‹ Méthode de dédoublement personnelChapitre 19 sur 32 · CONDITIONS MATÉRIELLES · texte numérisé non relu

CONDITIONS MATÉRIELLES

Jusqu’à présent, nous avons examiné les principales conditions subjectives du dédoublement personnel: maîtrise de la volonté et appropriation du corps astral; il nous reste à dire quelques mots des conditions objectives, extérieures et matérielles, dont l'influence sur le résultat de l’opération, bien que infiniment moindre que celle des conditions personnelles, joue néanmoins un certain rôle dans la conduite de l’expérience, et, à ce titre, doivent être ici mentionnées.

On a vu plus haut que, sur le registre de laboratoire ou d’entraînement, il y avait lieu de noter les variations atmosphériques, climatologiques, météorologiques, etc., qui pouvaient survenir durant cette période: c’est que tous ces éléments, que dédaignent inconsidérément les esprits superficiels, ont, en ce qui nous occupe, une importance relative, il est vrai, mais que l’opérateur sérieux serait mal venu de négliger.

Je vais donc passer rapidement en revue les principales de ces conditions.

Hector Durville dit quelque part (1), à propos de l’extérioration objective du fantôme vivant: « Toutes les conditions nécessaires pour étudier le dédoublement ne sont pas toujours faciles à réunir. Il faudrait: 1° que l’atmosphère ne fût jamais lourde, ni humide, que l’air ne soit pas chargé d’électricité comme à l’approche d’un

(1) Le Fantôme des vivants, 1 vol. in-12, Paris, 1909. (Henri Durville^ imprimeur-éditeur).

orage, et que la température soit constante et relativement élevée; 2° que Ton soit sinon dans une obscurité absolue, au moins dans une obscurité relative; 3° qu’il ne soit admis aux séances d’étude qu’un petit nombre de témoins, tous sympathiques entre-eux, s’intéressant aux recherches, mais sans passion ni parti-pris, et n’exigeant pas toujours de vérifier par eux-mêmes la réalité de toüs les phénomènes au fur et à mesure qu’ils surviennent; 4° que les réunions aient lieu dans une pièce assez éloignée de la rue pour que les bruits du dehors n’y parviennent pas, et que le plus grand silence règne, tant à l’intérieur de la pièce que dans celles qui l’environnent. Il est également nécessaire que cette pièce soit toujours la même, car les phénomènes s’y obtiennent plus facilement que dans toute autre où l’on n’expérimente jamais. »

Ce que Hector Durville dit ici du dédoublement d’un sujet s’applique à peu de chose près, ainsi qu’il est logique, aux expériences de dédoublement personnel. Je vais donc dire quelques mots de chacune de ces conditions.

Humidité. — Le fantôme est une sorte de coagulât de nature électrique. Or, on sait que l’humidité est le grand dissolvant de l’électricité qui, trouvant dans l’ambiance humide une substance conductrice, s’y diffuse rapidement au lieu de demeurer sur la surface où on l’a fait naître ou accumulée. L’extérioration, d’autre part, ne se fait pas instantanément, mais dans un laps de temps qui peut durer de quelques minutes à plusieurs heures. Il arrive donc fatalement ceci, lorsque l’on opère dans an milieu humide: au fur et à mesure de sa formation et de sa projection, la substance fantômale se trouve diluée dans l’atmosphère ambiante et ne peut arriver à une condensation suffisante; il en résulte simplement an affaiblissement de l’opérateur qui émane inutilement sa force neurique sans aucun effet extérieur. Il vaut donc mieux à tous points de vue opérer par un temps sec.

Mais si l’expérience se fait dans un milieu sec (cliam-

fore, etc.) alors qu’il pleut au dehors? Là encore il vaut mieux ne pas faire de tentative sinon dans la période des premiers essais où l’on ne cherche que le dédoublement pur et simple sans envoyer le fantôme au loin. En effet, le fantôme a sinon sa volonté propre (sa volonté, en principe, est celle de l’opérateur) au moins son instinct particulier qui l’avertit de toutes les causes de lésion qui peuvent l’affecter; il est en somme, en telle occurrence, dans la situation d’un chien frileux que son maître veut envoyer à la rivière: il résiste tant qu’il peut à la volonté dirigeante. Il est certain que quand il est Bien condensé il a, vu sa rapidité de transport, peu a souffrir de l’humidité, mais il est toujours moins maniable. Aussi, en tout état de cause vaut-il mieux opérer par un temps parfaitement sec.

