‹ Méthode de composition et de style; ou, Principes de l'art d'écrire en français suivi d'un choixChapitre 45 sur 73 · RAISONNEMENT^ DÉMONSTRATION · texte numérisé non relu

RAISONNEMENT^ DÉMONSTRATION

DfoncnoH. — niDUcnoK. — diémonstràtioh pab l'absubdb.

Dédnetion.

Voir les livres de géométrie ; ils présentent le modèle de dédaetion ]e plus facile à comprendre et à suivre par renohatnemait dei théorèmes dont ils se composent.

Indnetlon.

(Voir page 55.)

Parmi les savants on les gens qui croient l'dtre, quélquas-nni pensent que le globe terrestre se refroidit graduellement et pérûa faute de chaleur.

D'autres pensent, au contraire, que la température du globe terrestre s'est élevée, qu'il s'échauffe de plus en plus et qu'il finira par s'embraser.

Ce qui est vrai, c'est que les uns et les autres ont également tort, et que la température du globe, depuis trois mOle ans, n'a pas varié.

Voici comment on le prouve, à l'aide de l'induction :

Si le globe se refroidit ou s'échauffe, ce changement de température doit être sensible sur toutes ses parties. Si donc je puis prouver que dans une des parties du globe la tempé^ rature n'a pas changé depuis trente siècles, j'aurai le droit d'en conclure qu'elle est restée à peu près la même sur tout le globe.

Remarquons d'abord deux faits : la vigne, au-dessus d'un degré de chaleur sioyenne, ne peut plus produire de raisin bon à faire du M; ainsi dans l'Hindoustan, dans la Gui-

BAISONKEMENT, DÉMONSTRATION. 913

née, la vigne ne saurait produire du vin, ni môme du raisin bon à manger.

Le palmier cesse de donner des fruits au-dessous d*un Certain degré de chaleur moyenne. Ainsi les palmiers dont sont bordées les côtes méridionales d'Espagne sont stériles, tandis que, dans les déserts de TAfrique septentrionale, ces mômes arbres donnent d'excellentes dattes.

Or, le degré de chaleur au-dessous duquel les palmiers ne donnent plus de dattes^ est le même que celui au-dessus duquel la vigne ne donne plus de vin; donc si un pays réunit ces deux productions, il faut nécessairement reconnaître qae sa température moyenne se maintient à ce degré de chaleur : car, à un degré plus bas, il ne produirait pas de dattes; à un degré plus haut il ne produirait pas de vin.

Or, il est prouvé par les livres de l'Ancien Testament qu'il y a plus de trois mille ans la terre sainte ou Palestine produisait des vins excellents. Dans ces mêmes livres, il est souvent question des dattes, comme d'un des produits les plus importants du pays. Ainsi il y a trois mille ans, la température moyenne de la Palestine était exactement celle qui permet à la fois et à la vigne de donner du vin et au palmier de porter des dattes.

Mais aq^ourd'hui tous les voyageurs qui parcourent la Palestine remarquent sur les coteaux des vignes qui donnent des vins excellents, et dans les plaines des dattiers chargés de fruits. Donc la température n'a pas changé depuis trois mille ans : car, si elle avait baissé d'un degré, ce pays ne produirait plus de dattes; si elle avait monté d'un degré, il ne produirait plus de vin. Nous sommes donc en droit d'affinner que la température générale du globe n'a pas varié depuis trois mille ans.

2U * EXEMPI«BS £T JËCLAIRCIfifiUEICSNTSL

Hémonstratioit par l'alMiirde.

(Voir page 56.)

Le nàsûnBeimDt de llJaaBÎlIon se résimie asmi -: << Si fftme périk aveo le corps, il s'ensuit néoessairemenA des iX«séq«eiipM imaBrales, absurdes, impossibles : donc Tâme ne périt pas avec le ûotj^ i

Si tont meurt * avec le corps, il fout (jue l'univers prenne <r&iitres lois, d'autres mœurs, d'autres usages, et que tout change de îace sur la terre. Si tout meurt avec le corps, les maximes de Téquité, de F amitié, de ÎTionneur, de la bonne foi, tie la reconnaissance ne sont donc plus que des erreurs populaires, puisque nous ne devons rien à des hommes qui ne nous sont rien, auxquels aucun nœud commun de culte et d'espérance ne nous lie, qui vont demain retomber dans le néant, et qui ne sont déjà plus. Sî tout meurt avec nous, les doux noms d'enfant, de père, d*ami, d'époux sont donc des noms de théâtre et de vains titres qui nous abusent, puisque l'amitié, celle môme qui vient de laTertu, n'est plus un îien durable, que nos pères qui nous ont précédés ne sont plus, que nos enfants ne seront point nos successeurs, car le néant, tel que nous devons être un jour, n'a point ée suite; que la société sacrée des noces n'est plus qu'une liaison brutale, d'oij, par un assemblage bizarre et fortuit, sortent des êtres qui nous ressemblent, mais qui n'ont de commun avec nous que le néant.

