DU RAISONNEMENT
Majeure : « Quiconque laisse mourir ceux qu'il peut ht doit sauver, est homicide ; v
Mineure : « Or, ceux ^ui , dans les calamités publiques, pouvant faire l'aumône, ne la font pas, laissent périr ceux qu'ils pourraient et devraient sauver; d
Condusion : « Donc ils sont homicides. » I Autre exemple :
! Majeure : « Tout vrai chrétien est charitable; »
Mineure : « Or, nul homme impitoyable envers les pauvres n'est charitable; »
Conclusion : « Donc un homme impitoyable envers les pauvres n'est pas un vrai chrétien. *
Pour qu'un syllogisme soit juste, il faut que l'une des deux prémisses contienne la conclusion, et que l'autre prémisse fasse voir qu'en effet la conclusion y est contenue. Ainsi, la conclusion du premier syllogisme que nous avons cité est évidemment contenue dans la majeure; la mineure le fait voir. La conclusion du second est dans la mineure; la majeure le fait voir.
D'après cette règle, examinons le syllogisme suivant : c Les Français sont braves ; or, les Espagnols ne sont pas Français; donc les Espagnols ne sont pas braves. » Nous en reconnaîtrons tout de suite la fausseté ; car cette conclusion n'est ni dans la première prémisse, qui ne parle pas des Espagnols, ni dans la seconde, qui dit bien à la vérité que les Espagnols n'appartiennent pas à la nation française, mais qui ne dit pas qu'ils n'aient point les qualités des Français.
île l'enthymème.
Venlhyinème est un raisonnement composé de deux p ropositions , dont l'une est la conséquence* de l'autre : .
l.Con«?guefirf jdans cette phrase» signifie conclusion tirée conséquemmenU -j
eO PRÉCEPTES.
c'est un syllogisme, dont une des deux prémisses, a étô supprimée, parce que ceux qui nous lisent ou nous écoutent peuvent facilement la suppléer.
Exemple d'enthymème : « L'avare vit dans des craintes continuelles; donc, il ne saurait être heureux. • La proposition sous-entendue est la majeure : « Un homme qui vit dans des craintes continuelles ne saurait être heureux. » Autre enthymème : • Le vrai mérite est toujours modeste ; donc, ceux qui parlent continuellement d'eux-mêmes n'ont pas un vrai mérite. » La proposition sous-entendue est la mineure : Ceux qui parlent continuellement d'eux-mêmes ne sont pas modestes. »
Pour reconnaître si un enthymème est juste, il sitfîit de lui donner la forme du syllogisme, et d'appliquer la règle indiquée plus haut.
Dans le langage ordiuaire et dans les compositions littéraires, on présente rarement le raisonnement sous la forme de l'enthymème, plus rarement encore sous celle du syllogisme. On intervertit Tordre des propositions, on les développe, on les accompagne de preuves ou d'éclaircissements; on supprime tout ce que rintelligence de l'auditeur peut suppléer. On dit par exemple : « Ceux qui parlent continuellement d'eux-mêmes ne sauraient avoir un vrai mérite : car le vrai mérite est toujours modeste. » Et : « Comment l'avare pourrait-il être heureux, lui qui vit dans des craintes continuelles? »
Mais de quelque manière qu'un raisonnement soît exprimé, on peut toujours le ramener à la forme du syllogisme. Prenons pour e:çemple ces paroles de reproche, adressées à un élève léger et paresseux :
DT7 RAISONNBMENT. «L
€ Croyez-vous aimer yéritablement vos parents, vous qui ne faites rien pour les contenter? »
Voici le raisonnement régulièrement formulé : rru^ jeure : « Un enfant qui aime véritablement ses parents, fait tout son possible pour les contenter; » mineure : « Or, vous ne faites rien pour contenter les vôtres ; » conclusion : c Donc vous ne les aimez pas véritablement. 9
Du fUlemnie.
Le dilemme est un raisonnement qu'on a appelé poignard à double lame, et qui frappe en deux sens. Voici en quoi il consiste. On établit deux proppsitions contradictoires, puis on fait voir que de chacune des deux dérive la même conclusion. Cette conclusion, si elle est bien tirée, est nécessairement vraie, car l'urne des deux propositioïls dont on la tire est nécessairement vraie *•
Démosfhène, à qui son ennemi Eschine faisait un crime d'avoir engagé les Athéniens à prendre les armes contre Philippe, parce que cette guerre avait été malheureuse pour eux, confond son accusateur par ce dilemme :
Quand j*ai donaé aux Athéniens ce conseil, ou vous avez prévu les malheurs qui devaient s'ensuivre, ou vous ne les aLsez pas prévus. Si vous ne les avez pas prévus, vous, Tun des hommes d'État les plus hahiles de notre république, pourquoi me faire au* jourd'hui un crime d'une ignorance et d'une imprévoyance que vous avez partagées? Cest de votre part un acte de déloyauté et de barbarie. Si vous les avez prévus, comment se iait-il que vous« orateur célèbre et citoyen influent, vous ne vous soyez point opposé à mes conseils, et que vous n'ayez pas ouvert la bouche dans . nos assemblées ? (Tétait évidemment trahir la patrie. Donc, dan» hin ou dans Faotre cas, vous êtes un misérable.
L Voy. chap. !•', $ S, Des propotitions oppotitè
Il ne faut pas confondre le dilemme avec le syllogisnu disjonctif^.
