ROMAIN
Romaftis, et vous, sénat, assis pour m'écouter, Je supplie avant tout les dieux de m'assister. Fassent les immortels, conducteurs de ma langue, Que je ne dise rien qui puisse être repris.
BXOADK DU DISCOimil DE 8AII1T PAIJI* AUX ATHÊIVIBltS.
Athéniens, il me semble qu'en toutes choses vous êtes religieux jusqu'à l'excès;
Car, ayant regardé en passant les statues de vos dieux, y ai trouvé même un- autel sur lequel il est écrit : ad dieu
INGU.
C'est ce Dieu que vous adorez sans le connaître que je viens vous annoncer; Dieu qui a fait le monde, etc. {Actes des Apôtres,)
Toir plus loin, page 325, à Tarticle de VÉloquenc» politique, TeSLorde du disooors du^ maréchal de Biron. Cet exorde forme le premier «linéa du discours.
:ORDB nm L'omAISON FUMâlimE DB HBIimiBTVB*^
tEIIVB I>'aN6X.ETERBE«
Et niine, reges, inteUigite; eradimini^ qui judicatis terrain^
(Ps. 11, t. 10.)
Celui qui règne dans les cieux, et de qui relèvent tous les empires, à qui seul appartient la gloire, la majesté et l'indépendance, est aussi le seul qui se glorifie de faire la loi aux rois, et de leur donner, quand il lui plaît, de grandes et de terriblee leçons. Soit qu'il élève les trônes, soit qu'il les abaisse, soit qu'il communique sa puissance aux princes, soit qu'il la retire à lui-même et ne leur laisse que leur propre faiblesse, il leur apprend leurs devoirs d'une manière souveraine et digne de lui : car, en leur donnant sa puissance, il leur commande d'en user, comme il fait lui-même, pour le bien du monde ; et il leur fait voir, en la retirant, que toute leur majesté est empruntée, et que, pour être assis sur le trône, ils n'en sont pas moins sous sa main et sous son autorité suprême. C'est ainsi qu'il instruit les princes, non-seulement par des discours et par des paroles, mais encore par des effets et par des exemples.
Chrétiens, que la mémoire d'une grande reine, fille, femme, mère de rois si puissants, et souveraine de trois royaumes, appelle de tous côtés à cette triste cérémonie, ce discours vous fera paraître un des exemples redoutables qui étalent aux yeux du monde sa vanité tout entière. Vous verrez dans une seule vie toutes les extrémités des choses humaines : la félicité sans bornes, aussi bien que^ les misères; une longue et paisible jouissance d'une des plus nobles couronnes de l'univers ; tout ce que peu» vetit donner de plus glorieux la naissance et la grandeur, accumulé sur une tête qui ensuite est exposée à tous les outrages de la fortune; la bonne .cause d'abord suivie de bons succès, et depuis, des retours soudains, des chan-
1. raie de Henri IV, yeuTe de S. Entendez, ô rois linstruise^TOui, Charie» !•', roi d'Angleterre. ô tous qui gouyemes le monder
gementfl inouïs ; la rébellion; longtemps retenue, à la fin tout à fait maîtresse : nul frein à la licence; les lois abolies; la majesté Tiolée par des attentats jusqu'alors inconnus ; l'usurpation et la tyrannie sous le nom de liberté ; une reine fugitive, qui netrouye aucutve retraite dans trois royaumes, et à qui sa propre patrie n'est plus qu'un triste lieu d'exil; ne^f voyages sur mer entrepris par une prin^ cesse, malgré les tempêtes ; TOeéan étonné de se voir trarversé tant de fois en des appareils si divers, et pour des causes si différentes ; un trône indignement renversé, et miraculeusement rétabli: voilà les enseignements que Dieu donne aux rois; ainsi fait-il voir au monde le néant de ses pompes et de ses grandeurs.
Si les paroles nous manquent, si les expressions ne répondent pas à un sujet si vaste et si relevé, les choses parleront assez d'elles-mêmes: le cœur^ d'une grande reine autrefois élevé par une si longue suite de prospérités, et puis plongé tout à coup dans un abîme d'amertumes, parlera assez haut ; et, s'il n'est pas permis aux particuliers de faire des leçons aux princes sur des événements si étranges, un roi* me prête ses paroles pour leur dire : Et nune, reges, intelligite; erudimini qui judicatis terratn!» Entendez, 6 grands delà terre, instruisez-vous, arbitres du monde. » (Bossuet.)
