BURRHUS
£h\ ne suffitril pas, seigneur, à vos souhaits Que le bonheur public soit un de vos bienfaits ? C'est à vous de choisir : vous êtes encor maître.' Vertueux Jusqu'ici, vous pouvez toujours l'être; Le chemin est tracé, rien ne vous retient plus : Vous n'avez qu'à marcher de vertus en vertus. Mais si de vos flatteurs vous suivez la maxime, Il vous faudra, seigneur, courir de crime en crime, Soutenir vos rigueurs par d'autres cruautés. Et laver dans le sang vos bras ensanglantés. Britannicus mourant excitera le zèle De ses amis tout prêts à prendre sa querelle. Ses vengeurs trouveront de nouveaux défenseurs Qui, même après leur mort, auront des successeurs. Vous allumez un feu qui ne pourra s'éteindre. Craint de tout l'univers, il vous faudra tout crairidre» Toujours punir, toujours trembler, dans vos projets, Et pour vos ennemis compter tous vos sujets.
Ah! de vos premiers ans l'heureuse expérience Vous fait-elle, seigneur, haïr votre innocence?
DISCOUES. 817
Songes- VOUS aa bonheur qui les'a signalés?
Bans quel repos, 6 ciel! les avez-vous coulés !
Quel plaisir de penser et de dire en vous-même :
a Partout en ce moment on me bénit, on m*aime.
Oa ne voit point le peuple à mon nom s*alarmer ;
Le ciel dans tous leurs pleurs ne m*entend point nommer;
Leur sombre inimitié ne fuit point mon visage ;
Je vois voler partout les cœurs à mon passage! »
Tels étaient vos plaisirs : quel changement! 6 dieux ! Le sang le plus abject vous était précieux. Un jour, il m*en souvient, le sénat équitable Vous pressait de souscrire à la mort d'un coupable. Vous résistiez, seigneur, à leur sévérité : Votre cœur s'accusait de trop de cruauté, Et, plaignant les malheurs attachés à Tempire : « Je voudrais, disiez-vous, ne savoir pas écrire. •
Non, ou vous me croirez, ou bien de ce malheur La mort m'épargnera la vue et la douleur : On ne me verra point survivre à votre gloire. Si vous allez commettre une action si noire. Me voilà prêt, seigneur ; avant que de partir^ Faites percer ce cœur qui n'y peut consentir. Appelez les cruels qui vous Tout inspirée : Qu'ils viennent essayer leur main mal assurée...; Mais je vois que mes pleurs touchent mon empereur : Je vois que sa vertu frémit de leur fureur. i
Ne perdez point de temps : notnmez-moi les perfides Qui vous osent donner ces conseils parricides ; Appelez votre irôre, oubliez dans ses bras....
Ah ! que demandes-vous t i
BURBHUS. 1
Non, il ne vous hait pas, Seigneur ; on le trahit ; je sais son innocence ; Je vous réponds pour lui de son obéissance. J*y cours; je vais presser un entretien si doux*
ntaoïi»
Dana moo appartement quHl m'attende avec vous. '
^Kacinb.) '^ '
su EXEMPLES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.
L'exorde de Bndaine et la péroraison de roraûon funèbie du prince de Condé nous ont déjà offert denx Idéaux modèles des pâBsions oratoires.
Nons allons en vdîr d'ftntits dans les fragments de Lally-TûHendal et de Mirabeau qtà Tont dtre cités, pages 319 et 327.
Précanilaiis oi^toircs.
(Voir page 143.)
Voyez dans la lettre à ime mève, page 393, ces deax passages :
Sana douie il aura UngtAsrs, et Ifemarqueg qnèjen^nâmêttrpaa Yojes
aussi le début de la lettre fon&ant le premier alinéa.
S'il m'appartenait de iÊêm êéfmer des ctmseiiSj k premier que je voudrais vous donner serait de ne pas votis Ifrôr à oe goût que vous dites avoir po^ la vie contemplative, et qui n'est qu'une paresse de Fâme ^ eondaouiaialeà tout âge, et surtout au vôtre. (J. J. ïtooess^o.)
%ta.
SACBÉB. — lÉLOQUi&NCJfi ACAinÉKIQIIB
'À«i««ettee Jttélfctef#e.
(Voir page 147.)
VkMMTÊ DU PX*AI]»OVBB DO COMTB DK XJULt«V-TOK.IiBJfDA&
Le comte de Lallj-Tollendal^ gonyemeur des possessions françaises dans llndt, pendant la malhenrense guerre de Sept ans, fut oblifé, n'ayant plus que sept cents bonuaes de troupes, de rendre Pona>ohéry à une armée de -vingt-deux mille Anglais, qui détruisirent la colonie. De retour en France, il fut aocusé de trahison et renfermé à la Bastille ; au bout de dix^hnit mois de détention, il fut condamné à mort (1766), quoique innocent, et sans avoir pu se défendre. Son fils n^était alors qu'un enfant, auquel les ennemis de son père contestaient même son nom et sa nàîitsat»)e. Devenu homme, il demanda et obtint (1778) la x^vision du procès et la réhabilitation de la m&moiciB de son pta.
