‹ Méthode de composition et de style; ou, Principes de l'art d'écrire en français suivi d'un choixChapitre 14 sur 73 · DES SENTIMENTS ET DES IMAGES. 7S · texte numérisé non relu

DES SENTIMENTS ET DES IMAGES. 7S

On dit qu'une expression fait image, lorqu'elle peint quelque chose à Tesprii. Il n'y a point d'image dans; « Il tire l'épée ; » il y en a une dans : c II fait briller le fer. »

Quand la Fontaine dit :

Uq jour SUT ses longs pieds allait je ne sais où Le héron au long bec, emmanché d*an long cou,

il fait une image ; on croit voir le héron. Bossuet fait une image quand il dit :

L'univers allait s'enfonçant dans les ténèbres de idolâtrie.

Lorsque. les pensées de Técrivain se présentent fréquemment sous la forme d'images naturelles et vives, on dit que son style est pittoresque. C'est dans ce sens qu'on dit d*un auteur qu'il est un grand peintre, et que Napoléon disait à Bernardin de Saint-Pisrre : « Votre plume est un pinceau. »

Les images naissent naturellement d'une imagination riche et animée ; les rechercher par le travail serait inutile : on fatiguerait le lecteur, on se fatiguerait soi-même, et le style, au lieu d'être pittoresque, deviendrait forcé, enluminé et faux.

Voyez par quelles images gracieuses Lamartine exprime cette pensée : « Le moment de ne plus faire de vers est arrivé ; je renonce à la poésie, quoique à regret. »

Ââleu, donc, adîen, voici Pheure,

Lyre aux soupirs mélodieux ;

En vain sous ma main qui t*effleur6|

Ta fibre encor frémit et pleure ;

Voici rheure de nos adieux.

Reçois cette larme rebelle

Que mes yeux ne peuvent cacher. •«

Et celle-ci : « Je me levais avant le jour pour com-

T4 PBÉCEPTE8. {

poser des vers de piété. » ((Test toujours à sa lyre | qu'il s'adresse.)

Pour chanter celui qae j*adore, Qaand je t'emportais avec moi Sur les monts que le soleil dore, Le premier rayon de Taiiriore Ne se réyeillait qa'après toi.

Veut-on des images d^aIle nature différente ? voici i comment un poète ez^râne cette idée : « Je ne boirai pas de yin de Champagne. »

Non, ce n^est pas pour moi qn'one liqueur moossease^ Et de sa liberté follement amoureuse, ^

Frémit dans sa prison, s^ndigne de ses fers, 3

Et lance en pétillant son bouchon dans les airs.

Les mouoements^ dans ie style, tieiment surtout an ! sentiment.

On appelle mouvement un tour vif et rapide donné à l'expression de la pensée. Ainsi Bossuet, en parlant du . jeune prince de Condé :

Le veyex-wjus, comnm il ffoU à la -victoire on à la mort?

Glytemnestre, dans la tragédie à'Iphigénie par Bft*> dne:

Non, je ne l'aurai poinl amenée au supplice.... Venez, si tous Tosez, la ravir à sa mère.

Un poète, parcourant des tombeaux, lit sur les marbres des inscriptions mensongères :

Usons : « Ci-glt le grand.... » BHeeM-vmUy imposleursi Eh quoi l dee os en poudre ont encor des flatteurs!

(FaotBT^

DES SENTIinBNTS ET DES IMAGES. 7S

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Les idées, les jugements, les faits, les sentiments, les conceptions de Timagination, sont ce qu'on appelle dans une composition littéraire les pensées.

La manière dont on rend les pensées s'appelle le ityle.

La diction^ comme nous l'aTons vu, est le style con» I sidérë spécialement dans l'emploi des mots ; mais le style ne consiste pas seulement dans le choix desmots : il choisit et combine les idées.

La raison, l'imagination et le sentiment concourent. Ums les trois au mérite du style. C'est le style qui met de Tordre et du mouvement dans les pensées, et donne àla composition littéraire la chaleur et le coloris.

On comprend aisément par là qu'une composition litléraire peut être pitoyable sous le rapport du style, ^oique la diction en soit irréprochale. -^ '

Quand le style d'un ouvrage réunit les qualités convenables, on dit que cet ouvrage est bien écrit.

Les ouvrages bien écrits sont les seuls qui obtiennent on succès durable et qui arrivent à la postérité.

Les plus parfaits modèles de style dans notre langue flont: en prose, Fénelon, Massillon^ BufTon; envers, Boileau, et surtout Racine.

Parmi les qualités du style, quelgues-unes^enxtônt essentiellement à la diction : nous les avons fait oonnaître.

Nous allons parler maintenant de la convenance ^et desqualités diverses qui font la beauté du style.

76 PEËCEPTES*

De Ift eonTenance et de 1» Taiiété du f tyle.

Si Toxi considère le style relativement au sujet que l'on traite, sa qualité capitale est la con^mance^ c^està-dire que le caractère du style doit varier selon la na^ ture des idées qu'on exprime et selon les circonstance! dans lesquelles on parle. On conçoit, par exemple, qu'une fable, un sermon, une comédie, exigent un style tout différent.

Ainsi le langage doit répondre aux divers caractères que le sujet imprime nécessairement à la pensée ; c'est avec elle que le style s'élève et s'abaisse ; c'est par elle et pour elle que l'imagination le colore, que la passion l'anime ; selon les exigences du sujet, il est simple, sévère, badin, enjoué, piquant, léger, fleuri, gracieux, brillant, animé, pittoresque, enfin sublime ,^ ce qui est le plus haut degré auquel il puisse atteindre.

Le >style est sublime, lorsqu'il exprime les grandes choses et les sentiments élevés d'une manière également grande et élevée.

On peut citer comme modèle du style sublime, en vers. Iode sur le vaisseau le Vengeur; en prose, 1% morceau de Bossuet sur Charles-Gustave,

Il est bon, dans une composition étendue, que le style ait de la variété : car l'uniformité produit l'ennui.

Un style trop égal et toujours uniforme £n vain brille à, nos yeux, il faut qu'il nous endorme; On lit peu ces auteurs nés pour nous ennuyer, Qui toujours sur un ton semblent psalmodier.

(BOILSIU.)

L'auteur même le plus sublime lasserait bientôt l'ad-

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