De quel ton il débute dan» l'oiAison fnnèbire de la reîiiA d*Axigldterre I A la Térité, quel sujet ! mais oomme il est exposé dans ûot esorde, qui le contrant tout entier ! Est-oé là entrer, dès les premières paroles, an xni]ieiL de son siyet et y transporter tout de suite l\iuditenr? Que cet, exorda eqi Boyatérims, somfava et rnUgisiiXc! Nokra âme n'est-elle pas àéjh. t^onhlét d« œ fracas, d'événements siwtres, de révolutions désastreuses, remplie d'une grande scène d'infoitonesl Po«unquoi ? C'est qu'en effet il a fût parler les choses mêmes. Pas va mot qui ne potte^ pas wn qui ne -soit une image ou une idée, qb tableau ou une leçons et au maie» de cet assemblage si imposant, la grande idée de Dieu qui domine tOQtl (La.Hajupbl)
l.Bossuetaprononcéoe discours, terre. Cbaillot est un faubouzgds
le 31 aràt 1670, daas l'éi^iia de Barm.
SaiBte-Marie de Gteillet» od était 3. Dafta,ataiw (les nseyeli le cœur de la reine d'Angle-
lyiSC^^RS. 303
BXOnpA DIE WrDAIHS*.
TJ^ ciUièkve. mî08io0Lnfiixe^ n«mmé Bviâaifie^ aeooutaané k puroenrir
les campagnes, fat invitée èk pcêohwp dam imA^é^jûk» d'un &abaRrg) à Paris, En arrivant dans Téglise, il croyait la trouver reaoïplie d'oor TÂèn^ et de panvres gens. Quelle fat sa surprise, en voyanjt q^ue la sô^^ la pins élégante de Paris s'y était roBsemblée pour Tentendre! A la YUÇk de os brillant anditoùpa, il inipnmaa oat emwiQ :
k la vue d'un auditoire si nouveau paur moi, il semble» mes frères, que je ne devrais ouvrir la bouche que pour vous demander grâce en faveur d'un pauvra misaionnaû^i dépourvu de tous les talents, que V4)us exigez quaud cm Tient vous parler de votre salut* l'^ipmuw cependaut aujourd'hui un sentiment hieu di0érfint» et» m j&mi» hop milié, gardez-vous de croire que je m*abaif(isie> aux misé^ râbles inquiétudes de la vanité. A Diau ne plaide qu'un ministre du ciel pense jamais avoir besoin d!e2euae auprèa de vous ! Car, qui que vous soyez, vous n'êtes, comme moi, que des pécheurs. C'est devant votre Dieu et le mien que je mfi.^napi^^.«iv Q^.moBiaDlï'4& fin^pea^ ma poitrine.
Jusqu'à présent j'ai publié les justices du Très-Haut dBDB des temples' couverts de chaume; j*àî prêché les rigueurs de la pénitence à des infortunés qui manquaient de pain; j'ai annoncé aux bons habitants des campagnes le»' vérités les plus effrayantes de ma religion. Qu'ai-je fait, malh^ireux ! j'ai oeoitristé les pauvres, les meilleurs amis do mon< IMeu; j'ai porté l'épouvante et la douleur dans ces^ âmes simples et fidèies, que j'aurais dû plaindre et oonaolM».
C'est ici où' mes regarda ne tombent que sur des gvttCBds, sur des riehes, sur des oppresseurs de l'humanité sottilMixtte, sur des pécheurs audacieux et endurcis; ah! c*est ici seulement qu*il fallait faire retentir la parole smnts dans toute la force de son tonnerre, et placer avec
moi dans cette chaire, d*im côté , la mort qui vous menace, et de Fautre, mon grand Dieu qui \ient vous juger. Je tiens aujourd'hui votre sentence à la main : tremblez donc devant moi, hommes superbes et dédaigneux qui m'écoutez! La nécessité du salut, la certitude de la mort, Fincertîtude de cette heure si efiTroyable pour tous, Fimpénitence finale, le jugement dernier, le petit noàibre des élus, Fenfer, et par-dessus tout Fétemité; l'éternité! voilà les sujets dont je viens vous entretenir et que j'aurais dû, sans doute, réserver pour vous seuls.
