C'»H»NO
Leur composition, comme on le voit, présente de très* grandes différences. Cependant, soumis à Faction d'un même agent, de Fammoniaque par exemple, tous se transforment en un produit particulier qui renferme C"H**NO' ; tous, ainsi que ce dernier, donnent avec le bichlorurede platine le même composé C^^H'fNO'CPPt; tous agissent sur l'économie animale d'une manière toute spéciale et très-caractéristique, ce sont des poisons très- violents; tous exercent une action sur la Jumière polarisée.
On Ta déjà deviné , ces corps sont des sels d'un alcaloïde qui est la morphine. Comment pourrait-on concevoir que des corps, si différents par leur composition, aient tant de propriétés communes , s'ils ne renfermaient pas un même groupe auquel ik doivent ces propriétés? Srcela n'était pas, pourquoi le cinquième sel, qui est l'acétate, donnerait-il parla potasse, de la morphine, plutèt que cent autres alcalis , et de l'acide acétique , plutôt que des acides formique, butyrique, carbonique et cent autres acides? Il a été fait, il est vrai , avec de la morphine et de l'acide acétique; mais si les atomes de ces deux corps se sont mêlés, il n^y a plus dans Tacétate ni morphine ni acide acétique , et par con-
séqueulla [xiUsse pourrait, au lieu de morphine, eu séparer de rajnjnoaiaque, de la mélhylamine ou de l'aniline, elc. Or, c^est ce qui n^arrive pas, et il y a plus, c^est que cela n'arrive pas davantage pour les autres sels.
S'il n'y avait dans ces sels aucune prédisposition dans les atomes, pourquoi le sixième, faii avec l'acide picrique , serait-il jaune comme cet acide; pourquoi détonerait-il, comme lui, en vase clos^ pourquoi, sous Tinfluence de la potasse, se scinderait-il en un acide jaune et détonant et en un alcal<^'de incolore , j4utôt qu'en acide incolore et en un alcaloïde jaune et détonant?
Tout ceci ne prouve pas que les sels précédents renferment de la morphine, que Thydrochlorate, par exemple , soit plutôt CIH -H C»^H"NO» que Cl-+-C*^H"NO» ou QH-hH, C*'H««NO> ou (Cl -h H*N) C"H" 0%etc.
Mais il est évident que tous renferment un groupe morphique(soitde la morphine, soit dumorphinum ou une amidc morphique) auquel ils doivent leurs propriétés. S'ilen était autrement, on ne concevrait pas pourquoi le premier sel ne serait pas un fébrifuge, le deuxième un aliment trèssain, le troisième un poison très-violent, le quatrième un corps indifférent , etc.
On traite l'aniline par les réactifs les plus divers , on en fait des sels, des aniles, des anilides, des acides anilidés, de la mélaniline , de la cyaniline , de la dicyanomélaniline ^ on traite chacun de ces composés par Fammoniaque , la potasse, la chale^^ les acides,* enfin, après avoir métamorphosé cette aniline de mille manières , on est toujours maître delà faire réapparaître, comme si, dans toutes ses métamorphoses et même en perdant quelques-uns des éléments qui la constituent^ elle avait conservé son individualité. On sait que l'aniline, soumise à l'action du chlore , donne de la trichloraniline. Eh bien, que Ton soumette au même agent la plupart des composés aniliques, ceux mêmes qui ne renferment plus que de l'aniline incomplète, comme
les anilides , alors on les verra tous se transformer en tricUoraniline , comme s^ils renfermaient tons, sinon de Taniline, au moins son tronc mutile.
On combine un acidel bibasique, 1^ carbonicjoe par exemple, à a équivalents d'alcool; l'éther qui en résulte peut se dédoubler en régénérant précisément les composés qui lui ont donné naissance. On pourrait déjà &k conclure que probablement il renferme trois groupes composés de C, C* et C*. Cette probabilité devient une certitude quand on examine les produits de décomposition de cet étber chloré. Soumis à Faction de la chaleur , de la potasse, de Talcool, dugaz*ammoniac, il se' décompose en produits divers qui appartiennent, l'un k la famille carbonique C, et les deux autres à la famille alcoolique C*. Si Ton ne voulait voir ici qu'un effet du hasard, ou des affinités, nous citerions les oxalates de méthyle perchloré et non chloré , les oxalates d'éthyleperchloré et non chloré qui se comportent de même. Les premiers donnent un produit qui C(M*respond i l'acide oxalique C, et deux autres produits qui correspondent à l'alcool roéthylique C. Les seconds donnent un produit qui correspond à Tacide oxalique C*, et deux antres produits qui correspondent à Talcool C*.