•Qoe dîrai-je encore ? Sî tout meurt avec nous, les annales domestiques et la stnte de nos ancêtres n'est donc plus qtfuue suite declrinrères, puisque nous n'avons point d'aïeux et que nous n'aurons point de neveux. Les soins du nom et de la postérité sont donc frivoles ; l'honneur qu'on rend âla mémoire des hommes Dlustres, une erreur puérile, puisqu'il est ridicule d'honorer ce qui n'est plus; la religion des

1. C'est-à-dire : si r&me de rhomme ne snrrit pas & son corps.

tombeaux, une illusion vulgaire ; les cendres de nos pères et de nos amis, une vile poussière qu'il faut jeter au vent et ^i n'^i^rtient à persoajxe ; les dernières inteatioas des maamiito, «i sacrées parmi ies peuples \b% plus badiares, le dernier son <t'un« machina qui se dissout; et, pour tout dire en un mot, si tout meurt avec nous, les lois sont donc une servitude, insensée ; les rois et les souverains, des fantômes que la faiblesse des peuples a élevés ; la justice, une usurpation sur la liberté des hommes ; la loi des mariages, un vaiic scrupule ; la pudeur, un pr^ugé ; Thonneur et la probité, des chimères; les incestes, les parricides, les perfidies noires, des jeux de la nature, et des noms que la politique des légisiatsors a inventés.

Yûiià où M rédjoit la philosophie sublime des impies, voilà cette force, cette raison, cette sagesse qu'ils nous vantent éternellement. Convenez de leurs maximes, et T univers entier retombe dans un affreux chaos ; et tout est confondu sur la terre; et toutes les idées du vice et de la vertu sont renversées; et les lois les plus inviolables de la société s*évanouissent; et la discipline des mœurs périt; et le gouvernement des États et des empires n*a plus de règle ; et toute rharmonie du corps politique s'écroule ; et le genre humain n'est plus quun assemblage d'insensés, de barbares, d'impudiques, de furieux, de fourbes, de dénaturés qui il*ont plus d'autres lois que la force, d'autre frein que leurs passions et la crainte de l'autorité, plus d'autre lien que rirréligion et l'indépendance, plus d'autre Dieu qu'euxmêmes. Voilà le monde des impies; et si ce plan affreux de république vous plaît, formez^ si vous le pouvez, une société de ces hommes monstrueux. Tout ce qu'il nous reste à vous dire, c'est que "vous êtes dignes d'y occuper une place.

(MÂSSOiLON.)

su SZSM PUS SI ËCLAmcISSSKSKTS

tTLLOovna. — BHTHTirîaa. — KÊDUCnon du sAJSOimRiiKBT bx-

Vtaxè J>ASE LB LÂlfOAGB ORDINAIBB A UL VOUIB FHII^OSOPBIQim.

— DmamB. — niiLoaisiiBB coxposéi. — aoBiTa.

(Voir page 58.)

On doit prendre conseil dans les choses importantes; Le choix d*iin état est de la plus haute importance; Donc, pour le choix d'un état, on doit prendre conseil.

— L'homme qui vit comme la brute, se dégrade;

Or, celui qui ne songe qu*à la satisfaction de ses sens vit comme la brute ; Donc, rhomme sensuel se dégrade.

Dans la conversation, celui qui n'àime pas à écouter ne s'instruit pas; Or, le babillard n*aime pas à écouter; Donc, dans la conversation il ne s'instruit pas.

BntliTmèiiie.

(Voir page 59.)

Ce n'est qu'en réparant sa faute qu on retrouve le calme de' la conscience;

Donc, dès qu'on a commis une faute, on doit s'empresser de la réparer.

— L'orgueilleux uq veut pas connaître ses dé&uts : Donc, il ne peut pas se corriger.

— Les hirondelles sont arrivées ; Donc, le printemps est de retour.

La lune ne s'éclipse que lorsque la terre se trouve placée: entre elle et le soleil; Donc, c'est l'ombre delà terre qui cause Féclipse.

RAISONNEMENT, DÉMONSTRATION. m

WlédmmiUim ém rmMaauwkemmmi exprimé dans le lany afe ordisalre à 1* forme phlloflophlqne.