• Et qu'ai-je besoin de vos sufiBrages, qui me damneraient peutrêtre sans vous sauver ? Dieu va vous émouvoir, tandis que son indigne ministre vous parlera : car j'ai acquis une expérience de ses miséricordes. Alors, pénétrés d'horreur pour vos iniquités passées, vous viendrez vous jeter entre mes bras en versant des larmes de componction et de repentir, et, à force de remords, vous me trouverez assez éloquent. (Bridaine.)
E DO HiAlDOYBm VOUm E.OVI8 XTI.
Représentants de la nation, il est donc enfin arrivé ce moment où Louis, accusé au nom du peuple français, peut se faire entendre au milieu de ce peuple lui-même ! Il est arrivé, ce moment où, entouré des conseils que Fhumanitè et la loi lui ont donnés, il peut présenter à la nation une défense que son cœur avoue, et développer devant elles les intentions qui Font toujours animé! Déjà le calme même qui m'environne m'avertit que le jour de la justice a succédé aux jours de colère et de prévention; que cet acte solennel n'est point une forme, que le temps de la liberté est aussi celui de Fimpartialité que la loi commande, et que Fhomme, quel qu'il soit, qui se trouve réduit à la condition humiliante d'accusé, est toujours sûr d'appeler sur lui et Fattention et Fintérôt de ceux mêmes qui les poursuivent. Je dis Fhqmme quel qu'il soit : car Louis n*est plus en effet qu'un homme. II n'exerce plus de prestige; il ne peut plus
rien ; il ne peut plus inspirer de crainte ; il ne peut plus offrir d*espér^iice : c'est donc le moment où vous lui devez non-seulement le plus de justice, mais, j'oserai le dire, le plus défaveur.
Je voudrais pouvoir être entendu, dans ce moment, de la France entière ; je voudrais que cette enceinte pût s'agrandir tout à coup pour la recevoir! Je sais qu'en parlant aux représentants de la nation, je parle à la nation ellemême; mais il est permis sans doute à Louis de regretter qu'une multitude immense de citoyens aient reçu l'impression des inculpations dont il est l'objet, et qu'ils ne soient pas aujourd'hui à portée d'apprécier les réponses qui les détruisent. Ce qui lui importe le plus, c'est de prouver qu'il n'est point coupable ; c'est là son seul vœu, sa seule pensée. Louis sait bien que l'Europe attend avec inquiétude le jugement que vous allez rendre, mais il ne s'occupe que de la France. Il sait bien que la postérité recueillera un jour toutes les pièces de cette grande discussion qui s'est élevée entre une nation et un homme; mais Louis ne songe qu'à ses contemporains, il n'aspire qu'à les détromper. Nous n'aspirons non plus nous-môme qu'à le défendre ; nous ne voulons que le justifier. Nous oublions, comme lui, l'Europe qui nous écoute; nous oublions la postérité dont l'opinion déjà se prépare. Nous ne voulons voir que le moment actuel, nous ne sommes occupé que de Louis, et nous croirons avoir rempli toute notre tâche quand nous aurons démontré qu'il est innocent. (De Sêzb.)
Voir plus loin, page 318, Texorde da diaooiirs de Lally-ToUendal.
Proposition et diTision.
(Voir page 184.)
piiAii nHnt Discooms sur tla. swncK,
La justice doit être attachée aux règles, autrement elle est inégale dans sa conduite ; Elle doit connaître le vrai et le faux dans les faits qu'on
ICÉTH. DB COXP. 20
416 EXSMPUB n É^SiAIBCISSEIfEHTS.
lui expose, autrement elle est aTrofir dans ses a^^licationt;
Enfin elle doit se relâcher quelque&Hs et donner quelque lien à Findnl^ence, antremrat die est exoesâve et insBfportable dans ses rigaenrs :
La eoBstaaee ïaSemoUL dan» les i^^; la prndenee Téclaire dans les £ûts; la bonté lu fût supporter les miséfes et les faiblesses:
Ainsi, la prendre la soutient, la seeonde Tapplique^la troisième la tempère : tontes trois la rendent parfaite et accomplie par leur conGOors.
