CHAPITRE XI
l'expérimentation
Donc, vous avez suivi attentivement votre propre entraînement vers le dédoublement de vous-même; vous avez senti votre volonté se dynamiser, prendre une autorité, une possession d’elle-même que vous ne lui con-» naissiez pas; vous avez noté le progressif développement de votre neuricité et le degré d’hypéresthésie de votre sensibilité... vous voulez passer de la théorie à l'exécution, et muer en acte vos connaissances acquises et vos possibilités latentes... Comment agirez-vous?
Peut-être aurais-je dû placer ici le chapitre des dangers de l’expérience afin que l'opérateur éventuel sache bien à quoi il s’expose. Mais je pense bien que, parmi tous les lecteurs de ces pages, il n’en sera aucun assez dénué de bon sens pour tenter l’aventure en faisant fi des risques courus.
Donc, je suppose ces risques connus ainsi que la façon de s’en garantir, et je répète: Comment agirez-vous?
Il ne faut pas croire que, dès le premier essai, vous serez maître de l’opération: s’il doit en être ainsi, c’est que vous aurez en votre possession un organisme absolument bien prédisposé, et que votre entraînement aura été suivi avec une exactitude mathématique, en s’arrêtant juste au point extrême, — sans rester en deçà, ce qui laisserait en vous des forces inutilisées — sans aller au delà, ce qui peut produire en vous des accidents organiques. La pratique ne doit donc être qu’une série
d’essais pour atteindre des résultats de plus en plus importants, et, seulement quand vous aurez atteint le dernier, vous pourrez vous dire maître de l’opération; encore faudra-t-il que la réussite ne soit pas fortuite, mais répétée un certain nombre de fois.
Je vais donc examiner successivement tous les degrés qu’il faut gravir avec une patiente et inlassable énergie avant d’atteindre le dernier.
A) Essais préliminaires .
Je conseille fortement, pour les raisons exposées plus haut, de procéder aux premiers essais étant couché au lit, et dans le premier sommeil: de cette façon, l’acte du dédoublement sera facilité par la circonstance même, et une partie de ses opérations se fera inconsciemment, mécaniquement, de façon automatique.
Dans ce but, il convient de s’astreindre à se coucher tous les soirs à la même heure — un peu avant celle où l’on a remarqué que survient le sommeil.
Dès qu’on est étendu dans le lit, prendre une position commode, de préférence celle qui est habituelle au sommeil, mais en évitant de se coucher sur le côté gauclie car, dans cette situation, le cœur est toujours un peu gêné par le poids des viscères voisins; je crois que la meilleure position consiste à être étendu sur le dos; c’est celle où le jeu de la respiration se fait le plus normalement.
Il va sans dire que toutes les lumières seront éteintes si possible, et celles du dehors aussi atténuées que l’on pourra; que l’on n’aura aucun souci, aucun tracas en tête; en un mot, que toutes les conditions générales de l’expérience seront remplies.
Dès que l’on est étendu dans la position choisie et que les draps ont pris sensiblement la température du corps, il importe de se concentrer en soi et diriger toute sa volonté vers ce seul but: s’extériorer. A l’approche du sommeil, l’esprit a l’habitude de vagabonder et d’eflleurer toutes sortes de sujets: il faut réagir contre cet-
te fâcheuse propension, et fixer sa pensée uniquement sur le but proposé, de façon à créer le monoïdéisme qui sgira quand le sommeil aura assoupi la volonté proprement dite. A cet effet, il faut essayer de se figurer mentalement la marche de l’opération: le sarcosôme s’engourdissant progressivement dans un assoupissement d’abord léger puis de plus eh plus profond pour aboutir enfin au sommeil; l’aérosôme en émanant peu à peu, partie à droite, partie à gauche, pour ensuite se réunir à la gauche et former le fantôme, etc. L’essai doit être fait plusieurs fois — plusieurs soirs consécutifs autant que possible, en essayant de garder, en voulant garder je souvenir de ce qui se sera passé durant cette sortie en astral, et qui, sur le moment semblera un rêve — en admettant, ce qui est très rare au début, que l’on en ait et surtout que l’on en garde conscience.
Ces premières sorties en astral sont assez difficiles à contrôler, car chez beaucoup de personnes elles ne laissent d’autres souvenirs que celui de ce qu’on appelle, vulgairement un sommeil de plomb. D’autres, au contraire, s’éveillent le lendemain avec une fatigue générale, plus ou moins prononcée — qui va chez quelques-unes jusqu’à la courbature — comme si, pendant la nuit, elles s’étaient livrées à un grand travail corporel, au moins somnambulique, car leur mémoire n’a enregistré d’autre souvenir de la nuit que celui d’un sommeil profond, continu et calme. Certains, enfin s’éveillant le lendemain dans un état d’énervement plus ou moins prononcé accompagné de malaises légers (maux de tête, etc.)
Les suites physiologiques du dédoublement varient suivant les organismes, et ce n’est qu’à la longue, à force d’expérimenter, que, quand on ne garde pas le souvenir de ce qui a été fait durant le dédoublement, on peut se rendre compte si l’on s’est véritablement extérioré.
C’est le côté délicat de ces premiers essais que l’on n’ait pas encore trouvé le moyen d’en constater la réalité; on peut toutefois essayer de contrôler soi-même ces premières tentatives de sortie, en usant du procédé suivant: — Sur le bord d’un meuble, placer un objet très
léger, par exemple un duvet un peu volumineux, une feuille de papier à cigarettes, une allumette, et s’assoupir avec la volonté de faire tomber cet objet; dans ce cas on ne se contentera pas de se figurer seulement la marche du dédoublement, mais encore l’acte qui devra s’ensuivre, c’est-à-dire: l’aérosome glissant sur le parquet vers le meuble où est déposé l’objet, les efforts intérieurs que l’on peut faire pour amener cet objet à tomber, soit en le poussant du doigt, soit en soufflant sur lui, etc.
En un mot, au moment où le sommeil étreint le corps physique, l’acte à accomplir doit être décomposé en toutes ses parties, afin que le monoïdéisme créé par l’opérateur en conserve bien le détail.
Il est parfaitement possible que ce genre d’essai ne réussisse pas, pas plus que d’autres de même espèce que l’on aura voulu tenter: il ne faut pas en conclure que le dédoublement ne se fait pas, mais que le fantôme extérioré n’a pas encore la force suffisante pour accomplir l’acte projeté; c’est plus tard et avec l’aide d’un autre critérium que l’on saura si, oui ou non, le dédoublement s’opère. Ceci ne constitue qu’une suite d’essais, de tentatives préliminaires qui ont pour but de mettre les choses au point; par exemple, au regard de la volonté, si l’on sent que l’on dort mal, que le sommeil est agité, c’est que la volonté a été trop violente, et que le monoïdéisme créé par elle procède de l’exaspération et empêche le repos, ce qui ne doit pas être. La volonté mise en œuvre doit être, je l’ai dit ailleurs, nette, ferme, mais sans brusquerie, sans à-coup, sans exacerbation — telle que serait, pour poser une analogie, celle qui vous aurait fait fixer définitivement une date rapprochée pour un voyage longtemps reculé: une telle résolution ne trouble pas le sommeil, ce qui ne l’empêche pas d’être très ferme et de s’accomplir au jour dit.
Quand on aura fait plusieurs essais de ce genre, et que par suite, on a lieu de supposer que l’extérioration s’opère normalement, il faudra se mettre en rapport avec un sujet réceptif.
B) Choix du sujet réceptif
Le meilleur sujet que l’on puisse rencontrer est, sans contredit, celui qui appartient à la catégorie des médiums dits voyants , car il présente toutes les qualités requises au point de vue qui nous occupe: extérioration facile de ses forces aithériques pour aider le fantôme de l’expérimentateur parvenu près de lui, et discernement matériel des formes fantômales (1).
Mais, de même que tout médium n’est pas voyant, de même, tout voyant n’est pas nécessairement médium: la voyance et la médiumnité se rencontrent parfois chez le même individu, mais elles ne sont pas nécessairement concomitantes. Il est assez rare du reste que l’on ait autour de soi un médium qui soit précisément en même temps un voyant, ou qu’on soit assez lié avec lui pour lui demander son concours en vue de contrôler une série de tentatives de dédoublement. Mais si l’on a la chance de connaître un tel sujet dans ses relations intimes, c’est avec lui et non avec un autre qu’il faut expérimenter, car il sera plus apte que n’importe qui à constater le succès ou l’échec des premières tentatives et à suivre — fructueusement pour l’opérateur — tous les stades successifs d’un développement progressif.
Le meilleur sujet réceptif qui se puisse rencontre^ après le médium voyant, c’est indubitablement le bon sujet magnétique, habitué, lui aussi à extériorer son double aithérique. Mais le choix d’un tel sujet, à moins qu’il ne sache se placer de lui-même en sommeil par des procédés d’auto-magnétisation, amènera des difficultés de pratique, car, pour chaque expérience, il aura besoin d’avoir à ses côtés un magnétiseur pour le mettre dans l’état voulu.
En tout cas, s’il sait s’y placer de lui-même, il rendra à peu près les mêmes services qu’un médium voyant — supérieur à lui à certains égards, puisqu’on peut l’ame-
(1) La médiumnité, on le sait maintenant, repose avant tout sur la possibilité que possède le sujet, d’extériorer son double aithérique.
ner, en quelque sorte à un état hypnoïde de plus en plus profond, alors que la médiumnité est invariable; — inférieur à lui sous d’autres points de vue, puisque la médiumnité est persistante à toute heure de jour et de nuit, tandis que le sujet magnétique, à l’état normal, est dénué à la fois de voyance et de la possibilité de s’extériorer.
Je crois, pour avoir vu opérer de la sorte, que le meilleur mode d’expérimentation consiste à utiliser à la fois les deux sortes de sujets: le médium comme sujet réceptif, et le sujet magnétique, près de l’opérateur, comme témoin du phénomène; dans ce cas, ou il rend compte, au fur et ià mesure de l’opération, de ce qu’il est à même de constater, ou bien — pourvu qu’il conserve le souvenir de ses perceptions en cet état • — il raconte, après son réveil ce qu’il a vu.
Mais, comme le médium voyant, le bon sujet magnétique n’est pas nécessairement dans les relations ordinaires de chacun. Il s’agit donc d’y suppléer en utilisant une personne quelconque mais de qui l’organisme se rapproche à la fois d’un certain idéal requis et présente quelques facilités en vue du; développement spécial de certaines de ses facultés.
Je vais donc expliquer quelles doivent être ces facultés et comment il y a lieu de s’y prendre pour les développer et les amener à un point tel que la personne choisie puisse devenir non pas un médium ou un sujet magnétique, mais un bon sujet réceptif pour l’expérimentateur, et capable de bien contrôler ses expériences.
La principale qualité d’un sujet réceptif est la voyance; mais les voyants sont relativement rares qui ont conscience de cette qualité; chez la plupart c’est une possibilié qui est seulement à l’état latent parce que les occasions d’en prendre conscience leur ont manqué. Il est donc peu probable que l’on ait un véritable voyant, un voyant conscient, dans son entourage immédiat ou même dans le cercle de ses relations; mais, par contre, chacun a certainement, autour de soi, un voyant inconscient: — il s’agit de le découvrir.
Si l’on s’est bien pénétré de ce qui a été dit antérieurement au sujet des tempéraments, on se rappellera que la base de production ou de perception des phénomènes psychiques est la neuricité. Par conséquent le sujet réceptif devra être un nerveux; mais précisément le nerveux est, de tous les hommes, — après le sanguin — le plus enclin aux hallucinations, ce qu’il faut avant tout éviter chez un sujet dont la faculté doit être mise en œuvre dans un but de contrôle; le nerveux pur devra donc être écarté. Il faut trouver un tempérament nerveux mitigé — mais de quelle façon?
Le sanguin est encore plus que le nerveux exposé aux hallucinations subjectives, et le lymphatique n’est susceptible de presque aucun phénomène: ces deux classes devront donc être écartées; par contre le bilieux est très apte à constater l’existence des phénomènes psychiques: il convient donc de choisir le sujet réceptif dans une des trois catégories ci-dessous, classées par ordre d’importance quant au but poursuivi:
1° Bilieux-nerveux;
2° Nerveux-bilieux;
3° Bilieux pur.
Le bilieux-nerveux devra être préféré de beaucoup à tout autre. 11 va sans dire que si l’on utilise comme sujet réceptif un médium ou un sujet magnétique, il devra présenter les mêmes caractéristiques — et il les présente en réalité puisqu’il est très généralement de tempérament à la fois nerveux et bilieux, ce qui lui permet simultanément de percevoir le phénomène et d’aider à sa réalisation.
Mais, même alors, il se peut que le sujet ne soit ni assez nerveux, ni surtout assez bilieux et qu’il ait besoin de développer un côté de son tempérament — j’indiquerai donc la marche à suivre pour atteindre ce desideratum.
Il devra d’abord suivre le régime préparatoire pour ramener son organisme à l’équilibre, comme l’a fait l’opérateur lui même; la formule a été donnée plus haut; de même, la formule de neurification du tempérament,
s’il en est besoin, ce qui est un cas très rare car il faudrait, pour en user avoir affaire à un bilieux pur.
C’est donc surtout le côté bilieux du tempérament qu’il faudra dans certains cas développer.
Voici la formule du régime qu’il y a lieu de suivre pour atteindre ce résultat.
Nourriture . — Viandes blanches en ragoûts; longues Sauces; poissons au court bouillon; oignons, poireaux, ail, choux, fèves; melons, pastèques, bananes, oranges très mûres; nèfles, cormes, châtaignes; pain noir et rassis.
Boisson. — Cidre, poiré, piquette, lait.
Habitudes. — Peu de sommeil sur un lit dur (six à sept heures): coït modéré.
Occupations . — Ennuyeuses, absorbantes, égoïstes, autant que possible.
Emotions. — Durables et désagréables, mais peu violentes; soucis qui rongent.
Excitants chimiques. — Alcool sucré (kirsch, rhum, cognac, etc.) et certaines liqueurs telles que le kummel, le cassis, l’anisette; le yerba maté, la coca en infusion, le thé.
Excitants physiques. — Bains tièdes ne dépassant pas un quart d’heure; couleurs ternes, tristes: gris, jaune verdâtre, bleu d’ardoise, violet éteint, etc.
A éviter : — Les cordiaux: chartreuse, bénédictine, raspail, etc. (1).
Ces traitements devront être suivis de la façon indiquée plus haut.
Il y a encore un autre motif pour lequel le sujet doit être doué d’une certaine neuricité susceptible de s’extériorer dans une mesure relative.
Nous savons, par expérience que le corps astral, réduit à ses propres forces, est sans action sur la matière: il faut, pour qu’il puise agir sur la matière, c’est-à-dire se matérialiser lui-même, soit partiellement soit totale-
(1) M. Decrespe, loc. cit.
ment, que, outre son énergie propre, il possède en soi des forces aithériques.
Nous savons, d’autre part que le double aithérique ne s’éloigne que très peu — quelques mètres au plus et quelquefois moins d’un mètre — de l’organisme physique dont il détient la vie matérielle, et qu’il rentre dans cet organisme dès que le fantôme s’en éloigne.
Dans les expériences préliminaires indiquées au chapitre précédent, le corps astral, agissant près de son sarcosôme, possède en soi la force aithérique de ce sarcosôme. Mais dès qu’il s’en éloigne, il est, par cela même, privé de cette force qui est cependant nécessaire pour agir sur la matière. Dans ce cas, où peut-il prendre cette force qui lui fait défaut? Sur le sujet réceptif, évidemment, qui, en pareille occurence doit jouer le rôle d’un véritable médium (1).
Il convient donc que ce sujet puisse lui-même s’extériorer pour fournir à l’opérateur la force aithérique dont il peut avoir besoin, cette force aithérique se communiquant avec une certaine facilité.
Mais le tempérament bilieux-nerveux et la possibilité de s’extériorer soi-même dans une certaine mesure ne sont pas les seules conditions que doit remplir un sujet réceptif.
Il faut de plus qu’il soit:
lü Lié à l’opérateur par une sympathie réciproque, qui aidera au dédoublement. En effet, prévenu à l’avance des jours et heures projetés pour l’expérience, il enverra lui-même sa pensée — un reflet de soi-même — vers l’expérimentateur, et cette pensée, véhicule de sympathie, attirera puissamment dehors l’aérosome à émaner.
(1) Il n’y a pas qu’analogie dans les deux cas, il y a similitude parfaite. — En effet, dans une séance de spiritisme expérimental, les Entités qui se présentent, étant dénuées de corps physique, ne possèdent aucune force aithérique qui leur permette d’avoir action sur l'a matière. Elles empruntent donc celle des assistants, et particulièrement du médium dont la caractéristique est précisément d’être un véritable réservoir de force aithérique. C’est pourquoi j’ai dit que le meilleur sujet réceptif serait un médium doué de voyance.
2° Favorable à l’expérience. Ceci va de soi: un aide hostile à une entreprise la fait toujours échouer, et dans ce cas Téchec serait dû aux effluves contraires qu’apporterait avec elle sa pensée.
3° Doué d’un certain sang-froid afin de bien observer tout d’abord soi-même le phénomène dont il sera témoin pour en rendre compte exactement ensuite à l’intéressé, et de pouvoir même y aider par sa volonté qui sefra d’un grand poids dans tout le cours de l’expérience. Ce sang-froid, en outre, lui permettra, dans le cas où le fantôme ne serait pas encore visible (ce qui n’arrive qu’à la longue), d’analyser lui-même ses propres sensations pour en détruire celles qui peuvent être l’œuvre du fantôme présent mais invisible.
4° Possesseur d’une certaine instruction technique, pour suivre utilement les phases du développement de l’opérateur, savoir, en cas de visibilité du fantôme, à quelle partie de l’expérimentateur il a affaire (reflet astral oui aérosome), etc.
5° En outre, il sera bon que, au moins pour les premières tentatives, il n’habite pas loin de l’opérateur; si même il peut être rencontré sous son propre toit (mais dans une autre chambre) cela n’en vaudra que mieux, pour le motif qui va être dit (1), cette proximité devant aider à la réussite.
Enfin, de quel sexe vaut-il mieux choisir ce sujet réceptif? L’homme, pris en général, possède plus de sangfroid, et la femme plus de sensitivité; mais, comme la première qualité s’acquiert plus facilement que la seconde, il est à penser qu’une femme répondra mieux à ce que l’on est en droit d’attendre d’un sujet réceptif — - Il va sans dire que, si l’on peut rencontrer, comme sujets, deux époux présentant la sensitivité de la femme unie au sang-froid de l’homme, l’expérience n’en aura que plus de chances de réussite.
Avant de passer aux essais qui peuvent être faits avec le sujet réceptif, il me reste à dire quelques mots sur un
(1) V. même chapitre § C
cas assez rare, je crois, mais qui, enfin, peut se présenter: — c’est celui où le sujet réceptif, après avoir été développé, fait preuve de bonnes qualités, mais se révèle en même temps exposé aux hallucinations, ce qui lui enlève toute valeur comme sujet; cela peut provenir chez lui de plusieurs causes et notamment de sa richesse de sang. II convient donc — en rappelant ce qui a été dit plus haut, que les hallucinations n’ont pas prise sur l’individu lymphatique — de ramener le tempérament du sujet vers le lymphatisme, ce qui se fait assez aisément par l’usage du régime suivant que j’emprunte à Marius Decrespe (1).
Nourriture. — Charcuterie en quantité modérée; aliments végétaux lourds, tels que la choucroute, les bouillies de maïs et de sarrazin; peu d’oignons et des autres liliacées; tous les féculents, pommes de terre, haricots, lentilles, pois cassés, etc.; pain de seigne en assez grande quantité; comme boissons, de la bière en abondance, beaucoup de lait et de l’eau pure.
