‹ Méthode de composition et de style; ou, Principes de l'art d'écrire en français suivi d'un choixChapitre 6 sur 73 · L.*entanta sans douleur au bord d'une eau dormante · texte numérisé non relu

L.*entanta sans douleur au bord d'une eau dormante

D8 LA DTCnON. 8»

Le Hasard Yneoorapttgnt^ et V Erreur la conduit; De faux pas en faux pas la Sottise la suit.

(Lemiebrx.)

On peut rapporter aux allégories de ce genre la fable m Yapologite. En supposant les animaux, les plantes mêmes, doués de la raison et de la parole, et en leur attribuant toutes sortes d actions et d'aventures, c^est rhomme que le fabuliste veut peindre, c'^t un avis utile qu'il veut nous donner. Ainsi, dans le Coche et la Mouche, il nous montre la sotte vanité des importants, çui croient tout faire et ne font rien . Dans le Lion et le Raty il nous enseigne qu'on doit toujours rendre service, même aux plus faibles.

Toute allégorie doit être claire et facile à compren- ^ ; c'est ce qu'exprime fort bien ce vers, si ingénieusement allégorique, à propos de Tallégorie :

L'Allégorie habite un palais diaphane.

(LntlBRKX.)

Des flg'nres de pensée.

Quant aux figures qui ne sont pas des tropes, k

Çu'on appelle ordinairement figures de pensée, quoiqu'elles soient souvent en réalité des figures de mots, nous allons faire connaître les plus importantes.

La périphrase étend et développe ce qu'on pourrait dire en moins de mots, mais d'une manière moins élégante.

Ourfquefois elle remplace seulement un mot par quelques autres : « Le vainqueur de Pharsale, » c'està-dire César. La Fontaine dit : « La gent trotte-menu, » pour les souris.

D*autres fois elle étend et orue la pensée môme. Ainsi Bossuet, pour dire qu'en Angleterre on était

obligé de célébrer la messe en secret, emploie cette magnifique périphrase :

Il fallait cacher la péDîtence ayec autant de soin qu*on anrait caché les crimes, et Jésus-Christ, à la grande honte des hommes ingrats, était obligé de chercher cTauires voiles et d'autres ténèbres que ces voiles et ces ténèbres mystiques dont il s^enveloppe votostftairement dans Veucharistie,

U interrogation donne de la vivacité au style* ;

* Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage?

(La Fontàinb.)

Qui ne sent point l'effet de tes soins généreux? L'univers sous ton règne a-t-il des malheureux?

(BoujUkjj,)

Quelquefois l'interrogation est suivie de la réponse :

... Manger moutons, canaille, sotte espèce, Est-ce un péché'f Non, non : vous leur fîtes, seigneur, En les croquant, beaucoup d'honneur.

(La Fontains.)

Quelquefois les interrogations et les réponses se succèdent. Massillon, parlant du plaisir que les hommes élevés en dignité trouvent à faire du bien :

Quel «usage plus doux et plus flatteur pourriez-vous faire de votre élévation et de votre opulence? Vous attirer des hommages? mais ce sont là des soins de l'autorité, ce n'en est point le plaisir. Voir autour de vous multiplier à Tinfîni vos serviteurs? mais ce sont des témoins qui vous embarrassent et qui vous gênent, plutôt qu'une pompe qui vous décore.

L'exclamation est un cri de Tâme, tantôt arraché par une émotion violente :

0 vanité! ô néant! 6 mortels ignorants de leurs destinées! (BoS"

8UBT.)

1. Il est clAir que lorsqu'on inter- ponse, on ne fait pas une figure. Voir loge dans l'intention d'avoir une ré- plus loin la note sur la dubitation.

JOE LA DICnON. 41

tantôt inspiré par un sentiment tendre ou triste :

Heureax qui pourrait vous suivre sur les rivages les plus incoonusl heureux qui pourrait vivre et mourir avec vous ! (Fenblon.)

quelquefois suggéré par la réflexion :

Qu'il est beau, qu*il est doux de vivre en paix avec ses frères!

. L'ironie* consiste à dire précisément tout le contraire de ce qu'on veut faire entendre : « Vous vous conduisez bien ! » dit quelquefois un maître à un élève dont il est mécontent. Boileau, se moquant d'un mauvais prédicateur qtie personne n'allait entendre :

Cotin, à ses sermons traînant toute la terre, Fend des flols d'auditeurs pour aller à sa chaire.