Dans le syllogisme disjonctif on commence aussi par établir deux propositions contradictoires; puis on fait voir que Tune des deux est vraie ou fausse, d*où résulte évidemment la fausseté ou la vérité de l'autre : « Ou c'est la terre qui tourne autour du soleil, ou c'est le soleil qui tourne autour de la terre : mais il n'est pas raisonnable de supposer que le soleil tourne autour d'un globe qui est un million de fois plus petit que lui; donc la terre tourne autour du soleil. »
Dans le dilemme et dans le syllogisme disjonctif, il &ut avoir bien soin que les deux propositions* soient oontradictfires et ne souf&ent pas de milieu. Ainsi, le raisoimement soivant est vicieux : « Quand un père commande à ses enfants des choses injustes, il faut, ou qu'ils manquent au respect qu'ils lui doivent, ou qu'ils lui obéissent; mais il n'est pas permis aux enfants de manquer de respect à leur père; donc, ils doivent obéir. » Il y a un milieu, qui est de ne pas consentir à faire une chose injuste, tout en se maintenant dans les bornes du respect et en se montrant obéissant sur tous les autres points.
Void d'autres exemples de syllogismes composés* ;
Syllogisme copulatif* : t On ne peut pas être à la fois
et serviteur de Dieu et étranger à la charité j or, l'avare
I. Beaucoup de penonnes, m^e finhioBi, qu! sontnéeesialrementiiB
4Hrt infltntltes, s'y trompent. peu obMures pour 6«iz.IietezemplM
S. Que Ton établit en oonuMiiguit. quenous eilonB tent atMBolaiv» pa«i
S. On dit qu'un syllogisme est com- tenir lieu de définitions.
posé, lorsque la mineure se troure 4. Cette expression n'est guère
énoncée dans la majeurOvUestinutiX* usitée. O* emploie plus Tol4niti«n
que nos lecteois s'occupent de ces dé- le terme général syllogisme.
DU RAISOmrEMENT. 6»
est ëtranger àla diaritè; donc Tavare n^est pas un Bervîtenr de Dien. »
Syllogisme conditionnel : c Sî nous étions nés uniquement pour les plaisirs des sens, ils devraient nous satisfaire, et ne laisseraient pas un fond d'ennui et de tristesse dans notre cœur; or, ils ne nous satisfont jamais entièrement^ et ils nous laissent un fond d'ennui et de tristesse ; donc nous ne sommes pas uniquement nés pour les plaisirs des sens. »
Enfin nous indiquerons le $orite, qu'un exemple fera ûoaaaltre plus facilement qu'une définition : « La négligence amène la paresse, la paresse produit le dégoût du travail, le dégoût du travail amène l'oisiveté, l'oisiveté produitle vice ;donCylanégligencepeutamener le vice.»
S m. »« S.A AAmvATiov.
HltolMB 1>X TiA. UÛfUTATIOir. — XXKMFIJBB VE8 IMfJiJUJM MAXlàxSB Ml BiFDTBB. — BÀGUn BBLAZIVX8 ▲ JJL BlbUTATIOV.
Théorie de la réfatatlon.
Une série de preuves à l'aide desqudles on donne à la proposition qu'on soutient le caractère de l'évidence, s'appelle démonstrcaûm'^.
La réfutation est une partie essentielle de la démonstration.
Uéfuter, c'est détruire les objections qu'on nous fait ou qu'on peut nous faire ; c'est aussi combattre une (ipinion qui nous semble erronée.
Itëtruire les principes sur lesquels notre adversaire fiinde ses raisonneQtents, ou faire voir que d'un prin-
l. Dans le chapitre relatif an dii- etanr la démonstration quelques pré- •anrt, nous ajouterons sur la preure ceptesqui en compléteront la tbéorie.
M PBAGXPTB8.
dpe vrai il a tiré de fausses conséquences, ou déduire d^un principe établi par lui-même une conclusion qui tourne contre lui; prouver qu'il a donné comme vrai ce qui est douteux ou même faux, et qu'il a confondu ce qui doit être distingué, tels sont ordinairement les moyens qu'on emploie pour réfuter.
«• dc0 dtreFaes autHières de réftitcr.
Eclaircissons cette théorie par un exemple. Nous soutenons, et avec raison, que le suicide est un acte criminel. Répondons aux objections que nous adresse celui qui le justifie.
Il dit : ft On n'est jamais coupable quand on ne fait pas de mal à autrui. Or, celui qui attente à sa propre vie est dans ce cas. ». Nous détruisons le principe sur lequel ce raisonnement est fondé : « On est toujours coupable quand on viole la loi de Dieu ou ceUe des hommes, soit qu'U en résulte ou non du dommage pour autrui. Le crime est dans l'infraction, et n'est pas seulement dans ses conséquences*. »
Nous déduisons du principe établi par notre adversaire une conclusion qui tourne contre lui : « D'après vous, c'est quand on fait du mal à autrui qu'on est coupable. Conséquemment, le suicide est un grand crime; car l'exemple qu'il donne produit dans la société un mal immense. »
Notre adversaire réplique : « Dieu est miséricordieux, il me pardonnera. » Nous faisons voir que d^tm principe vrai il a tiré une fausse conséquence. « Oui^ la miséricorde de Dieu est infinie; mais faire sciemment ce qui est contraire à sa loi et se rendre crila Dan* tes consigueneet sigolfle ici dont tes résultats, dans ses suitetm