Habitudes. — Sommeil prolongé (neuf à dix heures) dans un lit mou et assez chaudement couvert; continence absolue; vie très sédentaire exigeant le moins de mouvement possible; occupations d’intérieur ne demandant aucun effort physique ou intellectuel, sinon de l’application et de la persévérance (ne pas trop exercer sa patience, surtout si l’on n’en a pas beaucoup naturellement); s’entretenir dans des idées simples mais persistantes quoique non obsédantes; éviter soigneusement les émotions; s’habituer à avoir beaucoup d’ordre, surtout dans les petites choses; s’appliquer à mettre maniaquement les moindres objets toujours à la même place et surtout bien à portée de la main.
Excitants chimiques. — Le tabac prisé ou fumé, et,
(1) Pour devenir expérimentateur : recherches sur les conditions d*e X* périmentation. (Henri Durville, imprimeur-éditeur).
pour s’habituer au sommeil, très peu de chloral, et dans les premiers temps seulement.
Excitants physiques . — Bains tièdes prolongés (au moins une demi-heure tous les deux jours dans l’aprèsmidi); couleurs tendres et pâles.
C) Essai avec un sujet réceptif
Quand enfin on a rencontré le sujet dont la collaboration aidera à mener à bien l’expérimentation du dédoublement, voici comment il convient d’agir à son égard.
D’abord, il faut le prévenir des jour et heure où l’on doit faire la tentative, afin qu’il y participe activement lui-même en envoyant vers vous, à l’heure dite, sa pensée chargée de sympathie; il faut qu’il veuille , lui aussi, que l’opération réussisse et que, dans ce but, il donne deux objets à sa volonté: 1° le dégagement de l’aérosôme de l’opérateur; 2° la visite que doit lui faire, en état de visibilité, autant que possible, le fantôme extérioré. Mais il importe aussi de se mettre en garde contre des hallucinations possibles que peut créer chez le sujet la connaissance du moment. Il ne devra donc être prévenu que dans les premiers temps, jusqu’à ce qu’il ait constaté à plusieurs reprises soit une vision du fantôme, soit de menus phénomènes accessoires dont il peut tirer la conclusion certaine que le fantôme est venu près de lui. A partir de ce moment, les visites devront lui être annoncées de façon très imprécise: « ces jours-ci » ou bien: <( la semaine prochaine », afin de le laisser en éveil quant à la production du phénomène, mais aussi de contrôler, par les concordances d’instants et de dates, s’il n’y a pas chez lui d’hallucination inconsciente.
Je reviens au premier essai avec le sujet.
Cela nécessitera la petite préparation que voici:
Je suppose que, pour plus de facilité, ce sujet habite près de l’opérateur ou même sous son toit. Il faudra que l’opérateur fasse plusieurs fois, préalablement, le trajet qui le sépare du sujet, en marchant lentement et en ob-
servant avec soin tous les détails de son chemin: tentures, meubles de l’antichambre et des corridors, si c’est dans le même appartement, — magasins, rues enseignes etc., s’il y a à sortir, tous détails qui devront être enregistrés de façon précise par la mémoire. Il lui faut ensuite aller voir le futur sujet autant que possible dans la pièce qu’il occupera au moment de l’expérience; noter la topographie de l’appartement, les particularités oes pièces à traverser, l’ensemble et le détail de la chambre où il devra être reçu par le sujet; en un mot posséder toutes les particularités du chemin à parcourir pour pouvoir l’effectuer mentalement, au moment même de l’opération.
Mais ce n’est pas tout, et il s’agit maintenant d’aimanter le corps astral, de l’aiguiller en quelque sorte vers le sujet, ce qui nécessite un autre préparatif.
Nous avons vu que le corps astral s’extériore comme une vapeur au niveau de la rate pour aller former, à droite et à gauche de l’opérateur deux demi-fantômes dont la réunion, ordinairement à gauche, constitue le fantôme complet. C’est là la marche générale de l’opération ramenée à un schéma théorique; mais si la vapeur fluidique est émanée par le sarcosôme surtout à hauteur de la rate, cela ne veut pas dire que là seulement soit son issue vers l’extérieur; au moment du sommeil, il se produit une véritable expansion du corps astral qui, jusque là renfermé dans le corps physique, semble s’en évader par tous les pores, l’extérioration au niveau de la rate étant seulement plus abondante, et, par suite, plus perceptible pour les sensitifs qui assistent à l’expérience. Donc à ce moment, le corps astral forme une véritable aura autour du corps matériel: il faut que dans ce mouvement d’expansion il enferme en lui l’agent d’aimantation qui va le guider dans sa sortie, et dont la nature peut varier à l’infini: une lettre (aussi récente que possible) une mèche de cheveux, etc., provenant du sujet réceptif et que vous aurez préalablement placée sous l’oreiller ou que vous tiendrez en main; si le sujet est une femme usant d’un parfum particulier, quelques gout-
tes de ce parfum, répandues sur l’oreiller indiqueront au fantôme, en éveillant son souvenir, la direction à suivre, etc.
En un mot, il importe que, durant toute la durée du travail de dissociation, l’aérosome soit en contact avec un objet matériel qui, joint à l’action du monoïdéisme préalablement créé par la volonté, le guide dans la direction voulue.
Ces préparatifs faits, il convient de se coucher à l’heure habituelle et d’actionner sa volonté vers un double but: extérioration de l’aérosome, et envoi de cet aérosome extérioré vers le sujet réceptif. Cette volonté doit demeurer fixe, ferme et immuable, mais sans violence, sans distraction, sans à-coups, tant que l’assoupissement ne se fait pas sentir, de manière à créer en pleine lucidité, en pleine possession de soi, le monoïdéisme qui va agir tout ià l’heure. Quand on éprouve les signes avantcoureurs de la résolution, quand on note les premiers symptômes d’engourdissement, il faut parcourir mentalement tout le chemin à suivre pour arriver à l’endroit où attend le sujet réceptif, en se remémorant, aussi exactement et aussi nettement que possible, tous les détails du trajet: il faut, en un mot, créer dans son esprit les points de repère qui vont guider le fantôme dans sa sortie. Si le sommeil saisit l’opérateur au moment même où il se voit mentalement en contact avec le sujet réceptif, ce sera parfait.
Or, le sommeil survenu, que se passe-t-il? Le corps astral a commencé dès le principe de la torpeur à s’extériorer; hors du sarcosôme, il trouve la pensée du sujet réceptif de qui la sympathie l’aide puissamment en cette opération, en l’attirant. Mais au cours de cette expansion, il est dans un certain état de trouble comparable à celui de l’homme qui s’éveille et à qui il faut quelques secondes pour rentrer en possession de toutes ses facultés. C’est dans cette période d’expansion où il demeure indécis, flottant, qu’il doit rencontrer l’agent d’aimantation, lettre, cheveux ou parfum, qui lui imprime une idée et donne une direction à son activité naissante.
D’autre part, à mesure que s’évanouit son état de trouble, il prend conscience propre (1) du monoïdéisme créé par la volonté et qui tend à l’envoyer à la source même de l’agent d’aimantation. L’action de ce monoïdéisme est dynamisée en lui par la volonté du sujet réceptif, dont il perçoit les effluves, et qui agit dans le même sens en l’attirant. Voici donc trois agents qui unissent leurs forces pour le conduire à l’endroit ou il est attendu. Il se laisse aller, et c’est alors qu’entrent en ligne tous les points de repère que l’opérateur a pris mentalement avant de s’endormir: I’aérosome reconnaît son chemin, suit sa voie, et arrive à l’endroit voulu.
Cette sortie en astral ne saurait mieux se comparer qu’à l’exemple suivant:
Deux voyageurs se rendent en voiture à un pays qu’ils ne connaissent que très peu, mais où, avant de leur ap^ partenir, leur cheval a vécu. Leur ignorance des lieux, la nuit, leur a fait prendre un chemin rempli de fondrières où leur cheval s’arrête épuisé. Tous deux descendent: l’un, qui connaît mieux l’endroit que son compagnon, prend l’animal par la bride et le tire en avant; l’autre pousse à la roue pour aider à la sortie du mauvais pas, et, de la sorte, l’un tirant et l’autre poussant, ils arrivent à une grande route; mais alors le cheval reconnaît le chemin jadis souvent parcouru; il songe qu’on le ramène à son ancienne écurie, et, de lui-même, il se rend à l’endroit ou l’on voulait le conduire.
D) Développement
Il ne faut pas croire que dès ce premier essai le fantôme extérioré apparaîtra, vivant et lumineux au -sujet réceptif: la visibilité est une des qualités qui s’acquièrent en dernier lieu. Il se peut, évidemment, que dès la première épreuve l’aérosôme soit vu, mais ce n’est, ce ne peut être qu’une très rare exception, et, pour que le
ài
(1) Cette conscience du fantôme extérioré est une des subconsciences de l?être intégral.
fait se produise, il faut que, de prime abord, l’expérfimentateur émane des torrents de force psychique.
Mais, dira-t-on, si le fantôme n’est pas visible, comment savoir si l’expérience a réussi?
Ici, il faut que le sujet percipient mette en œuvre toute sa sagacité, tont son esprit d’observation et d’analyse, en même temps que toute sa mémoire pour garder le souvenir des incidents les plus minimes qui ont pu marquer le passage du fantôme. Par exemple, il lui a semblé entre autres choses qu’il était touché au front ou à la main; si, la fois suivante il éprouve la même sensation, il y a grandes chances pour que ce soit le fait du fantôme; si dans la suite il perçoit la même sensation chaque fois que le dégagement lui a été annoncé, il ne peut plus y avoir pour lui de doute — sinon celui que doivent toujours faire naître les possibilités d’hallucination.
L’exemple qui vient d’être cité est pris au hasard parmi cent autres possibilités; mais il faut se rappeler que, lors de ses premières sorties, le fantôme est toujours assez faible parce qu’il est naturellement craintif. Et cela se comprend: — renfermé, durant la vie normale du jour dans le corps physique, il a contracté l’hahicude de se guider par celui-ci qui est, en somme, le premier intéressé à ne pas se blesser; il en résulte que, hors du. corps physique — le fait ressort amplement des expériences de Hector Durville — il est d’une insigne maladresse pour se guider; aussi, dans les sorties inconscientes auxquelles tout le monde est plus ou moins sujet, préfère-t-il aller dans l’espace où il se sent plus libre et où l’attirent les amis qu’il a délaissés un temps pour s’incarner. Donc, cette maladresse à se guider, qui provient chez lui du manque d’habitude, le rend très timoré et, comme conséquence, lui enlève de ses forces; par suite, il est possible qu’il ne puisse même pas se faire sentir tactilement et que le seul phénomène annonçant sa présence soit une sorte d’oppression — plutôt morale que matérielle — qu’éprouvera le sujet réceptif. C’est dire combien minutieusement celui-ci devra ob-
server, durant ces essais tonies ses sensations tant externes qu’internes, de façon à voir laquelle d’entre elles se répétera lors de chacune des expériences.
En effet, il est un fait important à notera c’est que le iantôme extérioré a tendance à répéter chaque fois les mêmes actes. Une personne, que je connais intimement et qui se livre à ces expériences, a deux sujets réceptifs que son aérosome va d’ordinaire retrouver, la nuit, durant leur sommeil: l’un d’eux est généralement réveillé, en se sentant tirer les cheveux ou bien en s’entendant appeler par son nom, l’autre en se sentant secouer lé bras. Cette répétition des mêmes actes provient, je crois de la timidité même du fantôme qui craint constamment de se blesser; il a remarqué que tel acte accompli près de telle personne ne le lésait pas, il renouvelle, à la suivante occasion, cet acte dont il sait, par expérience, n’avoir à redouter aucune conséquence fâcheuse.
Au sujet de l’acte — toujours le même — à accomplir près du sujet réceptif pour manifester sa présence, l’opérateur peut essayer d’aider à sa production, en von lanl lui-même, avant de s’endormir, que son aérosome accomplisse tel acte préalablement défini, dont il a donné d’abord connaissance à son sujet réceptif. Mais il faut prendre garde que la volonté qui se propose des buts multiples et simultanés manque d’ordinaire de netteté et, par suite, de force.
Or, quand l’opérateur agissait seul, il ne se proposait qu’un seul but: s’extériorer; quand ensuite il s’est adjoint un aide, son but est devenu triple: s’extériorer — envoyer son fantôme à tel endroit — le guider sur sa route; c’est déjà beaucoup. Si en outre il faut y joindre l’ordre d’accomplir tel acte spécifié quand il sera arrivé à destination, il est à craindre que la volonté, répartie sur quatre objets, ne perde sa force et sa netteté, et que le résultat de l’opération n’en soit totalement négatif.
Ce n’est donc là qu’une indication donnée, et non une règle à appliquer; en pareille matière, c’est à chacun de consulter ses forces de volonté et de voir ce qu’il est capable de faire, en ayant soin de remarquer que la vo-
lonté de s’extériorer et d’envoyer son aérosôme à tel endroit doit primer tout le reste.
Dans le cas où l’on veut ordonner un acte préalablement désigné, cet acte doit toujours être pris parmi ceux ressortissant à la tangibilité, car c’est la qualité physique que le fantôme acquiert avant toute autre (1). Ce n’est que plus tard qu’il acquiert de la visibilité; quant à l’audibilité, tantôt elle précède, tantôt elle accompagne, et tantôt enfin elle suit la visibilité.
Au début, on ne pourra donc demander à l’aérosôme extérioré, comme acte indicatif de sa présence qu’un phénomène de tangibilité, soit qu’il doive toucher ou saisir le sujet percipient à tel endroit de son corps, soit qu’il doive déranger ou renverser tel objet préparé d’avance.
Une preuve matérielle de la présence du fantôme chez le sujet réceptif peut être obtenue en utilisant la loi de répercussion en vertu de laquelle toute lésion faite au corps astral se répercute fatalement sur le corps ptosique.
Naturellement, il est inutile de demander au fantôme qu’il se blesse soi-même: sa timidité s’opposerait à le laisser obéir, puisqu’il est très timoré simplement pour les choses possibles, — et d’ailleurs, obéît-il même, la lésion ainsi obtenue ne présenterait rien de probant, puisqu’il aurait pu la subir ailleurs, et que, enfin, rien ne prouverait que ce n’est pas le sarcosôme même qui
(1) Dans les séances de matérialisations spirites, on est très souvent touché sans rien voir, les bruits que l’on perçoit sont des bruits de chocs formés par le heurt de quelque objet. Lorsque l’on poursuit des expériences, patiemment, avec la même Entité, cette Entité, que l’on a d’abord et à maintes reprises touchée et palpée, a besoin d’un certain nombre d’essais avant de pouvoir parler, et encore, dans les premiers temps son langage est il difficilement compréhensible à cause de l’impossibilité où elle est de prononcer certaines lettres, et ce n’est qu’à la longue qu’elle arrive à se faire clairement comprendre. C’est ainsi qu’une Entité que J’ai longuement suivie n’est arrivée qu’après cinq séances à prononcer mon nom: jusque là, elle disait: Ilachin. Quant à la visibilité, elle ne se développe qu’en dernier lieu tout à fait, et parfois après des mois de travail, d’essais et de tentatives infructueux. — Le fantôme vivant étant de même nature et doué des mêmes possibilités que le fantôme mort, il est facile de conclure analogiquement de l’un à l’autre et de penser que les mêmes lois président à leur développement physique.
a personnellement subi cette lésion. Il faut donc que ce soit le sujet percipient lui-même qui blesse le fantôme.
11 va de soi que cette blessure ne doit présenter aucun danger: il faut donc proscrire les coups de couteau ou de revolver qui pourraient, en désagrégeant le corps astral, tuer le corps physique (1). Il ne s’agit pas, en elfet de faire une plaie profonde, mais une plaie visible et par suite indéniable.
Ceci, je le sais, va éloigner de l’expérience les simples curieux sollicités uniquement par le désir, sans plus, de faire un essai d’ordre extraordinaire... j’en serai charmé, car ce n’est pas à de telles gens que je m’adresse ici, mais à des expérimentateurs sérieux, de ceux qui ont assez de conscience pour savoir que si, lorsqu’on opère sur un sujet étranger, il faut l’entourer des plus savantes précautions pour lui épargner tout dommage, d’autre part, lorsqu’on expérimente sur soi-même, Üi faut, tout en s’entourant des précautions nécessaires, ne pas reculer à l’occasion devant un risque de blessure.
Donc, voici le procédé que j’indiquerai: — Lorsque le sujet réceptif sait, à n’en pas douter, que le fantôme de l’opérateur est près de lui, qu’il s’arme d’une aiguille d’acier, dont la pointe dépassera ses doigts d’un ou deux centimètres, et qu’il en frappe le fantôme, non pas normalement, ce qui n’occasionnerait qu’une piqûre, mais en glissant obliquement de manière à faire une longue déchirure.
Mais une précaution est à prendre. Nous savons que toute blessure faite à un corps astral se répercute sur son sarcosôme, mais nous ignorons, l’expérience ni l’observation n’en ayant jamais été faites, si c’est seulement *ous forme de traumatisme ou accompagnée de tous ses éléments nocifs. Il serait donc bon, pour éviter à l’opérateur dont on blesserait le fantôme toute chance de phlegmon, de flamber préalablement l’aiguille à l’alcool; mais cela ne peut être fait qu’en présence d’un fantôme
(1) Voir à ce propos des expériences faites par l’auteur ou rapportées par lui, dans la Sorcellerie des campagnes, 1 vol. in-8°, Paris, 1910. (Henri Durville, imprimeur-éditeur).
fortement constitué, sans quoi la lumière le dissoudrait. On peut toutefois se rapprocher autant que possible de ce mode de procéder, en flambant préalablement l'aiguille qui sera conservée ensuite dans un milieu aseptique jusqu’au moment de Putiliser. En pareil cas, le procédé le plus simple est celui-ci: — Prendre une aiguille d’acier (les aiguilles de cuivre, les aiguilles peintes, etc., doivent être sévèrement proscrites) de cinq ou six centimètres, et l’enfoncer, de façon que sa pointe dépasse d’environ deux centimètres, dans un bouchon fermant hermétiquement un petit tlacon rempli lui-même d’une solution aseptique (boriquée ià 40 gr. pour 1000 d’eau bouillie, — sublimée à 0;25 pour 1000, — ou phéniquée à 3 pour 1000). Dès que l’aiguille a été flambée à l’alcool, on la plonge dans le flacon que le bouchon clôt, le liquide devant affleurer la base de ce bouchon. Le moment venu d’agir, on n’a qu’à retirer l’aiguille en saisissant le bouchon qui en forme alors le manche.
Il est parfois difficile de blesser le fantôme, car dès qu’il devine l’intention du témoin, il s’en écarte avec une surprenante agilité; il est à ma connaissance un cas où, durant vingt minutes le sujet réceptif a poursuivi, à travers la chambre, le fantôme bien matérialisé sans pouvoir l’atteindre: dès qu’il s’en approchait, l’autre se dérobait vivement et s’enfuyait à l’autre extrémité de la pièce. Gela tient à la crainte qu’éprouve un fantôme, pour toute lésion car il sait qu’il peut en être désagrégé sur le champ si elle est trop profonde, et que dans tous les cas le corps physique en souffrirait. Il faut donc le blesser en quelque sorte à l’improviste, ce qui est relativement facile quand il est visible: je dis à V improviste, c’est-à-dire quand il ne se doute pas de ce que projette le témoin (1).
Mais quand il est invisible? îl faut alors attendre que le témoin sente, sur son bras, sur son front, ou ailleurs.
(1) Etant cependant fait observer que cette condition est assez difficilement remplie, puisque l’opérateur ayant prévenu préalablement le sujet, le fantôme est, par cela même, au courant de l’expérience projetée. — Dans ce cas, l’opérateur doit être absolument maître de son fantôme
se poser la main du fantôme, et qu’il en profite pour lui infliger la blessure; dans d!autres conditions, la réussite ne serait que l’efTet d’un hasard bien invraisemblable.
