9 vol. croxygène, et non i vol. d'hydrogène par i vol. d*oxygène.
molécules de ces corps doivent être représentées de la manière suivante :
a vol.
2 vol.
Acide chlorhydrique .
CIH
€hlore
Cl»;
Acide azotique