DES SENTIMENTS ET DES IMAGES. TT
tniration, 6^1 ne savait varier son style^ c'est-à-dire passer sans effort d'un ton à un autre.
De la beauté et des défante d« style.
Quel que soit le caractère général du style, deux inalités précieuses en font la beauté ; ces deux quaités sont l'élégance et l'énergie.
Uélégance est le résultat de la justesse et de l'agré- Dent. Elle éclaire et embellit Tidée principale en groupant autour d'elle des idées accessoires qui forment un ensemble noble et gracieux ; elle choisit les expressions tt n'emploie que celles qui plaisent à Tesprit et à To- Kille. La fable le Chêne et le Roseau est d'un bout à Pautre un chef-d'œuvre d'élégance.
Vènergie consiste dans une combinaison de la vivante et de la force : de la force, qui grave profondément «s idées dans notre esprit; de la vivacité, qui les îûime et les passionne. Le discours du paysan du Daûiibe ail sénat romain, dans La Fontaine, est, depuis le commencement jusqu'à la fin, un modèle d'énergie.
Ces deux qualités sont indispensables à la beauté du style. Quelques autres qualités y contribuent selon la ûature du sujet que Ton traite.
La ndiveté ne .convient que dans des sujets très- *ïiûples ; elle consiste dans une ingénuité de sentiment ou quelquefois de malice, qui échappe sans réflexion, et qui s'exprime sans art. Telles sont, dans la fable de ^Fontaine, les paroles du savetier au financier.
^^ finesse fait entendre à côté et au delà de ce qu'on ^t, et parait vouloir cacher la pensée pour mieux la «ire voir. La délicatesse est au sentiment ce que la "û6sse est à l'esprit; elle exprime avec une réserve ingénieuse des choses aimables, et donne de la grâce à
^ P&ACEPTSS.
reloge, n y a de la finesse dans ce mot d'un homn^ d'esprit adressé à un ministre : c Vous avez travailb dix ans à vous rendre inutile. » II* y a de la délicatess( dans ce mot d'un ancien sage sur Tamitié : c Quand j( suis avec mqn ami, je ne suis pas seul, et nous n< sommes pas deux. »
La véhémence est le mouvement rapide de la passion La richesse est la réunion de Tabondance et de rédat
On admire la véhémence dans Mii'abeau, la ricliesa dans Massillon et dans plusieurs passages de Buffon. par exemple le tableau de la nature sauvage et de h nature cultivée.
On dit que le style a de la sécheresse, quand ilrman* que d'animation et d'ornement ; de la raideur, lorsqu'î] n'a ni facilité ni variété ; on dit qu'il est déclamatoire^ quand on emploie, hors de propos, des expressions e1 des phrases pompeuses ; qu'il est plat^ qu'il est fadet qu'il est terne, lorsqu'il n'a pas l'élégance, l'intérêt, le coloris que le sujet semblait réclamer.
1NB8 DEVELOPPEMENTS EN OÉtCÉEÀL.— - DES RÉSUMAS.-— DES HOTSHS GÉNÉRAUX DE DEVELOPPEE ET DE PROUVEE, ET PREMIÈBSHBBT DE LA DÉFINITION. — DE l'ÉNUMÉRATION. — DES PRINCIPES ET FAITS GÉNÉRAUX. -* DES CAUSES ET DBS EFFETS. — DE LA COH- FABAISON. — DE l'iNCOHPATIBILITÉ. — DES CIRCONSTAlïCBS. — DES EXETWPTiEB ; DE LA PREUVE PERSONNELLE.
Des ftéveloppemente en i^énéral.
L'art du style ne consiste pas seulement à exprimer les pensées, mais à les développer
DES SENTIMENTS £1 DES IMAGES. 7d
Les développements sont l'œuvre combinée du raisonnement* et du style.
Développer une pensée, c'est l'expliquer de manière
faire ressortir tout ce qu'elle offre de vrai, de fort,
'intéressant.
Quelquefois le développement n'est autre chose qu'une paraphrase. La paraphrase reproduit simplement la pensée, mais en d'autres termes et avec plus d'étendue.
Plus souvent le développement consiste à choisir les idrconstances les plus frappantes qui peuvent faire valoir la pensée. C'est ce qu'on peut voir dans le passage floivant de MassiUon. L'orateur veut développer cette pensée : « C'est par la douceur, et non par la violence, que les preimers chrétiens ont fait triompher l'E-
L%Use n^opposa jamais aux persécations que la patience et la fermeté; la foi fut le seul glaive avec lequel eUe vainquit les tyrans; le saqg de ses martyrs tout seul fut la semence des fidèles. Les premiers docteurs ne farent pas envoyés comme des lions pour porter partout le carnage, mais comme des agneaux pour être eux-mêmes égorgés. Us prouvèrent, non en combattant^ nuûs en mourant pour la foi» la vérité de leur mission.
Développer^, ce n'est donc pas, comme on pourrait le croire, muItipUfer et prodiguer les mots, c'est com- Mner des idées.
Développ'ery c'est énoncer d'une manière explicite tout ce qui est implicitement contenu dans la pensée principale ; c'est éclairer cette pensée, en montrant de quelles pensées elle procède et quelles pensées naissent
1. C'est-i-dire de l'art de rai- ment, an ait ampli fier y ampli fleation,
'onnerappiiquéaaiujet qu'on traite. Aujourd'hui toutefois ces deux
«• Bans les traités de rhétorique, derniers mots sont rarement em-
^ UtK de d<h9lopptr, développa- ployés dans un sens fayorabltt.
d'elle : c'est aussi quelquefois réchauffer par des mouvements et la colorer par des images.
Ouand un développement réunit ces conditions, ou dit qu'il est heureux, qu'il est riche.
Ainsi, rien de plus heureux, de plus riche que le développement suivant de Massillon. La pensée à développer était celle-ci : « L'ambition rend ceux qu'elle domine malheureux par la jalousie. »
De Tambition naissent les jalousies dévorantes; et cette passsion si basse et si lâche est pourtant le yice et le malheur des grands» Jaloux de la réputation d'autrui, la gloire qui ne leur appartient pas est ponr eux comme une tache qui les flétrit et qui les déshonore. Jaloux des grâces* qui tombent à côté d^eux, il semble qu^on leuff^ arrache celles qui se répandent sur les autres. Jaloux de la faveur', on est digne de leur haine et de leur mépris dès qn*on Test de l'amitié et de la confiance du maître. Jaloux même des succès glorieux de TÉtat, la joie publique est souvent pour eux un chagrin secret et domestique; les victoires remportées par leurs rivaux sur nos ennemis leur sont plus amères qu*à nos ennemis même; leur maison, comme celle d'Aman^, est une maison de deuil et de tristesse, tandis que celle de Mardochée triomphe et reçoit au milieu de la capitale les acclamations publiques; et peu contents d'être insensibles à la gloire des événements, ils cherchent à se consoler en s*efforçant de les obscurcir par la malignité des réflexions et des censures. Enfin, cette injuste passion tourne tout en amertume, et on trouve le secret de n*étre jamais heureux, soit par ses propres maux, soit par les biens qui arrivent aux autres.
Il ne faut pas développer une pensée hors de propos ou trop longuement; c'est ce qu'on appelle la délayer.
Il ne faut pas développer des choses peu importantes dans un langage étudié. Voltaire a dit avec raison :
Evitons ce verbiage Qui noie éloquemment un rien Dans un fatras de beau langage.
1. Des places et des dignités ac- 3. De la bienveillance dn souve-^ cordées par le souverain. xain.