Dans tous les cas, quand l’aérosome est lésé de la sorte, le sarcosôme s’éveille sous l’inlluence de la douleur si le dédoublement n’est que partiel; s’il est complet, le sarcosôme n’en prend conscience qu’a son reveil naturel, le lendemain matin. De ce que j’avance, j’ai eu plusieurs exemples.
Lorsqu’il est impossible d’atteindre le fantôme pour le blesser, on peut avoir recours à un autre procédé, moins probant certes qu’une blessure, mais enfin présentant certaines garanties indéniables. Voici: — il n’y a pas que les lésions proprement dites qui se répercutent du corps astral au corps physique: en principe tout ce qui atteint le premier rejaillit sur le second (1). Partant de là, on peut préparer chez le témoin ou sujet réceptif une solution d’éosine ou de tout autre colorant tenace; si l’opérateur et le sujet percipient unissent leur volonté pour que le fantôme trempe l’extrémité de ses doigts dans cette solution — qui en somme ne le blessera pas — il y a beaucoup de chances pour qu’il obéisse: mais alors — et j’en parle par expérience, ayant vu ie cas se produire — la répercussion ne se fait qu’un certain temps après, parfois même ie lendemain, c’est-à-dire quand le corps astral a complètement réintégré son corps physique; alors seulement l’opéfateii-r voit ses doigts se couvrir du colorant employé.
Il est encore un cas ou la preuve matérielle existe du dédoublement : c’est celui où le sujet réceptif est brillé par l’attouchement du fantôme de l’opérateur; mais comme ce cas ne se produit que fortuitement et dans
pour le forcer, malgré toute crainte de la part de celui-ci, à courir un risque de blessure; c’est dire que ce genre de contrôle ne doit pas être tenté dès les premiers essais et qu’il ne peut être essayé avec chance de réussite que quand le fantôme extérioré est bien familiarisé avec le sujet réceptif.
(1) C’est pourquoi, bien qu’on ne sache pas encore si les toxines d’une blessure astrale se retrouvent dans la blessure physique subséquente, il est recommandé plus haut de flamber les instruments dont on peut avoir à se servir pour agir sur l’aérosome.
des conditions que nous ne connaissons encore qu’assez mal, je ne fais que le mentionner ici; — comme, d’autre part, il constitue, lorsqu’il se produit, un risque (peu grave à la vérité, mais enfin un risque) pour le sujet réceptif, il en sera parié plus longuement en chapitre des dangers psycho-physiques (1).
Le jour où l’on obtient ces preuves du dédoublement* un grand pas a été fait dans cette voie — le principal* peut-être, puisqu’on a la certitude que l’on peut s’ extériorer. Mais si cela est énorme, comme progrès, au regard des individus qui sont réfractaires à tout essai de dissociation, ce n’est rien à côté des résultats qui restent à atteindre — et qui, comme celui-ci et au même titre* sont absolument dans le domaine des possibilités pour celui qui veut .
Parmi ces résultats restant à atteindre, il est cinq principaux qu’il faut poursuivre avant tout, et qui sont, par ordre d’importance: l’audibilité, la visibilité, l’accomplissement d’un acte préalablement voulu, la conscience de direction, et enfin la conservation du souvenir, condition la plus importante car lorsqu’elle est remplie elle fournit une aide puissante à l’accomplissement de celles qui ne sont pas encore réalisées. Je viens d’indiquer ces conditions suivant leur ordre d’importance pratique, mais cet ordre n’est pas, généralement, le même que celui du développement; aussi vais-je en dire quelques mots en suivant plutôt cette dernière marche qui est, au moins généralement: l’accomplissement d’un acte préalablement voulu, la visibilité, la conscience de direction et la conservation du souvenir.
On remarquera que je ne mentionne pas l’audibilité: cela tient à ce que, comme je l’ai dit plus haut, le mode de développement de cette qualité physique est, à l’heure actuelle, assez peu connu; je pense qu’il y a lieu de le considérer comme concomitant et parallèle à celui de la visibilité; par conséquent, il n’y a pas lieu de s’en occuper: il arrive â son heure, et si, par hasard toutes
(1) Chap. xii, section B, g 3.
les autres conditions étaient remplies à l’exception de" celle là seule, il serait alors facile de poursuivre ce dernier résultat: — quand, en effet, on possède le souvenir et la visibilité, il est relativement aisé de contraindre le fantôme à parler.
Il vient d’être dit que les qualités sus-indiquées sont énumérées dans leur ordre général de développement: il y a en effet des exceptions — et nombreuses: chez tel expérimentateur, telle faculté se développe très facilement et avant telle autre, alors que, chez un opérateur différent, c’est le contraire qui se produit; cette disparité de résultats peut s’expliquer par les diverses aptitudes du corps astral, sans qu’il y ait lieu de s’en occuper ici. Par exemple, je connais un expérimentateur dont le fantôme, au dire unanime de ses sujets possède la tangibilité, l’audibilité et la visibilité, et qui, malgré tous ses efforts n’a pu encore faire exécuter à son fantôme un acte nommément désigné. — Il convient donc de ne pas accorder trop d’importance à l’ordre du développement, qui peut varier à l’infini suivant les aptitudes de chacun.
Enfin, il est un degré de développement que l’on peut — que l’on doit — atteindre, et dont il me faut dire quelques mots: c’est le dédoublement à l’état de veille^
En général cette faculté est innée et se révèle par hasard chez son possesseur: on en trouvera plusieurs cas dans l’ouvrage précité de Hector Durville, Le Fantôme des vivants . Mais aussi elle peut s’acquérir avec du travail et de la ténacité, car elle n’est, en somme, que le point culminant, si je puis m’exprimer de la sorte, des efforts faits antérieurement pour arriver au dédoublement en état de sommeil. Il en résulte qu’il ne faut aborder ce degré que lorsqu’on s’est bien rendu maître de l’opération en cours de sommeil.
Les personnes chez qui cette faculté est innée l’exercent comme suit: — elles s’absorbent en elles-mêmes* dans une songerie profonde ayant pour objet l’endroit ou elles veulent envoyer leur fantôme ou l’acte qu’il doit y accomplir; et, quand leur degré de contention est suf-
Tisant, le dédoublement s’opère de lui-même, en quelque sorte mécaniquement, sans que, au moins pour la plupart, elles perdent connaissance. — Je ne sache pas que, par l’entraînement et l’exercice, on puisse acquérir cette facilité opératoire, bien que l’expérience, tout en nécessitant certaines précautions, certains préparatifs spéciaux, soit parfaitement dans le domaine des possibilités.
Voici comment il convient d’opérer:
Après s’être placé commodément dans un fauteuil, sur un canapé ôu sur un lit, dans une position qui puisse être gardée un certain temps sans aucune fatigue, on s’abstrait de l’ambiance. Ceci peut sembler difficile pour qui est à l’état de veille; on y arrive néanmoins par le procédé suivant:
L’homme est en relation avec les choses extérieures au moyen des cinq sens: la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher et le goût — il s’agit, non d’anéantir ces cinq sens, ruais de suspendre leur exercice pendant un certain temps.
Le goût ne nous occupera pas puisqu’il ne peut y avoir, durant tout ce temps que déglutition de salive qui, par elle-même a une saveur neutre ne suscitant aucune excitation particulière dans les papilles gustatives, lesquelles y sont habituées.
Pour l’odorat, il suffira que la pièce ou Ton opère ne renferme pas d’odeurs trop marquantes, par exemple de parfums eu d’acretés, et qu’elle ne suscite en l’odorat que des sensations auxquelles il est habitué, et qui, par conséquent, n’éveilleront pas en lui une attention particulière.
Le sens du toucher est déjà plus difficile à assoupir; mais on peut profiter, pour y arriver, de l’accoutumance qui se fait chez lui avec une grande facilité. Il suffit donc de ne pas bouger, de demeurer dans une immobilité absolue, et, lorsqu’il a pris contact avec tout ce qui, dans l’ambiance immédiate, peut avoir action sur lui, il s’endort pour ne se réveiller que si un mouvement quelconque le met en contact avec de nouveaux objets ou ^ivec une nouvelle forme des objets: c’est donc, pour le
neutraliser, tout mouvement qu’il faut éviter le corps doit reposer inerte à l’endroit où il a été placé.
Pour oblitérer l’ouïe, la rendre insensible à tout bruit extérieur, il suffit de tamponner fortement les oreilles avec du coton.
La vue, si la pièce où Ton opère est dans une obscurité parfaite, n’a pas besoin de préparatifs spéciaux; mais s’il filtre le moindre rayon de lumière, si la pénombre qui y règne laisse entrevoir, fût-ce d’une fa^on vague, îe contour des objets, on devra placer sur les yeux des tampons d’ouate maintenus fixes par un bandeau.
Toutes ces précautions prises, on s’absorbe clans une volonté intense de se dégager et d’aller accomplir tel acte. L’immobilité absolue amène vite, dans ces conditions, un engourdissement qui devient de plus en plus profond et favorise la production du phénomène. Au milieu de cette torpeur, toute pensée doit être anéantie et l’esprit concentré dans sa seule volonté dans une volonté intense, infrangible, je dirai presque matérialisée, puisque, selon le mot d’un expérimentateur que je connais, lorsque, par moments, en pareil cas, il se produit chez lui un sursaut instinctif de conscience qui le ramène pour un instant à la réalité, il ne sent que sa volonté qui lui traverse la tête comme une barre de fer .
Lorsque toutes, ces conditions sont bien remplies, le , dédoublement s’opère rapidement: Y opérateur glisse dans un relâchement général, dans une sorte de léthargie où La conscience, sans qu’on puisse dire d’elle qu’elle est absolument abolie* demeure inerte comme le corps. •Celui-ci souffre par moments — surtout si le travail de digestion n’est pas terminé; cette souffrance se révèle par la respiration qui est courte, pénible, hachée, mais qui n’arrive pas à émouvoir la conscience.
Le retour à l’état normal se fait tout naturellement, par la réintégration de l’organisme, mais, à la différence du dédoublement opéré à l’état de sommeil, le dédoublement qui se fait, comme il vient d’etre dit, à l’état de veille, laisse quelques suites après lui. C’est d’abord, au moment de la reprise de conscience, un abattement pro-
fond, une asthénie complète de tout l’organisme, qui prolongent quelque temps, et contre lesquels il faut réagir par un effort de volonté; pour employer une exprèssion populaire, il faut se secouer; alors, à ce premier état en succède un autre fait d’activité fébrile, d’exubérance, de besoin d’agitation; il semble que le corps* privé de mouvement pendant un certain temps, veuille se dégourdir; enfin à cette phase en succède une autre caractérisée par une sorte de courbature corporelle, de fatigue vague et générale, et d’asthénie mentale: tout effort y est pénible, qu’il soit corporel ou cérébral: Ik encore, il faut réagir et ne pas s’écouter; en peu de temps cette lassitude disparaît; cependant, elle peut durer quelques heures; je connais même un cas où elle & persisté deux jours; en somme elle disparaît complet®» ment au moment où la réintégration de l’être est totalement opérée.
Il y a des circonstances où l’on est amené à faire celle expérience devant des assistants: c’est la pire des conditions. On peut, il est vrai, utiliser leur présence dans une certaine mesure en les priant d’ajouter leur volonté à la vôtre pour la fortifier, mais combien peu de g en» savent vouloir! Au contraire, malgré eux, malgré toutes les meilleures dispositions, ils apportent un instinctif sentiment de curiosité égoïste, et, par suite, émanent des fluides qui contrarient singulièrement le dégagement du fantôme. Je ne saurais trop le répéter: la présence d’assistants est la pire des conditions, car il faut que l’expérimentateur, pour dominer les fluides émané» d’eux, déploie une intensité de volonté qui l’épuise et le rend malade, alors que d’autre part, la fraction de volonté dirigée vers cet objectif particulier, demeure complètement inutilisée au point de vue de l’opération principale; elle est même nuisible à la production du phénomène, puisqu’elle complique singulièrement et malencontreusement le monoïdéisme du début.
Il existe un autre procédé de dédoublement à l’état de veille, qui, au lieu d’anéantir momentanément tous les sens, se sert de certains d’entre eux comme d’adjs*-
^ants pour amener l' opérateur à un certain degré d’hypsiose favorable à la réalisation de l’expérience. Personnellement, je ne l’ai jamais vu employer; je ne sais donc 4juels peuvent être les résultats qu’il amène; néanmoins, je le mentionnerai ici.
Dans ce procédé on agit sur le corps, pour le goût et pour le toucher, comme il a été dit plus haut: on ne conserve que la vue, l’ouïe et l’odorat qui sont utilisés 'Comme suit: Près de chaque oreille, on suspend une montre dont le tic-tac monotone produit comme une sorte de bercement du sens, tandis que, dans l’obscurité complète de la pièce, à une certaine distance de l’opéraieur, une petite lampe à alcool est allumée où brûle de Falcool ordinaire mais dans lequel on a fait macérer préalablement, pendant vingt-quatre heures, une forte pincée de lleurs de chanvre par litre. La lumière obtenue par ce moyen, à la fois vacillante et fascinante, répand des émanations narcotiques très douces; de plus, Vivant l’opération, il a été fait dans la pièce une fumigation d’encens destinée à agir sur le cerveau. C’est dans ces conditions que la volonté crée le monoïdéisme qui amènera la production du phénomène.
Je n’ai jamais vu, je le répète, utiliser ce procédé, mais il me parait assez logiquement conçu, d'après les principes d’auto-hypnotisation, pour pouvoir amener Forganisme dans un état propice à la réalisation du phénomène; il me semble devoir donner une plus grande facilité d’action par l’empli de ces adjuvants divers. .Et cependant j’engagerai plutôt l’opérateur à s’en abstenir, voici pourquoi: — En principe, la volonté doit suffire, lorsqu’elle actionne un organisme convenablement préparé; or, la dynamisation de la volonté n’a jamais fait de mal 'à personne, et l’entraînement, bien «ornluit, de l’organisme vers une neurification raisonsice, ne présente aucun danger; je ne puis en dire autant de ces agents physiques qui ont action à la fois sur les organes sensoriels et sur le cerveau; leur usage peut amener la manifestation de certains troubles fonctionnnels pour les yeux, les oreilles et la cérébralité générale.
Or, j’estime qu’en pareilles expériences, si on a le droit, je dirai même le devoir, d’être sagement audacieux, on n’a pas celui d’altérer — sinon de ruiner — un organisme, fut-ce le sien propre.
Cette étude du développement ne serait pas complète si je ne disais quelques mots de l’ultime degré qu’il comporte: je veux parler de la sortie en astral proprement dite, c’est-à-dire de l’opération qui consiste à envoyer son fantôme, préalablement extérioré, non plus vers un sujet réceptif humain, ou vers l’accomplissement d’un acte matériel, mais sur le plan astral, pour y vivre complètement sa vie astrale.
Ici, je serai très bref et très prudent; je n’ai pas, d’abord le droit d’écrire certaines choses qui, inconsidérément répandues dans le public, pourraient devenir une sorte de danger, et d’autre part, en commençant ce travail, il ne m’a été dans la pensée et dans la volonté que d’en faire une étude spéciale de physio-psychologie technique.
Les occultistes comprendront ma prudence à cet égard: il n’est pas bon que certains sujets soient abordés. Toutefois ceux qui savent pourront être mis sur la voie par différents enseignements épars au cours de ces pages, et qu’il leur sera loisible de mettre à profit s’il est dans leur intention d’étudier l’astral lui-même.
Je ne donnerai ici qu’une indication qui pourra leur être utile: — Les Entités astrales, dénuées de corps matériel ne possèdent pas, par suite, de double aithérique (1). Le fantôme humain extérioré peut donc entrer beaucoup plus facilement en relation avec elles qu’avec un être humain en vue duquel, pour agir sur la matière, il lui est besoin de forces aithériques. Je n’en dirai pas plus.
E) Accomplissement d’un acte préalablement voulu
J’examine ce fait en premier, car il me paraît le plus
(1) Dans l’humanité terrestre, le double aithérique meurt lui-mêmt quelques jours après le corps physique.
simple à réaliser, puiscju’il n’est, en somme, que le résultat de l’extension et de la précision d’une volonté qui a ordonné la dissociation de l’être personnel — et qui s’est fait obéir.
Il va sans dire qu’avant d’aborder cette suite du développement, l’expérimentateur devra s’être affermi dans l’extérioration de son fantôme et sa direction vers le sujet réceptif: ce n’est que lorsque son dédoublement se fera de façon en quelque sorte automatique et qu’il sera bien assuré que son fantôme suit toujours la direction imprimée, qu’il pourra songer à poursuivre son développement. Il convient aussi qu’avant d’aller plus loin dans cette expérimentation, il se soit parfaitement assuré que le sujet percipient n’a pas été le jouet d’hallucinations toujours possibles; à cet effet il a opéré avec lui, après les premiers essais pour lesquels il le prévenait exactement d’avance, d’abord sans lui indiquer de façon précise le moment de sa sortie en astral, puis à la fin, à l’imf>roviste. Quand il y a concordance parfaite entre l’accomplissement du phénomène et les rapports du sujet réceptif, alors seulement l’hypothèse de l’hallucination doit être écartée, et l’on peut aller plus loin dans la voie du développement.
L’accomplissement, par le fantôme extérioré, d’un acte préalablement spécifié et voulu est, comme les ordres d’idées qui vont suivre, comme tout fait hyperphysique en général, le résultat d’une volonté fermement tendue vers un but déterminé. Donc, il faut vouloir .
Mais nous avons vu, pour la direction du fantôme, qu’il est des moyens spéciaux pour le conduire vers l’endroit voulu: il faut, dans le cas présent, user de ces moyens ou d’autres analogues comme adjuvants matériels, en vue de l’accomplissement de l’ordre donné: je vais en parler ci-après. Mais avant j’ai à présenter une observation très importante.
Nous ignorons toujours la force du fantôme extérioré, puisqu’il n’existe encore aucun dynamomètre spécialement applicable à cet usage. Il résulte des expériences que j’ai eu l’occasion de suivre, chez Hector Dur-
Yille, que le jnême fantôme, je veux dire le fantôme exîérioré par le même sujet, présente d’énormes variations de force: tantôt il peut à peine incliner le plateau d’une balance dont l’autre plateau est chargé de quelques grammes (au point qu’on est obligé d’établir un contact électrique pour être assuré de la rupture d’équilibre), et tantôt il jette violemment à terre une personne dans toute la vigueur de l’âge. Ces excessives différences dans l’intensité de la force déployée proviennent de mille causes (humidité de l’atmosphère, état de santé du sujet, chaleur de la pièce, etc.), dont certainement beaucoup nous sont encore absolument inconnues. 11 convient donc d’agir toujours avec le fantôme comme s’il était d’une très grande faiblesse; autrement, on pourrait lui imposer un effort dont il serait momentanément incapable, et l’échec de l’expérience pourrait conduire au doute quant à la réalité du dédoublement.
C’est donc un très fâcheux raisonnement que se dire: — « Hier, de lui-même, le fantôme a agité une cloche du poids de 500 grammes; il pourra donc aujourd’hui renverser sur mon ordre cet encrier qui ne pèse que 300 grammes. » En effet, hier, le fantôme pouvait être mieux extérioré qu’au jourd’hui ou, pour un motif quelconque qui n’existe plus, être plus vigoureux. D’autre part, il est à remarquer que, très généralement, les fantômes exécutent mieux le travail dont ils ont eux-mêmes eu l’idée, que celui qui leur est suggéré ou imposé.
Donc, en tout état de cause, si l’on ne veut pas s’exposer à des mécomptes dans ces délicates expériences, il faut partir de ce principe: — Nous ignorons la force exacte du fantôme; nous devoirs par suite le considérer •comme très faible et agir avec lui en conséquence. D ailîeurs, il ne s’agit pas, en pareil cas, de pins ou de moins, mais d’affirmative ou de négative, et un être, quel qu’il soit, prouvera tout aussi bien sa présence en un endroit, en changeant de place un porte-plume, qu’une pierre de laille.
