CLASSIFICATION DES SÉRIES
Notre série type étant achevée , nous allons essayer d'en faire une nouvelle avec un autre noyau, avec un autre carbure d'hydrogène, C*H* par exemple. Réunissons donc à ce carbure tous les corps auquel il donne naissance , sans perdre du carbone , et comparons tous ces corps à ceux de la série précédente.
Il pourrait arriver deux choses : ou les membres de la seconde série auraient une composition analogue à celle des membres correspondants de la première , mais leurs propriétés ne se ressembleraient pas ; ou bien , les membres <pii auraient des propriétés semblables n'auraient pas une composition analogue.
Ainsi , il se pourrait que l'on eût le parallèle suivant :
Première série. Deuxièiiia série.
Hyperhalides €'• H'« 4- CP OWa;
Acides C'«H'»4-0* C*H»4-0;
Alcool C'»H'» 4- H'O C«H« -h O»;
Aldéhyde C'*H'» 4-0 ee» 4« O*.
Si les choses étaient réellement ainsi, nous ne retirerions pas un grand avantage de la construction de nos séries ou de nos arbres chimiques; car, en plaçant l'un à côté de Tautre les deux arbres qui se ressemblent le plus, nous trouverions que les parties analogues n'y remplissent pas les mêmes fonctions. Les racines de l'un et les feuilles de l'autre serviraient k la nutrition ; les organes de la génération seraient représentés , dans l'un, par les étamines, et, dans l'autre, par la corolle, etc.
Mais, lorsque j'ai publié mes premières séries, je me suis appuyé avec confiance sur le principe suivant :
Si à deux corps analogues on fait subir les mêmes mé^ tamorphoses, les produits seront encore analogues.
C^est le principe d^ analogie , celui qui a conduit le chimiste à qui Ton doit la découverte du second alcool, de la seconde amide, du second acide amidé , à prévoir leurs métamorphoses ainsi que la composition des produits auxquels ils donnent naissance.
Mais , jusqu'où peut-on suivre ce guide sans tomBer dans l'erreur ; jusqu'à quel point peut-on s'en servir dans une classification ?
Voici deux corps analogues , l'acide formique et l'acide acétique : on enlève à tous les deux H* O*, qu'on remplace par NH, et l'un des produits est acide (cyanhydrique) , tandis que l'autre est neutre (acétonitryle). En voilà deux autres, le bicarbonate et le bicamphorate d'ammoniaque : on leur enlève H* O', et l'un donne de l'acide cyanique , tandis que l'autre donne de la camphorimide. L'acide citrique tribasique reste tel en perdant H*0, et, dans les mêmes circonstances, l'acide tartrique bibasique devient monobasique, tandis que l'acide alloxanique bibasique se change en un corps neutre.
On reprend ces deux acides bibasiques , camphorique et alloxanique , on les soumet à l'action des mêmes agents : l'un donne une dîamide, un acide amidé, une (Ë*imide, etc. , l'autre donne un acide mycomélinique, un acide uramilique, de l'uramile, de la murexide, de la murexane, et beaucoup d'autres corps qui ne paraissent offrir aucune analogie avec les produits de Tacide^ camphorique ou de tout autre acide bibasique.
Je conçois qu'en présence de pareils faits, les chimistes soient très-réservés, et ne se servent de l'analogie que comme d'un indice souvent infidèle.
Cependant j'ai toujours accordé une grande confiance à ce principe, et j'ai été disposé à ne considérer les exceptions que comme des anomalies apparentes qui devaient tôt ou
tard recevoir leur explication et rentrer dans la règle : ainsi, Ton a vu que j'ai élevé des doutes sur la nature des fonctions que Ton attribue aux acides cyanique et cyanhydrique, et l'on verra plus loin que les acides alloxanique et dialurique, malgré T apparence contraire, se comportent exactement comme F acide campborique.
D'un autre càté, il est possible que les caractères sur lesquels oh s'appuie, pour décider si deux corps sont analogues ou non, n'aient pas la valeur qu'on leur attribue. Ainsi, autrefois , les naturalistes attachaient une grande valeur à la forme extérieure des animaux et au milieu dans lequel ils vivent, et, en conséquence, ils rangeaient les pboques et les baleines parmi les poissons. Aujourd'hui , on accorde moins de valeur au milieu, plus d'importance i la forme intérieure, et l'on place les animaux précédents dans les derniers rangs des Mammifères. D y a même des naturalistes qui , à l'examen attentif de l'intelligence et de la main du phoque, sont disposés à lui donner la première place après l'homme.
Autrefois l'aspect métallique avait une grande valeur, et le tellure était placé parmi les métaux. La solubilité et la saveur n'en avaient pas une moins grande; aussi plaçait-on l'acide borique parmi les sels, et l'on en excluait le carbonate de chaux. Aujourd'hui, on attribue la plus haute importance aux caractères électrochimiques, et, en conséquence, on sépare la trichloraniline neutre de la bichloraniline basique, et l'acide cyanhydrique dunitryle acé^ tique. Quant à nous, nous n'attachons à ces caractères qu'une valeur très-secondaire , puisque nous voyons qu'un même corps, comme le glycocol, peut jouer le rôle d'un acide, d'un alcali et d'un corps neutre.
Si l'on jette un coup d'oeil sur l'ensemble de nos séries, on y reconnaîtra un accord remarquable entre la composition et les fonctions des termes correspondants ; et si , ça et là , on rencontrait quelques irrégidarités , ce ne serait pas
(37») une raison suffisante pour déplacer les corps qui les offrent, pas plus que c'en serait une de séparer le lis blanc du lis bulbi&re, attendu que ce dernier, au lieu de porter ses bulbilles à ses racines, les porte à Faisselle de ses feuilles.
Plusieurs moyens s'offrent à nous pour classer les séries, ou, ce qui revient au même , pour classer les carbures d'hydrogène.
Remarquons d*abord qu'il n'y a aucun carbure d'bydrogène qui renferme plus de molécules ou d'équivalents d'hydrogène que de molécules de carbone, excepté certains hyperhydrènes dont le nombre des molécules d'hydrogène ne dépasse que d'une unité le nombre des molécules de carbone (CH«-hH%C*H* + H%C»H*-hH% etc.); mais nous n'avons pas à nous occuper ici de cette espèce de carbures.
Voici les méthodes qui s'offrent à nous pour classer les séries :
Premièrement. — On pourrait réunir dans un même ordre les carbures qui renferment la même quantité de carbone, et sous-di viser les ordres en séries d'après le nombre des molécules d'hydrogène. On aurait alors la division suivante :
I*' (WDAE G.
Pramièra série.
II* oftoas G*.
Première lérie. Demième léria.
ni* oftoftE G*.
Première série. Deniième série. Troisième série. O H» O E* G» H*
Je reviendrai sur cette méthode dans un instant. Deuxièmement, — On pourrait réunir dans un même ordre tous les carbures qui ofireat le même rapport entre
le carbone et l'hydrogène et soos-diviser les ordres en séries d'après le nombre des molécules d'hydrogène; ainsi :
1*' OEDEB nCH'.
i^oiérie. a« série. 3« série. 4« série. 5« série.
CH' C'H* C?H* C«H» OW*
Il« OEDEB nC> H^
ir« série. 3« série. 3« série. 4« série. 5< série.