Ce plan très-remarqnable m trouve sîiiâ exposé dans les cniTVfis de Bonnet, qui Tavait empnmté à Gcrsni* Le diseoars que BoKsaet •fait ooDpMé sur ce {dan s'eet perdu.
▲près un esorde oonTenaBlettieiit ISré de rérâDgile^ dv jour où ne Mmon a été pmoneé, et na oonrt présmbole ma rinetabilité dn jngemeat des hominag relatiTemeat à la gloixe, rozatear établit ainBÎ la proposition qa*il vent pronyor ;
M II n'y A point de véritable gloire sauft h <$ramte de Diea. »
Toiei comment il divise le st^ :
« On a tenjoiirs/fiùt oeotister la ^oire ea dans les baaÉes T€rt&% ou dans les grands talents, om dans les snooès éclatants.
M Or, sans la crainte de Diea, l*' la vertu humaine est fausse ou du moins n^est pas sûre ; 2^ les plus grands talents deviennent dan^ gereux ou k celui qui sVn glorifie, ou & ses eoûbitoyé&s eft à Pteso»nité ; 3» lee snooës les pkis éobrtan4i oa preamisnt leur seuroe dâne]» crime, ou ne sont eux-mêmes que des crimes éclatants. »
Le développement de oes trois points, dont chacun est, comme od voit, subdivisé en d»s«^ fbrtne ios trais parties diû djasoucs.
L'orateur termine par une péroraison touchante, en priant Diea d'accorder au jeune roi devant qui le- dtscoura a- été prononcé noa gloire pure, fondée sur la véritable vertu.
Nous conseillons à nos lecteurs de bien méditer ce plan, et de lise avec une extrême attention le discours entier de l'orateur; ce sena pour eux une «xcélfente étuQe tta fart d» i^otiter 'et de développer.
Voir, plus loin, le plan du discours de LaUy-ToHendaf pour* la mémoire de son père, page 318 ; et, cHtessus, cdlui d'un èiaooqf» d* d'Aguamaiii ]iag»SM.
jnSCOTTRS. 901
Conflrmatloii et réfatafion.
(Voir ps^ef 197 et suivantes.)
'H»» «vous dit qifon doit îasîfter fur les preuves fortee, les dé* -velopper et les faire valoir par le raisoxmeii^eat. Noos indiquons dans le texte un exemple de Bossuet.
Yoifii^ exemple :
■OKJLXJB DU CBBISTIAIfISHB.
Proposition simple t
La iMcale du chxistiaBisBe est si padJûte, que Dieu seul a pu l'établir; il n^est pas de mal qu'elle ne prévienne, de vertu qu'elle n'impose. L'excellence de la meride du christianisiBe prouve la divinité de ses dogmes.
€«iix qui disputent tous les jours témérairement de la vérité de la foi ne contestent pas au christianisme k règle des mœurs, et ils demeurent d'accord de la pureté et de la perfection de notre morale. Mais, certes, ces deux grâces sont inséparables. Il ne faut point deux soleils, non plus dans la religion que dans la natui^; et quiconque nous eet envoyé de Dieu pour éclairer dans les mœurs, le même BOUS donnera la connaissance certaine des choses divines, qfà sont le fondement nécessaire de la bonne vie. Celui-là èdit être plus qfu*un homme, qui au travers de tant de «mtumes et de tant d'erreurs, de tant de passions compëquées et de tant de fantaisies bizarres, a su démêler au faste et fixer précisément la règle des mœurs. Réformer ainsi le genre humain, c'est donner la vie raisoi;inable ; c^est une seconde création, plus noble en quelque façon que la première. Quiconque sera le chef de cette réformation salutaire au genre humain, doit avoir à son secours la môme sagesse qui a formé Thomme la première fois. Enfin c'est un ouvrage si grand, que si Dieu ne l'avait pas fait, lui-même TeuTierait à son auteur.