Des expériences précises, faites à ce point de vue, ont établi ce qui suit: — Le corps astral ne se dissout pas dans l’eau, sinon dans certaines eaux médicamenteuses; on peut donc affirmer que l’humidité atmosphérique est sans action sur lui; au contraire, le double aithérique se dissout très facilement dans n’importe quelle eau et dans un certain nombre de liquides (sans que toutefois l’expérience des diverses substances liquides ait été poussée très loin, mais nous n’avons ici à nous occuper •que de l’eau en général) ; il est donc très sensible à l’humidité; or, il est partie constitutive du fantôme au moment où celui-ci est extérioré; sa sensibilité à cet égard €st telle que, dans la chambre la plus sèche, il paraît influencé par l’humidité du dehors; il résulte de ce fait que l’extérioration de ce double — et, par suite, du fantôme — est beaucoup plus pénible lorsque l’atmosphère extérieure est humide, et il en résulte une fatigue certaine pour l’opérateur.

En conséquence, comme il vient d’être dit, le temps sec est celui qui convient le mieux à l’expérience.

Pression atmosphérique. — Des expériences de L. Lefranc, il résulte que le milieu atmosphérique agit diversement sur le double aithérique; lorsque le baromètre monte, il se produit une diminution de l’action mécani-

que cle ses forces, mais sa luminosité s’accroît; les effets contraires se produisent lorsque la pression augmente: il semble alors y avoir condensation de la matière aithérique.

Or, n’oublions pas que c’est par la force aithérique — la sienne ou celle que lui communique le sujet réceptif — que le fantôme extérioré peut agir sur la matière. Il semble, par suite, y avoir lieu de préconiser surtout les effets de visibilité lorsque le baromètre est au-dessus de 760, et au contraire la production des effets mécaniques lorsqu’il descend au-dessous de cette moyenne.

Electricité atmosphérique. — Cette cause d’influence défavorable peut agir de trois façons: sur l’opérateur* sur l’opération, et sur le fantôme lui-même.

Il ne faut pas oublier que l’opérateur qui prépare son dédoublement s’est placé, par le fait même, dans une certaine situation de déséquilibre nerveux; il est donc d’une sensibilité extrême quant aux influences extérieures: on sait à quel point les temps orageux affectent les gens nerveux. Donc, il ne se trouve pas dans, les conditions de calme requis pour procéder à son propre dédoublement. Par conséquence naturelle, ce dédoublement ne se fera qu’avec difficulté et fatigue, d’autant plus que l’expérimentateur aura alors de grandes chances de n’être en pleine possession ni de sa volonté ni de ses forces psychiques, dont la sensibilité devient extrême dès qu’elles s’orientent vers les choses mystérieuses* L’électricité atmosphérique influe donc à la fois sur l’expérimentateur et sur l’opération.

Mais il y a plus: le fantôme lui-même est soumis à son influence.

Que l’on veuille bien se rappeler ce qui a été dit ailleurs, que l’aérosome est de nature électrique. Or, une des lois fondamentales de l’électricité est celle-ci: les électricités de nom contraire s’attirent, les électricités de nom semblable se repoussent. D’autre part, tout corps non isolé placé dans un milieu électrisé, s’électrise dans le même mode que ce milieu. Si donc l’électricité atmosphérique est +, celle de l’expérimentateur sera +, et,

par conséquence forcée, celle du fantôme à extériorer sera elle-même -K II en résultera que l'électricité atmosphérique repoussera le corps astral, c’est-à-dire fera obstacle à son extérioration, et le dédoublement de l’opérateur sera des plus pénibles. Si, au contraire, celui-ci, pour obvier à cette difficulté, s’isole dans son milieu et se met en communication avec une source électrique — , il est certain que, le corps astral étant alors de la modalité — , sa sortie en sera facilitée; mais il est non moins certain que l’électricité + de l’ambiance se combinera, au fur et à mesure de son émanation avec l’électricité — de l’aérosome de façon à revenir à l’état neutre d’équilibre, et que l’opérateur se fatiguera sans autre résultat que d’extériorer une force qui, au fur et à mesure de sa production, sera sinon anéantie, au moins neutralisée.