L%yperbole* exagère les choses, en employant des expressions qui, prises à la lettre^ iraient au delà de la vérité, mais que ceux qui nous écoutent réduisent aisément à leur juste valeur : « Aller comme une tortue, — Répandre un torrent de larmes. » Un poëte peint, par cette hyperbole effrayante, Thorreur des massacres delà Saint-Barthélémy :

El des fleuves français les eaux ensanglantées Me portaient que des morts aux mers épouvantées.

(VOLTAIKB.)

n ne faut ni abuser de l'hyperbole, ni la pousser trop' loin, comme ce poëte qui, relégué dans les landes de Gascogne, où les serpents sont en assez grand nombre, écrivait à Louis XIII :

On m'a mis^ loin de votre empire, Dans un désert où les serpents

1. On l'appeUe aussi antiphrase : s'exprimer au sens propre, l'hjrper-

oette dernière expression est moins bole n'est plus un ornement du style,

mitée. c'est un mensonge. Tel est, dans la

i. L'hyperbole est une figure, fable des deux voyageurs, le chou

foand celui qui la fait ne veut pas aussi grand qu^une fnaison. ^*0D y. croie : mais, s'il prétend

48 PRÉCBrrES.

Bowft^^ lês pleurs que je répandi.

Et soufflent Vair que je respire. ,

Dire moins, pour faire entendre plus*, c'est coimne le contraire de Thyperbole. C'est ainsi qu'on dit d'un homme qui a beaucoup d'esprit : « Il n'est pas bête, »

La gradation présente une suite d'idées dont chacune a plus dé force que celle qui précède. '

Qaoi! pour son châtiment,

Vous ne donnez qu*nn joar, qn*une heure, qu'un moment!

(Racine,)

Par la concession, on a l'air d*accorder quelque chose à son adversaire, pour en tirer ayantage contre lui. Ainsi, après avoir prouvé à une personne qui s'échauffe souvent jusqu'à la colère dans les discussions, que les motffs pour lesquels elle s^emporte sont frivoles, on agoute : c Mais je veux que ces motifs soient graves, je vous accorde qu'ils aient beaucoup d'importanoOi est-ce en vous mettant en colère que vous ferez triompher votre avis? n

Par la communication^ on a l'air de se soumettre an jugement de ceux à qui l'on s'adresse, ou de leur demander un consdil. C'est ainsi qu'un maître dit à un élève qui a commis quelque grave désobéissance : c Mais je vous le demande à vous-même, peut-on laisser une telle fkute impunie? Que feriez-vous à ma place? Pensez-vous qu'un collège dans lequel on autoriserait dé pareils écarts pourrait subsister? »

Par la correctionj on se reprend, pour dire quelque chose de plus juste, ou de plus fort : « /Bossuet, dans ses oraisons funèbres, a égalé les plus grands orateurs d'Athènes et de Rome. Mais que dis-je? égalé! il e^

1. Cette figure porte le nom assez dimin'utîùn. Elle est, dans le styles peu usité de {«tofe. On l'appelle aussi sérieux, d*un usage assez rare.

BB Xdk i>ionoK.

pielqnefoîs autant au-dessus d'eux que les pensées du àd sont au*defisus des pensées, de la terre. »

Psr la étêhitoHên^, on parait incertain de ce qu'en ioit dire ou de ce qu'on doit faire. Scipion s'adressant

ses soldats révoltés :

£d vâritè, je ne sais comment toqb adresser la parole. Vous ty-» peUecai-je citoyens? mais vous n'appartenez plus à la patrie, puisque vous la trahissez; soldats? mais, sans discipline, il n'y a point d'ariDée; étrangers? mais vous avez rextérieur, Thabit, les armes des komains.

Par la suspension, on tient T^sprit des lecteurs dans Pattente de ce qu'on va dire, afin d'en augmenter Peffet. Un poète parlant du supplice de Jeanne d'Arc :

DH)ù Tient ce broU lugubre? où courent ces guerrieit Dont la foule à longs flots roule et se précipite? La joie éclate sur leurs traits :

Sans doute Thooiieiir les enfiaoïrae; Us Tont pour un assaut former leurs. rangs épais.... Non... ces guerriers sont des Anglais Qui vont voir mourir une femme!

