Luitre; on appelle ainsi une période de cinq an
Entrevoir des clartés, distinguer une voix.
Il regarde, il écoute.... Hélas ! dans Tombre immense
Il ne voit que la nuit, n'entend que le silence,
Et le silence ajoute encore à sa terreur.
Alors, de son destin sentant toute Thorreur,
Son cœur tumultueux roule de rêve en rêve;
Il se lève, il retombe, et soudain se relève^
Se traîne quelquefois sur de vieux ossements,
De la mort qu'il veut fuir horribles monuments.
Quand tout à coup son pied trouve un léger obstace;
Il y porte la main 0 surprise! ô miracle I
Il sent, il reconnaît le fil quHl a perdu.
Et de joie et d'espoir il tressaille éperdu.
Ce fil libérateur, il le baise, il Tadore,
Il s'en assure, il craint qu'il ne s'échappe encore;
Il veut le suivre, il veut revoir l'éclat du jour.
Je ne sais quel instinct Tarréte en ce séjour :
A l'abri du danger, son âme encor tremblante
Veut jouir de ces lieux et de son épouvante.
A leur aspect lugubre, il éprouve en son cœur ,
Un plaisir agité d'un reste de terreur.
Enfin, tenant en main son conducteur fidèle. Il part, il vole aux lieux où la clarté l'appelle. Dieu! quel ravissement quand il revoit les cieux, Qu'il croyait par jamais éclipsés à ses yeux ! Avec quels doux transports il promène sa vue Sur leur majestueuse et brillante étendue I La cité, le hameau, la verdure, les bois, Semblent s'offrir à lui pour la première fols ; Et, rempli d'une joie inconnue et profonde, Son cœur croit assister au premier jour du monde.
(Delille.)
X4E HBVTIVIEIft DE SANS-SOUCI.
Loin du bruit de la cour, du tracas de la ville, Frédéric ^ construisait un agréable asile. Sur le riant coteau par le prince choisi, S'élevait le moulin du meunier Sans-Souci. Le vendeur de farine avait pour habitude D'y vivre au jour le jour, exempt d'inquiétude, Et, de quelque côté que vînt souffler le vent. Il y tournait son aile^ et s'endormait contint. Fort bien achalandé, grâce à son caractère,
1. Frédéric II, surnommé le Grand, roi de Prusse, de lf40 & 1786.
m EXEMPLES ET ÉCLAIBCISSEICEirTS.
Le moulin prit le nom de son propriétaire. Ft des hameaox Yoisins, les tilles, les garçons Allaient à Sans-Souci poor danser aoK cbansoos.
Hélas! est-ce une loi, sar notre panure terre, Qae toujours deux YOisins auront entre eux la guerre, Que la soif d'envahir et d'étendre ses droits Tourmentera toujours les meuniers et les rois? En cette occasion le roi fîit le moins sage; Il lorgna du Toisin le modeste héritage. On avait fait des plans fort beaux sur le papier, Où le chétif enclos se perdait tout entier. Il fallait sans cela renoncer à la vue, Rétrécir les jardins, et masquer Tavenue.
Des bâtiments royaux Tordinaire intendant Fit venir le meunier, et, d'un ton important : « n nous faut ton moulin, que veux'-tu qu'on t*en donne?
— Rien du teut; car J'entends ne le vendre à personne.
Il vous faut, est fort bon mon moulin est à moi.
Tout aussi bien au moins que la Prusse est au roi.
— Allons^ ton dernier mot, bonhomme, et prends^y garde.
— Faut-il vous parler clair? — Oui. — C'est que je le garde; Voilà mon dernier mot. » Ce refus dfironté
Avec un grand scandale au prince est raconté.
Il mande auprès de lui le meunier indocile,
Presse, flatte, promet; ce ftit peine inutile;
Sans-Souci s'obstinait. « Entendez la raison,
Fire. je ne peux pas vous vendre ma maison ;
Mon vieux père y mourut, mon fils y vient de naître;
C'est mon Postdam, à moi. Je suis tranchant, peut-être.
Ne l'êtes- vous jamais*? Ten«, raille ducats
Au bout de vos discours ne me tenteraient pas.
Il faut vous en passer, je Tai dit, j'y persiste. »
Les rois malaisément.sooflceot qu'on kur résiste; Frédéric un moment par l'humeur emporté : <c Parbleu ! de ton meulin t^est bien être entêté ; Je suis bon de vouloir t'engager à le vendre : Sais-tu que sans payer je pounais bifin le prendre? Je suis le maître. — Vous?... de prendre mon mouin? Oui, si nous n'avions pas des juges à BerHn. » Le monarque, à ce mot, revint de son caprice,
1. Il sons semble que c«8 mots : n*eit pas convenable dans la bçnche
je suis tranchant peut-être ; ne fi- du meunier; d'ailleurs, le meunier
tes-ifous iamais? font tache dans n'a pas été tranchant; il a donné de
cet excellent morceau. Cet argu- bonnes raisons et les a exprimées
ment ad homintm (roir page 66^ sans Ineonvenance.
DESCRIPTIOS»» BÈCmS, DUUQOVW, LETTRES. jT»
Cksmé (pie fions iKm rèi^e on orfttâ^ to jtistiee;
Il rit, et se tournant Ters qu^ques courtisans :
« Ma foi, messieurs, je crois qu'il faut changer nos plans.
Toisin, garde ton bien, faime fort ta réplique. »
Qn-aurait-on fait de mieux dans une république? iLe plus sûr eet pcmrtaat ide me if»» ^j )iier : Ce même Frédéric» juste envers lun meunier, Se permit maintes fois telle autre fantaisie; Témoin ce certain jour * qù*il prit laSUésie, «Qu'à peine «ur te trône, avide de lauriers, £pri8 du vain renom qui séduit ks guerriers, Jl xnit l'Europe en feu. Ce «ont là je«x de prince; On respecte un mouUa ; on vole une province.
tAHDEIEUX.)
Dans tous les exemples cités ci-dessus, le réoit est &it directement par t^auteTir.
Nmis diteroas «omioe modèle d-un Fé«t têSs dans la bourihe du inno^, ipeisomage, la stscrstiQn de Itysmaque *fta Montesquiiiii, isdB^P9^(diwAile>texte,:A0Qa esojons cependant devoir l'abréger.
Lorsque Alexandre eut détrjui^i Tempire des Perses^ H voulut être adoré* comme les souverains de TOrient. Les Macédoniens étalent indignés; mais on munnurait dans Tantiée, et Ton ne parlait pas.
Un philosophe nommé Gallisthène* avait suivi le roi dans son expédition. Un joui qu'il le salua à.la manière des Grecs : M D*où vient, lui dit Alexandre, que tu ne m'adores pas? — Seigneur, lui dit Callisthène, vous êtes chef de deux nations; Tune, esclave avant que vous Teusisiez soumise, ne l'est pas moins depuis que vous l'avez vaincue ; l'autre, libre avant qu'elle servît à remporter tant de victoires, l'est encore depuis (jne vous les avez remportées. Je suis Grec, seigneur ;