En résumé, la meilleure condition de l’opération, à ce point de vue, est la neutralité absolue de l’atmosphère au point de vue électrique.

Température . — Par le froid, l’être vivant se contracte, se replie sur lui-même; par la chaleur, il se dilate et s’épanche au dehors; la chaleur est donc une condition presque absolue de la réussite du dédoublement. Mais quelle chaleur? La sensibilité à cet égard variant à l’infini d’individu à individu, et même dans un seul individu suivant les saisons, l’heure de la journée, les conditions de santé et d’équilibre général où il se trouve, etc., il est difficile de poser une règle précise et de fixer un nombre de degrés ne varietur. Voici cependant une indication générale sur laquelle, on peut se baser.

Il est bon de procéder à l’expérience dans un milieu dont la chaleur puisse se régler facilement, par exemple une pièce chauffée au gaz, un lit garni de plusieurs couvertures etc. La chaleur, que l’on pousse progressivement, atteint, à un moment donné, un certain degré qui cause à l’opérateur un parfait bien-être; il convient d’aller un peu au delà mais en se gardant bien d’atteindre le degré où la chaleur devient une gêne, car toute gêne corporelle, quelle qu’elle soit, contrariera forcément l’expérience.

C’est pour ce motif que l’hiver, ou tout au moins une saison moyenne, doit être regardé comme préférable à •l’été où la chaleur ambiante force à rechercher la fraîcheur et, par suite, met le corps physique dans des conditions défavorables à l’émanation de la force neurique et, conséquemment, au résultat final de l’opération.

Vêtements . — Ceci rentre dans les conditions de température, puisque le vêtement est conçu pour donner, de façon permanente, au corps humain la température qui lui convient; le vêtement employé au moment de l’opération ne doit donc être ni trop chaud ni trop léger, mais, entre les deux, il doit être plutôt chaud que frais, de façon à maintenir le corps au degré supérieur de sceux qui constituent pour lui le bien-être.

Mais le vêtement doit encore être examiné à un autre point de vue: son ampleur.

Comme il vient d’être dit, toute gêne corporelle constitue une condition défavorable; il ne faut donc pas prendre de vêtements trop justes, de ceux qui serrent la taille ou étriquent les mouvements, mais ceux dans lesquels le corps se sent libre de tous ses actes, où les membres se meuvent sans effort, où la respiration se fait facilement, et qui ne pèsent ni sur les épaules, ni sur les reins, ni sur la taille.

Eclairage. — La lumière, on l’a remarqué depuis longtemps au cours des expériences spirites, est un dissolvant de toute substance fantômale. Au point de vue chimique, la lumière est un agent à la fois très subtil et très énergique. Son action qui s’observe en une infinité de circonstances est surtout remarquable sur les sels d’argent qu’elle réduit; elle agit de façon analogue sur la substance fantômale. Mais c’est surtout comme agent physique que la lumière agit sur la même substance. Il se passe alors un phénomène reposant sur le même principe que celui qui fait qu’une flamme se distingue très peu en pleine lumière du jour. Son action à cet égard, qui paraît être d’ordre à la fois physique et chimique, fait de la lumière un agent à redouter dans la circonstance qui nous occupe plus spécialement, puisqu’elle dis-

sout le fantôme au fur et à mesure que le corps physique l’extériore.

Donc la lumière du jour, c’est-à-dire du soleil, doit être absolument évitée.

Mais que faut-il penser de la lumière artificielle?

Celle-ci présente bien des degrés différents d’éclairage, depuis la basse flamme bleue du gaz, jusqu’à l’arc électrique: il y a donc un choix à faire, bien qu’en principe, l’abstention absolue de toute lumière, naturelle ou artificielle soit de beaucoup préférable.

Mais comme enfin il est des personnes — précisément des nerveuses — qui ne peuvent supporter l’obscurité absolue, qui, même la nuit, ne pourraient s’endormir sans veilleuse, je vais dire quelques mots du mode d’éclairage qu’à la rigueur on peut employer.

La meilleure lumière est celle que donne une petite lampe veilleuse, à flamme très basse, assez basse pour estomper les contours de tous les objets qu’elle frappe au lieu de les accuser, ce qui pourrait occasionner desdistractions à l’opérateur.

