DANGERS DE INEXPÉRIENCE
J’aborde maintenant un chapitre qui doit être mon excuse d’avoir écrit les précédents. Je supplie instamment le lecteur de le lire avec une suprême attention, et de bien se pénétrer de ceci que, si je mets ce chapitre sous ses yeux, ce n’est pas avec l’idée puérile de dramatiser à plaisir une expérience d’ordre supérieur, mais avec celle d’exposer ce qui est, d’une façon absolue, positive, ainsi que cela est, sans rien exagérer comme aussi sans cacher quoi que ce soit.
Pendant que j’énonçais, au début de ce travail, les conditions à remplir pour aboutir au dédoublement de soi-même, je songeais, dans mon intérieur: « J’aurai deux sortes de lecteurs, ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, ou, en d’autres termes, ceux qui ont expérimenté et ceux qui croient que tout cela est de la plaisanterie. Donc, deux sortes de critiques accueilleront la lecture de cet ouvfage: les uns, les premiers, trouveront que je me perds dans des détails oiseux à force d’être inutiles, que je fais des quantités de recommandations enfantines pour ne pas dire naïves; pourquoi? parce que, pour eux qui ont étudié, qui ont expérimenté, tout cela va de soi et doit être naturellement familier à quiconque entreprend de se livrer à une tentative de cette nature; et néanmoins tout cela devait être dit pour être connu de ceux qui, n’ayant jamais ouvert un livre d’occultisme, sentent en eux, soit que le hasard la leur ait révélée, soit qu’ils veuillent vérifier s’ils la possèdent réellement, la possibilité de se dédoubler. Les autres,
ceux qui ne croient à rien de tout cela, qui vivent une vie purement animale, pour ne pas dire végétative, regardant le rêve comme une sorte de folie momentanée, comme une maladie temporaire du cerveau, qui se contentent de manger, boire et dormir sans rien observer autour d’eux, considérant la vie comme quelque chose de lamentable ou de grotesque — suivant qu’ils ont mal ou bien digéré — , sans fatiguer leur mesquine cérébralité à en rechercher les causes, ceux enfin qui ne croient qu’à ce qui frappe leurs sens, qui absorbent une omelette sans songer qu’elle constitue un miracle de la nature puisque personne n’a jamais su expliquer comment et pourquoi un même degré de chaleur liquéfie le beurre (un solide) et au contraire solidifie l’albumine (un liquide), qui n’ont en un mot jamais rien étudié jamais rien observé, ceux-là au contraire, hausseront les épaules et repousseront le livre en s’écriant: « Quelle plaisanterie!... Il faut que l’auteur soit déséquilibré mentalement pour penser qu’un lecteur pourra jamais le prendre au sérieux! »
Or, en ce moment où j’entreprends de montrer les dangers inhérents à l’expérience, je vois derechef ces deux sortes de critiques se dresser devant moi: — A quoi bon, diront les uns — ceux qui savent — à quoi bon ce chapitre? Il est évident que le corps humain n’est pas fait pour se dissocier, et que s’il se scinde en ses éléments constitutifs, ce ne peut être qu’au péril de son existence: deux lignes pouvaient suffire pour noter ce danger. Les autres, par contre, les ignorants, s’écrieront: Voilà donc enfin le mot de l’énigme! L’auteur n’est pas aussi fou que nous pensions... au contraire, c’est un très rusé compère qui, après avoir consacré trois cents pages à nous faire croire à un phénomène irréalisable, entreprend maintenant de se garder à carreau contre tout démenti des faits en nous empêchant de tenter l’expérience par l’étalage de dangers aussi imaginaires que l’expérience elle-même !
Je répondrai aux premiers: Vous savez, mais d’autres ne savent pas, qu’il faut instruire. Je répondrai aux se-
conds par un silence que je les laisse libres de prendre pour de la confusion: cela m’indiffère. Mais je me dois à moi-même, je dois aux lecteurs sérieux qui m’ont suivi jusqu’ici avec la pensée d’accomplir au moins uine tentative, de leur faire toucher du doigt ces dangers auxquels ils s’exposent, non pour leur faire abandonner leur projet, mais pour qu’ils ne l’exécutent qu’en connaissance de cause, c’est-à-dire à la fois avec la conscience du péril et avec le savoir nécessaire pour l’éviter ou le conjurer.
Donc je vais parler des dangers que présente le dédoublement personnel; mais ces dangers sont si multiples et d’espèces si différentes que je vais avoir recours à une classification spéciale dans leur dénombrement. Je les diviserai donc en deux catégories relatives: 1° à l’entraînement préalable; 2° au dédoublement lui-même, et dans ce dernier ordre d’idées je parlerai des dangers: a) matériels; — b ) intellectuels et moraux; — c) psychiques; - — d ) hyperphysiques.