Les éthers succiniques bibasiques perchloré et non chloré, par la même raison doivent renfermer le carbone sous trois formes, sous celle deC^, dépendant de Tacide succinique, et deux fois sous celle de C dépendant de Talcool ; aussi , ces deux éthers, soumis à l'influence de la chaleur, de la potasse , de l'alcool , du gaz ammoniac, se décomposent en un produit qui renferme C^, et en deux autres qui renferment C*. n faut seulement remarquer que les produits C^ chlorés (l'acide ehlorazosuccique par exemple) sont peu stables et se décomposent facilement en un produit C* et en a<âde carbonique qui rendent la réaction anomale en apparence.
J'ignore quels sont les trms groupes qui existent dans l'éther succinique, quelle est leur position , etc. Mais c^r-
uinemenile carbone s'y trouve sous trois formes C^ et deux fois C* ;car, s'il en était autrementi il y aurait des milliers de chances à courir avant de tomber juste sur les réactions que nous offre cet éther.
Troisième argument. — On ajoute un seul .équivalent d'hydrogène à Tindigo, à Tisatine, à rallozane, âla qui-r none; ou un équivalent d'oxygène i l'aldéhyde, à l'hydnire debenzoïle, à l'acide dialurique, à l'acide sulfureux; un équivalent de chlore à l'éthérène , k la naphtaline ; on re* trancheun équivalent d'hydrogène à Thydroquinone, à l'alcool, a la benzoïne, etc.: à l'instant, toutes les propriétés de rindigOydel'aldéhydCfde l'hydrure debenzoïle, de l'acide sulfureux, etc., sont changées. Qu'à tout autre corps composé on ajoute ou l'on retranche, soit un seul équivalent d'un corps simple, soit un seul équivalent d'un corps binaire, on voit paiement cet autre corps composé perdre toutes ses propriétés.
U existe un certain corps qui peut s'ajouter k la plupart des composés, ou bien s'en retrancher, en 1,2, 3,..,, 10 et ao proportions , sans altérer sensiblement leurs propriétés chimiques; je veux parler de l'eau.
En voyant, d'un côté, qu'il n'est pas possible d'ajouter quelques millièmes d'hydrogène & l'indigo sans dénaturer complètement celui-ci, et en voyant, de l'autre, qu'on peut ajouter à 100 parties de carbonate de soude, depuis i5 jusqu^à a5o parties d'eau, sans altérer sensiblement ses propriétés chimiques, et cela à tel point que les chimistes sontpresque toujours obligés d'avoir recours k l'analyse pour savoir s'ils ont entre les mains un carbonate à i ou à i5 atomes d'eau; en voyant, dis-je, la grande diflérencede propriétés qui est amenée par l'addition ou la soustraction d'un seul atome d'un corps simple, et le peu de différence qu'amène l'addition ou la soustraction de loà i5 atomes d'eau, ouest naturellement conduit à voir, dans ce que l'on appelle
les sels hydratés, deux groupes principaux formés, Fun par le sel , l'autre par Teau.
Que Ton n'aille pas croire que cette faible différence de propriétés tient, non à la place particulière occupée par l'eau , mais à une prc^riété spéciale attachée à ce corps ; car nous allons voir que, à Tinstant où Teau s^ajoute à un composé sans y former un groupe à part, elle change complètement les propriétés de ce composé, comme si celui-ci se combinait avec du chlore, de l'oxygène ou de Tadide sulfurique.
On sait que le cyanogène peut s'unir k l'eau en donnant de l'oxalate d'ammoniaque qui n'a aucun point de ressemblance avec lui. Quoique ce dernier puisse se dédoubler en régénérant Teau et le cyanogène, personne, que je sache, n'a encore été tenté de représenter l'arrangement des atomes de cet oxalate par cette formule
C N» -+- 4 Aq.
