QUATRIEME SECTION
BASYLES OU BASYLIDES.
SUR LES BASYLES OU BASYLIDES.
Je donne le nom de basjrles aux composés, bypothétiques ou non, analogues à l'uranyle, et dont on peut concevoir l'existence distincte dans certaines combinaisons.
J'ai donné plus baut (i) un petit tableau qui renferme quelques composés de ce genre, comme les tartrates borylique, arsénylique, antimonylique, uranyliqueet leferrocyanure nitrylique. La composition de ces sels nous jette
(i) Anomalie da bioiyde d*ftiote et de Tacide hypo-aioliqne.
( >9o ) > dans un certain embarras , lorsqu'il s'agit de leur appliquer
la notation dont nous venons de faire usage pour les sels ferriques , chromiques et aluminiques.
Mais, avant d'entamer ce sujet, il est nécessaire qoe nous jetions un coup d'oeil sur les sels d'uranyle, afin de savoir s'ils sont neutres ou basiques ; il faut mèmcf que nous exa- ' minions cette question : Qu'est-ce qu*un sd neutre? qu'est--
ce qu'un nitrate neutre?
^ A cette question, il y a, comme on le sait, deux ré-
f ponses:
' i*'. Un nitrate neutre est un sel qui renferme 5 pro-
portions d'oxygène dans l'acide pour i dans la base;
a^. Un nitrate neutre est un sel qui est sans action sur les couleurs rouge et bleue du tournesol.
Nous sommes maîtres de prendre l'une ou l'autre définition; mais encore faut-il que, sous celle que nous prendrons, viennent se ranger des corps qui jouissent d'un certain nombre de propriétés communes.
Or, en adoptant la première définition , il se trouve que tous les nitrates neutres ont , non-seulement la même composition (c'est la définition elle*m6me) , mais encore que , presque tous, ont des propriétés semblables. Ainsi la plupart d'entre eux sont sans action sur la teinture de tournesol : ils se préparent facilement en employant non-seulement I équivalent de base et i équivalent d'acide, mais même un grand excès de ce dernier. Ils sont solubles ^ et s'obtiennent tous i l'état cristallisé, ce qui permet d'en déterminer avec certitude la composition. Par double décomposition avec un autre sel neutre, ils donnent naissance à deux nouveaux sels qui restent neutres (conune composition) , et qui sont sans action sur le tournesol.
Les nitrates basiques renferment plus d'une propordon d'oxygène dans la base. Ils sont ordinair^nent insolubles et incristallisables ; ils s'obtiennent difficilement dans un état de pureté suffisant pour pouvoir être soumis à Fana-
( «91 ) lyse : par conséquent , leurs formules sont très-douteuses. Lorsqu'ils sont cristalltsables, ils s'altèrent si Ton veut les purifier par une seconde cristallisation. Mis en présence d'un sel neutre, ils éprouvent une double décomposition irrégulière, d^où résultent tantôt deux sels neutres mêlés d'un excès de base, tantôt un sel neutre et un nouveau sel basique d'une composition variable. L'addition de Tacidc; nitrique en change immédiatement la basicité.
En adoptant la seconde définition , il se trouve que les niirates neutres renferment des sels solubles, cristallisables, c'est-à-dire quelques*uns des sels que nous avons déjà rangés parmi les sels neutres d'après la première définition ; mais on y rencontre aussi beaucoup de sels peu solubles, ou insolubles, iocristallisables, à double décomposition irrégulière. Ces nitrates neutres ont une composition très-^variable : les uns renferment i proportion d'oxygène, et les autres}, a, 3,..., proportions d'oxygène dans la base. De cette classe sont exclus les nitrates de cuivre, de bismuth , de peroxyde de fer, etc. , parce qu'ils rougissent la teinture de tournesol.
La première définition est donc préférable à la seconde^ aussi tous les chimistes l 'ont-ils adoptée.
Venons maintenant au nitrate uraniquc N'O'^H-U'O^ ; est-ce un sel neutre ou un sel basique? 11 n'y a pas à hésiter ; puisque nous adoptons la première définition, c'est un nitrate basique. Mais voyez la singulière anomalie! ce sel ne possède pas une seule propriété des sels basiques , et cela à un tel point, que tous les chimistes, avant de connaître sa composition, l'avaient considéré comme un sel neutre.
Ce que nous venons de dire du nitrate , il faut rappliquer à tons les autres sels uraniques qui ont tous les propriétés des sels neutres , mais qui sont tous, comme composition, basiques , et basiques au même degré.