Cette flamme doit être de plus enfermée dans un globe de verre transparent. L’idéal de coloration de ce verre serait le rouge sombre qui ne donne que de la lumière anactinique et qui, par conséquent, a moins d’action que toute autre au point de vue de la dissolution du fantôme. Mais il est un autre élément de la question qu’il convient de faire entrer en ligne de cpmpte: c’est que la lumière rouge affecte très péniblement les sensitifs et les nerveux: il est même des sujets magnétiques que son action fait positivement hurler. Il résulte de là que, sous • son influence, l’opérateur — qui, ne l’oublions pas, doit posséder une neuricité très développée — ressentira toujours une certaine gêne qu’il faut d’autant plus éviter que l’aérosome émané de lui participera à cette gêne.

II semble donc que la coloration la plus favorable soif le bleu moyen; c’est du moins cellé qui — employée dans> la production objective, en laboratoire, d’un fantôme* vivant — donne les meilleurs résultats. La lumière de cette nature est très douce, ne fatigue pas le regard, et

tend à estomper tous les objets avoisinants: c’est donc celle qu'il convient de préférer.

Il est bien entendu qu’en cas d’emploi de cette source de lumière, l’opérateur ne devra pas se placer près d’elle ou sous son rayonnement direct, mais s’en éloigner le plus possible.

Comme conséquence de la quasi-obscurité qui est requise, les tentures de la pièce où l’on opère ne devront pas être claires, mais de couleur sombre, et la pièce ellemême ne devra autant que possible renfermer aucun objet clair ou brillant qui puisse attirer et retenir le regard, tel que pendule de marbre, tableaux, glace, etc. — N Si l’on opère étant couché, la lumière devra être placée aussi loin que possible du lit, dont les draps blancs seront recouverts et voilés par une légère couverture de couleur sombre; il sera même bon, en ce cas, d’interposer entre la lumière et le lit, un écran qui laisse le lit et l’opérateur dans une pénombre très prononcée.

Assistance . — Un témoin peut toujours être, même à son insu et malgré toute sa bonne volonté, une cause de distraction. Il est donc préférable d’opérer complètement seul et sans aucun assitant.

Mais il est des cas, notamment dans un ménage, où il est difficile d’opérer dans un isolement parfait. D’autre part, on peut hésiter avec raison à se livrer à une telle expérience sans avoir au moins un confident qui, en cas d’accident, soit à même de donner à l’expérimentateur les soins que réclamera son état. Je vais donc dire ce que doit être en pareil cas le rôle du témoin.

En principe, plus ce rôle sera effacé, mieux il sera rempli. C’est dire que le témoin ne doit en aucun cas être une cause de distraction. Il ne doit se montrer ni agité ni turbulent mais demeurer occupé (lecture, travail, sommeil, etc.) à la place qu’il a choisie. S’il a besoin de circuler, il doit glisser sans bruit sur le parquet. Si l’on veut opérer la nuit au cours du sommeil, le conjoint qui occupe le même lit doit surtout avoir lui-même un sommeil très calme. En un mot, quelle que soit la circonstance, le témoin doit s’y adapter afin d’être atten-

iif à n’occasionner aucune gêne, de n’importe quel genre, à l’opérateur. C’est dire qu’il doit toujours être prévenu de ce que l’on prépare, et que, par suite, il serait, je ne dis pas seulement illogique au premier chef, mais absolument fou de préparer une sortie en Astral au milieu de personnes non averties, car, outre que leur présence entraverait singulièrement l’opération, il faut prévoir le trouble et le désarroi où les jetterait l’aspect comateux du corps de l’opérateur pendant l’expérience, et les imprudences de toute nature qui pourraient en être la suite.

Mais la présence d’un témoin peut encore être examinée à un autre point de vue.