(Casimir DnjrvraifB.) f

Par la prétermission'^, on a Tair de passer sous 8i« fcnce des choses que néanmoins on fait entendre trèsclairément. Ainsi, fort souvent, en disant : « Je ne vous alléguerai pas que.... — Je ne vous reprocherai pas de.... 1» on énonce en réalité l'allégation ou le reproche qu'on a Tair de supprimer :

YoBs vous figurez qn*ea vous attachant au parti de la vertu veas^ trouverez bien des amertumes. Mais, sa7is parler des divines con^ tolaUont gue Dieu prépare ici-bas même à ceux qui suivent sa loi,

1. Il n'y a point de figure lors- monologue d'Auguste dans Citma,

|U'on est réellement dans le doute celui de Mithridate dans haciuey

tt dans Tincertitude sur ce qu'«n celui de Didoft cUhhi le quatnàme

4oit dire ou faire. Ainsi, (fest & tort livre de VEnéide.

que dans les traités de rhétori<^ue on 3. Cette fig«i« j'appeUe awMi jptr^

cite comme modèle de dubiiation le térition.

44 PRÉOEPTBS.

sans parler de cette paix irUériewre, fruit de la bonne conscience, qu'on peut appeler en même temps et un avant-goût et le gage di la félicité qui est réservée dans le ciel aux dmes fidèles, ne s'exposet-OD pas à mille fais plus d*aniertume en abandonnant le parti de la verta qu*en le suivant? (Massillon.)

Par la réticence, on s'interrompt tout à coup, et on laisse la phrase inachevée, mais de manière à faire deviner ce qu'on supprime. La cruelle Athalie s'adressant au grand prêtre Joad :

Je devrais^ sur Tautel où>ta main sacrifie. Te.,,, mais du prix qu'on m*offre il faut me contenter.

(Racine.)

Faire allusion à une chose, c'est la rappeler d*une manière indirecte, sans la dire expressément. Un poète raconte que dans une bataille Henri IV sauva la vie à Biron, qui dans la suite le trahit ;

Par ton prince sauvé, tu vis, jeune Biron, Tu vis.... Songe du moins à lui rester fidèle,

(VOLTAIBB.)

Boileau, si célèbre par ses satires, blâmait quelques personnes qui jouaient aux cartes : a II vaut mieux jouer que médire, » lui répondit Tune d'elles.

Les fables de^ la Fontaine sont pleines d'allusions ingénieuses aux mœurs et aux habitudes de son siècle.

Quelquefois la malveillance suppose l'allusion là où elle n'est pas. Ainsi, les ennemis de Fénelon aigrirent contre lui Louis XIV, en prétendant que le Télémaque était rempli d'allusions aux fautes et aux faiblesses de ce monarque.

Il faut éviter de faire des aUusions.obscures, ou déplacées, ou prétentieuses.

Par Yapostrophe, on s'interrompt, pour adresser la parole à quelque personne présente ou absente, ou à Dieu même. Polyeucte, nouvellement converti à la foi dirétienne, et résistant aux sollicitations de son épouse Pauline, qui veut le ramener au cul te des idoles, s'écrie :

Seigneur ! de vos bontés il faut que je Tobtienne ; Elle a trop de vertus pour n*étre point chrétienne ; Avec trop de mérite il vous plut la former Pour ne vous point connaître et ne vous point aimer!

Quelquefois l'apostrophe s'adresse à des objets inanimés. Louis Racine, voulant dire que la puissance de Dieu contient la mer dans ses Umites, emploie cette apostrophe :

Et toi, dont le courroux veut engloutir la terre, Mer terrible, en ton lit quelle main te resserre? Pour forcer ta prison tu fais de vains efforts, La rage de tes flots expire sur tes bords.

On peut rapporter à l'apostrophe cette sorte de figure de langage par laquelle on se parle à soi-même :

Prends les ailes de la colombe, Prends, te dis-je, 6 mon àme, et fuis dans les déserts.

(Lx Bbun.)

Quelquefois l'orateur ou le poète, vivement ému, suppose du sentiment aux choses inanimées, s'entretient avec elles, fait parler des personnes absentes, même les morts. Cette figure se nomme prosopopée. Boileau célébrant la construction du canal de Languedoc sous Louis XIV :

J'entends déjà frémir les deux mers étonnées De voir leurs flots unis aux pieds des Pyrénées.

Fléchier, faisant l'éloge du vertueux Montausier, l'homme le plus sincère et le plus franc de son siècle, dit dans son exorde :

Oseraift-j^ dans ce discours employer la fiction et le menseoge? Ce tombeaa s'ouvrirait, ces ossements se rejoindraient et se ranimeratent pour me dire^ : « Pourquoi yieos-iu mentir pour moi qui ae mentis jamais pour persoBse? Lalase-moi reposer dans le seia de la vérité, et ne viens pas troubler ma paix par la flatterie, fse j*ai toujours haïe. »

g nr, mm çvauxés nuk VÊOwum,

m LA PUBBTi; DE UL COSRECTIOM. — DE LA CLARTE. — DB UL WÊ-

dSION. — DE LA NOBLESSE.