Cette anomalie des sels uraniques ne tiendrait-elle pas à la définition qu'on donne des sels neutres et à la manière
^^ dont on envisage leur constitution ? Un sulfate neutre , dit-
on , est un sel dont la base contient i et Tadde 3 proportions d^oxygène. Mais les chimistes qui admettent cette
k définition se gardent bien de l'appliquer aux sulfates neu-
tres de quinine, d'éthylonitraniline ; et je pense qu'aucun
' . d'eux ne voudrait considérer les sulfates arsénieux et bori-
ques, obtenus au milieu de Tacide sulfurique bouillant et concentré, comme des sels basiques.
^ Ne doit-on pas dire qu'un sulfate neutre est un sel dont la
f composition peut se représenter par i proportion de sul-
fate d'hydrogène, plus i proportion de matière oxydée,
^ moins i proportion d*eau? Représentons par OZ* la com-
position de la matière oxydée , et établissons le parallèle suivant :
SOS H» -h 0,K» = SOSK* -f- 0,H»
S(y,W -h 0,Z» = SOSZ» -H 0,H»
U nous montre qu'un sulfate neutre n'est que de Tacide sulfurique dont l'hydrogène a été brûlé ou enlevé , tandis que le reste de la matière oxydée K* ou Z' est venu prendre la place de l'hydrogène et jouer son rôle. Or, que Z* représente du sodium , du fer, du cuivre, ou une matière oxydée, comme l'éthylonilranilium ou Toxyde uraneux , ou de Tacide arsénieux partiellement désoxydé, peu importe, pourvu que le nouveau sel possède toutes les propriétés des sels neutres.
Lesoxydes qui peuvent ainsi brûler l'hydrogène de T acide sulfurique ne sont donc pas nécessairement des matières qui ne renferment qu'une proportion d'oxygène, mais qui peuvent en céder une k l'hydrogène. D'après cela, U*0', As*0%Sb"0*, Bo*0% N*0% etc., peuvent représenter une proportion d'oxyde équivalant à une proportion de OK* ; mais alors nous sommes entraînés à d'autres conséquences qui vont nous jeter dans un nouvel embarras.
Comment allons-nous noter les sels dWanyle? Puisque nous les comparons aux sels d'arsënyle , de boryle et de nitryle y nous ne pouvons pas représenter l'oxyde uranîquc autrement que par \'0', loxyde uraneux étant U*0. Par conséquent, Turanyle ou V* O' est isomère, mais non identique à Toxyde uraneux. Y' est un autre équivalent que U*^ il ne joue pas le même rôle , il n^a pas le même poids. Jusqu'à présent nous ne rencontrons pas de difficulté.
Mais est-ce que les oxydes ferrique , manganique , chromique, aluminique, bismuthique et antimonieux ne se comportent pas comme Toxyde uranique? M. Peligot a fait, dans le temps, quelques recherches pour voir si les oxydes de bismuth et d'antimoine ne seraient pas analogues à Toxyde d^uranyle, et il a cru devoir se prononcer pour la négative.
Cependant on rencontre plusieurs sels de bismuth et d^antimoine qui sont non-seulement basiques , au point de vue de la composition , mais encore cristallisables , qui rougissent plutôt la teinture de tournesol qu'ils ne la bleuissent, et qui doivent , avec autant de raison que pour les sels d'uranyle , être considérés comme des sels de bismuthyle , d'antimonyle , d'arsényle ^ tels sont les suivants :
Chlorure d'antimonyle . . Cl< Sb» H- 2 0* Sb» == ( i ) Cl Sby ;
Cl«Bi"-h20^Bî» ==ClBy;
5 SO" 4- 2Sb«0» + 3 H» O =, SO* (Sby^ H"^)* (a) ;
Chlorure de bismuthyle .
Sulfate ac. d'antiroonyle.
Sulfate neutre de bismuthyle
Sulfate ac. de bismuthyle
Suif. ac. d'arsényle crist.
Oxalate ac. d'antimonyle Carbonate de bismuthyle.
Nitrate de bismuthyle. . .
SO*-*-Bi«0' == SCHBy'j
2SO»-4-Bi»0*-h3H'0 == SO<ByHH-Aq. (3);
4 50' -h 3 As' 0* -4- H'O == SO' Asy^ H^ (2) ;
2C*0»H-Sb»0» + H'0 4= C'O'SbyH;
CO' = Bi«0» == CO-By»;
N»0*-hBi»0»-h2H»0 ==NiO*By4-Aq. (2)
(1) Je me servirai de ce signe ponr exprimer que deux corps ou deux formulet se correspondent. Ainsi P«0* == P*C1'* «r PCI*. (q) D'après mes analyses inédites.
(3) D'après les analyses de M. Heintz et les miennes.
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