Hector Durville a écrit ( loc . cit.) : « Il y a des individus en présence desquels il est toujours impossible d’obtenir le moindre phénomène. Ces individus sont de deux sortes: 1° Ceux qui, forts et robustes, sont très volontaires, surtout si cette volonté n’est pas disciplinée, comme chez les entêtés, car ils rayonnent puissamment autour d’eux, sans pouvoir opposer un frein à ce rayonnement; certains magnétiseurs rudes, qui veulent que tout plie devant eux, et tous ceux qui, sans que l’on sache pourquoi, sont antipathiques au sujet; 2° Un certain nombre de sujets sensitifs, surtout lorsqu’ils sont très sympathiques au sujet d’expérimentation. — Les premiers dégagent d’abondants effluves qui, projetés avec énergie, repoussent ceux que le sujet fournit pour la formation du fantôme; et celui-ci, repoussé, ballotté, ne peut pas se condenser suffisamment. Les contours restent indécis, les vibrations moléculaires apparaissent à peine, et les grandes ondulations sont tumultueuses ou à peine dessinées. Les seconds individus ne nuisent guère à la formation du fantôme au début du dédoublement, mais il est impossible de dépasser un certain degré de condensation et de faire rester celui-ci en place, car il est attiré vers le sensitif témoin et rie s’en sépare que pour y revenir encore. — Dans les deux cas l’expérimentateur dépense beaucoup d’énergie sans pouvoir obtenir de phénomènes importants. » *

Ce que dit cet auteur des dédoublements objectifs est. également vrai, dans une certaine mesure, pour les dédoublements subjectifs; il ne faut pas espérer d’aboutir à un résultat sérieux devant une personne de qui la volonté serait désordonnée ou supérieure à celle que vous ])Ouvez vous-même déployer, pas plus que devant un témoin qui, pour une cause ou: une autre, vous est antipathique.

Reste la question du témoin « trop sympathique ». — Il est évident que s’il est d’ordre sensitif, c’est-à-dire s’il peut jouer le rôle de sujet réceptif, il sera précieux puisqu’il pourra, par sa présence, aider au dédoublement et ensuite contrôler les actes du fantôme extérioré. S’il ne peut remplir cet autre rôle, il ne sera utile que dans les* tout premiers essais, en facilitant l’extérioration, mais? ensuite, quand l’opérateur voudra envoyer son propre fantôme ici ou là, il devra le faire hors de la présence d’un témoin de cette nature.

Silence. — Il est évident que, tout bruit étant une cause de distraction, le silence le plus absolu doit régner autour de l’expérimentateur; il convient donc d’opérer en un lieu où ne parviennent pas les échos de la rue ou du voisinage. Une pièce dont le parquet est recouvert d’un tapis épais et qui comporte de lourdes tentures de portes et de fenêtres, de façon à amortir les bruits extérieurs et intérieurs, est l’endroit le plus favorable. Il va sans dire qu’aucune personne étrangère — domestique,, visiteur, etc. — ne doit être introduite dans la pièce pendant toute la durée de l’expérience.

C’est" encore à Hector Durville ( loc . cit.)9 que je vais emprunter les considérations techniques relatives afci bruit, car ce qu’il dit, à cet égard, du fantôme objectif s’applique absolument au fantôme subjectif.

« Le fantôme, très bien condènsé, est disposé à Faction; il suffit d’un bruit prolongé d’une certaine intensité, même d’une conversation animée, seulement à demi-voix entre les témoins, pour que ses contours deviennent moins nets, que les grandes ondulations soient tumultueuses et saccadées; il tremble alors dans toute sa*

masse, devient flou, moins lumineux, moins agréable à la vue, et perd toute aptitude au travail. A ce moment, si. une émotion soudaine se produit chez lui, comme cela arrive parfois sans cause bien appréciable, qu’un bruit intense retentisse, ou qu’il soit frappé par un jet de lumière vive, comme le photographe en fait jaillir pour prendre un instantané dans l’obscurité, il abandonne sa place et va s’abriter derrière le sujet comme pour s’en faire un bouclier. Souvent aussi il se désagrégé complètement et ses éléments rentrent presque instantanément dans le corps du! sujet. Le dédoublement est terminé, et si l’on veut continuer l’expérimentation, il faut redédoubler le sujet; mais alors le fantôme, qui reste craintif, ne s’avance plus qu’avec méfiance vers l’endroit où l’appelle le travail que l’on désire de lui; dans tous les cas, on perd beaucoup de temps, et il est rare que l’on obtienne ensuite des résultats satisfaisants. — Les vibrations sonores agissent donc avec une formidable intensité sur le fantôme; et, comme tout mouvement se répercute de celui-ci chez le sujet, on peut, en tenant ce dernier par les mains, constater en lui les mouvements sonores, comme on les constate à la surface d’une cloche vibrante sur laquelle on applique légèrement la main. Ces mouvements sont même perçus par le fantôme bien avant que le bruit n’ait frappé l’oreille des assistants. Une lourde voiture, par exemple, vient dans la rue à une certaine distance; personne ne l’entend, mais l’expérimentateur perçoit sous ses mains l’agitation du sujet. Cette agitation grandit, la voiture approche, on l’entend, et l’agitation grandit encore; la voiture passe, le bruit cesse, mais l’agitation persiste pendant quelques instants. Le fantôme est alors plus ou moins désorganisé. La sensibilité au mouvement sonore est telle, qu’en tenant le sujet par les mains on perçoit l’agitation produite dans le fantôme par le bruit de la pendule qui sonne et qu’on entend à peine. — Après cette description, on peut facilement comprendre que tout bruit, même le changement de place d’un témoin, et, par dessus tout, l’introduction d’un inconnu dans le cabinet d’étu-