Aussi la philosophie l'a-t-elle tenté vainement. Je sais qu'elle a conservé de belles "règles, et qu'elle a sauvé de beaux restes, du débris des connaissances humaines; mais
je perdrais un temps infini, si je voulais raconter toutes ses erreurs. Allons donc rendre nos hommages à cette équité infaillible qui nous règle dans l'Evangile; et, afin que je vous puisse présentei; l'objet d'une adoration si légitime, permettez que je vous trace une idée et comme un tableau raccourci de la morale chrétienne.
Elle commence par le principe. Elle rapporte à Dieu, auquel elle nous lie par un amour chaste, Thomme tout entier, et dans sa racine, et dans ses branches, et dans ses fruits, c'est-à-dire dans sa nature, dans ses facultés, dans toutes ses opérations. Car, comme elle sait que le nom de Dieu est un nom de père, elle nous demande l'amour; mais, pour s'accoutumer à notre faiblesse, elle nous y prépare par la crainte. Ayant donc ainsi résolu de nous attacher à Dieu par toutes les voies possibles, elle nous apprend que nous devons, en tout temps et en toutes choses, révérer son autorité, croire à sa parole, dépendre de sa puissance, nous confier en sa bonté, craindre sa justice, nous abandonnera sa sagesse.
Pour lui rendre le culte raisonnable que nous lui devons, elle nous oblige à dompter nos passions emportées, et à mortifier nos sens, trop subtils séducteurs de notre raison. Elle a^ sur ce sujet des précautions inouïes. Elle va éteindre jusqu'au fpnd du cœur l'étincelle qui peut causer un embrasement. Elle étouffe la colère, de peur qu'en s'aigrissant elle ne se tourne en haine implacable. Elle n'attend pas à ôter l'épée à l'enfant, après qu'il se sera* donné un coup mortel; elle la lui arrache des mains dès la première piqûre. Elle retient jusqu'aux yeux, par une extrême jalousie qu'elle a pour garder le cœur. Enfin, elle n'oublie rien pour soumettre le corps à l'esprit, et l'esprit à Dieu; et c'est là notre sacrifice.
Nous avons à considérer sous qui nous vivons et avec qui nous vivons. Nous vivons sous l'empire de Dieu; nous vivons en société avec les hommes. Après donc cette pre-
i. Pour ôter Tépée & l'enfant, elle n'attend pas qu'il se soit, etc.
ïnière obligation d'aimer Dieu comme notre souverain, plus que nous-même, s'ensuit le second devoir d'aimer Thomme, notre prochain, en esprit de société, comme nous-même. Là se voit très-saintement établie, sous la protection de Dieu, la charité fraternelle, toujours sacrée et inviolable, malgré les injures et les intérêts; là, l'aumône, trésor de grâces; Iw, le pardon des injures, qui nous ménage celui de Dieu ; là enfin, la miséricorde préférée au sacrifice,, et la réconciliation avec son frère irrité, nécessaire préparation pour approcher de l'autel ; là, dans une sainte distribution des offices de la charité, on apprend à qui l'on doit le respect, à qui l'obéissance, à qui le service, à qui la protection, à qui le secours, à qui la condescendance, à qui de charitables avertissements; et l'on voit qu'on doit la justice à tous, et qu'on ne doit faire injure à personne, non plus qu'à soimême.
Que dirai-je des saintes lois qui rendent les enfants soumis et les parents charitables, puissants instigateurs à la vertu, aimables censeurs des vices, qui répriment la licence « sans abattre le courage*? » Que dirai-je de ces belles institutions par lesquelles et les maîtres sont équitables et les serviteurs affectionnés. Dieu même, tant il est bon et tant il est père, s'étant chargé de leur tenir compte de leurs services fidèles? «Maîtres, vous avez un maître au ciel; serviteurs, servez comme à Dieu, car votre récompense vous est assurée*." Qui a mieux étaWi que Jésus-Christ l'autorité des princes, des magistrats et des puissances légitimes ? Il fait un devoir de religion de l'obéissance qui leur est due. Ils régnent sur les corps par la force, et tout au plus sur les cœurs par l'inclination : il leur érige un trône dans les consciences, et il met sous sa protection leur autorité et leur personne sacrée.
