ACTION DBS ACIDES SUR LES SUBSTAHGBS ORGANIQUES
La manière dont les acides se comportent avec les composés carbonés est extrêmement variable. Nous venons de voir comment l'acide nitrique agit sur eux. L'acidesulfurique en dégage , tantôt de Facide carbonique ou de l'oxyde de carbone, tantôt de l'acide sulfureux^ assez souvent il s'y unit avec ou sans élimination d'eau. L'acide chlorique donne lieu à des réactions complexes. Les acides chlorhydrique , bromhydrique , phosphorique se comportent autrement. Enfin , la plupart des acides , surtout ceux que Ton considère comme faibles, n'agissent qu'indirectement sur ces composés.
Malgré la différence d'action de tous ces acides, il est deux circonstances dans lesquelles ils se comportent à peu près de la même manière.
Dans la première, les acides s'unissent simplement à certaines substances, comme les alcaloïdes, pour former des sels, et très-rarement à d'autres corps neutres, ou donnant
{ ^57 ) naissance à des composés que Ton ne peut plus considérer oomme des sels (nitrates de camphre et d*essence de cannelle, chlorhydrates de camphène, de citrène, etc.).
Dans la seconde, les acides s'unissent à une foule de substances différentes, comme l'alcool, les carbures d'hydrogène, lea alcoloïdes, Tamidon , la mannite, le ligneux, les acides, etc., en même temps qu'il s'élimine de Teau, probablement aux dépens et de Tacide et de la substance employée.
Les corps qui se forment ainsi , possèdent des propriétés très -différentes : les uns sont neutres, d'autres sont acides ou alcalins; mais tous se ressemblent en ce sens que, sous Tinfluence de certains agents , ils peuvent absorber l'eau qu'ils avaient abandonnée , et régénérer les acides et les matières organiques qui avaient servi à les préparer. C'est à eux que M. Gerhardt a donné le nom de coqys copules.
n ne faut pas confondre ces derniers avec ceux de Berzelius. Pour le chimiste suédois et pour ses élèves, les corps copules sont, non des corps qui se forment et se décomposent de cette manière, mais des corps qui renferment une copule. L'existence de celle-ci dépendant de la manière dont chacun peut se figurer l'arrangement des atomes, il en résulte qu'il n'y a aucun rapport entre les corps copules de Berzelius et ceux de M. Gerhardt.
Je dois encore faire observer que quelques chimistes considèrent aussi comme copulées des substances qui se forment comme les précédentes, mais sans élimination d'eau : tel est, par exemple, l'acide formobenzoïlique.
M. Dumas a donné le nom d'acides conjugués aux acides solfovinique et tartrique. Je pense que sous ce nom il entend les acides complexes ou que l'on peut considérer comme tels. Ainsi , l'acide tartrique , qui peut être regardé comme une combinaison d'acides acétique et oxalique, mais sans élimination d'eau , serait un acide conjugué.
Il y a quelques composés qui s^ forment sans élimina
tion deau : tel est, par exemple, l'acide sulfobeniidiqiie SO' + C*H*) et qui cependant doivent être rangés parmi les corps copules \ voici pourquoi :
Pour généraliser les faiu, je n*emploie jamais, dans mes équations, les anhydrides , mais toujours Tacide normal. Ainsi . lorsque je veux comparer la formation de l'acide sttlfoviniqne à celle de l'acide carbovinique, j'écris les deux équations de la manière suivante :
SO' H' + O H' O — Aq = acide solfovinique; CO*H'+ C'H'O — Aq =: acide carbovinique;
et , par conséquent ,
SO* H' + C< H* — Aq = acide sulfobensîdiqae,
quoique le carbonate d*hjdrogène n^existe pas, et qae Ton emploie l'acide sulfurique anhydre ou fumant pour préparer l'acide stdfobenzidique* Ce dernier est donc un corps copule, quoique, en réalité, il puisse s'obtenir sans élimination d'eau.
LOI DES COEPS COPULES.
Toutes ces distinctions étant bien établies, on voit que la formation des corps copules peut se représenter par la formule suivante :
xA + yB = C+sAq,
dans laquelle A représente l'acide, B la substance organique neutre, acide ou alcaline, et Cle nouveau composé.
X , y et z varient ordinairement de i à a , et assez rarement de 3 à 4* Cependant on peut citer un exemple dans lequel x et z valent Tun et l'autre 6 , c'est Téquation de la mannite sexnitrée. Le plus ordinairement x, y et z représentent l'unité, comme dans la formation des amides et des éthers monobasiques«
Passons maintenant à une généralité qui a été donnée par M. Gerhardt, sous le nom de loi de capacité de saturation des corps copules,^ et qu'on peut formuler ainsi :
La capacité de saturation d*un corps copule est égale à la somme des capacités de saturation des corps employés ^ diminuée d'une unité.
Citons quelques exemples (la capacité de saturation des corps neutres et des alcaloïdes étant nulle, se représente par o) :
(i -4- o) — I = o; Acide. Alcool. Éther acétique neutre.
(î H- o) — I = o; AxAée. AoUine. FomiwiiUde neutre.
(i + o) — I = o.; Acide. Benxine. Nitrobeniide neutre.
(a -f- o) — I = ij Ac. btb. Alcool. Acide sulfoyinique monobaaique.
(l -f- l) — I = i; Acide. Ac. bcnzoique. Acide nitrobenzolque monobaftiquc.
(2 H- i) — I = 2; Ac. bib. Acide acétique. Acide sulfacétique bibanque.
(2 -f- 2) — I = 3; Ac. bib. Ac. 8UCC. bib. Acide Bulfosuccinique tribasique.
Ac. trib. Alcool. Acide pbospboviniqae bibaaique.
n est une observation & laquelle il faut faire attention. On demande quelle est la capacité de saturation de Facide phénique trinitré. Si nous écrivions, d'après la formule de M. Gerhardt,
3 NO* H -h C* H* O — 3 Aq = acide phénique trinitré ,
nous devrions en conclure que cet acide est tribasique; ce qui est une erreur, car il est monobasique.
Mais Terreur vient de ce que nous venons de faire un enjambement dans l'équation; M. Gerbardt admet que r acide phénique trinitré se forme successivement, qu'il subit trois copulations, et qu'à chaque copulation il faut diminuer la capacité de saturation d'une unité. On
doit donc ëcrire successivement :
NO' H + C* H* O — Aq = acide phénique nitré , (i -+- i) — I = i;
NO" fi + C H' X O — Aq = adde phénique binitré , (l -+- i) — I = i;
MO* H + C* H' X' — Aq = acide phénique trinltré , (i -h i) —1=1.
Ainsi, l'acide trinitré est monobasique.
M. Strecker, voyantque, àchaquecopulation, M. Gerhardi retranche i de capacité de saturation, en même temps qu^il s'élimine i atome d^eau , a proposé une autre formule qui dispense de faire ces opérations successives, et faisant voir qu'il faut diminuer la capacité de saturation des corps employés d'autant de fois l'unité que l'on retranche de fois I atome d'eau.
Il arrive ainsi au même résultat que M. Gerhardt :
NO^Ah- OW — Aq = nitrobeniide ,