L’acte mécanique dont l’accomplissement est imposé ;ui fantôme devra, par conséquent nécessiter — au moins
à première épreuve — une dépense de force aussi minime que possible. Plus tard, quand il aura pris F accoutumance, on pourra agir autrement et lui imposer de véritables travaux de force: pour l’instant, pour le début, il ne s’agit que de lui imposer sa volonté et de se rendre compte s’il l’a accomplie.
Je me servirai d’un exemple déjà donné plus haut. — - On veut que le fantôme extérioré et rendu chez le sujet léceptif jette sur le parquet une plume légère, une allumette, ou une feuille de papier à cigarette déposée au. bord d’un meuble.
L’opérateur devra, lui-même et chez soi, placer sur le bord d’un meuble une plume ou une feuille de papier è cigarette, et répéter à mainte reprise l’agissement qui suit: il se ligure être son propre fantôme, s’approche du meuble, fait le geste approprié et jette l’objet sur Je parquet. Plus souvent il aura renouvelé l’acte dans le cours de la journée, plus grandes seront les chances de réussite.
Si même il a pu procéder à cette préparation dans les conditions où l’acte doit être réellement accompli par le fantôme, c’est-à-dire chez le sujet réceptif, et sur le meuble qui sera utilisé, cela n’en vaudra que mieux.
Le soir, il se couche à son heure ordinaire après avoir placé sous son oreiller l’objet qui lui a servi à préparer l’expérience. Puis il dirige sa volonté vers son propre dédoublement et vers l’envoi de son fantôme au sujet Comme, arrivé à ce point, après une certaine pratique* le dédoublement se fait en quelque sorte automatiquement, mécaniquement, cet effort de la part de l’expérimentateur n’a rien qui puisse épuiser sa volonté, laquelle est assez entière pour, au moment où surviennent les prodromes de l’assoupissement, diriger toute son énergie vers l’acte à accomplir.
L’expansion du corps astral hors du corps physique se fait alors; au cours de cette expansion, pendant le premier moment de trouble, le corps astral rencontre l’objet qui doit le guider et le monoïdéisme créé par la. volonté; il va chez le sujet percipient avec l’idée de ce
îs
qu’il doit faire. Là, il trouve préparé au bord du meuble l’objet qu’il doit renverser; mais en même temps sa main a gardé le souvenir en quelque sorte physique du mouvement qu’au cours de la journée elle a répété à maintes reprises avec la main matérielle; à son tour et seule, elle réitère ce même geste et fait tomber l’objet.
Mais le fantôme n’a-t-il pas assez de force pour produire l’efTet voulu et l’objet est-il demeuré à sa place? Alors agit le monodéisme de la volonté de l’opérateur, étayé par la volonté jointe du sujet: Vacte doit être accompli. Nous savons, par les expériences sur les fantômes de sujets, que le corps astral peut, dans certaines conditions, se matérialiser ou se fluidifier à son gré: poussé par cette double volonté qui ordonne, il matérialise davantage sa main, lui donne une force plus grande, répète le geste, et la plume tombe: l’ordre est accompli.
Quand on a réussi telle expérience, il faut la varier, ce qui est possible à l’infini — mais jamais en ordonnant des travaux de force, qui à la vérité pourraient être exécutés, mais pourraient aussi ne pas l’être, ce qui laisserait planer un doute, toujours à éviter, sur la réalité du dédoublement. On peut envoyer le fantôme dans telle partie de la chambre, ou lui faire frapper un coup sur tel meuble, ou lui faire laisser la trace de ses doigts sur un endroit poussiérieux, etc., etc., toutes choses ne nécessitant qu’une dépense de peu de force, car il ne faut pas oublier ceci: Le corps astral éloigné de son sarcosôme, ne possède, en fait, de forces aithériques lui permettant d’agir sur la matière, que celles qu’il a pu prendre dans son ambiance du moment (particulièrement sur le sujet réceptif) et s’assimiler (1). Or, nous ignorons dans quel-
(1) Il est cependant des cas où il emprunte une partie de ses forces à son propre sarcosôme, lorsque, comme nous l’avons vu plus haut, il n’en est pas éloigné, parce qu’alors il possède en soi son propre double arthérique. — D’autre part, on m’a signalé certains cas où le corps astral, bien qu’éloigné, semble puiser l’énergie nécessaire aux manifestations phys ignés h grande distance dans son propre corps matériel, car le synchronisme des mouvements du corps fluidique et de l’organisme démontraient, la liaison intimé existant entre eux à ce moment. En ce cas, le cordon
les conditions s’opère cette captation et cette assimilation de force aithérique.
Je viens de parler d’empreinte des doigts sur un endroit poussiérieux: — ceci m’amène à dire quelques mots d’un moyen particulier d’identincation du fantôme , vivant extérioré, moyen d’identification qui n’est autre que l’application de l’anthropométrie au dédoublement.
Dans une série d’expériences faites en 1912 à l'Institut de recherches psychiques de France, on a fait apposer les doigts et les mains de fantômes vivants, objectivement extérioré s, sur des plaques recouvertes d’une légère couche de talc, ce qui a produit des empreintes que l’on a pu ensuite facilement identifier par les procédés du Dr Bertillon. On n’a pas encore, que je sache, procédé à telle expérience avec le fantôme subjectivement extérioré, ce qui donnerait une preuve irrécusable de la réalité du phénomène obtenu.* — En pareil cas, il est recommandé de ne pas employer la poudre de charbon, le noir de fumée ou toute autre matière pulvérulente sombre, qui semblent, on ne sait pourquoi, inspirer une certaine répulsion au fantôme vivant.
Comme, au point de vue de l’identification du fantôme vivant extérioré, l’application de ce procédé peut avoir une grande importance, je pense qu’il y a lieu de donner en détail les explications nécessaires tant au sujet du processus de l’opération qu’au point de vue
fluidique reliant le double (fantôme) au corps physique fait reflet de conducteur d’énergie à la façon d’un £1 électrique reliant deux postes. Dans ces conditions, l’opérateur serait son propre médium. Mais le fait doit •être excessivement rare, puisque (et cela se comprend de reste) le double aithérique étant détenteur de la vie physique ne peut pas délaisser le sarcosôme — étant surtout donné que l’observateur a pu faire erreur en prenant pour elfets physiques ce qui, en réalité, n’était qu’une simple transmission de sensation,, parfaitement explicable en soi puisque le corps astral est dépositaire de la sensibilité extériorée du sujet. Quoiqu’il en soit, ce sont là choses encore peu connues où, jusqu’à présent, un seul fait est prouvé: c’est que le fantôme élcdgné de son corps physique et, par -suite, dénué des forces aithériques qui sont propres à son organisme personnel, et qui cependant lui sont nécessaires pour agir sur la matière, prend ces mêmes forces sur les êtres vivants qui se trouvent dans son ambiance du moment, et se les assimile sans que nous connaissions même approximativement les conditions dans lesquelles s’opèrent cette prise et cette assimilation.
des moyens d’identification et de quelques anomalies» qui peuvent se présenter.
A) Préparation de la plaque de contrôle. — Prendre une lame de verre de la taille d’une plaque ordinaire de photographie (9x12 ou 12x18); secouer au-dessus un petit sachet d’étoffe mince dans lequel on a mis du talc en poudre; chaque secousse fait tomber un très léger nuage de talc qui se dépose sur le verre, sur toute la surface duquel il faut avoir soin de secouer également le sachet. La couche de talc n’a pas besoin d’être très épaisse; il suffit que toute la surface du verre soit devenue blanche.
Cette couche de talc, il faut le savoir, est excessivement fragile (ce qui lui permet d’enregistrer la moindre empreinte), et un simple souffle suffit pour la brouiller ou même la détruire. Cependant, il est des circonstances g ù l’on a besoin de conserver les empreintes: dans ce cas, voici comment il y a lieu d’opérer.
On prend une feuille de papier photographique au gélatino-bromure de la grandeur de la plaque de verre. On l’expose au soleil ce qui la noircit. Ensuite, on la plonge quelques instants dans un bain d’eau de façon à amollir la couche gélatineuse, puis, après l’avoir mise sous une feuille de papier buvard pour sécher la surface, on l’applique bien à plat et d’un seul mouvement, pour ne pas brouiller l’empreinte, sur la couche de talc préalablement impressionnée. On presse alors bien également sur toute la surface: le talc adhère à la couche gélatineuse et fait corps avec elle — en même temps qu’avec le verre — en conservant toutes les empreintes qufil a reçues, et que l’on peut voir, fixées, à travers la plaque de verre. Dès lors, l’empreinte, bien que nécessitant encore quelques précautions est beaucoup moins fragile, et peut se conserver indéfiniment (1).
Pour les éléments d’anthropométrie nécessaires à connaître dans le cas qui nous occupe, ainsi que pour les
(1) Il est à remarquer que dans ces conditions, l’image est inversée: «ne main droite paraît être une main gauche, etc.
anomalies qui peuvent se présenter, j’emprunterai les indications suivantes, publiées dans le Monde psychique de février 1912, sous la signature de L. Lefranc.
B) Description de la dactyloscopie du vivant. — On désigne sous ce nom la reproduction des desseins de formes très variées, que présente l’extrémité antérieure, face palmaire, des doigts.
Fig. 24
Type d’empreinte digitale:
lacet interne
Fig.
Type d’empreinte digitale:
lacet externe
i ig. 2o
Type d’empreinte digitale:
Arc.
Fig. 25
Type d’empreinte digitale:
Ovale, cercle, spirale, volute
Ces dessins sont, quand à leur forme, entièrement fixes chez le même individu, et extrêmement variables d’un individu à un autre. Ils constituent donc une excellente caractéristique de l’identité individuelle. Nous donnons ici (fig. 23, 24, 25, 26) quatre empreintes-types devant servir au classement. Les dessins 23, représentent le lacet externe ; 24, le lacet interne; 25, Vovale ou verticille et 26, l'arc.
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Voici la méthode que l’on devra observer pour l’identification d’une empreinte:
Méthode des carrés, indiquée par Forgeot:
1° On trace, sur un agrandissement des empreintes, des carrés comme le font les peintres qui désirent reproduire une esquisse: grâce à des carrés identiques, tracés sur un dessin agrandi à la même échelle que l’empreinte qu’il s’agit de comparer, on a des points de repère exacts pour noter la situation et le dessin des particularités des deux empreintes.
2° Examen des bifurcations des papilles ( b . fig. 23).
3° Examen des arrêts et reprises des lacets (fig. 24).
4 !° Examen des segments ( d , fig . 25).
5° Examen des dédoublements des lacets (d, fig. 25).
6° Examen des îlots (z,. fig. 25) que les empreintes présentent en très grands nombre.
Pour qu’il y ait identité, l’emplacement de ces détails doit être rigoureusement semblable sur le signalement qui sert à la comparaison et sur l’empreinte obtenue. Ce n’est pas tant la forme que la position respective des détails qui permettra de conclure, car la forme peut être légèrement altérée par un empâtement ou un manque de touche.
Les cicatrices placées à la partie antérieure de la phalangette causent, dans le tracé des lacets, une interruption très visible qui, loin de nuire, aide beaucoup à la rapidité de l’identification.
Dans les cas particulièrement rares où les détails visibles ne seraient pas en nombre suffisant pour donner une certitude absolue, on y supplée, pour les formes générales (fig. 23, 24, 25), en comptant le nombre des lacets qui séparent le point central du point triangulaire ou delta.
On remarque en effet, dans la forme (fig. 24) un point central c et un point triangulaire ou delta t placé à gauche; dans la forme (fig. 23) même phénomène, mais le point triangulaire (non indiqué par une lettre) se trouve à droite; dans la forme (fig. 25) (ovales, cercles, spirales, volutes) il y a un ou deux points centraux et deux.
points triangulaires l’un à gauche (non désigné par une lettre) et l’autre à droite (i).
Si l’empreinte d’un doigt est reconnue exacte, on peut essayer de pousser plus loin le degré d’identitication, en prenant l’empreinte de la main entière, qui peut être étroite ou large, courte ou longue, maigre ou grasse (potelée); doigts noueux, poilus; bout des doigts effilé, carré, spatulé, etc.; la main dont on a obtenu l’empreinte devra donc appartenir à l’un de ces types mentionnés et être identique à la main de l’opérateur. Mais on ne trouve pas toujours des indices aussi nets dans les empreintes; aussi nous allons indiquer comment on s’y prend, le cas échéant, pour arriver à l’identification.
C) Procédés et anomalies . — Lorsqu’on dédouble un sujet, son fantôme (corps aithérique) se trouve extérioré; il peut produire des phénomènes matériels à distance (1); mais nous n’avons pu obtenir aucune empreinte de ses doigts malgré un certain nombre de séances répétées. Nous dûmes changer de procédé; au lieu d’extériorer le corps en entie;% nous n’avons plus extéiicré que le bras gauche du fantôme (2). Au- premier essai, une empreinte fut obtenue: nous étions dans la bonne voie; à la troisième tentative, une empreinte (comprenant: la troisième phalange, la deuxième et un tiers de la première) fut donnée, avec laquelle nous pûmes parfaitement identifier le fantôme de la façon suivante:
L’empreinte matérialisée représente à première vue un index (fig. XXVII); la troisième phalange est dépourvue de papilles;, en revanche, la deuxième phalange est mieux constituée; on y distingue deux plis de la peau longitudinaux; de plus, cet index présente une déformation; la première phalange s’incurve à gauche.
(1) A petite distance de son propre organisme; nous avons vu plus haut que pour agir au loin le fantôme est obligé de trouver dans' son ambiance des forces aithériques d’un sujet réceptif ou d’un vivant quelconque apte à extériorer ces forces de son propre organisme.
(2) Ceci montre que, au cas de dédoublement subjectif, si le fantôme entier n’a pas la force nécessaire pour se matérialiser et agir sur la matière (donner des empreintes, etc.) on peut ne dédoubler qu’une partie de soi-même (main, doigt) qui, dans ce cas, aura plus de force pour se manifester.
A l’examen nous trouvons, par comparaison avec les deux index du sujet dédoublé, que cette empreinte matérialisée appartient à l’index droit: 1° par la ressemblance de ces plis de la peau longitudinaux, avec l’index droit du sujet; 2° par l’incurvation susdite comparée. La mensuration permet de constater que la longueur de la deuxième phalange de l’index matérialisé est la même que celle de la deuxième phalange de l’index droit du sujet: la deuxième phalange de l’index gauche est de deux à trois millimètres plus longue, et plusieurs de ses plis sont obliques. La mensuration de la troisième phalange ne doit pas être prise en considération, parce qu’elle varie en apposant le doigt du sujet ou le doigt matérialisé plus ou moins fortement sur la glace saupoudrée de talc; on remarque que les contours de l’index matérialisé sont flous par rapport à i’index du sujèt. En résumé, cette empreinte est si parfaite de ressemblance, qu’on pourrait la croire obtenue par supercherie, dans un moment d’inattention des contrôleurs.
Une chose curieuse est à signaler: c’est l’obtention de '{•index droit, alors que nous avions dédoublé le bras gauche du sujet, anomalie que nous n’avons pu expliquer; le même phénomène a été obtenu par le Dr Ochocowicz, avec son sujet, Mlle Tomczyk, dans ses radiographies de mains fluidiques. Voici un extrait de la relation du phénomène précité (1).
« Voyant que la main entière tend à se radiographier, j’ouvre une boîte 13x18, et nous faisons une nouvelle expérience lin peu différemment; c’est moi qui tiens la plaque perpendiculairement en l’air (restant assis eoi face du médium, à environ un mètre de sa main droite). La lumière rouge suffit à peine à faire distinguer la tache blanche de sa chemisette. Malgré cela, la somnambule m’annonce:
— Je vois l’ombre d’une main se détacher de mon
(1) Radiographie des mains, par le Dr Ochorowicz, dans les Annales des Sciences psychiques, 1910-1911.
'.'bras droit... Le bras flui-dique est très long et il avance WT5 la plaque... contre la lumière rouge, il paraît transparent... et sa main, qui se pose sur le cliché (1), est $*eauconp plus opaque... mais c’est drôle, il me semble 4jise c’est une main gauche, quoique je tende ma droite.
Et il paraît qu’elle avait raison, puisque l’image veaae a la forme d’une partie de la main gauche... »
Dans ses expériences, le Dl Ochorowicz fait plusieurs ^remarques, entre autres trois que nous retiendrons, et sont*.
1° Que la main du double peut s’imprimer beaucoup .plus grande que celle du sujet. — Cela est vrai: nous .avons fait cette remarque quand la main du fantôme est en voie de matérialisation; mais quand la matérialisation est complète, la nïain ne diffère pas de celle du 'sujet;
2° Qu’une main gauche peut sortir du bras droit. — Cela est exact;
Que le corps aitliérique unipersonnel du sujet, son «double tout court, se comporte absolument comme un v* Esprit ».
A cette dernière remarque, nous répondrons que le processus de matérialisation d’un double (fantôme) de «vivant est tout-à-fait différent de celui d’un « Esprit ». Ainsi, le double met environ cinq minutes, pour se matérialiser, tandis qu’il faut vingt à vingt-cinq minutes pour « l’Esprit ». Pour le double du sujet, un bras fluidique assez mince, d’extérieur grossier, se forme audessous du bras du sujet; les doigts fluidiques se présentent allongés, et sont alimentés, pour se matérialiser , un courant fl uidique partant de la pointe de l’omoplaie gauche du sujet, parcourant lé bras gauche, et par un autre courant partant du pli du coude gauche et se rendant aux extrémités digitales de la matérialisation. Le sujet ne présente aucune fatigue après l’expérience, ♦.sauf une légère douleur au niveau d’émergences des cou-
4*1) Sur la plaque photographique, Ochorowicz faisait apposer l’eraj?Tciwte non sur une lame de verre couverte de talc, mais sur le côté senîfcà&he d’une plaque photographique.
lants lluidiques, tandis que, pour la matérialisation d’un « Esprit », à côté du double fluidique du bras du médium, il se forme un deuxième bras lluidique appartenant à « l’Esprit » ; le bras est très gros, ainsi que la main, et sa formation arrache des cris de souffrance au médium; celui-ci n’accuse aucun courant fiuidique; la matérialisation est longue, laborieuse, et laisse le sujet, après la séance dans un état de prostration .profonde. En tout cas, ces divers modes étant en partie des phénomènes subjectifs pour les assistants, sauf pour les sujets clairvoyants, ils ne deviennent secondaires qu’a-' près l’emploi du procédé d’identification à l’aide des papilles digitales. Les diverses remarques du Dr Ochorewicz ne peuvent en rien élucider la question des « Esprits ».
Une dernière expérience est à tenter avec le fantôme vivant au point de vue de l’objection suivante: — savoir si l’action de la pensée du sujet ne produirait pas un effet, et si elle ne modifierait pas la forme des empreintes digitales de son propre fantôme. A cet effet, nous avons procédé à quelques tentatives d’expériences, et nous avons reconnu qu’il lui est impossible de produire une empreinte normale.
Enfin, tout récemment encore, dans une séance tenue le 12 janvier 1912, en présence et sous le contrôle du colonel A. de Rochas, notre président d’honneur, et de M. l’abbé N..., sur une glace recouverte d’une légère couche de talc, selon la technique préconisée ci-dessus, nous avons obtenu l’empreinte d’un index* fantomatique que ces messieurs ont eux-mêmes identifié très facilement, par les procédés anthropométriques en usage courant, avec l’index du sujet de qui, sous leur surveillance, le fantôme avait été préalablement extérioré.
Un tel résultat, obtenu dans ces conditions, est absolument probant et nous permet de ne pas nous étëndre davantage à ce propos.