des, doit apporter une perturbation plus ou moins grande... »

De ce qui précède, on peut conclure qu’il importe de choisir non seulement une pièce où ne pénétrera aucun, bruit accidentel, mais encore d’opérer en un moment où l’opération a le plus de chances de n’être pas troublée par les bruits extérieurs. Ceci nous amène à parler du choix de l’heure la plus propice.

Moment . — Lorsque l’on dissocie un sujet pour lui faire émaner son fantôme, la période de temps la plus propice à l’opération paraît être de 3 heures de l’aprèsmidi jusqu’à 11 heures du soir. C’est certes là une indication mais il ne faut pas l’appliquer rigoureusement au dédoublement personnel, car les conditions sont un peu différentes, puisque, dans le premier cas, c’est l’action d’une volonté étrangère qui produit le phénomène sur un sujet alors que, dans le second, il s’agit d’un acte automatique.

Le chevalier de Reichenbacli avait observé que les phénomènes lumineux, produits par un sujet dans la chambre obscure, débutent vers le milieu de l’aprèsmidi, atteignent leur maximum vers 10 heures du soir pour décroître ensuite jusqu’au lendemain matin.

Cette indication est plus précise que la précédente, mais elle est encore vague parce que Reichenbach n’a pas vu la raison d’être du maximum indiqué par lui: je vais la dire.

Le corps astral est à la fois intérieur et extérieur; il est des moments, ceux où un travail physiologique du corps matériel l’absorbe, où il se contracte en quelque sorte sur lui-même pour vivre surtout à l’intérieur du sarcosôme; il en est d’autres où la pensée l’entraîne au contraire dehors: il en est enfin où, rien ne le retenant au dedans du corps physique, il a tendance à s’en échapper: voyons quels sont ces moments.

A l’époque où vivait Reichenbach, la vie généralement normale était celle-ci: on se levait tôt; on prenait le principal repas vers midi; le soir, une simple collation.

et Ton se couchait vers 9 ou 10 heures. Que se passe-t-il en ce cas, relativement ail corps astral

Dans la matinée, il préside à la reprise normale des fonctions vitales; puis l’ingestion de la nourriture et le travail de digestion exigent son contrôle et sa régulation. Quand la digestion est terminée, alors il est plus libre; la pensée, d’une part, l’entraîne au dehors; d’un autre côté, le sarcosôme a moins besoin de lui puisque la vie intérieure s’élabore automatiquement; le repas du soir, très léger, le rappelle et interrompt son extérioration qui reprend ensuite pour augmenter jusqu’à l’heure habituelle du sommeil, pendant lequel toutes les fonctions corporelles se continuent inconsciemment, mécaniquement. Alors, rien ne le retient plus dans î’aérosome dont il s’évade dans de plus ou moins grandes proportions — parfois même complètement: de là certains rêves. Lorsqu’ approché le ' moment du réveil, il semble qu’il ait regret à reprendre son travail journalier ou qu’il veuille profiter de ses dernières minutes de liberté, car, encore à cette heure, on constate chez lui une poussée vers l’extérieur. Puis il rentre présider au réveil et continuer sa tâche de régulateur physique.