C'est pourquoi TertuHien disait autrefois aux ministres des empereurs : « Votre fonction vous expose à beaucoup de haine et beaucoup d'envie ; maintenant vous avez moins
1. Ep, aux Colost,, m, f 21. 2. Ep, aux Coîoxs., iv, 1 1 ; "ii t 24.
310 EXEMPLES ET ECLAHICISSEMENTS.
d'ennemis à cause de la multitude des chrétiens. » Réciproquement, il enseigne aux princes .que le glaive leur est donné contre les méchants, que leur main doit être pesante seulement pour eux, et que leur autorité doit être le soulagement du fardeau des autres.
Le Yoilà^ce tableau que je vous ai promis; la voilà représentée au naturel et comme en raccourci, cette inmiOrtelle beauté de la morale chrétienne. C'est une beauté sévère, je l'avoue, je ne m*en étonne pas : c'est qu'elle est chaste. Elle est exacte : il le faut, car elle est religieuse. Mais, au fond, quelle plus sainte morale? quelle plus belle économique *? quelle poUtique plus juste? Celui-là est ennemi du genre humain, qui contredit «de si saintes lois. Aussi qui les contredit, si ce n'est des hommes passionnés, qui aiment mieux corrompre la loi que de rectifier leur conscience et, comme dit Salvien, « qui aiment mieux déclamer contre le précepte que de faire la guerre au vice? »
Four moi, je me donne de tout mon cœur à ces saintes institutions. Les mœurs seules me feraient recevoir là foi. Je crois en tout à celui qui m'a si bien enseigné à vivre. La foi me prouve les mœurs ; les mœurs me prouvent la fbi. Les vérités de la foi et la doctrine des mœurs sont choses tellement connexes et si saintement alliées, qu'il n'y a pas moyen de les séparer. Jésus-Christ a fondé les mœurs sur la foi ; et, après qu'il a si noblement élevé cet admirable édifice, serai-je assez téméraire pour dire à un si sage architecte qu'il a mal posé les fondements? Au contraire, ne jugerai-je pas par la beauté manifeste de ce qu'il me montre, que la même sagesse a disposé ce qu'ilme cache? (Boecbdbt.)
(Voir page 139.)
Jetez les yeux de toutes parts; voilà tout ce q[u*a pu te
1. EcofKimiqite ici ett lubitantif, et lignifle on tnfemhU dérèglèt.
mSCOTTItS. 311
nramficence et la piété pont honorer un héros : des titres, des inscriptions^ vaines marques de ce qui n^est plus ; des figures qui semblent pleurer autour dhin tombeau, et de fragiles images d'une douleur que le temps emporte avec tout le reste; des ctdonnes qui semblent vouloir porter jusqu'au ciel le ms^ifique témoignage de notre néant; et rien enfin ne manque dans tous ces honneurs que celui à qui on les rend. Pleurez donc sur ces faibles restes de la vie Immaine, pleurez sur cette triste immortalité que noi^ donnons aux héros.
Mais approchez en particulier, Ô vous qui courez avec tant d'ardeur dans la carrière de la gloire, âmes guerrières et intrépides ! Quel |Lutre fut plus digne de vous commander? Mais dans quel amtre avez-vous trouvé le commandement plus honnête*?
Pleurez donc ce grand capitaine, et dites en gémissant : « Voilà celui qui nous menait dans les hasards ! Sous lui se soni; formés tant de renommés capitaines, que ses exemples ont élevés aux premiers honneurs de la guerre. Son ombre eût pu encore gagner des batailles : et voilà que, dans son silence, son nom même nous anime^ et ensejoable il nous avertit qae, pour trouver à la mort quelque reste de nos travaux, et n'arriver pas sans ressource à notre étemelle demeure, « avec le roi de la terre, il faut encore servir le roi du ciel. »
Servez donc ce roi immortel et si plein de miséricorde, qui vous comptera un soupir et un verre d^eau donné en son nom, plus que ton» les autres ne feront jamais* tout votre sang répandu; et commencez à compter le temps de vos utiles services du jour que vous vous serez donnés à un • J maiÉBe si hienûôsafit* i
Et vous, ne viendres^vou» pas à ce triste monument, ] vous>.dis-jei, qu!il a bien voulu mettre. au rang de.ses amis? ; Tous ensemble, en qjjiejlque degré de sa oou&ance qu'il i vQus ait reçusy cmvirQjuiez ce tombeau» yexsez de^ larmfis j