‹ Méthode de composition et de style; ou, Principes de l'art d'écrire en français suivi d'un choixChapitre 11 sur 73 · MOT. — PRENDRE POUR CAUSE CE QUI N*E8Z POINT CAUSE. I>B · texte numérisé non relu

MOT. — PRENDRE POUR CAUSE CE QUI N*E8Z POINT CAUSE. I>B

MOYENS d'eYITER LES SOPHI8MES.

Des flO]phlflaiMi •■ i^énéraL

Une déduction illégitime, une induction téméraire, une autorité insuffisante, donnent naissance à des raisonnements qui peuvent avoir quelque apparence de vérité, et qui cependant sont faux : c'est ce qu^oa appelle des sophismes.

La plupaart viennent, en général, plutôt d'une erreur de jugement que d'un vice de raisonnement ; et trop souvent ces erreurs de jugement sont dues à la passion, à la prévention, ou même à la mauvaise foi.

De la pétition de piiaeipe et da eerde vielewK*

Le sophisme qtfon appelle pétition de principe con-, siste à supposer comme vrai ce qui est en question, et à donner comme preuve la chose môme qui a besoin d'être prouvée. Ainsi une mère trop faible dont le fils est accusé de quelque odieux mensonge dira pour te justifier, « qu'il ne ment jamais, qu'il a trop d'élévation dans les sentiments pour mentir. » Mais c'est là précisément ce qu'on lui conteste.

La pétition de principe prend le nom de cercle vicieux lorsqu'on donne pour preuve à une proposition une deuxième proposition que l'on ne peut prouver qu^àj l'aide de la première. Tel est le sophisme de cet élève j disputeur et entêté qui ne peut vivre avec ses cama-

DU BAISONNISMENT. 61

rades : a Pourquoi, lui dit-on, ne pouver-rous vous accorder avec vos camarades? — C'est qu'ils ont un mauvais caractère. — Et sur quoi jugez-vous qu'ils ont un mauvais caractère ? — C'est parce qu'ils ne peuvent s'accorder avec moi. »

PronTer autre chose qoe ce qui est en qiiestloa

Un autre sophisme consiste k prouver autre chose que ce qui est en question. Ainsi un impie prétend prouver que la religion a fait beaucoup de mal. Qne fait-il pour y parvenir ? Il détaille les malheurs et les crimes que la superstition a enfantés. Qu'a-t-il prouvé par là ? Que la superstition est funeste et cruelle, ce que personne se lui contestait. Mais contre la religion il n'a rien prouvé 3 bien au contraire, car la superstition n'a pas de plus redoutable ennemie qu'une religion éclairée.

Smger de la nature dHuie chose «ans la cimnattre.

On fait encore un sophisme lorsqu'on regarde comme essentiellement et continuellement vrai ce qui n'est vrai qu'accidentellement : « La médecine a échoué quelquefois; donc la médecine n'est bonne à rien.— Des avocats plaident indifféremment le pour et le contre ; donc l'exercice de cette profession rend Tesprit faux. •»

Et encore lorsqu'on juge un tout sans avoir considéré toutes ses parties, lorsqu'on décide une question sans l'avoir examinée sous toutes ses faces. Tel est le sophisme de celui qui veut justifier le suicide : « Ou mon âme est immortelle, ou elle ne l'est pas ; danâ le premier cas, j'aurai échangé cette vie de souffrances pour ime vie meilleure ; dans le second cas, tous mes maux sont finis. » Il oublie une troisième possibilité, celle de l'immortalité pour l'expiation et pour la souf-

« PBSCEPTES.

fronce. Telle était encore le raisonnement de cet Anglais qui, allant d'Espagne à Bordeaux où il s^eml)arqua pour son pays, et ayant trarersé les landes de Gascogne, a cru et a imprimé qu'il y a en France au moins autant de terrains en friche que de terres cultivées.

C'est encore s'exposer à Terreur que de prendre les mots pour des choses^ et d* attacher à un même mot tantôt un sens, tantôt wn aiUre. Il y a une constellation qu'on nomme Balance: la balance est le symbole de la justice^. Louis XIII naquit sous cette constellation ; on conclut de là qu'il serait ami de la justice, et on lui donna à sa naissance le surnom de Louis le Juste. C'était étrangement abuser de ce mot balance. Ainsi déraisonnait, mais très-volontairement^ celui qui disait : € Gassendi est petit; or Gassendi est im philosophe; donc Gassendi est un petit philosophe. 9 II prenait . sciemment le mot de petit dans deux acceptions différentes. .

Prendre pour caisse ee ^ni n'est point ennie

Par ignorance, par irréflexion, par présomption, on attribue aux choses des causes qu'elles n'ont pas. Ainsi un grammairien intelligent examine pourquoi, parmi les noms de choses inanimées et des parties du corps, les uns sont mascuhns, les* autres féminins^. Au Heu de reconnaître, comme tout homme !raisonnable, qu'il n*en sait rien, que la question est insoluble, et qu'en

1. Voy. plus haut Tarticle de Tal- mot qui Biguifie tête est neutre en

léfforie. latin, féminin en grec, masculin en

S. Ainsi, en français, astre est du allemand, etc. masoulin et étoile du lôminin ; le

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