On voit donc qu’il y a chaque jour deux instants où il a surtout tendance à s’extériorer dans de plus fortes proportions qu’à d’autres: l’heure où le corps physique s’endort (de là vient l’envie de dormir quand on se trouve à l’instant habituel) et celle où il s’éveille; le premier moment (l’assoupissement) est de beaucoup préférable à l’autre, puisque la tendance à -l’extérioration y est jjlus considérable.

Donc, au moins en principe, l’instant où l’on commence à perdre conscience de soi-même est de beaucoup le plus favorable au dédoublement: il va sans dire que pour l’individu qui a l’habitude de faire la sieste au milieu de la journée (pourvu que ce ne soit pas une sieste de digestion) le commencement de ce repos peut être également choisi, quoique moins favorable que celui qui inaugure le grand sommeil de la nuit où l’esprit n’a pas l’inquiétude d’avoir à se réveiller prochainement, où, par suite, le corps astral se sent plus libre.

Mais ce n’est là qu’une indication de principe, car il y a des indivdus — j’en connais — qui se couchent par exemple à 10 heures du soir avec la volonté et la possibilité de s’extériorer, et chez qui le dédoublement ne se produit que vers 2 ou 3 heures du matin. Est-ce, en ce cas, la volonté qui ne produit son effet qu’à certaine échéance? Est-ce, non pas elle qui agit, mais le monoïdéisme qu’elle a créé avant de s’assoupir, et auquel il faut le temps de prendre des forces? Est-ce enfin le travail d’extérioration qui se fait avec lenteur? Je ne sais: peut-être ces trois raisons agissent-elles simultanément. Quoiqu’il en soit, les indivdus chez qui a lieu ce retard présentent une extérioration infiniment plus complète que les autres.

En résumé, l’instant le plus propice est celui où l’on s’endort d’habituide, le soir.

D’autre part, y a-t-il une heure spéciale qui soit préférable à toute autre?

Je ne m’étais pas occupé encore de cette question lorsque je fis, au Congrès international de Psychologie expérimentale de Paris, 1910, ma première communication au sujet du dédoublement personnel. A l’issue de la séance, mon érudit confrère, Pierre Piobb, bien connu pour ses savants travaux d’occultisme scientifique, qui a lui-même beaucoup étudié cette question, s’approcha de moi et me dit: « Si l’on opère à l’heure du Maître de la Maison IX, le résultat est infaillible. » Plusieurs fois, depuis, il m’a répété son affirmation.

Bien que je n’aie jamais eu encore l’occasion d’en vérifier la valeur, mais connaissant l’autorité de mon interlocuteur en telle matière, je n’hésite pas à donner quelques indications à cet égard.

Pour la compréhension de ses paroles, il faut savoir qu’en astrologie (1) le zodiaque comporte douze maisons solaires qui sont la place qu’occupe, sur la figure as-

(1) Je m’excuse de parler d’astrologie: ce mot fera vraisemblablement sourire plus d’un lecteur; j’aurais dû employer le mot de méta-astronomie qui est aujourd’hui mieux porté; mais pour prévenir tout malentendu et montrer que je m’occupe en ces pages de choses sérieuses, et sérieuse-

trologique, chaque signe zodiacal, et qui possèdent chacune sa signification propre.

La Maison IX s’occupe, entre autres choses, des longs voyages. .

D’autre part, on appelle maître d’une maison la planète qui y occupe une situation prédominante. Il est évident que le maître de la maison IX varie suivant l’horoscope de chacun, c’est-à-dire suivant que l’établissement de cet horoscope placera telle ou telle planète en situation prédominante dans la maison IX: à cet égard, il sera prudent de consulter un homme du métier. Mais, d’un autre côté, si l’établissement du thème généthlia que ne situe aucune planète dans cette maison , ou si la planète située y est sans force, le maître naturel de cette maison est la planète Jupiter, qui s’y trouve, pour employer le terme technique, sur son trône. Par suite, dans beaucoup de cas, il conviendra d’opérer aux heures de Jupiter qui sont, à partir de minuit, les suivantes:

Lundi — 3e, 10e, 17e, 24e.

Mardi — 7e, 14e, 21e.

Mercredi — 4e, 11e, 18e.

Jeudi — Ie, 8e, 15e, 22e.

Vendredi — 5e, 12e, 19e.