Les considérations qui précèdent concernent le fantôme objectif; mais elles s’appliquent également, cela va sans dire, au fantôme subjectif qui peut, tout corn-
me l’autre, donner des empreintes digitales, et, par cela même, permettre aux intéressés de l’identifier. Aussi vais-je ajouter quelques mots pour exposer l’état actuel de la question, qui a sérieusement progressé depuis lors.
La figure XXVII donne l’index droit de notre sujet, Mme Lambert. Pendant utn certain temps, en effet, il n’a été obtenu que des doigts isolés. Mais depuis que les lignes ci-dessus ont été écrites, de sensibles progrès ont été réalisés.
Pendant un certain temps, dis-je, les empreintes obtenues se bornèrent à des index. Mais, en agissant toujours avec le même sujet de façon à donner raecoutumance à son fantôme extérioré, on arriva à obtenir à la fois l’index et le médius — de plus en plus nets.
Déjà l’obtention de l’empreinte simultanée de deux doigts facilitait l’identification; mais on ne s’en tint pas là, et, en poursuivant les tentatives dans le même sens, et toujours avec le même sujet, on obtint la main, d abord partielle, puis enfin complète (fig. XXVIII). Dès lors l’identification du fantôme était aisée: il suffit, en effet, lorsque l’empreinte de la main du fantôme est obtenue sur une glace talquée, de la comparer avec la main matérielle du sujet imprimée de même sur une autre glace talquée.
Mais l’emploi de ce procédé n’a pas tardé à faire naître une objection capitale issue du mode même de contrôle et d’identification. Et cette objection est celle-ci:
« Certes, le résultat est indéniable pour les expérimentateurs présents qui ont contrôlé ces faits par éux-mêmes: mais qu’est-ce qui prouve au public, n’ayant pas assisté à l’expérience, que ce n’est pas le sujet physique qui a lui-même opposé sa main matérielle sur d’une et l’autre plaque talquée? »
L’objection, il faut le reconnaître, avait une grande force, et il fallut dès lors chercher un procédé tel que son utilisation fut à la fois facile pour une main fantomatique et impossible pour une main matérielle.
Après de multiples essais en ce sens, M. L. Lefrane est arrivé à solutionner le problème par Fempioi direct
jr
d’une plaque photographique spéciale sur laquelle se marquent nettement les empreintes digitales du fantôme (fig. XXIX), alors que l’apposition de la main vivante ji’y produit que des taches grossières. Ce résultat a été réalisé le 28 juin 1912. — A l’heure actuelle, des empreintes d’index seulement ont été encore obtenues par l’emploi de ce procédé, mais on continue à expérimenter, ..,£t il est très vraisemblable qu’il se passera pour la plaque photographique ce qui s’est passé pour la glace talquée : quand le fantôme extérioré aura acquis f accoutumance nécessaire, il donnera des empreintes de sa main entière.
Une remarque curieuse est à faire relativement à l’emploi de ce procédé particulier. — Alors que, comme il a été dit plus haut, la main vivante apposée sur la plaque n’y produit que des taches dues à la réduction des sels .d’argent, l’empreinte du doigt fantômal s’y révèle par une matière pulvérulente, brune, très fine, et dont on ignore encore l’origine. Ces traces pulvérulentes sont transportées sur du papier photographique par l’opération qui a été indiquée ci-dessus pour conserver les empreintes sur glace talquée.
, Les expériences à cet éagrd ont été interrompues par la mort de M. Lefranc; mais les indications données plus Jiaut doivent amplement suffire aux expérimentateurs .de dédoublement personnel pour, avec le temps et l’accoufcuimance de leur propre fantôme, laisser, où ils enverront leur double, des traces indéniables de leur propre passage.
On voit, par ce qui précède, que si l’on peut obtenir une empreinte digitale du fantôme vivant extérioré, la preuve objective, matérielle, scientifique du dédoublement sera fournie par l’identification au moyen des procédés anthropométriques. Mais on ne pourra obtenir celte empreinte, je le répète, qu’après quelques essais — plus ou moins nombreux — car la volonté d’arriver à o ce résultat doit compliquer de façon fâcheuse le monoïdéisme de début.
Quoiqu’il en soit, lorsque l’on a abordé cette phase de
développement où l’on peut faire agir sur la matière le fantôme vivant extérioré, l’expérimentateur devra y apporter beaucoup de jugement et de persévérance.
Du jugement — parce qu’il ne faut jamais demander au fantôme ce qu’il est hors d’état d’accomplir, soit par suite de manque d’entraînement ou de force, soit parce que l’exécution de l’ordre donné répugnerait à sa nature ou à sa prudence: il faut bien se rendre compte avan$ tout s’il est capable d’exécuter, sans détriment pour luimême, l’ordre donné.
De la persévérance — car ce serait aller au devant d’échecs successifs que de modifier à, chaque épreuve*.l’ordre donné; en fait, il hésiterait entre l’ordre d’hier et celui d’aujourd’hui, peut-être contradictoire pour lui' et en tous cas donnés d’une volonté molle, puisque variable; chaque fois qu’un échec se produit, il faut peser sérieusement la valeur de tous les obstacles qui ont pu le produire, et, si l’un d’eux semble, après réflexion, trop difficile à surmonter, il convient de choisir un autre genre d’épreuve évitant ou diminuant cet obstacle; par contre, si l’obstacle majeur n’apparaît pas à la réflexion, il faut, à la suivante tentative, maintenir, avec une grande énergie de volonté, l’ordre précédemment donné. La répétition constante du même ordre, à chaque nouvel essai, emmagasine, accumule à la fin une telle puissance de voulitodynamie, que l’ordre en fin de compte aboutit à son accomplissement plus ou moins complet: il faut persévérer, faire répéter l’acte jusqu’à ce qu’il soit réalisé d’une façon absolument conforme à ltfv volonté.
D’autre part, il y a une progression à établir entre tous les actes successivement ordonnés: il convient de passer du facile au difficile, du simple au composé, du moins au plus. Ce serait perdre du temps — et des forces — que d’imposer une série d’actes peu différents le^ uns des autres: faire, par exemple renverser une carte, puis un domino, puis une quille, etc.: il importe de se* bien pénétrer de cette idée que ces exercices, car s’en est véritablement, n’ont d’autre but que l’entraînement-
du fantôme vers la réalisation en acte de toutes ses possibilités: quand, en gymnastique, un enfant sait grimper à une corde lisse, on ne lui fait pas perdre son temps et ses forces acquises à utiliser l’échelle de corde.
Le corps astral extérioré doit donc être progressivement amené à exécuter tous les ordres en possession desquels il aura quitté son sarcosôme, ou qu’il recevra, en cours de sortie, de la volonté qui le commande. Son entraînement doit en conséquence être, avant tout, logique et progressif. D’autre part, il sera assez facilité, si, au cours des phases précédentes du développement le fantôme a déjà reçu — et exécuté — des ordres relatifs à son extérioration, au contrôle de son passage, etc. Mais il ne faut pas regarder ceci comme une règle absolue, puisque, je le répète, j’ai eu l’exemple, autour de moi, d’un expérimentateur qui se dissocie de façon complète, qui envoie son fantôme visible, audible et tangible vers tel ou tel sujet (il n’a pas encore essayé de se révéler à des non-voyants, voulant atteindre préalablement un plus complet développement), et qui n’a encore pu, malgré des tentatives répétées souvent, variées de toutes les façons et conduites aussi judicieusement que possible, arriver à faire exécuter à son fantôme tel acte voulu. A quoi tient cette bizarre exception? Je ne me charge pas de l’expliquer et me contente de l’enregistrer, laissant le lecteur en tirer telle déduction qu’il lui plaira.
F) Acquisition de la visibilité
Nous abordons ici l’étude d’un ordre de phénomènes qui ne peuvent se produire qu’à force d’essais répétés avec patience et ténacité, à force d’énergie de volonté. C’est en vain qu’on essaierait d’indiquer une marche à suivre: il n’y en a pas. Tantôt la visibilité se révèle spontanément et sans que l’on fasse quoique ce soit pour l’acquérir (il est même des cas, assez rares d’ailleurs, au moins relativement, où, sous l’impression d’une violente émotion ou pour d’autres causes mal définies, le
lanterne est, dès la première tentative, complètement visible); et tantôt au contraire, elle ne s’acquiert que très péniblement et à force de ténacité; il est même des individus qui y sont absolument réfractaires: — affaire en principe d’organisation spéciale, sans doute, mais -aussi affaire de plus ou moins complète extérioration et, sans doute aussi, de plus ou moins grande volonté. €’est donc à chaque expérimentateur de faire ses essais en ce sens et de voir par lui-même quels sont les voies et moyens qui lui donnent les meilleurs résultats.
Mais si l’on ne peut donner aucun procédé de développement spécial, il est, par contre, certaines notions, certaines indications que doivent posséder les opérateurs pour se guider dans cette voie.
Si le fantôme est visible, ce n’est pas, comme les autres corps de la nature parce qu’il réfléchit la lumière naturelle ou artificielle, c’est parce que la substance, l’immatière dont il se compose, est par soi-même lumineuse.
J’ai parlé ailleurs, et longuement (1) de cette substance particulière qui compose le corps astral, et de la luminosité spéciale dont elle est douée, qui me paraît être de la Force-substance vitale plus ou moins condensée. J’y ai analysé mes expériences à cet égard; je n’y reviendrai pas ici, me contentant de citer un passage de Hector Durville ( toc . cit.) qui donne à cet égard de précieuses indications.
« Comme Reichenbach l’a observé il y a une soixantaine d’année, et comme je l’ai démontré dans ma Physique magnétique (2) les sensitifs à l’état de veille voient, dans l’obscurité, le corps humain briller d’une lumière plus ou moins vive selon leur degré de sensitivité et d’entraînement à ce genre d’expérimentation.
« Tous les corps, même ceux que l’on considère comme inanimés, paraissent aux plus clairvoyants comme
(1) La Sorcellerie des campagnes, ch. du Corps astral , 1 vol. in-8°, Paris, 1910. Hcuri Durville, imprimeur-éditeur.
(2) Physique magnétique. Paris, 1895-1896, 2 vol. in-18. Henri Durville, imprimeur-éditeur. Cet ouvrage est indispensable à tous ceux qui veulent apprendre le Magnétisme, aux points de vue expérimental ou thérapeutique.
s’ils étaient vivants, car ils sont le siège de vi lumineuses, de mouvements plus ou moins appréciables qui semblent se «communiquer par ondulations an? milieu ambiant. A chaque instant, ils reçoivent des effluves de ce milieu, et lui en renvoient d’autres, de telle* façon que l’observation directe permet de constater, par le sens de la vue, un échange continuel de forces qui édifient, détruisent, reconstituent pour détruire encore et transformer toujours. Les mouvements moléculaires., qmne tombent pas directement sous le sens de la vue dur physicien, sont parfaitement distingués même par lèssensitifs ordinaires.
« Les corps vivants, depuis l’animal le plus infime jusqu’à l’homme le plus évolué, présentent le phénomène* de la polarité, comme on l’observe dans F électricité», dans l’aimant et dans le magnétisme terrestre. Il en est: de même des corps qui ne donnent que des traces et organisation, comme les cristaux. Cette polarité est n* seulement appréciable comme force, par l’attraction queles pôles de noms contraires et la répulsion de ceux, de même nom exercent réciproquement l’un sur l’autre*., mais ces pôles sont parfaitement visibles sous forait de lumière colorée. Le pôle +> positif ou austral, qui est constitué par le côté droit du corps humain, brille d*8ixs beau bleu qui va, suivant les sujets observés et anssE. selon la vue des différents sensitifs, du bleu pâle à ¥ïm~ digo; et le pôle — , négatif ou boréal, d’un orangé Btoi& moins beau, complémentaire du bleu, qui va du ja «neclair jusqu’aux confins du rouge, en passant par le jaane soutenu.
« Comme l’électricité, cette lumière qui est de la matière colorée, plus subtile que celle qui tombe sous les sens de chacun de nous, peut être observée sous deux formes: une forme dynamique ou en mouvement, eiir— cillant à l’intérieur du corps, et donnant lieu à des courants qui, en suivant certaines directions, vont cFim bout de l’organisme à l’autre, et le dépassent même; uniforme statique ou au repos, à la surface de la peau. Celte dernière constitue autour de nous une atmosphère
iiuidique d’où s’échappent continuellement des effluves qui ont l’air de partir des pores de la peau pour se diriger perpendiculairement à celle-ci, jusqu’à une distance qui n’est pas facile à évaluer, car plus le sensitif [l’observateur] est développé, plus cette distance est grande. Pour certains rares sujets très entraînés, elle s’étend à environ 2 mètres, tandis que les moins clairvoyants ne la distinguent plus au delà de 3 ou 4 centimètres. Elle est plus active aux extrémités et dans le voisinage des organes des sens; les yeux sont particulièrement actifs. C’est l’aura du double aithérique des théosophes, que l’on peut photographier...
« Cette manifestation lumineuse est décrite par tous les sensitifs comme étant d’une remarquable beauté; mais elle est encore considérablement plus belle dans le dédoublement: les couleurs sont plus claires, plus transparentes, et les nuances plus nombreuses, plus fines et plus délicates. La vue des sensitifs ordinaires atteint alors les confins du plan physique, toute prête à découvrir les beautés plus grandes encore du plan astral: celle des meilleurs sensitifs les contemple déjà .
« Avec le dédoublement, un fait aussi simple que remarquable se produit. Pendant la veille, et même pendant les divers états du sommeil magnétique, le corps du sujet est vu lumineux et coloré, aussi bien par lui même que par les autres sensitifs. Dès que le travail élu dédoublement commence, la matière lumineuse que renferme le corps physique tend à disparaître, pour passer dans la forme fantômique qui commence à se dessiner. Le dédoublement étant complet, le fantôme est non seulement devenu lumineux, mais il apparaît avec les couleurs subtiles et les nuances délicates que l’on observait chez le sujet avant l’opération. Le corps physique est donc réellement séparé de son double éthérique. Il est en même temps séparé de son corps astral, puisque celui-ci est le siège de la sensibilité, et que la sensibilité, comme la matière lumineuse, se trouve maintenant localisée dans le fantôme.
« Ce n’est pas tout. Au fur et à mesure que nous vou-
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Ions analyser davantage le double et le dédoublé qui se trouvent devant nous, nous devons reconnaître que le dédoublement est beaucoup plus compliqué qu’on ne le supposait au début. Ici, le fantôme formé visiblement par le corps éthérique paraît être animé seulement par une force subtile. Il est évident que cette force est là, qu’elle vient du plan astral, et qu’elle constitue à son tour un autre corps: le corps astral, siège de nos sensations .
« Mais il est des cas où il se montre d’une blancheur éclatante, incomparablement plus douce et plus belle que la lumière du soleil ou que n’importe quelle lumière artificielle, et sans nuances colorées, du moins à la vue des sensitifs ordinaires. Ainsi, dans son dédoublement spontané, Mme Lambert voyait son fantôme entièrement blanc. Les fantômes [vivants] dont nous avons reçu la visite, étaient également blancs. Il en est de même du fantôme des morts, qui est à jamais débarrassé du double éthérique.....
« Le corps éthérique s’éloigne peu dui corps physique, car, étant le dispensateur de la vie terrestre, s’il s’en allait trop loin, la mort ne tarderait pas à être la conséquence de cet éloignement. Donc, si le fantôme s’éloigne à une certaine distance et pour un certain temps, il laisse le double éthérique à son poste pour l’accomplissement de sa fonction habituelle: il n’est plus alors constitué que par le corps astral. Mais celui-ci serait inerte s’il n’était pas animé d’une force plus subtile venant d’un plan immédiatement supérieur: le plan mental, siège de la pensée, du jugement, de la volonté. Le corps mental est réellement le principe supérieur qui anime le fantôme, car on se rend compte que celui-ci, malgréla difficulté qu’il éprouve pour agir en dehors de ses organes, est le siège exclusif de la conscience .
« Tout ce que j’ai dit se rapporte au fantôme formé près du sujet, et duquel on n’exige que peu ou pas detravail physique.
« Pour produire des phénomènes physiques: pesée sur la balance, coups frappés sur la table, déplacement
de celle-ci et autres phénomènes exigeant une dépense plus ou moins grande de ce que nous appelons la force musculaire, il faut au fantôme une force quelconque. Cette force, il la possède, et si, elle lui manque en partie, il peut la prendre facilement dans le milieu ambiant. Mais il faut à toute force un point d’appui suffisant pour qu’elle puisse se transformer en travail; et ce point d’appui, le fantôme ne peut le trouver qu’en lui. Pour cela, il doit emprunter de la matière au milieu ambiant pour matérialiser son corps, le rendre plus dense et plus résistant. Dans cet état, il cesse généralement d'être aussi lumineux et aussi transparent qu’il était au repos. Thérèse nous présente ce phénomène à un très haut degré. Lorsque son fantôme est apte à agir, soit pour frapper des coups sur la table, soit . pour déplacer celle-ci, ses mains qui sont placées au-dessus, soit en contact, soit à une petite distance, deviennent assez opaques pour qu’elle-même, comme les sensitifs témoins, ne voie plus la table à travers. Lorsque le fantôme est debout, le sujet ne voit plus les rayons de ma bibliothèque à travers la partie supérieure du corps du fantôme.
« Ce phénomène, qui me paraît très naturel, avait été très remarqué par la Voyante de Prévorst, et le docteur Iverner, son historiographe* s’exprime ainsi à ce sujet: « Plus un fantôme est obscur, plus sa voix est forte et plus il semble posséder de puissance pour produire toute espèce de bruits et autres phénomènes physyiques.»...
« Lorsque le fantôme, bien condensé, est disposé à l’action et qu’il ne fait rien, il possède une certaine somme de force qu’il ne peut pas conserver longtemps. Cette force s’échappe brusquement des parties les plus condensées sous forme d’effluves et même de jets lumineux, lancés dans différentes directions, et qui, après avoir parcouru une distance pouvant varier de quelques décimètres à 1 mètre et même lm,50, disparaissent dans le milieu ambiant. Ces jets lumineux qui ne ressemblent en rien à l’éclair ou à l’étincelle électrique sont souvent vus de tous les assistants: on peut les photographier...»
De cette série d’observations très judicieusement éta-
blies, nous pouvons tirer les conclusions suivantes dont l’application servira, dans les essais de visibilité, à atteindre le but poursuivi:
A) La force principale du fantôme extérioré émane au début de l’opération, du corps physique. Donc, mieux le corps physique sera préparé, plus grande sera la force du fantôme, et plus grande sa chance de visibilité.
B) Le fantôme en cours d’opération s’assimile des forces prises dans l’ambiance ou sur les assistants (sujets réceptifs) mais nous connaissons mal le processus de ce phénomène.
C) Le fantôme, dans les environs du sarcosome est plutôt coloré; il est plutôt brillant vu a quelque distance, et toujours , vu au; loin: le sujet percipient doit regarder ceci comme règle absolue, pour éviter certaines hallucinations.
D) Le travail matériel du fantôme se fait aux dépens de sa luminosité, et, par suite, de sa visibilité. Par conséquent, le jour où l’on entre dans cette phase de développement, il ne faut poursuivre qu’elle à l’exclusion absolue de toute autre. Le corps astral doit quitter le sarcosome avec le seul monoïdéisme de se rendre visible, ou,' en d’autres termes, d’être aussi fort, aussi condensé que possible; ses sorties, durant cette période, ne doivent comporter aucun autre but, même très accessoire, même à défaut complet de visibilité. En un mot, il doit se faire voir — rien autre.
E) Il emporte avec soi le corps mental, c’est-à-dire la pensée, le jugement, la volonté et la conscience, dont le corps mental est le siège. Il faut donc, au moment où l’on prépare le dédoublement, imprimer à la volonté qui va suivre te fantôme , une énergique impulsion vers la visibilité.