(Voir page 60.) Puiage de Fénelon :

Rien ne peut arrêter le temps, qui entraîne avec lui tout ce qvd paraît le plus immobile. Le présent qui s*enfuit est déjà bien loin, puisqu*il s'anéantit dans le moment que nous parlons, et ne peut plus se rapprocher. Ne compte donc jamais, mon fils, sur le présent; mais soutiens-toi dans le sentier rude et âpre de la vertu par la vue de Tavenir. Prépare-toi par des mœurs pures et par Tamour de la justice une place dans Theureux séjour de la paix.

Réduction à la formule syllogistique :

« Nous ne devons pas compter sur ce qui nous échappe; Or, le présent nous échappe ; Donc, nous ne devons pas compter sur le présent ; Mais nous devons nous occuper sérieusement de ce qui fixera notre destinée ; C'est l'avenir qui doit la fixer :

Donc, notre avenir doit nous occuper sérieusement, r

— Apprends sérieusement tout ce que tu étudies : car les études superficielles ne produisent que des hommes médiocres et présomptueux.

C'est on enthymëxne renversé.

— Ne parlea pas de politique, puisque vous n'y entendez rien.

Cest enoore rm enthymème renversé. Le voici sons la forme d'un syllogisme :

« On ne doit pas parler de ce qu'on ne connaît pas; Or, vous ne connaissez pas la politique : Donc, vous ne devez pas en parler. »

M sxsKPus xr ÉCLAmCIBSBMISrrS.

(Voir page 610

Oh! que les rois çont i jptaindpe! Oh! que les ministres sont dignes de compassion ! S'ils sont méchants, comlMen font-ils souffrir les hommes, et quels sentiments leur sont réservés par la justice divine ! S'ils sont bons, quelles difficultés ' ii*ont-ils pas à vaincre! qu«ls pièges à éviter! quels mamà souffrir! (Fenslon.)

Sunt A^guilia répend |>ar ee dilemmo «vx jaifg qui pvéteDdfMit que Jésus-Christ n'était pas ressuscité, mais que les apôtres avaint ûileTé son corps :

C'est VOUS qui gardiez le sépulcre. Oa vous avez dormi, w vous n'avez pas dormi. Si vous n'avez pas dormi, comoMat Taurait-on enlevé ? Si vous avez dormi, comment avez-vou8 pa «avoir qa'on Tenlevait?

(Voir page 6L)

Ou VOUS pardonnerez à ceux dont vous croyez avoir à vous plaindre, ou vous renoncerez au pardon que la miséricorde de Dieu vous promet ;

Mais vous désirez que Dieu vous pardonne

Donc, vous devez pardonnor.

— Ou le meurtre de César fut une grande et belle action, ou ce fut un crime;

Mais tuer un homme qui ne peut se défendre, ne saurait être appelé une grande et belle action :

Donc, ce fut un crime.

-*- Tl est des circonstances graves dans lesquelles fl fwt nécessairement ou s'exposer à déplaire aux personnes qu'on aime, on mentir à sa propre conscience ; Mais on ne doit jamais mentir à ca oonadence : Donc, il faut résolument a'ezpoter à iour déplaii^.

RAISONNEMENT, I)£lftONSTBJLTlON. 219

— Vous ne pouvez en même temps, et satisfaire votre ambition, et conserver votre indépendance;

Vous tenez à votre indépendance ;

Renoncez donc à votre ambition. ^

— Si vous voulez qu'on soit poH envere vous, vous devez Fêtre envers les autres;

Or, vous voulez qu'on soit poli envers vous ; Donc, vous devez l'être envers les autres ; Ou : Or, vous ne voulez pas l'être envers les autres : N'exigez donc pas qu'tm le soit envers vous.

— Si Joseph Ghénier avait, comme on l'en a accusé, contribué à la mort de son frère ^, ou môme s'il n'avait pas &It tout son possible pour le sauver, sa mère aurait conçu de l*horreiir pour lui ;

Or, Ba mère, jusqu'à sa dernière bouiB, lui a montré la plus vive tendresse :

Donc, Joseph Ghénier était innocent.

9orlte.

<(Voir pac;e «S.)

Faute d'un clou, le fer d'un cheval se perd; faute d^un &r, on perd le cheval, et faute d'un cheval, le cavalier luimême est perdu, parce que son ennemi Tatteint et le tue. (Fbanklin.)

L André Ghénier, jeune poëte, Conyeniion. Yojez, p&ge $00, me

condamné & mort par le tribanal ode composée par André Ghénier

iéT«}itti9Bnaire, en 1794. Son irére «Lsat SAprisi». Joieph était alors membre de la

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