FORMULES SYNOPTIQUES
Deux systèmes s'offrent à nous pour représenter la composition des corps, celui des formules brutes et celui des formules rationnelles.
En adoptant le premier, il faudrait représenter le sulfate de quinine par
^Je ne m'y arrêterai pas, puisqu'il n'est suivi par aucun chimiste jusque dans ses dernières conséquences.
Avec le second système , on tombe dans les hypothèses , les copules et les radicaux; et, pour un corps aussi simple que l'acide acétique, on a à choisir entre une douzaine de
(4i9) formules. D'ailleurs toutes les hypothèses qui ont été proposées ont le grave inconvénient, même en ne les considérant que comme des conventions, d'être trop arbitraires, puisque la même personne, en suivant un même système, peut attribuer à un même corps des formules différentes. Cependant il est un point sur lequel la plus grande partie des chimistes sont d'accord , c'est de représenter la composition des oxacides par de l'eau, plus le reste des éléments de l'acide; ainsi on trouve plus d'avantage à écrire la composition des acides sulfurique et acétique ainsi :
S0*-4-H'0 et C*H«0»4-H»0,
que de la manière suivante :
S H* (>• et C H< 0\
Aussi], voyez à quelle conséquence <;onduit cette notation : c'est qu'on est obligé de séparer les acides en deux classes , les sels également en deux classes; de mettre, d^un côté, les cUorures , les sulfures , les cyanures , les sulfocyanures , les mellonures, etc., et, de l'autre, les sulfates, les cyanates, les cyamélurates , etc.
Je viens de jeter un coup d'oeil sur quelques-uns des Traités de chimie qui ont été publiés dans ces derniers temps, et, à Pexception de quelques ouvrages écrits, d'un bout à Tautre, sous l'influence des idées de Berzelius, je ne vois que contradiction, ou plutôt indifférence sur la manière de représenter la composition des corps. Le même auteur fait de l'acide tartrique un composé bibasique, et considère l'acide sulfurique comme monobasique ; de l'essence d'amandes amères, il fait un hydrure, et de l'aldéhyde un hydrate; il considère les cyanates comme des oxacides, les sulfocyanures comme des hydracides; cette amide est un hydrate, celle-ci n'en est pas , etc.
n est évident qu'on ne croit plus aux formules dualistiqucs, mais qu'on y tient fortement, non pas qu'on ^
soucie beaucoup plus de cette formule-ci que de celle-là ; il suffit seulement qu^ellcs soient dichotomiques, à la façon de celle de l'alun, qui se divise en eau et sel double, celuici en deux sels simples, ces sels en acide et en oxyde, et cet acide et cet oxyde chacun en deux corps simples.
E^t-ce que cet accord presque unanime dans l'emploi des formules , je ne dirai pas dualistiques , mais dichotomiques , ue tiendrait pas à la nature de Tesprit humain qui tend sans cesse à diviser, sous-di viser, k sérier, en un mot, les sujets de ses études , afin de soulager la mémoire, en établissant des généralités à chaque division et sous-division ? Elst-ce que la plupart des chimistes, sans s'en rendre compte, ne chercheraient pas simplement, à Paide de leurs formules divisées et sous-di visées, un moyen de retenir la composition et la fonction des corps auxquels ils les appliquent ? Alors le problème dont on cherche la solution dans Tarrangement des atomes reviendrait à celui-ci :
Trousser un système conventionnel à Vaide duquel on puisse retenir facilement la composition des corps, et donner des formules analogues aux corps analogues.
On aurait ainsi les avantages des formules brutes et rationnelles , sans en avoir les inconvénients.
En m*occupant de résoudre ce problème , je ne m^en suis pas dissimulé la difficulté, et je suis loin de penser que je Tai résolu d'une manière satisfaisante. Cependant je croîs devoir donner le résultat de mes recherches , parce qu^il engagera peut-être d^aulrcs chimistes à s'occuper du même sujet et à perfectionner ma méthode , ou à en donner une meilleure.
Cela serait à désirer^ surtout dans ce moment où Tes systèmes sur l'arrangement des atomes vont recevoir une nouvelle impulsion. Comme il n'est pas probable qu'on s'entende là-dessus d'ici à longtemps, il serait avantageux pour tout le monde d'avoir un terrain neutre sur lequel on pût se reconnaître et tomber d'accord.
(4a. ) J'emploie des ybfTTui/ei synoptiques^ à Taide desquelles j^essaye de faire ressortir certains rapports numériques que présentent les corps sériés , et je tâche de donner aux corps analogues des formules analogues. Ainsi , si j^altribuaîs aux sulfates cette formule
SM' -h O,
et si je considérais Téther sulfurique comme un sulfate, je le représenterais aussi par
SEi»-f-0*.
Si, au contraire, je l'envisageais conune une diamide, je lui donnerais la formule desdiamides.
Quelle que soit la formule que j^emploierai , par exemple celle des diamides, on pourrait y voir une hypothèse^ car il n'est pas démontré , au moins pour tout le monde, que cet éther soit une diamide.
Qu^on veuille bien y faire attenlion , il ne s^agit pas de savoir si , dans cet éther, il y a tel ou tel arrangement atomique , mais bien de déterminer s^il a les propriétés d^uii sel ou d'une diamide. Nous sommes done sur le terrain de Texpérience. Il est vrai que, tant qu'on ne saura pas si Téther sulfurique est Tun ou l'autre , on ne pourra lui attribuer qu'une formule brute ou une formule synoptique plus ou moins probable. Mais il ne peut en être autrement, puisque nous avons imposé à notre système la condition de représenter la fonction à l'aide de la formule; demander plus, ce serait exiger d'un naturaliste qu'il fit une classification à l'aide de laquelle on pourrait déterminer la place que doit occuper un animal dont on ne connaîtrait que la peau. Si une pareille classification était possible, elle ne représenterait pas les rapports qui existent entre cet animal et les autres-, ce serait tout bonnement un mauvais dictionnaire. On ne doit donc pas s'attendre à me voir donner une formule synoptique à la bétuline ou à l'anémonine ; le dualisme seul est capable , au simple aspect de la composition
centésimale de ces corps, de nous dire immédiatement si ce sont des oxydes , des hyperoxydes , des éthers ou des corps copules y en nous donnant en même temps Farrangementde leurs atomes.
Avant de m' occuper de la chimie oi^anique, je dois dire quelques mots sur la manière dont je formule les substances minérales.
Le grand usage que j'ai fait, dans ce cas, des formules brutes et rationnelles, me permet de déclarer que les premières sont préférables aux secondes. Je les emploierai donc, mais en les disposant de manière à faire ressortir certains rapports réguliers qu'elles offrent lorsqu'on les compare les unes avec les autres , comme dans les exemples que je vais citer.
Le signe -f- dpnt je me sers est simplement destiné à appeler l'attention sur les rapports que je veux signaler ; bon dans un tableau synoptique , il devient inutile dans une formule isolée.
Jcifles monobasiques du cMore
, de i'atote.
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