F) Enfin, lorsque le corps astral est chargé de force, cette force s’évade de lui sous forme d’effluves lumineux visibles même pour les non-voyants, et, à plus forte raison pour les sensitifs. Ce détail doit être soigneusement noté par le sujet réceptif qui pourra déduire, de la pro-
duction du phénomène, l’assurance que le fantôme est près de lui, cherchant à se rendre visible.
Ceci nous amène auix procédés de contrôle que peut employer le sujet percipient pour savoir si le fantôme qui vient le trouver, je suppose, périodiquement, fait des progrès dans la voie de la visibilité.
A ce sujet je prierai le lecteur de se rapporter à ce qui est dit plus haut (ch. n) des rayons N que dégage le fantôme vivant et de la façon dont ces rayons agissent sur les écrans rendus phosphorescents à l’aide de sulfure de calcium.
Ces écrans se préparent de la façon suivante: on colle sur un carton quelconque une feuille de papier noir mat (de façon à ne pas donner de reflets si Ton opère dans une obscurité seulement relative) sur lequel on sème de petites surfaces de sulfure de calcium (1). On expose ensuite l’objet à la lumière solaire durant quelques instants, puis, après insolation, on le conserve dans une obscurité relative jusqu’au moment de s’en servir.
Ce moment arrivé, il faut placer l’écran sur un sopha ou divan ou tapis, où, chez le sujet réceptif l’opérateur enverra son fantôme avec l’ordre de s’y étendre (2). De cette façon l’écran préparé se trouvera au milieu de la substance fantômale, et au bout de peu de temps (environ une demi-minute, suivant la force du fantôme) le sujet percipient verra l’écran s’éclairer sous l’action des rayons N que dégage le corps astral. Le degré plus ou
(1) Ceci est le procédé indiqué par Hector Durville. Personnellement, j’ai utilisé des écrans bien moins délicats à manier et préparés comme suit: . — sur un carton assez rigide, on colle une étoffe noire, mate et peu épaisse, genre lustrine, sur laquelle, à l’aide d’un pinceau, on étend une pâte assez liquide faite de sulfure de calcium phosphorescent en poudre et de vernis copal blanc à l’alcool. On laisse ensuite sécher pendant vingt-quatre heures. — Ce egnre d’écran est peut-être un peu moins lumineux que ceux où le sulfure de calcium est employé pur, mais il est beaucoup plus maniable et moins fragile> puisque la composition faitv en quelque sorte, corps avec l’étoffe.
On peut aussi se servir de lames de verre ou de planchettes de bois, mais la composition y est moins adhérente qu’à l’étoffe.
(2) Je suppose toujours l’opérateur agissant au lit et durant son sommeil. Le fantôme, tant qu’il n’a pas un acte à accomplir, prend de soimême la position du sarcosome dont il émane: il aura donc tendance à se coucher.
moins grand d’éclairage de cet écran montrera les progrès ou l’état stationnaire de cet aérosome sur la voie de la visibilité.
De plus, on peut conserver la trace de chaque essai, pour en comparer les résultats, ou en se basant sur ce fait que la lumière emmagasinée dans les écrans phosphorescents impressionne très vivement les plaques photographiques, même lorsqu'ils paraissent complètement éteints. Il suffira donc de laisser, chaque fois, l’écran phosphorescent, le même temps voulu dans la substance fantômale, puis de le photographier ensuite, après un temps rigoureusement égal pour chaque essai: la comparaison ultérieure des clichés entre eux montrera s’il y a progrès et si ce progrès est sensible.
G) Acquisition de la conscience de direction
Dans quantité de dédoublements, il se passe un fait bizarre que voici: l’opérateur a la volonté de se dissocier et d’envoyer son fantôme auprès de tel sujet; il se dédouble en effet, et son corps astral se rend à l’endroit indiqué où sa présence est constatée. Mais quand, après sa sortie, il a réintégré le corps physique, celui-ci est couvert de contusions, d’égratignures, d’ecchymoses et même parfois de blessures, sans que, pour qui n’a pas encore acquis la faculté de conserver le souvenir de sa sortie, on puisse savoir où et comment l’aérosôme a reçu toutes ces lésions qui se sont ensuite répercutées sur le sarcosômè. J’ai cité ailleurs le cas d’un opérateur qui, après une sortie en astral, s’était réveillé au matin, poria:it sur un côté du ventre un « noir » de quinze centimètres sur douze sans pouvoir même concevoir l’idée des circonstances où il s’était trouvé...
Ce phénomène est, au premier abord, inexplicable: cependant à la réflexion, on peut lui attribuer deux causes: la première est que, quand le corps astral s’éloigne du corps physique pour se rendre à un endroit donné, il suit sa voie en ligne droite autant que possible et sans s’occuper des obstacles, au moins si sa route ne lui a pas été préalablement tracée; dans ce cas, lorsqu’il a une
certaine distance à parcourir, il s’élève à une hauteur suffisante pour ne se heurter -nulle part; mais au point de départ comme au point d’arrivée, il a toujours des obstacles à franchir oui à contourner: de là, des chocs; — le second motif c’est que, comme il a été dit plus haut, le corps astral, privé du corps physique et obligé, d’agir seul, est souverainement maladroit dans ses mouvements qu’il ne sait pas approprier aux obstacles matériels.
Mais il peut y avoir aussi d’autres causes à ces lésions. Par exemple, dans le cas précité de l’expérimentateur blessé au ventre, il sut depuis en interrogeant une Entité du Mystère avec laquelle il est en fréquents rapports, qu’il s’était trouvé fortuitement mêlé à une bataille d’apaches où il avait reçu un coup de matraque au passage; l’endroit indiqué, aux fortifications de Paris, était en effet très exactement sür la ligne droite unissant la petite ville où se trouvait l’expérimentateur, au n°... de l’avenue de l’Opéra où il se rendait. On peut se demander ce que faisaient en telle circonstance, sa pensée, son jugement, sa volonté et sa conscience qui, dans le corps mental, étaient partie intégrante du fantôme. Le sommeil matériel de l’opérateur réagissait-il sur ces éléments moraux pour obnubiler leur lucidité? Ces parties morales de l’être, en cas de dédoublement se scindentelles pour laisser une fraction d’elles-mêmes auprès du sarcosôme, et, ainsi divisées n’ont-elles plus leur puissance normale? Etait-ce enfin un simple hasard qui a fait tomber un coup de matraque justement à l’endroit et à l’instant où passait l’aérosôme extérioré? Je n’en puis rien dire, mais ces mésaventures auxquelles on est exposé dans une sortie en astral montrent toute l’importance qu’il y a à acquérir la conscience de direction, de façon à éviter adroitement les obstacles de la route, ù en voir les embûches possibles, et à se tirer des dangers où l’on peut se trouver jeté malgré soi.
Or, il ne faut pas Vy tromper: l’acquisition de cette faculté particulière est une des plus difficiles qui soient, et ce n’est qu’à la longue, après des essais maintes fois répétés que l’on peut y arriver.
En effet, comme cela a été montré plus haut, la base de toute sortie voulue en astral est celle-ci: — créer un monoïdéisme qui domine l’esprit après que le corps a été rendu apte au dédoublement: ce monoïdéisme comportera le dégagement du corps astral, son envoi à tel endroit désigné, l’acte qu’il doit y accomplir, et — s’il y a lieu — la route qu’il doit suivre pour s’y rendre: toutes choses faciles à prévoir ou préparer d’avance; dans, ce cas le fantôme se conforme au monoïdéisme qui le dirige. Mais qu’il se présente un incident fortuit, un obstacle inattendu, et le monoïdéisme étant muet sur ce point, le fantôme se trouve livré à soi-même, et, sa maladresse aidant, il a toutes chances d’en éprouver quelque dommage.
On voit donc quel intérêt il y a à être, d’une façon constante, maître de sa direction.
J’ai interrogé à cet égard plusieurs expérimentateurs;, leurs réponses unanimes se sont résumées à ceci: Cela est déjà énorme d’arriver à se dissocier et à envoyer son fantôme à tel endroit désigné; pour sa direction, pour le soin d’éviter les obstacles et les dangers, c’est à lui qu’il faut s’en remettre! — Et cependant il y a, je le sais des individus qui possèdent cette faculté. Comment donc l’ont-ils acquise?
Il existe deux moyens de se soustraire aux embûches de la route qui accompagnent nécessairement l’envoi au loin du fantôme extérioré: ou bien s’en remettre, comme il a été dit au chapitre x, sur la Préparation psychique de l’expérience, à la conduite d’une Entité astrale amie qui guide l’opérateur et lui fait éviter les dangers possibles, — mais ce n’est là qu’un pis-aller, en quelque sorte, et qui est complètement en dehors de la conscience de direction puisque, avec telle façon d’agir, on est forcé de s’en remettre à un aide, comme dans une excursion en montagne on a un guide pour vous faire éviter les précipices inconnus — ; ou bien ne s’en reposer que sur soi-même pour juger personnellement les difficultés du chemin et trouver les moyens de les éviter — et alors
c’est l’acquisition de la conscience de direction qui s’iii^ pose.
C’est du reste ce qui résulte de la réponse, que j’ai citée plus haut, d’une Entité du Mystère à un opérateur qui avait été blessé et s’étonnait qu’on ne le fût pas plus souvent en cours d’expérience: « Il y a heureusement un Dieu pour les dédoublés; mais ce qui vient de t’arri-" ver n’est rien à côté de ce qui t’attend, tant que tu n’auras pas acquis le pouvoir de te diriger toi-même, et ce pouvoir tu ne l’acquerras qu’à force d’exercice et de volonté! »
Dans la pratique, je crois que les deux procédés — aide astrale d’une part, et conscience personnelle de direct tion, de l’autre — peuvent et doivent être employés concurremment et simultanément, et que le premier, à dé-' faut de l’autre, est indispensable; mais enfin, comme il est bon de pouvoir se diriger soi-même et veiller soi-même sur sa propre sécurité, cela nous amène, en fin de compte à la question déjà posée: — comment peut-orr acquérir la conscience de direction?
Tous les opérateurs que j’ai eu l’occasion d’interroger à cet égard ont fait des réponses vagues dont il est impossible de rien inférer: — Ils ne savent pas... Il ne se rappellent pas comment ils agissent... Les uns regardent cette condition comme naturelle, comme inhérente à la production même du phénomène, sans pouvoir analyser les voies et moyens de sa réalisation... Les autres se rappellent parfaitement s’être retrouvés à l’endroit, près du sujet réceptif, où ils voulaient se rendre, se souvenant dans tous les détails de ce qu’ils y ont fait* mais sans avoir conscience de la manière dont ils s’y' sont rendus: il y a pour eux une lacune, un trou dans leur mémoire, entre le moment où ils se sont endormis et celui où ils se sont retrouvés à l’endroit voulu; il en est de même pour le retour — et cela très généralement, mais de façon très compréhensible: — en effet, pour l’aller, le fantôme se guide par les moyens artificiels qui ont été exposés plus haut; il n’avance que prudemment^ pas à pas, pourrait-on dire, et à force d’énergie de vo^
lontë, vers le but qui a été assigné à son extérioration; tandis que, 'pour le retour, il est guidé par le lien üuidique qui le relie à son sarcosôme, et qu’il n’a qu’à suivre (1); si l’on se rappelle que le fantôme extérioré, lorsqu’il agit sur le plan matériel est doué d’une intense timidité causée par son éloignement du corps physique par lequel il se laisse guider dans les circonstances ordinaires de la vie, on comprendra facilement que, sauf pour les individus particulièrement entraînés, le retour vers le sarcosôme, la réintégration, doivent s’accomplir avec une grande rapidité — peut-être instantanément.
D’autre part, il est des opérateurs qui, en cours de route, conservent tout leur jugement, comme à l’état de veille; on m’en a cité un à qui, lorsque, dédoublé, il erre dans Paris, il arrive de se tromper de chemin, et cela consciemment; il y a en quelque sorte, si bizarre que cela paraisse, deux volontés en lui, l’uïie qui l’envoie où il s’est proposé d’aller, et l’autre qui lui fait prendre un chemin devant le conduire ailleurs, ce dont il se rend compte, mais il obéit alors à ce qui est pour lui comme une impulsion supérieure bien qu’il la sache erronée; cette situation étrange prend d’habitude fin de la manière suivante: plus il a conscience de s’éloigner de son but, plus la première volonté, celle qui l’y conduit prend de force, et il survient un moment où il se passe, dans son for intérieur, une sorte de conférence entre les deux volontés, à la suite de laquelle elles se mettent d’accord sur le chemin à suivre. Il eut été très intéressant, pour l’étude suivie ici, que cet opérateur pût donner quelques renseignements sur la façon dont il a acquis une conscience de direction aussi développée. Malheureusement il est de ceux qui regardent cette faculté comme naturelle; il ne se rappelle pas ne l’avoir pas possédée; dès son premier essai, qui eut lieu fortuitement, il en fut ainsi ; par conséquent, il ne se souvient pas avoir
(1) Des expériences précises, faites à cet égard sur des sujets, ont démontré que la vitesse de translation du fantôme extérioré croît, à l’aller, -avec la distance à parcourir, mais que le retour, dans tous les cas, s’efjfectue avec une rapidité au moins double.
jamais eu à faire aucun effort pour l’acquérir, bien qu’il semble cependant que, pour arriver à ce point, même si l’on admet que le germe s’en trouvait en lui, ce germe a dû être tout au moins développé par um procédé quelconque — application de là volonté ou exercice.
Car, en résumé, il me semble que telles doivent être les deux données primordiales du problème.
La volonté évidemment, doit jouer un certain rôle en tout ceci; la difficulté est que, dès que l’on veut la mettre en œuvre, on se heurte à un obstacle, toujours le même: — compliquer le monoïdéisme de début en voulant se rendre compte des difficultés que l’on rencontrera en route, c’est affaiblir, par cela même, ce monoïdéisme, qui doit, avant tout, être créé aussi simple, aussi facile à exécuter, que possible, faute de quoi, surtout au cours des premières tentatives , on court à un échec.
Là est peut-être en somme, la solution de la question; pour les premiers essais, on peut s’en remettre au « guide astral » dont il a été question plus haut, et, quand on est suffisamment maître du phénomène d’extérioration, on peut tenter de compliquer le monoïdéisme de début en y adjoignant le vouloir de se rendre compte des incidents du chemin; puis vient la répétition de l’exercice qui dégage progressivement cette faculté de la gangue où, dans le principe elle demeure obnubilée.
Au reste, comme tous les organismes sont loin de posséder la même organisation psychique, on pourra, en opérant comme il a été dit au chapitre x, de la Préparation psychique — c’est dire que je m’adresse uniquement, en ceci, aux psychistes et aux occultistes — entrer en relation avec l’Entité protectrice des dédoublements, pour lui demander d’indiquer les procédés (qui diffèrent au moins dans le détail pour chaque individu) d’acquérir la conscience de direction.
Telle semble être, dui moins, la meilleure voie à suivre pour acquérir l’exercice de cette faculté.
Mais pour l’expérimentateur qui ne voudrait pas, par crainte, incrédulité ou tout autre motif user du « guide astral » et qui ne pourrait, pour une raison quelcon-
que utiliser le procédé indiqué ci-dessus, ou qui aurait échoué dans son essai, je vais, au paragraphe suivant* en indiquer un autre, basé sur les rapports cachés mais indéniables existant entre la conscience de direction et la conservation du souvenir des actes accomplis en cours de dédoublement; mais il me faut dire que cet autre procédé est beaucoup plus difficile à mettre en œuvre, et certainement plus aléatoire quant à ses résultats.
H) Conservation du souvenir
Cette faculté est en quelque sorte le corollaire de la précédente, car il est évident que s’il n’y a pas conscience de direction il ne peut y avoir conservation d’une pensée absente. C’est donc par les mêmes moyens que peut être acquise cette mémoire spéciale. Aussi auraisje rangé ce phénomène sous la même rubrique que le précédent si la pratique ne nous montrait qu’il en est absolument distinct et s’il ne donnait lieu à l’examen d’un phénomène particulier qui est celui-ci: — S’il y a un grand nombre de sujets qui, à l’état de dédoublement agissent très normalement, suivant toutes les lois du raisonnement, et malgré cela ne peuvent conserver le souvenir de ce qu’ils ont fait et dit en cet état, absolument comme s’il y avait en eux deux mémoires, l’une relative à la vie normale et l’autre spéciale à la vie extériorée (1), par contre, il y a des sujets — infiniment rares, mais il y en a — qui sont incapables de se diriegr en état de dédoublement, qui ne font que s’extériorer et sont emportés ici ou là au hasard, mais qui, revenus à eux-mêmes, conservent fidèlement le souvenir de tout ce qu’a fait et vu leur fantôme extérioré.
Il en est un peu de ceci comme des rêves, mais dans
(1) Un phénomène analogue se rencontre chez les sujets hypnotiques placés à l’état second: ils ne se rappellent pas, revenus à l’état naturel, ce qui s’est passé pour eux à l’état second, où l’on est obligé de les replacer quand on désire obtenir d’eux quelque éclaircissement à cet égard.
une proportion inverse; beaucoup de personnes, incapables de donner une direction à leurs rêves, se rappellent très bien, à leur réveil les moindres détails de leurs songes, alors que d’autres ne croient rêver que très rarement parce que, lorsqu’elles sont revenues à l’état de veille, elle ne peuvent s’en souvenir, leur mémoire spéciale étant abolie, et bien qu’il soit admis par la psychologie qu’il n’y a pas de sommeil sans rêve; ce qui fait que la théorie d’un sommeil sans rêve a longtemps prévalu, c’est par suite de l’extrême difficulté que l’on éprouve à se rappeler une longue série dé rêves: ne se souvenant que des derniers, sans pouvoir remonter à la première période hypnagogique qui leur avait servi de point de départ, on avait cru devoir en conclure que le premier sommeil est exempt de rêve, ce qui est une erreur (1).
Au reste, une certaine quantité de rêves n’étant autre chose que des « sorties en astral », nous allons pouvoir déduire de leur mécanisme des indications précieuses quant à la conservation du souvenir.
Voici le récit d’un songe remarquablement raisonné extrait de Les rêves et les moyens de les diriger (2) :
« Dans un autre rêve où je crois me promener à cheval par une belle journée, la conscience de ma véritable situation me revient en mémoire, comme aussi cette question de savoir si le libre arbitre de mes actions imaginaires m’appartient en songe ou ne m’appartient pas. Voyons, me dis-je, ce cheval n’est qu’une illusion, cette campagne que je parcours un décor; mais si ce n’est pas ma volonté qui évoque ces images; il me semble bien, cîu moins, que j’ai sur elles un certain empire. Je veux galoper, je galope; je veux m’arrêter, je m’arrête. Voici maintenant deux chemins qui s’ofTrent devant moi. Celui de droite paraît s’enfoncer dans un bois touffu; celui de gauche conduit à une sorte de manoir en ruines. Je sens bien que j’ai la liberté de tourner à droite ou à
■ pi
(1) Il est en effet à remarquer que, dans le sommeil magnétique ou hypnotique, les images se présentent au cerveau dès les premiers instants.
(2) Sans nom d’auteur ( d’Hervey de Saint-Denis ), 1 vol, in-8°, Paris,
gauche, et par conséquent de décider moi-même si je veux faire naître des associations d’idées, images en rapport avec ces ruines ou avec ce bois. Je tourne d’abord à droite, puiis l’idée me vient qu’il vaut mieux, dans l’intérêt de mes expériences, guider un rêve aussi lucide du côté des tourelles et du donjon, parce qu’en cherchant à me souvenir exactement des principaux détails de cette architecture, je pourrai peut-être, à mon réveil* reconnaître l’origine de ces souvenirs. Je prends donc le sentier de gauche, je mets pied à terre à l’entrée d’un pont-levis très pittoresque, et, durant quelques instants que je dors encore, j’examine très attentivement une infinité de détails, grands et petits: voûtes ogivales, pierres sculptées, ferrures à demi rongées, fissures et altérations de la muraille, admirant avec quelle précision, tout cela se peint sur les yeux de mon esprit. Bientôt pourtant, et tandis que je considère la serrure gigantesque d’une vieille porte délabrée, les objets perdent tout à coup leurs couleurs et la netteté de leurs contours* comme les figures du diorama quand le foyer s’éloigne. Je sens que je me réveille. J’ouvre les yeux au monde réel: la clarté de ma veilleuse est la seule qui m’éclaire. Il est trois heures du matin ».