De la pureté» de la eorrectlen;

Les qualités nécessaires à la diction^ sont : la pureté, la clarté, la précision, le naturel, la noblesse; c'est-à-dire que le langage doit toujours être pur, dair, précis, naturel, noble, quelque sujet que Ton traite, ou de vive voix ou par écrit.

La pureté consiste dans la correction grammaticale et danis la propriété des termes.

La correction consiste à observer les règles de la syntaxe, et à n'employer que des mots et des tournures consacrés par l'usage.

La propriété des termes consiste à employer les mots dans leur véritable acception, et à rendre chaque idée par Texpression qui lui convient le mieux.

Le défaut contraire à la pureté s'appelle incorrection. Ainsi, c'est être incorrect que de dire : <t Rappelezvous (fe mes conseils. » L^usage exige : « Rappelez- vous ' mes conseils. » — « Mandrin était un brigand illustre, » | Le mot propre est un brigand célèbre. — « On doit cor- j

1, C\Mt ce qu'on appelle ordinairement les ^wHiiét etsentùiht du ttffU,

rigear les sibus qui peuvent Vitre, c La sjntaze veut :

€ Qui peuvent être corrigés. »

C'est, sÎQon une incorrectioiiy du moins une négligonce, que d'employer fréquemment le même mot ou même simplement de le répéter, à moins de plusieurs lignes de distance^. Néanmoins cette répétition* ^t permise quand elle est nécessitée par la nature du sujet que.ron traite, ou quand' elle serl à donner à la phrase plus de précision ou plu« de clarté.

Ijq néologisme est un défaut contraire à la pureté da style : il consiste à employer des mots étrangers à la langue ou même à en inventer '. Le néologisme de quelques grands écrivains peut enrichir la langue ; celui des hommes ordinaires ne peut que gâter leur style et Tobscurcir.

En évitant le néologisme et l'incorrection, on doit prendre Men garde de tomber dans le purisme. On appelle ainsi l'affectation de n'employer que des expressions et des tournures choisies, et le soin de recherdier tme pureté excessive. Ce défaut bannit Paisance, et produit un effet désagréable, aussi bien dans laconrersation que dans les oompositioms écrites.

JDe 1» élfurié.

La clarté pourrait être définie : cette transparence du langage qtd laisse voir distinctement et nettement les idées sous les mots ; c'est cette quaUté du style qui faii<pae l'on comprend sur-le-champ et sans effort la pensée de Técrivain. Cette qualité est évidemment la

1. Cette règl^ ne s^appliqiie ni anz 9. Ne pas confondre arec la répé'

xnronoms, ni à une foule de mots auxi- tition , sorte de pléonasme. Voy. plu»

liidres, invariables on autres, dont haut, p. SO.

l'emploi dans notre langue est oon- d« ^a & changer le sens des mots.

première de toutes, puisque Ton ne parle que pour se faire entendre.

Pour qu'une phrase soit claire, il faut en bannir soigneusement toute expression équivoque, c'est-à-dire qui pourrait être prise en deux sens, c II a raconté à son ami la conduite de son fils. » On ne sait s'il s'agit du fils de celui-ci ou de celui-là.

Un autre défaut contraire à la clarté est Vobscuritéy qui naît de la confusion des idées, de raffectation du langage, de Tarrangement maladroit des mots, et qui provient même le plus souvent de ce que fauteur ne comprend pas bien nettement lui-même ce qu'il veut dire :

Ce que Ton conçoit bien s^énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément.

(BOIIXAU.)

L'obscurité vient de la confusion des idées dans ce passage :

Le jeune homme ne vit que d'élans, de transports; heureux quand les mains qui le dirigent ne s*eJSbrcent point d^éteindre le feu qui le déTore et qu^elles ne pourraient parvenir à étouffer, mais qu'elles cherchent à contenir ce feu, à le lancer vers les vertus sublimes. (Lacépèoe.)

Elle naît de l'affectation du langage dans cette phrase :

Il franchit les barrières qui sont entre l'homme et Tinfini, et, le compas à la main, mesure les deux extrémités de cette grande chaîne. (Thomas.)

Elle tient à l'arrangement des mots dans cet exemple:

Vous étes-vous connus dans le monde habité ^ ? Onne U peut qu'aux lieux pleins de tranquillité.

