‹ Méthode de composition et de style; ou, Principes de l'art d'écrire en français suivi d'un choixChapitre 16 sur 73 · Allusion à rUttoire d'Estheb · texte numérisé non relu

Allusion à rUttoire d'Estheb

DES SENTIMI2ÏTS ET DES IMAGES. 81

Des Tésuaéfl.

L'opération inverse à celle de développer se nomme résumer.

Résumer y c'est réduire les principales pensées développées dans un travail littéraire à leur expression la plus simple.

Un résumé bien fait est utile pour fixer dans Tesprit le plan, Tobjet et les résultats d'une composition littéraire.

Le résumé dans lequel on s'attache surtout à faire apprécier une composition dans son ensemble et dans ses détails, prend le nom d'analyse; et si l'on y joint des observations critiques sur les pensées et le style de l'auteur, c'est ce qu'on appelle analyse littéraire.

Des moyens i^néranz de dérelopper et de prouTer^ et premièrement de la déflnition.

Il est certains moyens généraux de développer et de prouver* qu'il est bonde connaître, sansy attacher néanmoins trop d'importance, et auxquels on peut avoir recoursdansl'occasion. Nous allonsen direquelques mots,

La définition* expUque la nature d'une chose et en donne ime idée juste et claire. Il y en a deux sortes, la définition philosophique et la définition oratoire.

La première caractérise un objet d'une manière rigoureuse et précise : « L'éloquence est le talent de persuader. — L'homme est une âme intelligente unie à un corps organisé. »

1. Dans les lirres de rhétorique sujet qu'on avait à traiter. » C*ert

on les appeUe lieux communs .ML&is également dans un sens défavorable

le pins généralement on emploie qu'on dit : &est de ïarhétoriquey de

cette dernière expression dans un V amplification , de la déclamation;

sens défavorable. Ce sont là des c'est-à-dire : « Ce sont des phrases

lieux communs^ signifie : « Ce sont étudiées qui ne prouvent rien. >

lÀ des vérités générales, vulgaire- 2. Nous avons parlé de la défini-

inem connues, et qui n'ont pas tion des mots; il s'agit ici de celle

d'application directe et spéciale au des choses.

sïi'th. de comp. g

œ PRECEPTES.

La seconde est plus étendue et plus belle ; elle choisit^ pour caractériser la chose, les attriimts et les Girconstances qui peuvent produire le plus d'effet : t L'tioquence est la souveraine des ccranL >

L'homme est na roseaa, le plus faible de la nature ; mais e^ un roseau pensant. (Pascal.)

L'homme, en sa coune pasangère»

N'est rien qu'une vapeur légère Que le soleil lait dissiper; Sa clarté n*est qn*une nuit somlyre.

Et ses jours passent comme rombce Que r<sil suit et voit échapper.

(7. B. BotnMBiv.^

L'exemple suivant fera voir comment la dô&sitkm est un moyen de développer et de prouver.

On veut relever la gloire d'un homme qui a su commander une armée avec succès ; on y parvient &i donnant la dé^nition d'une armée :

Qu'est-ce qu'une armée? C'est un corps ammé de passions dîll^ rentes, qu'un homme [habile fait mouvoir pour la défense de la patrie; c'est une troupe d'hiHnmes armés qui suivent aveuglément les ordres d'un chef dont ils ne savent pas les intentions; c'est «n assemblage confus d'hommes indociles qu'il fsiut assujettir à Fobéissance, de téméraires qu'il faut retenir, d'impatients qu'il fkat accoutumer à la constance. Quelle prudence ne &ut-il pas pour conduire et réunir au seul intérêt public tant de vues et de volontés différentes! Comment se faire craindre sans se mettre en danger d'être ha!, et bien souvent abandonné? Gomment se faire aimer sans perdre un peu de Tautorité et relâcher la discipline nécessaire?

(FLiCHUEB.)

Vénumération des parties considère les diverses parties d'un tout, et tous les rapports sous lesquels rol)jet dont on parle peut âtre eïaminé.

DES SENTIMCNTS ZT DES IMAGES. 83

C'est par rénumértOiûaqueMasfiilloii développe cette pensée : « L'ambitieux ne jouit de rien. »

L'ambitieux ne jouit de rien : ni de sa gloire, il la trouve (â)scure; ni de ses places, il veut monter plus haut; ni de sa prospérité, il sèche et dépérit au milieu de son abondance; ni des hommages qu'on lui rend, ils sont empoisonnés par ceux qu*il est obl^é de rendre lui-môme; ni de sa faveur', elle devient amôre dès qull faut la partager avec ses concurrents; ni de son repos, il est plus malheureux à. mesure qu*il est obligé d*étre plus tranquille.

De« prinelpea et âai fUto gêmfywmmx»

Un développe en rattachant le fait particulier ou la vérité particulière dont on parle à une vérité plus générale.

Bossuet dit qu'il est inutile de faire l'éloge du grand Goiadé :

Noas ne pouvons rien, fkibles orateurs, pour la gloire des âmes extraordinaires : le sage a raison de dire que leurs actions seules les peuvent louer. Toute autre louange languit auprès des grands noms; 4t la seule simplicité d*nn récit Ûdàle pourrait soutenir la gloire du prince de Ciondé.

Des eanses et des effets.

La caiLse est ce qui produit quelque chose que ce soit ; V effet est ce qui résulte de la cause.

« Fuyons la médisance, car elle prend sa source dans lamalignité et dans l'envie, passions honteuses. » C'est laisonner par les causes.

t Fuyons la médisance, parce qu'elle attire des ennemis, et que le mal qu'on dit d' autrui ne produit que iu mal. » C'est raisonner par les effets.

1. De la part que le souverain luiao«oxde dans sa bienyeiUuice et dans n confiance.

84 V PEÉCEPTES.

De la comparaUoM,

La comparaison'^ est une source féconde d(3 développements.

On développe par la comparaison de supériorité, d'infériorité, d'égalité dans le caractère des personnes, dans la nature des choses, dans les moyens employés, dans les résultats obtenus.

Le bonheur ou la témérité peut faire des héros; mais la yerta toute seule peut former de grands hommes. (Massilloh.)

l\ est bien plus aisé de conquérir des provinces et de dompter des peuples, que de dompter ses passions. (Id.)

Les âges se renouvellent, la figure du monde passe sans cesse; les morts et èes vivants se remplacent continueliement; riea ne demeure, tout change, tout s^use, tout s'éteint; Dieu seul demeure toujours, le même. (Id.)

Rapides et fugitifs, les plaisirs des sens ne laissent après eux que du vide, et tous les hommes s*en dégoûtent avant Tâge. Les plaisirs de Tesprit ont un plaisir toujours nouveau; Tâme est toujours jeune pour les goûter, et le temps, loin de les af&iblir, leur donne chaque jour plus de vivacité. (Labouiguièrs.)

On développe en comparant ce qui est avec ce qui devrait être ;

Quelle honte lorsque ceux qui Pont établis pour régler les passions de la multitude deviennent eux-mêmes les vils jouets de leurs passions propres I... Ils devaient régler les mœurs publiques, ils les corrompent; ils étaient établis de Dieu pour être les protecteurs de la vertu, et ils deviennent les appuis et les modèles du vice!..;

(Massillon.)

En comparant une chose avec une autre qui lui est opposée : « Montre de TalTabilité envers tous ceux avec qui tu as affaire : l'orgueil et Timpolitesse révoltent tous les cœurs. »

1. Ne pas confondre avec la comparaison employée comme ornement du style.

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