Plusieurs déductions intéressantes sont à tirer de ce récit.
D’abord la volonté n’est jamais absente des rêves; elle perd simplement son action sur le système musculaire; quant au reste, elle dirige — au moins dans beaucoup de cas et pour qui ne se laisse pas emporter, inerte, par le hasard des associations d’idées — - le rêveur dans telle voie de préférence à telle autre; mais il suffît de vouloir en rêve produire tel ou tel mouvement musculaire, par exemple marcher, pour que l’effort consécutif se produise, de plus en plus prononcé si la volonté est ferme et répétée: ce procédé amènera le réveil au milieu du rêve, et, par suite permettra d’en conserver le souvenir (1). Mais il faut, autant que possible, produire cet ef-
(1) Il a été dit plus haut, en parlant de la volonté, que l’action de
fort au point culminant du rêve, c’est-à-dire au moment où les faits qui s’y déroulent présentent le plus d’intérêt si l’on veut en garder un souvenir suffisamment net; autrement, si l’on amène le réveil en une période du rêve où les faits manquent de relief, le souvenir sera confus et obnubilé — si même il subsiste. C’est ainsi qu’il arrive à beaucoup de personnes qui ne se rappellent jamais leur rêve, de s’éveiller parfois brutalement au milieu d’un cauchemar; elles sentaient qu’elles tombaient dans un précipice ou se trouvaient victimes d’un assassinat; l’effort instinctif qu’elles ont fait au moment critique pour s’enfuir a ramené le système musculaire sous l’empire de la volonté et provoqué un brusque réveil qui leur a laissé le souvenir de leur rêve.
Cet effort musculaire est donc, qu’il s’agisse d’un simple rêve ou d’un dédoublement, un précieux adjuvant pour produire soit le réveil soit la réintégration brusque du corps astral en laissant le souvenir entier, s’il a été fait à un point culminant du songe ou de la sortie en astral; avec de la pratique, et progressivement, en amenant le réveil dans des circonstances de moins en moins capitales, elles arriveront à conserver le souvenir de tout ce qui aura frappé leur esprit durant le sommeil.
Ceci ne s’adresse naturellement qu’aux personnes relativement peu nombreuses qui ont conscience de rêver, et qui par suite peuvent facilement prendre l’habitude d’une sorte de gymnastique mnémotechnique. Mais les autres, celles qui ne croient pas rêver parce que jamais — ou tout au moins très rarement — elles n’ont gardé le moindre vestige de leur songe? Comme le meilleur moyen de conserver le souvenir de leur dédoublement est d’abord de conserver celui de leurs rêves, il faut les aider r
cette faculté sur l’organisme, bien qu’assoupie comme lui dans la période du sommeil, peut néanmoins s’exercer sous l’impulsion d’un vigoureux effort. La volonté peut, par exemple, au milieu d’un rêve, faire donner un coup de pied à un personnage imaginaire, et le mouvement de ce coup de pied, exécuté dans la réalité, amène une brusque détente musculaire qui suffit pour éveiller le dormeur. Ce fait est bien connu des personnes, sujettes à rêver en demi-sommeil, qui profitent de ce moyen pour échapper à un cauchemar ou pour se réveiller à la fin d’un rêve agréable dont elles veulent conserver le souvenir.
-d'abord à rêver, puis à rappeler, revenues à l’état de «veille, le sujet de leur rêve.
Ce que je viens de dire semblera d’abord paradoxal «puisque rien n’est plus personnel qu’un songe. Mais il faut, avant de conclure au paradoxe, se rappeler que jamais un songe ne se produit de lui-même; toujours il a une origine extérieure, soit un acte accompli dans Ja journée, soit un souvenir revenu à jour au moment de Fassoupissement, soit un incident survenu dans le cours du sommeil, etc. En un mot, un rêve est toujours te résultat d’une auto ou d’une hétéro-suggestion. Il suffira donc d’avoir près de soi un aide qui suggérera l’objet du rêve au dormeur et lui en facilitera ensuite le souvenir. Cet aide pourra être le sujet réceptif choisi, mais il n’a besoin d’aucune des qualités spéciales d’un sujet: il suffira qu’il connaisse le mécanisme du rêve et qu’il sache y approprier intelligemment les suggestions qu’il produira.
Je vais donner deux exemples de ce procédé qu’il faut .employer à une phase quelconque du sommeil, mais naturellement sans prévenir l’intéressé de manière à ne pas créer en lui un courant d’idées qui agiterait son assoupissement et qui dénaturerait son sommeil normal.
L’aide s’approche silencieusement du dormeur et commence un chant d’abord à voix très basse qu’il hausse peu à peu de façon à être bien entendu du dormeur, mais sans dépasser un diapason très modéré, de peur de l’éveiller. Puis, vers la fin du chant, il assoupit progressivement le ton de sa voix, de façon à finir dans un souffle. Il éveille alors le dormeur: — Vous rêviez? — Moi? Je ne rêve jamais. — Si fait! Vous parliez... vous semhliez approuver ou blâmer un chanteur;.. — Tiens! c’est vrai!... Je me croyais au concert. — Eh bien! Rappelez vos souvenirs... Etait-ce un concert chez Mme X...? — - Non, je me souviens... c’était dans une grande salle avec des galeries., un théâtre ou un café-concert, je ne sais plus. — Faites effort pour vous rappeler: étiez-vous avec quelqu’un? La pièce vous intéressait-elle Quel en était le sujet? Etc., etc.
Ou bien, quelque temps après, ou même aussitôt après, quand le dormeur a repris son somme, l’aide revient vers lui, et» par le même système de voix d’abord blanche puis un peu plus sonore mais sans jamais éveiller ni même agiter le dormeur, et enfin finissant dans un souffle, il prononce nettement avec l’imitation d’un ton bref de commandement : — « Portez... armes!... Armes sur l’épaule... droite!... Pour défiler.. . en avant. . . marche! Une. . . deux. . . une. . . deux. . . une. . . deux., .r. Et la voix s’affaiblit, dans un murmure. Une minute après on réveille le dormeur: — Ne rêviez-vous pas? — Non. — Voyons! rappelez-vous... — Je suis sûr que je n’ai pas rêvé. — Réfléchissez bien... Vous n’avez pas v» des soldats? — Au fait... oui... il me semble... j’assistais à une revue... mais c’est si vague! — Essayez de vous souvenir: où avait lieu cette revue?... Etait-ce une compagnie? Un régiment? Uil corps d’armée? Y avait-il de la cavalerie? De l’artillerie? etc.
Les premières fois que l’épreuve sera tentée, le dormeur ne se rappellera que peu de chose: on sera obligé de forcer, en quelque sorte son souvenir: puis ce souvenir deviendra plus facile, et enfin, à force d’essais, il arrivera à se rappeler lui-même la totalité de son rêve.
Alors on ne l’éveillera plus aussitôt après, mais une, deux, trois heures plus tard; et quand enfin il aura prouvé qu’il conserve bien son souvenir spécial, le lendemain seulement on lui demandera de raconter ce qu’il a rêvé. Alors il est au niveau des autres sujets dont j’ai parlé plus haut: il se rappelle le détail de ses rêves.
Je trouve dans le Journal du Magnétisme et du Psgchisme expérimental (mars 1912) (1), relativement à cette étude de la provocation du rêve , un curieux article du Dr G. Durville, dont je citerai quelques passages, parmi ceux qui nous intéressent le plus quant au sujet traité ici, et dont le lecteur pourra le mieux faire profit.
En Grèce, il y avait des sanctuaires appelés Manteions , où l’on venait dormir. Les prêtres de ces sanctuaires
(1) Henri Durville, imprimeur-éditeur.
avaient des « charmes » pour évoquer les Dieux en songe. Porphyre nous dit à ce sujet (1) comment on créait des songes dans les temples d’Hécate (personnification de la lune) : « Sculptez une statue de bois bien rabotée, comme je vais vous l’enseigner. Faites le corps de cette statue avec de la rüe sauvage, puis or nez-la de petits lézards domestiques; écrasez de la myrrhe, du styrax, de l’encens avec ces mêmes animaux, et vous laisserez le mélange à l’air pendant le croissant de la lune; alors adressez vos voeux dans les termes suivants... {formules non conservées). Faites les choses soigneusement; vous me construirez une demeure avec les racines du laurier poussé de lui-même, et, ayant adressé de ferventes prières à l’image, vous me verrez durant votre sommeil ».
Nous voyons dans cette phrase de Porphyre quelle connaissance de la psychologie avaient déjà les prêtres d’Hécate: ils cherchaient, pour créer les rêves à ceux qui voulaient voir la déesse, à frapper vivement leur attention, car ils savaient qu’on rêve de ce qui nous préoccupe; c’est sans doute pour cette raison qu’ils imposaient à celui qui voulait voir Hécate d’assez absorbants préparatifs; ils connaissaient l’effet des excitations sensorielles sur la production des rêves, puisqu’ils recommandaient l’emploi d’odeurs « mystiques », telles le styrax, la myrrhe, l’encens. \ fewwvWffi 1 çfevt il
J’ai pu moi-même constater plusieurs fois l’effet de l’encens sur un sujet endormi magnétiquement Mme Kintzler éprouva ainsi, sous l’action des vapeurs d’encens, des rêves mystiques.
Toutes les recherches expérimentales sur le rêve furent très vagues et imprécises jusqu’à Maury. Maury fut un des premiers qui sondèrent, de façon vraiment scientifique, la curieuse question de la provocation expérimentale des songes. Les travaux d’Hervey de Saint- Denis, de Havelock-Ellis, de Calkins, de Mourly-Vold, de Clavière, de Sanotis, de Vaschide enfin complétèrent la question.
(1) Porphyre, ap. Eusèbe, Precep . évang. y. 8.
Les méthodes qu’ont employées ces psychologues pour l’étude expérimentale des rêves sont de deux sortes; dans la première, le psychologue lui-même est le sujet de Tétude, c’est sur lui-même qu’il étudie la marche du rêve, c’est lui-même le rêveur; cette méthode peut être appelée méthode subjective. Dans la seconde méthode, le psychologue étudie les rêves d’autrui, il en crée d'artificiels, les dirige; c’est la méthode qu’on peut appeler obj ective.
Méthode subjective. — A Maury revient l’honneur des premières expériences méthodiques; laissons-le lui-même exposer sa méthode.
« Je m’observe, tantôt dans mon lit, tantôt dans mon fauteuil, au moment ou le sommeil me gagne; je note exactement, dans quelles dispositions je me trouvais avant de m’endormir, et je prie la personne qui est près de moi de m’éveiller, à des instants plus ou moins éloignés du moment où je me suis assoupi. Réveillé en sursaut, la mémoire du rêve auquel on m’a soudainement arraché est encore présente à mon esprit, dans la fraîcheur même de l’impression. Il m’est alors facile de rapprocher les détails de ce rêve des circonstances où je m’étais placé pour m’endormir. Je consigne sur un cahier ces observations comme le fait un médecin, dans son journal, pour les cas qu’il observe.
« L’observation à deux est presque toujours indispensable, car, avant que l’esprit ait repris conscience de soi-même, il se passe des faits psychologiques dont la mémoire peut, sans doute, persister après le réveil, niais qui sont liés à des manifestations qu’autrui seul peut constater.
Ainsi, les mots qu’ôn prononce, assoupi ou dans un rêve agité, doivent être entendus par quelqu’un qui vous les puisse rapporter. Il n’est pas jusqu’aux gestes, aux attitudes, qui n’aient aussi leur importance. Enfin, ce qui rend nécessaire le concours d’une seconde personne, c’est l’impossibilité où vous seriez de vous réveiller, à un moment donné, par un procédé mécanique.
comme vous le faites à l’aide d’une main complaisante.»
Vaschide, dans sa belle étude Le Sommeil et les Rêves (p. 86) dit avec raison que la méthode employée par Maury exige une éducation toute spéciale, une habitude de s’analyser et d’analyser ses rêves. Il faut, en outre* que l’expérimentateur ait une intense vie de rêve.
Méthode objective. — Cette méthode a été justement nommée par Santé de Sanctis, méthode d’introspection indirecte, par apposition à la précédente qu’il nomme méthode d’introspection directe.
Il est facile de provoquer des rêves chez les dormeurs* il suffit, pour cela de créer une excitation sensorielle quelconque, qu’elle soit tactile, auditive, olfactive, gustative, visuelle. Ces excitations, parvenant au cerveau* exciteront des groupes de neurones qui évoqueront des souvenirs, lesquels s’enchaîneront par association d’idées.
Maury a fait, sur cette question, de belles expériences, de même que Prévost (Genève, 1834). Voici quelques rêves expérimentaux que je crois devoir reproduire textuellement (1).
I — On lui chatouille avec une plume les lèvres et le bout du nez. « Il rêve qu’on le soumet à, un horrible supplice, qu’un masque de poix lui est appliqué sur la figure, puis qu’on l’a ensuite arraché brusquement, ce qui lui a déchiré la peau des lèvres, du nez, du visage. »
IL — On lui pince légèrement la nuque. Il rêve «qu’on lui pose un vésicatoire, ce qui réveille en lui le souvenir d’un médecin qui le traita dans son enfance ».
III. — On approche de sa figure un fer chaud, en le tenant assez éloigné pour que la sensation de chaleur soit légère. Il rêve « des chauffeurs qui s’introduisent dans les maisons et forcent ceux qui s’y trouvent, en leur approchant les pieds près d’un brasier, à déclarer où est leur argent »,
Rêves provoqués par excitation auditive. — On fait
(1) Cités par Vaschide: Le sommeil et les rêves, p. 92 et 276.
vibrer à quelque distance de son oreille une pincette sur laquelle on frotte des ciseaux d’acier. Il rêve « qu'il entend le bruit des cloches; ce bruit des cloches devient bientôt le tocsin: il se croit aux journées de juin 1848 ».
On prononce à son oreille les mots Azor, Castor , Léo nore; réveillé, il se rappelle « avoir entendu les deux derniers mots qu’il attribue à un des interlocuteurs de son rêve ».
Rêves provoqués par excitation olfactive . — On lui fait respirer de l'eau de Cologne, et il rêve « qu’il se trouve dans une boutique de parfumeur; il est au Caire, devant des devantures extraordinaires ».
Rêves provoqués par excitation visuelle . — On fait passer plusieurs fois devant ses yeux, une lumière entourée d’un papier rouge. Il rêve « d’orage, d’éclairs, et tout le souvenir d’une violente tempête qu’il avait éprouvée sur la Manche défraye son songe. »
Hervey de Saint-Denis a fait, lui-aussi de belles recherches sur la production expérimentale des rêves.
Le Dr Vaschide est également un de ceux qui ont le plus contribué à éclaircir cette question du rêve expérimentai. Voici une de ses expériences:
« Après une heure et demie de sommeil (sommeil profond), nous faisons chanter un gramophone dans une pièce où dort le sujet. Un tampon, placé dans le pavillon de l’instrument amortit considérablement le son. En même temps, nous réveillons brusquement le sujet en projetant sur ses paupières une forte lumière. Il saute sur son lit en disant: « Tu me fais mal », et, à notre question: « As-tu rêvé?», après un mot peu courtois que les expéxûmentateurs du rêve peuvent attendre de la part des sujets, il répond négativement et commence à se rendormir. Nous l’en empêchons, et il se réveille doucement et complètement. Tout en se frottant les yeux, il cherche vaguement dans sa mémoire, et, comme il est lui-même psychologue, il s’efforce de fournir une observation aussi complète que possible. Quatre minutes se passent sans aucun souvenir. Nous lui
parlons alors d’une expression de béatitude qu’avait prise son visage avant le réveil, et nous lui disons textuellement: « Il semblait que tu prêtais l’oreille à une musique agréable ». Concentrant son attention, il réjjond alors: « Oui, c’est vrai, je me souviens à présent d'avoir entendu une musique lointaine; et, chose bizarre* j’ai, présent devant moi, le rêve suivant qui revient plus intense à mesure que je parle, et le voici: il me semblait que j’étais avec toi au laboratoire et que nous dansions avec des femmes sous un clair de lune; je me souviens aussi d’un état de calme si grand que je m’assoupissais comme dans un sommeil délicieux au rythme sifflé par des centaines de personnes. C'est très curieux que je me souvienne de tout cela... » — Voici un cas auquel le sujet affirme ne pas avoir rêvé. Cependant, en lui posant des questions plus précises, en faisant, pour ainsi dire, rebrousser chemin à ses pensées, en mobilisant son attention, nous sommes arrivés, à sa grande surprise à évoquer des images oniriques dont nous pouvions contrôler la véracité par ce critérium: l’excitation acoustique... Ce qui, de plus, est très intéressant, dans ce rêve, c’est de retrouver associé aux images du rêve le rythme du sifflement. En effet, l’air que nous avions fait jouer au gramophone était la Valse des Cambrioleurs du « Papa de Francine », et nous-mêmes nous nous étions laissé aller à l’accompagner en sifflant ».
Par les exemples qui précèdent, le lecteur peut voir à l'aide de quels procédés il est possible de provoquer, étudier et rappeler des rêves. Mais il convient, pour éviter des erreurs d’appréciation, d’avertir l’expérimentateur peu au courant de ce chapitre spécial de la psychologie, d’une particularité très remarquable: c’est que, dans le rêve, le temps n’existe pas; un fait, minuscule en luimême, occupera des heures, tandis qu’en quelques secondes pourront défiler des séries entières d’événements*
Je me bornerai à citer un seul exemple relatif à la rapidité prodigieuse du rêve:
« Nous rappellerons, à ce propos, l’histoire du dormeur qui rêvait qu’il avait été arrêté, jugé, condamné pour un
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crime qu’on lui avait imputé; il avait vécu les affres de la prison, avait été extrait de sa cellule, conduit à la guillotine et guillotiné. Il s’était réveillé épouvanté, ayant reçu sur le cou son ciel de lit. Toutes ces images, l’esprit les avait provoquées entre le moment de la chute du ciel de lit et le moment de la perception de cette sensation de chute. Tout ce temps n’avait pas demandé une seconde (1) ».
En mettant en usage tous ces procédés variés, l’expérimentateur peut s’amener peu à peu à prendre conscience de ses rêves, ce qui, par une suite naturelle et logique, le conduira à prendre conscience de ses dédoublements et à en conserver le souvenir.
Il n’y a pas à se dissimuler que cette façon d’opérer est des plus pénibles, puisqu’elle interrompt le sommeil normal et transforme en fatigue ce qui devrait constituer un élément de repos. Mais où donc est l’entraînement, quel qu’il soit et en quelque matière que ce soit, qui se fasse sans donner du mal? J’estime que je m’adresse ici à des expérimentateurs qui veulent aboutir. Si la voie leur semble trop difficile et l’apprentissage trop dur, qu’ils ferment ce livre: il n’est pas écrit pour eux.
Mais je suppose que l’opérateur a franchi tous les obstacles et qu’il est maître de cette mémoire spéciale: c’est à lui, alors, d’appliquer cette faculté à ses dédoublements.