La cause de Tinfortuné est celle de tous les hommes;. la cause de Tinnocence est celle de tous les siècles : je viens aujourd'hui présenter Tune et l'autre au tribunal de l'univers. J'adresse mes malheurs à l'humanité tout entière, mais surtout à l'Europe, qui les a plaints ; à la France, qui les a produits ; à son roi, qui peut les réparer; à la postérité» qtki doit les juger.
Guerriers, magistrats, citoyens, hommes, qui que vous soyez, pourvu que vous soyez justes, vous plaiderez avee moi pour la fidélité noircie, pour la vertu calomniée, pour rhumanité outragée.
Vous surtout, fils religieux et soumis, qui remplissez^ avec ardeur les devoirs d'un titre si sacré; vous, pères tendres et sensibles, qui goûtez avec transport les délices d'un nom si doux, vous plaiderez avec moi pour un père opprimé sans avoir pu se défendre de l'oppression, pour un fils malheureux avant môme d'avoir pu sentir le malheur.
Ajft^ wfcnx t^otittoé leè malhmttB de son père^ il sjMite :
Et moi (car il faut bien parler de mes maux personnels, puisque ces maux, puisque les seuls adoucissements qu'ils sîent reçus font partie de mes droits et même de mes {preuves), et moi, seconde victime, pas plus innocente que la pmmière, il est vrai, mais peut-être phis à plaindre, perce qu'à tous mes autres supplices a été ajouté le supplice de vivre, quel taUeau, grand Dieu là oSnr, que celui de ma destinée!
Condamné, pendant mes premièires années, àm'ignorer ODoi-mtoie^ jusqu'à l'instant fixé par la prudence de mes parents, à p^ne sorti de la plus tendre enfance, je désirais, je cherchais, j'app^ais les auteurs de mes jours, tandis que ma mère expirait dans une terre étrangère ei que mon père jeté dûis une prison cruelle : instruit de mon sort.
1. Le général de LftUy ayait été tenir ion mariage secret et défaire limrêéypar des raiiont de famille, de éleyer ion fils loin de lui.
3S0 EXEMPLES ET ÉCUlI&CISSEMEMTS.
lorsqu'il m'importait le plus de l'ignorer, je n'ai appris le nom de ma mère que plus de quatre ans après T avoir perdue; je n'ai appris celui de mon père qu'un jour, un seul jour avant de le perdre. J'ai couru pour lui porter mon premier hommage et mon étemel adieu, pour lui faire entendre du moins la voix d'un fils parmi les cris de ses bourreaux, pour l'embrasser du moins sur l'échafaud où il allait périr; et peut-être aurais-je eu le bonheur d'y périr avec lui. J'ai couru vainement : on avait craint la clémence ou plutôt la justice du souverain ; on avait hâté l'instant du supplice; je n'ai plus trouvé mon père; je n'ai vu que la trace de son sang.
Aussitôt j'ai été atteint des éclats de la foudre que l'erreur et le crime venaient de lancer sur cet infortuné. Mon existence a été impitoyablement attaquée, quoique irrévocablement scellée. Les titres les plus sacrés qui déposent de l'état des citoyens ont été calomniés ou ensevelis, parce qu'ils renfermaient un nom qu'on voulait proscrire ou qu'on n'osait avouer; et je me suis vu, pendant quelques instants, seul dans la nature, déjà haï par le crime qui tremblait d'être dévoilé, méconnu par la politique qui craignait de déplaire, oublié même, abandonné par l'amitié, qui ne songeait qu'à pleurer, ou qui, en pensant à moi, ne faisait que répandre quelques larmes de plus; objet d'horreur, d'effroi, d'indifférence ou, de pitié!... Hommes justes pères tendres et sensibles que j'ai encore invoqués, telle est l'ébauche imparfaite des horreurs au milieu desquelles j'ai traîné ma misérable vie; voilà ce fils malheureux qu' ose croire que sa cause deviendra la vôtre. Sans doute, à ce seul récit, votre cœur s'est déjà ému; toutes les puissances le votre âme se sont soulevées en ma faveur; vous haïssez, 'ous détestez déjà mes bourreaux : connaissez, chérissez . .vec moi mes bienfaiteurs.
Un roi* vint à mon secours. Un roi dont la religion pouvait être surprise, parce qu'il était homme, mais dont rien