Samedi — 2e, 9e, 16e, 23e.

Dimanche — 6e, 13e, 20e.

Etant expliqué que les heures dont s’agit ne correspondent pas absolument à la division égale des horloges, mais varient suivant les jours et les saisons, et se calculent comme suit: Douze heures égales de nuit commençant au coucher du soleil et finissant à son lever (1); et

ment traitées, il me suffira de dire qu’à notre époque les études astrologiques sont dans une véritable renaissance. Il est certain que nos temps n’égalent pas encore les grandes époques de Junctin de Florence ou de Ptolémée de Péluse, mais enfin, aujourd’hui la difficulté mathématique de ces études spéciales sollicite de hautes intelligences, astronomes, ingénieurs sortis de l’Ecole Polytechnique, etc., comme le montre la signature de plusieurs ouvrages récemment publiés.

En ce qui me concerte, je serai bref, et- pour cause, a’ayant consacré que peu de temps à l’étude de cette science.

(1) On trouve dans tout calendrier complet les moments horaires du lever et du coucher du soleil.

douze heures égales de jour commençant au lever du soleil et finissant à son coucher — la première heure d’un jour étant celle qui suit minuit.

Si l’on adopte ce système, il est surtout logique de choisir son heure au jour même du maître de la maison qui, dans l’espèce, est le jeudi.

Je m’excuse de cette petite incursion dans une science presque inconnue, et qui paraît futile à beaucoup. Je le répète, je n’ai pas eu l’occasion d’expérimenter ce système dont je ne parle que par ouï-dire; mais il est trop curieux et touche de trop près au sujet étudié ici, pour être passé sous silence.

Position. — La meilleure position pour procéder à son propre dédoublement est celle qui gênera le moins le corps physique; il convient donc ou de se coucher dans son lit, ou de s’étendre à l’aise dans un fauteuil vaste et bas; il faut éviter les fauteuils élevés ou étroits qui gêneraient l’assoupissement, et les chaises où l’esprit, conservant l’appréhension d’une chute possible, n’auraît pas toute sa liberté. On peut à la rigueur s’étendre sur un parquet, mais non sur un parquet nu: l’incommodité d’une telle position empêcherait le corps de reposer complètement, et, par conséquent, l’esprit d’avoir toute sa liberté d’action.

En résumé, la position importe peu, à la condition expresse qu’elle ne produise aucune gêne, de quelque nature que ce soit, et qu’elle n’apporte aucun trouble dans l’opération.

Dispositions morales. — Un calme complet de l’âme est d’une absolue rigueur. Il est donc contre-indiqué de (enter rexpérience si l’on a quelque souci matériel ou moral, si quelque préoccupation vous lie l’esprit, si quelque ennui vous tracasse; la prévision même, l’attente prochaine d’un fait de cet ordre constitue une fâcheuse condition; bien plus, une grande joie survenue ou en expectative vous empêchera d’avoir la liberté de pensée nécessaire à l’acte que vous allez accomplir. L’esprit de

l’opérateur ne doit tendre absolument que vers l’expérience qui se prépare; par conséquent, tout motif de distraction, heureux ou triste, passé, présent ou à venir, en un mot quel qu’il soit, quelles que soient sa nature et même son importance, doit être absent quand on prépare cette délicate opération de dédoublement qui exige une contention précise de l’esprit et une grande maîtrise de volonté.

Dispositions corporelles. — Ces dispositions résultent de toutes les conditions qui précèdent: bien-être du corps, calme de l’âme, commodité de position, etc. Cependant j’y dois ajouter un détail qui a son importance si l’on se rappelle que le travail physiologique de la digestion entrave la liberté du corps astral; le jour où i’on veut tenter l’expérience (comme aussi les jours qui précèdent, de façon que l’organisme ne subisse aucun trouble fonctionnel) il conviendra de manger très sobrement, en restant largement, à chaque repas, sur son appétit. — Ceci ne veut pas dire qu’il faut jeûner, le jeûne étant une cause d’affaiblisesment corporel et par suite astral, mais qu’il est bon d’être modéré au point de vue de la nourriture, et, entre deux mets, de choisir de préférence celui qui renferme la plus grande quantité de substance nutritive sous le moindre volume, de façon à charger le moins possible l’estomac.

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