Ajoute-t-on à ce cyanogène hydraté un cinquième atome d'eau ; alors les propriétés du quinquihydrate ressemblent tout à fait à celles du quadrihydrate. Dans ces deux cas , Teau ne joue donc pas le même rôle, et le cinquième atome doit former un groupe à part C*N*H*0*-|-Aq, quel que soit du reste l'arrangement des atomes dans Toxalatc.
L'anhydride sulfurique peut se combiner successivement à I, 2, 3, 4 V atomes d'eau. La première combinaison SO' + Aq ne ressemble en rien à l'anhydride SO', tandis qu'elle ressemble au plus haut degré aux termes S0*+ Aq*, Aq', Aq^, etc. Ainsi, met-on de l'ammoniaque avec Tanhydride, à l'instant il se forme du sulfammon, tandis que, avecles termes SO'+Aq,Aq', Aq',etc.,on obtient constamment du sulfate d'ammonium. N'est-il pas tout naturel de considérer le premier terme comme une combinaison SO^B*
non hydratée, susceptible de former ensuite les hydrates SO*H» + Aq,Aq%Aq»?
Jusqu'à ce jour, Talloxane a été regardée comme un corps parfaitement neutre, incapable de se combiner avec les bases et n'ayant aucun rapport soit avec Tacide sulfurique anhydre , soit avec les acides dits hydratés. On découvre aujourd'hui que cette alloxane, isomère de l'acide alloxaniçuej n^est autre chose que l'anhydride alloxanique combiné avec i atome d'eau de cristallisation qui peut s'éliminer entre loo et i5o degrés* Si cette eau ne formait pas un groupe k part , il ne serait pas possible de concevoir pourquoi Tallozane hydratée diffère de l'acide alloxanique*. Sous certaines influences, l'alloxane hydratée C^ H' M* O^ + Aq absorbe, pour ainsi dire, son eau de cristallisation , et se métamorphose alors en acide alloxanique dit hydraté. Puisque l'occasion se présente , je la saisis pour faire remarquer de nouveau que les acides dits hydratés ne renferment pas d'eau; car, s'il en était autrement, l'acide alloxanique C^ H* N' O^ + H* O serait identique à Talloxaue monohydratée.
Quatrième argument, — Je me borne à renvoyer le lecteur au chapitre qui traite des substitutions chlorées , et à lui citer de nouveau le chlorhydrate de cinchonine bromée , isomère du bromhydrate de cinchonine chlorée, qui donne de l'acide chlorhydrique avec la potasse , tandis que son isomère donne de Tacide bromhydrique. Si ces atomes étaient arrangés d'après leur affinité et suivant la forme cristalline des corps composés , les deux sels que je viens de citei', devraient se comporter d'unemanière identique avec tapotasse.
L'argument tiré des substitutions chlorées ne prouve pas , en général , qu'il y a des groapes divers dans les corps composés; car, s'il n'y avait aucune prédisposition dans l'arrangement des atomes de l'acide nilrophénique, il suffirait d'admettre que, dans l'acide nitrochlorophénique, le chlore est venu prendre la place de l'hydrogène, pour con-
cevoir pourquoi ces deux acides se ressemblent. En tous cas , l'argument prouve que les atomes ne sont pas disposés dans les corps chlorés, comme l'indique le dualisme.
Cinquième argument. — On sait que Tacide tartrique exerce une action spéciale sur la lumière polarisée. On cnlèye plus ou moins d'eau à cet acide ; on le combine avec les bases, avec Tacide basique, avec Faniline^ on en fait un étber, un acide vinique ou méthylique, etc., et tous ces composés exercent encore une action sur la lumière polarisée. Il faut donc que dans tous ceux-ci, il y ait quelque chose de commun , un certain nombre d'atomes disposés suivant un même plan général, mais modifiable dans ses accessoires, et auquel on puisse attribuer la propriété que possède Tensemble d'agir sur^la lumière polarisée.