1 . Le leni est : Chacun de vous s'ett' rir îa eonnoMtonce de sot-^nime ^ue H connu lui-inime? On nepeut ac^tU- dont les Heuof pleine de tranquUlt^,

finfln, elle vient de ce que l'auteur ne comprenait peut-être pas lui-môme ce (ju'il voulait dire dans cette phrase, empruntée à un écrivain du dix-huitième siècle :

Qaand on veut écrire sur les femmes, il faut tremper sa plume dans la rosée et teindre son style des couleurs de Tarc-en-ciel.

He la préelatoB.

La précision contribue beaucoup, à la clarté ; la précision consiste à ne dire que ce qui est nécessaire pour TintelUgence de la pensée et pour l'élégance du langage. Elle est ennemie des redites, des longueurs, des détails inutiles. Quand le style est précis, on ne peut rien ajouter à la phrase sans l'affaiblir, on ne peut rien en retrancher sans l'obscurcir.

Le défaut opposé est la prolixité ou diffusion^ qui multiplie les paroles sans ajouter à la force ni à Tagrément de ce qu'on dit : « Hier matin, à neuf heures, je suis arrivé à la gare du chemin de fer, j'ai traversé la cour en me dirigeant vers la grande saUe, j'y suis entré, je me suis présenté à un guichet, j'ai demandé im billet, on me Ta donné, je me suis rendu dans la salle d'attente, puis je me suis dirigé vers un wagon, yj suis monté. » Voilà un modèle de proliidté ; il suffirait de dire : • Hier matin, à neuf heures, je suis parti par le chemin de fer. »

IHi naturel.

Le naturel, qu'on nomme aussi simplicité, consiste à s'exprimer sans recherche et sans effort, avec une sorte d'aisance, sans jamais défigurer la pensée ni forcer l'expression. Le naturel n'exclut pas les ornements, mais n'admet que ceux qui semblent s'être présentés

M^TH. DE COVF. 4

i'eux-mêmes, et bannit tous ceux qui donneraienif au

Ityle un air contraint et emphatique.

Les fables de la Fontaine offrent le plus heureux

modèle du naturel, uni à toutes les autres qualités du

Style.

Le défaut opposé à cette qualité est V affectation. L'affectation consiste à s'expiimer d'une manière

recherchée ou trop ornée, ou à établir entre les idées

des rapports forcés ou faux. Un poète dit, en parlant

de Louis IX, qui, lors du débarquement len Egypte,

entra dans la mer :

Le beau ieu de son cœur loi fait mépriser Teaii.

Une personne, au lieu de dire tout simplement: « Àsseyez*>T0U3, > s'exprime ainsi :

Contentes Tenvie que ce fàutciiil a de tous embrasser. (MoiiiRB.)

L'affectation rend le style enflé et ampoulé^ lorsque Ton cache le vide et la vulgarité des idées sous des expressions pompeuses et sonores. Ainsi un poète, au lieu de dire le rcA 'oient, emploie cette phrase ridiculement emphatique :

Ce gnrand roi roule ici ses pas impérieux.

Ces défauts produisent le galimatias; on appelle ainsi un langage excessivement embrouillé et emphatique, qui semUe beaucoup dire, et qui, en réalité, ne dit 4ien. Tels sont les vers d'un poète ^pagnol sur te mort de Charles^uint ; en voici le sens :

Que Tunivers soit sa tombe; qu'elle ait pour voûte le ciel; que ley^ étoiles y remplacent les cierges, et rOcéan les larmes.

D8 LA DICTION. rv

. La noblesse consiste à éviter toutes les expressions triviales ou grossières : elle doit se trouver dans les compositions du genre môme le plus simple, et n'est ^ jamais incompatible avec la naïveté et le naturel. Boileau a dit :

Quoi que tous éeriTiei, éTîtez la bassetse; Le style le moins noble a pourtant sa noblesse.

On parvient à tout dire noblement, soit par d'heureuses circonlocutions, soit par d'habiles préparations, soit par de savantes alliances de mots. Un poète a rônssi à parler noblement du petit sou que demandent les Savoyards :

J'ai faim, tous qai passez, daignez me seconrir. Tandis qu'en vos palais tout flatte votre envie, A genoux sur le seuil, j^y pleare bien souvent. Donnez ; peu me suffît, Je ne sois qu'un enfant : Un petit sou me rend la vie.

CGUIBAUD.)

Le défaut opposé est la bassesse* Les choses gui^ par elles-mêmes, sont intéressantes, deviennent ridicules ou niaises quand on les exprime d'une manière basse. Dans une ancienne tragédie,on vient dire à une mère :

Votre fils s'est jetô du haut d'une fenêtre. Il faut Dien vite, il iaut aller le secourir. Hélas 1 madame, il est en daager de mourir.

53 PBÉGKPTES.

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