Ces époques, cette manière de compter le temps
Von et style eoaTenables à la narratiOTi.
(Voir page 11*7.)
On verra, par la oomparaison des deux narrations suivantes, quelle immense différence de ton et de style résulte nécessairement de la différence des sujets que Ton traite : Tune a pour objet les sottises d'un orgueilleux, Tautre les exploits d'un héros. Xnlle pari op. ne trouverait plus de simplicité que dans la première, plus d'élévation que dans la seconde : toutes deux sont excellentes.
Entre ces deux points extrêmes, il est une infinité de nuances qtii doivent caractériser le ton et le style d'un récit., selon la nature dn siyet que l'on traite et de l'efiet qu'on veut produire.
iiSÇOBi momtdsM a Ki'oaamKix. n a e*a ««tUBMia.
Un souverain de TOrient, célèbre par sa sagesse^ recevait tous les jours des plaintes contre un de ses parents gouverneur d'une province importante de son empire, nommé Irax. C'était un homme de haute naissance, dont le fond n'était pas mauvais, mais qui était corrompu par la vanité et par la mollesse. Il souf&ait rarement qu'on hii parlât, et jamais qu'on osât le contredire. Les paons ne sont pas plus vains ; les tortues ont moins de paresse. Il ne respirait que la gloire et les faux plaisirs. Voici comment le monarque entreprit de le corriger.
Il lui envoya un chef de musique arec douze Manieurs et vingt- quatre instrumentistes, un maître d'hôtel avee six cuisiniers, et quatre chambellans qui ,ne devaient pas le quitter. L'ordre du roi portait que l'étiquette suivante serait inviolablement observée ; et voici comment les choses se passèrent :
Le premier jour, dès qu'Irax fut éveillé, le maître de musique entra, suivi des chanteurs et des instrumentistes : on chanta une cantate qui dura deux heures, et, de trois minutes en trois minutes, le refrain était :
Que son mérite est extrême I Que de grâce! que de grandeur!
Ah ! combien monseigneur Doit être content de lm»même I
DESCRIPTIONS, RÉCITS» DULOCrUBS, LETTRES. Sn
Après r exécution de la cantate, un eiiainbellan lui ôt une harangue de trois quarts d'heure, dans laqueUe on le loiti^ expressément de toutes les bonxi£s qualités qui lui manquaient. La harangue finie, on le conduisit à table au sml des instruments. Le dîner dura trois heures. Bès qu'il ouycait la bouche pour parler, le premier chambellan disait : a il aura raison. » A peine avait-il prononcé quatre paroles, que le second chambeUan s'écriait : « II a raison. >» Les deux autres chambellsuas fusaient de grands éclats de rire des bons mots qu'Irai avait dits^ ou qu'il anait dû dii^. Apiès le dîner, on lui répéta la cantate.
Cette première journée lui parut délioisuse : il trouva que le roi l'honorait selon ses mérites; la seconde lui parut moins agréable; la troisième fut gênante; la quatrième fût insupportable; la cinquième fut un suppUce. Enfin, outré d'entendre toujours chanter : « Ah ! combien monseigneur doit être content de lui-même ! » d'entendre toujours dire qu'il avait raison, et d'être harangué tous les jours à la môme heure, il écrivit à la cour pour supplier le roi qu'il daignât rappeler ses chambellans, ses musiciens, son maître d'hôtel ; il promit d'être désormais moins vain et plus appliqué; il se fit moins encenser, eut moins de fêtes, et fut plus heu* remc, car, comme dit un ai^ur oriental, toujours du plaisir n'est pas du plaisir. (Vqltâirb.)
Arrêtez ici vos regards : il se prépare contre le princâ quelqpie chose de plus formidable qu*à Rocroy ; et, pour éprouver sa vertu, la guerre va épuiser toutes ses inventions et tous ses efforts. Quel objet se présenta, à mes yeux? ce n*est pas seulement des hommes à combattre, c'est des montagnes inaccessibles : ce sont des ravins et des précipices d'un cêté ; c'est de l'autre un bois impénétrable, dont le fond est un marais, et derrière, des ruisseaux», de pio-»
1. FribonrgoaFreybonrgestnne 1644. Il y a en Suisse une autre viUe de Brisgaw, dans le duché de Tille de Friboun;» ob^^Uen d'un Bade : cette bfttajljie fuAUti^iè/s eta dCft 0iW»WM9i»<iWMr<t*
Sf8 EXEMPLES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.
digîeux retranchements : ce sont partout des forts élevés ^t des forêts abattaes que traversent des cheULlns afireux; et an dedans c*est Merci avec ses braves Bavarroîs enflés de tant de succès et de la prise de Fribourg; Merci qu*on ne vit jamais reculer dans les combats ; Merci que le prince de Cîondé et le vigilant Turenne n*ont jamais surpris dans un mouvement irrégulier, et à qui ils ont rendu ce grand hommage, que jamais il n'avait perdu un seul moment favorable, ni manqué de prévenir leurs desseins, comme s'il eût assisté à l^urs conseils. Ici donc, durant huit jours, et à quatre attaques différentes, on vit tout ce qu'on peut soutenir et entreprendre à la guerre. Nos troupes semblent rebutées autant par la résistance des ennemis que par l'effroyable disposition des lieux, et le prince se vit quelque temps comme abandonné. Mais comme un autre Machabée, « son bras ne Tabandonna pas *, et son courage irrité par tant de périls vint à son secours*. » On ne Teut pas plutôt vu pied à terre forcer le premier ces inaccessibles hauteurs, que son ardeur entraîna tout après elle. Merci voit sa perte assurée; ses meilleurs régiments sont défaits; la nuit sauve les restes de son armée. Mais que des pluies excessives s'y joignent encore, afin que nous ayons à la fois, avec tout le oourage et tout l'art, toute la nature à combattre : quelque avantage que prenne un ennemi habile autant que hardi, et dans quelque affreuse montagne qu'il se retranche de nouveau, poussé de tous côtés, il faut qu'il laisse en proie au duc d'Enghien non-seulement son canon et son bagage, mais encore tous les environs du Rhin. Voyez comme tout s'ébranle : Philipsbourg est aux abois en dix jours, malgré l'hiver qui s'approche ; Philipsbourg qui tint si longtemps le Rhin captif sous nos lois, et dont le plus ^rand des rois a si glorieusement réparé la perte. Worms, Spire, Mayence, Landau^ vingt autres places de nom ouvrent leurs portes; Merci ne les peut défendre et ne parait plus devant SOD