L'indigo est coloré en bleu ; on lui ajoute i atome d'oxygène, d'hydrogène ) on lui fait échanger i et a atomes d'hydrogène contre i et a atomes de chlore ou de brome. On combine tous ces composés avec de Teau , avec 'de l'acide sulfureux, de Tacide hyponî trique; on en fait de nombreuses amides , des acides amidés , etc. Les cent composés qu'on obtient ainsi sont tous colorés, les uns en rouge, orangé, et les autres en jaune, violet, pourpre ou gris. Tous ces composés, soumis à l'action violente de la potasse en fusion, de l'acide nitrique bouillant, à l'action prolongée du chlore et du brome, se détruisent, mais en donnant des produits qui appartiennent à une même famille, à la famille phénique; c'est de l'aniline, de l'aniline chlorée ou bromée, des acides phéniques ni tré, brome, chloré et perchloré, ou bien du chloranil et du bromanil.
Pourquoi cette coloration persistante dans les produits de métamorphose de l'indigo ; pourquoi cette transformation constante en dérivés de la famille phénique?
On ne saurait l'attribuer à la nature des atomes qui constituent l'indigo et ses annexes, car tant d'autres coips ont une composition analogue; ni à leur nombre, car il est
extrêmement yariable. Il ne nous reste plus qu'une suppo* sition à faire , c'est d'admettre que , dans tous ces composés, il y a quelque chose de commun, un certain groupement d'atomes, auxquels ils doivent leurs propriétés communes.
En m'appuyant sur les arguments précédents, je vais faii% voir que nous sommes singulièrement avancés dans la question que nous agitons, quoique nous ne puissions peat-ètre pas citer un seul corps dont l'arrangement des atomes nous soit connu.
Voici un certain composé C** H** N*0**5 il n'existe pas encore, il est vrai, mais tout le monde comprendra qu'on peut le faire à Tinstant même, lui et cent autres corps analogues. Il représente un sel hydraté formé par l'acide nitrophtalanilique nitré et un alcaloïde, la méthyloéthylo-phénylamine nitrée.
D'après le troisième argument, nous pouvons déjà le représenter par C*' H** N* 0* + H* O. Le deuxième nous conduit k y voir ensuite les deux groupes suivants ou à peu près : i*' Tacide nitrophtalanilique nitré C** H* N* O' 5 a^» l'alcaloïde C*H'*N*0*; je dis k peu près, car il suffit de rappeler la théorie de Tammonium pour comprendre que Talcaloïde peut se trouver, dans le sel, â l'état d'un corps analogue à l'ammonium, à l'amide, k Timide, etc. L'acide nitrophtalanilique nitré , d'après le deuxièifte argument, renferme un groupe qui représente â peu près l'acide nitrophtalique, et un autre groupe qui renferme le reste des éléments , ou à peu près , la nitraniline. Chacun de ces corps , d'après le premier argument , renferme deux autres groupes, dont un nitré. L'alcaloïde lui-même est constitué au moins par trois groupes principaux , le groupe méthylène ou méthyle, éthérène ou éthyle, et le nitrophényle ou la nitraniline. Enfin celle-ci , premier argument, renferme certainement un groupe nitré.
Rien ne nous empêcherait de faire un sel encore plus compliqué, par exemple un nùrochlorophtal'-anilate nitro^
brome d'ammoniaque tnéthylée, éthylée, anijrlée et nitro^ iodophénjlée y hydrate.
Nous pourrious indiquer encore où est le chlore, où est le brome, où est Tiode dans ce composé , et cependant nous ne pourrions pas dire quels sont positivement les groupes qui forment ce sel , ni exactement comment ces groupes sont disposés les uns par rapport aux autres.
Ne pourrions-nous pas faire un sel double avec deux sels analogues au précédent, dont un, par exemple, renfermerait de la cinchonine bichlorée?
Ne pourrions-nous pas , à priori, dire : ce sel perdra de Teau par la dessiccation^ il sera jaune, détonant, il exei^ cera une action sur la lumière polarisée^ on pourra le décomposer en deux sels ; de l'un de ceux-ci on retirera de la cinchonine bichlorée,^ de l'autre un alcaloïde nitro-iodé; Thydrogène sulfuré le décomposera, etc. , etc. ? Certainement nous ne faisons pas ici des prédictions plus hasardées que si nous disions que le propionatc de quinine, que Ton ne connaît pas encore , sera incolore , non détonant, fébrifuge, décomposable par la potasse en acide propionique et en quinine, etc.
Eh bien, s*il n*y avait aucune prédisposition dans Tarrangement des atomes du sel double , il y aurait des milliards à parier contre un que nos prévisions sur sa décomposition ne se réaliseraient pas.