Les premières fois, qu’il n’oublie pas la pensée de l’effort musculaire (dont il a été question plus haut: détente brusque des muscles par un acte énergiqueide volonté) à opérer en une phase culminante de son dédoublement: cet effort en rappelant sa volonté et par suite son corps astral, le ramènera à la vie normale et il se
(1) Papus (Dr G. Encausse), La Réincarnation, 1 vol. in-12, Paris, S. I>. (1912). — Dans ce cas, la transmission des sensations s’opérant h raison de 34 mètres à la seconde, si l’on admet «ne distance maximum de vingt centimètres entre la nuque où avait, dans sa chute, frappé le ciel de lit, et la localisation cérébrale de la perception des sensations, toute cette succession de faits qui, dans la réalité, eussent occupé une durée de plusieurs mois, se déroula avec ses multiples détails c’ans une durée de temps qui n’excède par un cent-soixante-dixième de seconde.
souviendra de l’événement qui, dans sa sortie en astral, a immédiatement précédé son réveil. Que progressivement il s’habitue à revenir à soi en des périodes de moins en moins marquantes de son dédoublement, avant de faire l’effort de volonté nécessaire à son retour à la vie normale; puis, quand sa mémoire ne sera plus rétive, qu’il attende la conclusion logique et naturelle de sa sortie en astral; peu à peu, il deviendra maître de sa mémoire, et le souvenir subsistera en lui de ce qu’il aura fait ou vu en cours de dédoublement.
D’autre part, un fait important est à noter: c’est que le souvenir des faits et la conscience de direction sont unis par des liens encore mal définis, mais indéniables. C’est une remarque que pourra mettre à profit l’expérimentateur qui 11e veut pas avoir recours, pour acquérir la conscience de direction, à des moyens hyperphysiques, du genre de ceux que j’ai notés aux précédents paragraphes. Il pourra donc, arrivé à ce point de développement, au lieu de viser tout d’abord à l’acquisition de conscience de direction pour laquelle je le répète, la science normale 11c nous offre — et pour cause — aucune indication, aucun point d’appui, il pourra, dis-je, mettre à profit ce que nous savons des rêves et l’enseignement résultant des nombreuses expériences faites à ce sujet pour acquérir d’abord la mémoire du rêve, qui devra ensuite le conduire à la mémoire du dédoublement. Le fait que la mémoire ne peut conserver que ce qui a été préalablement dans la conscience l’amènera — plus longuement, plus difficilement qu’en usant de la voie hyperphysique, d’accord — mais enfin l’amènera à acquérir la conscience de ses actes en état de dédoublement, — et le sens de la direction viendra naturellement ensuite.
En fait, on ne sait trop, en pareille matière, sur quelle base repose le souvenir. Tous les sujets qu’à étudiés mon confrère Pierre Piobb (1) ont la mémoire spéciale de
(1) Voir son ouvrage: L’Evolution de VOccultisme. (Henri Durville, imprimeur-éditeur), dans lequel on trouvera une méthode pratique d’étude de l’Astrologie, de la Magie, de l’Alchimie qui peut conduire, selon son auteur, à leur élucidation complète.
leurs faits et gestes en état de dédoublement; presque aucun de ceux que j’ai eu à étudier ne garde le souvenir des actes qu’il a accomplis en cet état, et, quand il le conserve par hasard, ce souvenir est si vague, si confus qu’on se demande s’il n’est pas le résultat d’une autosuggestion antérieure au dédoublement.
Cette différence tient-elle à ce que les sujets de Pierre Piobb opèrent à l’heure astrologiquement favorable? (1) Je n’en sais rien.
Il semble, au moins à mon avis, que cette possibilité du souvenir, après dédoublement, tient à la mémoire en général, à sa force normale plus ou moins grande, et qu’en développant la mémoire générale on doit arriver à quelque résultats en ce qui concerne la mémoire spéciale dont nous nous occupons ici. Je suis amené à en conclure qu’en développant sa mémoire générale l’expérimentateur en dédoublement personnel est appelé à en recueillir des résultats techniques; il peut d’ailleurs employer ce moyen concurremment avec les autres que je viens d’indiquer.
Il existe un certain nombre de procédés ayant pour but de fortifier et de développer la mémoire; on les trouvera dans les traités spéciaux de mnémotechnie. Je ne décrirai ici que cinq exercices, qui me paraissent très efficaces et qui sont tirés du Traité de Yoga de E. Bosc de Vèze; ils sont, par suite d’origine hindoue et peu connus en Occident.
1. — On commencera à compter de un- jusqu’à dix , et on ne laissera rien entrer dans son esprit en dehors de ceci. Dès qu’on aura accompli ce comptage, on aura l’esprit dans un état réceptif: il sera prêt à recevoir toutes les impressions qu’on désirera.
On devra ensuite concentrer son esprit sur cette idée: « Ma mémoire est améliorée; ma mémoire est perfectionnée » (2).
(1) V. Chap. IX, Conditions matérielles, paragraphe Moment . <2) Cet exercice ressortit aux théories de l’auto-suggestion.
On devra pratiquer cet exercice une heure et demie chaque fois, aussi souvent que possible.
2. — On devra choisir neuf ou dix figures qu’on se représentera à l’esprit durant le jour. On les imprimera fortement dans son esprit; ensuite, on devra se les rappeler au moins une fois par jour pendant toute une année; chaque jour, on devra imprimer dans son esprit une nouvelle figure, tout en n’oubliant pas les anciennes; si cependant on en a oublié quelques-unes des anciennes, alors, on ne devra pas concentrer son esprit sur de nouvelles, jusqu’à ce qu’on ait fixé bien fortement dans son esprit toutes les autres.
C’est un exercice des plus intéressants,
3. — S’exercer à ajouter différents totaux en commençant par un nombre d’un seul chiffre, et en augmentant par un nombre de deux, de tA)is, de quatre... chiffres. S’exercer à retenir les chiffres et aussi leur total. Ces chiffres devront être présents à l’esprit d’un jour à l’autre, et, afin de progresser, l’étudiant devra apprendre chaque jour une nouvelle somme.
4. — Il faut concentrer son esprit sur un arbre ou un arbrisseau, et bien se le mettre dans l’esprit; pratiquer la chose deux fois par jour. Chaque fois, il faut y ajouter [dans son souvenir] un arbre ou un arbrisseau [vu] dans un nouvel emplacement; ensuite penser à ceux-ci chaque jour, en conservant bien tout cela dans son esprit.
5. — Chaque soir, après s’être couché, au moment précis où vous aller vous assoupir, dire: « Ma mémoire progresse; mon cerveau est en état réceptif pour recevoir quelque impression que ce soit; je puis compter sur lui. J’ai le contrôle absolu de mes facultés mentales; je puis me rappeler un grand nombre de choses. Ma mémoire progresse chaque jour; chaque jour aussi je remarque maintenant un grand changement dans mes qualités mentales. Mes pensées progressent avec une grande vitesse; mon cerveau est dans de bonnes conditions de
santé, et je veux fermement progresser chaque jour de plus en plus » (1).
Si ces exercices sont accomplis journellement, même pendant un espace de temps fort court, on développe grandement la mémoire. Quand on observe et qu’on peut constater ce développement jour par jour, on acquiert en soi une grande confiance; tandis que celui qui a une mauvaise mémoire en principe, perd confiance en luimême; mais s’il s’aperçoit qu’avec les exercices qui précèdent il obtient des résultats, il perfectionne subitement les mauvaises conditions dans lesquelles se trouve sa mémoire.
Bien que ces procédés puissent paraître bizarres, ils n’en sont pas moins bons pour perfectionner la mémoire; nous ne pouvons donc qu’engager nos lecteurs à les pratiquer, mais avec assiduité et sans aucun découragement.
Il paraît certain que la mémoire ordinaire, ainsi fortifiée et dynamisée, sera plus apte à enregistrer et à conserver le souvenir des faits qui se seront passés au cours d’une période de dédoublement.
I) Usage d'un sujet réceptif ordinaire
Au point où nous en sommes arrivés, je suppose l’expérimentateur en possession sinon de toutes les facultés secondaires du dédoublement que je viens d’examiner successivement, mais au moins de toutes celles qu’il est capable de développer en soi; car, il ne faut pas s’y tromper, la totalité de ces facultés et surtout les dernières, ne s’acquièrent qu’après une longue suite de pénibles efforts et d’essais continus; seuls y parviennent d’emblée les sujets exceptionnellement bien doués, mais combien rares sont-ils? Je ne sais si je n’exagère pas en disant un sur mille. Donc je laisserai de côté cette exception pour ne m’occuper que de la majorité, c’est-à-dire de tous ceux qui sont aptes à s’extériorer de façon
(1) Comme le n° 1, cet exercice est basé sur Pauto-suggestion.
^moyenne, et ceux-là sont légion: c’est moi, c’est vous, c’est quiconque possède quelque neuricité et la patience ainsi que la volonté nécessaires au développement de cette neuricité d’après le système que je viens d’indiijuer, ou tout autre que son instinct ou ses études lui auront montré plus approprié à son organisme.
Ayant, à son gré, suffisamment opéré avec son sujet sensitif, il désire aller trouver, par voie de dédoublement telle autre personne quelconque qu’il lui plaît...
Ici la première recommandation, la recommandation souveraine qu’il convient de faire, c’est, avant tout et en tout, d’agir avec la plus extrême prudence. Et l’acte primordial de cette prudence, c’est de ne jamais aller trouver qui que ce soit sans l’avoir prévenu.
J’ai à peine besoin de dire que, pour agir ainsi, il est .de toute nécessité d’avoir acquis à un degré assez prononcé la visibilité et la tangibilité , sinon le résultat ne peut être que nul, cela est de toute évidence. Mais ces deux facultés constituent une double source de danger si l’on va trouver un « correspondant » non prévenu, — la première pour le correspondant lui-même, la seconde pour l’opérateur.
Bien des cas en effet, peuvent se présenter, en pareille occurence, qu’il a été impossible de prévoir. Examinons rapidement les principaux.
Au milieu de la nuit, vous allez réveiller une personne à l’improviste; de deux choses l’une: ou cette personne vous reconnaît, ou elle ne vous reconnaît pas — et, ti- ■*ée brusquement de son sommeil, il y a beaucoup de chances pour qu’elle ne vous reconnaisse pas; dans l’un .et l’autre cas, des quantités de complications peuvent -surgir. Supposez par exemple que cette personne ait, à votre insu, à son propre insu même, une maladie de cœur; vous pouvez avoir sa mort à vous reprocher. Si •au contraire elle est d’un esprit faible ou tourmenté en ce moment, serez-vous sur de ne pas amener chez elle un éclatement de folie, un transport au cerveau, une maladie nerveuse ou autre? — Mais j’admets que votre correspondant soit un homme d’intelligence vigoureuse.
sain de corps, et entrant instantanément, dès le moment de son réveil, en possession de toutes ses facultés... S’i* ne croit pas aux fantômes, que peut-il penser de l’individu qu’il trouve au milieu de la nuit dans sa propre chambre, sinon que c’est un malfaiteur? Supposez, comme il est logique de le penser, qu’il ait une arme à proximité de sa main et qu’il en use: ce peut être la dissolution brusque de votre fantôme, et, par suite de la répercussion des blessures sur le corps physique, la mort pour vous. Au contraire, il croit aux fantômes? il est au courant des expériences que vous poursuivez? qui vous dit qu’il croit à ce phénomène incroyable parce que inexplicable pour qui ne l’a pas constaté et n’en a pas étudié les théories spéciales? qui vous dit que, pour vous donner une leçon, pour simplement voir ce qui s’ensuivra, il ne lésera pas brutalement votre fantôme?
Donc, il faut partir de ce principe qu’une expérience de cette sorte, essayée sur un sujet non prévenu, présente des dangers de toute nature, dont je ne viens d’indiquer sommairement que les principaux; par suite, je le répète, il ne faut jamais agir sur quelqu’un que l’on n’a pas mis préalablement au courant, et qui a consenti; autrement, c’est-à-dire si vous agissez malgré son refus, vous pourrez vous trouver en présence d’une personne qui, énervée, ne sera pas maîtresse de ses actes, et, pour vous, le danger sera le même que dans les cas précédents.
Mais il ne faut pas non plus faire telle proposition au premier venu. De même que, pour débuter, il vous à fallu avoir recours à un sensitif approprié, de même, il vous faut, pour poursuivre, avoir recours à une personne choisie aussi judicieusement que possible.
Nous avons vu, en effet, plus haut, que l’accoutumance joue un gand rôle dans les actes du fantôme; il se peut donc qu’il ne se montre dans toute sa visibilité au sensitif ordinaire que parce qu’il a l’habitude de se ma-térialiser devant lui: si donc vous l’envoyez vers ui* « correspondant » auquel il n’est pas accoutumé, il y a beaucoup de chances pour qu’il manque de force et ne puisse se faire voir. D’autre part, si les tempéraments
bilieux sont plus aptes que d’autres à percevoir les phénomènes hyperphysiques, cela tient vraisemblement à ce que ces tempéraments leur fournissent les forces nécessaires à leur manifestation.
Il convient donc que, quand vous changerez de sujet réceptif, votre aérosome extérioré rencontre chez le nouveau des conditions d’action semblables à celles qu’il trouvait chez l’ancien, quoique prononcées à un moindre degré. Il convient, par suite, de toujours choisir — au moins dans le principe et pour les premières substitutions de sujets — des tempéraments plus ou moins bilieux-nerveux mais en qui cette qualité soit toujours existante. Il faut, en un mot, profier de ce fait que l’accoutumance joue un grand rôle — encore inexpliqué, mais constaté en bien des cas divers — dans le développement des forces aérosomatiques et de leurs manifestations extérieures, pour, d’abord, habituer le fantôme au changement de sujet, et suite l’accoutumer à se révéler à des tempéraments de moins en moins bilieux; c’est encore là une sorte d’entraînement, facile à suivre pour qui a acquis l’habitude de se dédoubler sans effort.
Dans tous les cas il faut éviter de prendre comme sujets, des enfants dont on pourrait troubler le développement intellectuel; des jeunes filles et des personnes trop nerveuses, d’une neuricité maladive, chez qui la constatation du phénomène pourrait amener une exaltation cérébrale dont on ne saurait mesurer les effets; les malades dont l’esprit courrait le risque d’être frappé de façon fâcheuse; les vieillards dont les facultés déclinantes auraient chance d’en recevoir une impulsion déplorable; les personnes dont les croyances religieuses, plus pieuses qu’éclairées, sont basées sur une irréductible croyance à l’existence du diable, et que la constatation du phénomène pourrait jeter dans un mysticisme malsain, etc. On voit, par cette rapide énumération combien nombreuses sont les catégories d’individus près desquels une telle expérimentation doit être rigoureusement proscrite.
Il convient donc de ne choisir ses sujets que parmi les
gens absolument robustes de corps et d’esprit, de qui ^intelligence est non seulement au-dessus de la moyenne, mais encore ne montre aucune répulsion pour des •études de cette nature. Il faut, en résumé, apporter dans ce choix le même soin méticuleux que prendra le chirurgien forcé de procéder, sur le champ et d’urgence, à une grande opération loin de tout auxiliaire médical et avec des aides de fortune: il cherche, parmi les personnes présentes celles que ne troubleront ni la vue du sang ni l'émotion inhérente au premier spectacle d’une opération; il prendra de préfrence des hommes dans la force de l’àge, des femmes énergiques, etc. Le même critérium doit être employé lorsqu’il s’agit, pour un expérimentateur de dédoublement, de savoir près de quelle personne de son entourage il convient d’opérer, de manière qu’il n’en puisse résulter aucun dommage ni pour le sujet choisi ni pour lui-même.
Plus tard seulement, lorsque de nombreux essais réussis auprès de sujets différents lui auront montré à n’en pas douter qu’il peut se manifester près des tempéraments les plus divers, mais aussi quand il aura acquis de façon imperturbable la conscience de sa direction, il lui sera loisible de faire légèrement lléchir la rigueur de ces règles; dans tous les cas, il ne devra jamais agir auprès de quelqu’un pour qui une expérience de cette nature peut être une cause de dommage matériel, mental ou moral — et ceci, de la façon la plus absolue. Il ne faut pas croire qu’il y a là une simple affaire de conscience (qui, chez certaines personnes, surtout quand il s’agit d’actes que la loi ignore, est souvent d’une trop grande élasticité), mais être bien convaincu que cette façon d’agir peut être une source de dangers non seulement objectifs, mais — ce qui frappera surtout les consciences larges dont je viens de parler — subjectifs. J’en ai mentionné quelques uns dans les lignes qui précèdent: j’aurai à y revenir et à en énumérer d’autres au chapitre suivant. Mais avant, il me reste quelques mots à ajouter à propos du changement de sujet.
Il se peut que la manifestation du fantôme qui se pro-
duit bien avec tel sujet ne donne qu’un résultat complètement nul avec tel autre: cela peut ne provenir que d’un défaut d* accoutumance de la part de l’aérosorae extérioré; il vaut donc mieux persévérer quelque temps*, plutôt que de changer trop rapidement de « correspondant » : des changements répétés ne peuvent que dérouter le fantôme, et l’empêclier d’acquérir des forces, sinon lui enlever celles qu’il possède déjà.
Si, malgré tout, on constate la persistance de la nullité des résultats, il convient d’étudier, plus scrupuleusement encore le sujet employé, se rendre compte si sans être hostile à telles expériences, il n’en éprouve pas quelque ennui, quelque contrainte morale, — savoir en un mot s’il est ou non de ceux qui donnent franchement toutes leurs forces pour aider à la réussite, oui bien s’il est de ces autres qui, en présence de tout ce qui, pour eux, est l’inconnu, le mystère, se recoquevillent sur eux-mêmes dans un sentiment instinctif de refus, plus fort qu’eux, supérieur à toutes les assurances qu’ils ont pu donner de se prêter de bonne grâce au contrôle (1). Il y a quelquefois, à ces échecs, des raisons lrès délicates, personnelles à chaque sujet, et que, pour ce motif, li est impossible d’énumérer ici. C’est à l'expérimentateur de voir, de s’informer... En tous cas, s’il est réduit à changer encore de sujet, il sera bon qu’il revienne quelque temps au premier, près de qui il s’est, développé, pour savoir si cet essai infructueux n’a pas nui à l’acte même du dédoublement et, par suite, à la force du fantôme extérioré.
Du reste, les premières fois que l’on passera d’un sujet réceptif à un autre, il sera toujours utile de revenir une ou deux fois au premier sujet qui doit constituer* à ce point de vue, comme un réservoir de force psychique ou plutôt d’accoutumance et près de qui le fantôme
(1) Les expérimentateurs qui ne sont pas réfractaires aux études occultistes et ceux qui ont déjà eu recours aux offices d’un médium pour acquérir la conscience de direction pourront avec fruit avoir encore recours à cet intermédiaire pour apprendre, par son moyen, des Entité»; familières à l’expérimentateur, quels sont les obstacles qui lui interdirent toute réussite près de tel ou tel sujet.
éprouvera comme un repos après ses tentatives précédentes, un repos qui lui sera en même temps une sorte de réconfort, puisqu’il y retrouvera à la fois le milieu habituel où il s’est développé, et le sujet qui l’accueillait toujours, au cours de son développement avec une réserve d’énergies psychiques qu’il s’assimilait.
Cette seconde phase, avec différents sujets, doit donc évoluer autour du premier sujet comme une machine rotative autour de son pivot.
Il va sans diré qu’il faut toujours procéder avec autant de logique que de prudence, sinon, un faux pas pourrait faire perdre une partie de la force précédemment acquise. On évitera en conséquence de débuter avec un nouveau sujet réceptif au point où l’on en était resté avec le précédent. Au contraire, pour chacun des quatre ou cinq premiers sujets réceptifs il conviendra de parcourir, sous leur contrôle, la gamme entière des opérations faites avec le premier — de façon plus rapide, soit! de façon moins méticuleuse, soit encore; mais enfin en reprenant dès le principe la série des développements successifs.
Alors seulement que l’opérateur sera absolument maître de ses efforts, il pourra abandonner la voie battue et inaugurer de nouvelles expériences: jusque là, il est prudent à lui de ne se regarder que comme un oiseau qui doit apprendre à lutter contre le vent, sous peine, s’il veut voler au-delà de ses forces, de se sentir casser les ailes.