A) Dangers de V entraînement.
Le lecteur se rappelle qu’au cours de ce travail il a été donné deux modes de dynamisation de la volonté, et, pour celle des forces astrales, un double régime: l’uin prépartoire et basé sur le végétarisme pour amener l’équilibre dans le tempérament, l’autre destiné à activer l’excitation nerveuse; l’entraînement de la volonté et la mise en équilibre du tempérament n’offrent rien de dangereux et peuvent être pratiqués n’importe par qui, n’importe dans quelles circonstances. On n’en saurait dire autant de la neurification de l’être qui peut conduire, si l’on n’y prend pas garde, à toutes les neuropathies.. Elle doit donc être absolument interdite à tout individu déjà trop nerveux couramment, comme aussi à celui qui, par suite de circonstances particulières, se trouve momentanément affligé d’un excès de nervosité.
D’un autre côté, il n’est presque personne qui connaisse exactement son propre tempérament, et une er-
reur de diagnostic à cet égard peut entraîner les conséquences les plus déplorables: il ne faut pas qu’un candidat au dédoublement, se connaissant insuffisamment et se croyant apte à subir l’entraînement de neurificalion, aboutisse, en fin de compte, à surexciter inconsciemment son système nerveux jusqu’à la maladie.
Il sera donc d’une précaution élémentaire, pour quiconque veut se soumettre à cette sorte d’entraînement, d’aller pu préalable consulter son médecin habituel , c’est-à-dire celui qui connaît le mieux sa constitution et son tempérament, pour en obtenir une définition sérieuse quant à la composition de ce dernier. Il fera bien, en même temps, de lui dire à quelle fin il lui demande cette consultation, de lui expliquer le but qu’il se propose, et de lui soumettre par le menu le régime qu’il compte suivre. Si le médecin, que je suppose homme de conscience et connaissant parfaitement son client, voit en lui le moindre contre-indication (maladie de cœur, névrose, etc.), il l’en avertira; il détournera de meme de cette expérience le consultant qui lui semblera trop faible ou trop jeune pour la supporter. Enfin, en étudiant avec lui le régime indiqué, il y apportera toutes les modifications que lui semblera devoir comporter l’état physiologique de l’intéressé.
Après cette consultation seulement, on pourra procéder sans danger à F entraînement, à condition de se tenir dans les limites fixées par le médecin. À cet effet, il conviendra non seulement de prendre assidûment et régulièrement sa propre formule biométrique pour en suivre les variations, mais encore de retourner voir périodiquement le médecin qui fera les observations nécessaires pour que la santé de l’opérateur ne devienne pas la rançon du phénomène.
Ceci est le danger physique. Mais il y en a d’autres.
La sensibilité des forces astrales devient extrême en tout individu qui oriente sa pensée vers les choses mystérieuses; il en résulte, chez lui, un état anormal au point de vue qui nous occupe, et avec lequel il convient d’user d’un excès de prudence.
Enfin il ne faut pas que l’attente de l’expérience dégénère en idée fixe qui amènerait rapidement une fatigue et même un surmenage cérébral.
Avec le soin de conserver son calme, avec des distractions appropriées, soit en amusements soit en travaux, on évitera facilement ces deux causes de danger à venir; mais l’autre, la première est plus immédiate, plus intense aussi, et la plus élémentaire prudence ordonne de ne commencer et de poursuivre l’entraînement que sur les avis conformes d’un médecin.
B) Dangers du dédoublement .
Ces dangers, je viens de le dire, sont variés et peuvent être classés en plusieurs catégories que je vais successivement et succinctement examiner.
1° Dangers matériels .
Il serait vraiment puéril de discuter en détail si, quand il y a dissociation des éléments de l’être, il y a, ou non, péril mortel. Cela est de telle évidence que je me bornerai à montrer de façon précise quelle est, en cas de dédoublement, la situation exacte du corps physique, base et fondement de tout l’être normal.
Les très belles et très probantes expériences de Hector Durville (1) ont démontré qu’au moment où commence le dédoublement, le corps humain est abandonné par tous ses principes supérieurs, comme le serait un cadavre: le corps mental a emporté avec lui l’intelligence; le corps astral, la sensibilité; et le corps odique, la vie. Cependant on ne peut pas dire, à proprement parler, que ce soit un cadavre, puisqu’il est réuni à son fantôme jtor un lien fluidique qui lui transmet la vie physique et les ordres du système nerveux-sensitif; on pourrait mieux dire de lui que c’est un automate, ou, plus exactement encore, un pantin dont le fantôme tire les ficelles. En un
#(1) Voir son ouvrage: Le Fantôme des vivants, déjà cité (Henri Durville, imprimeur-éditeur).
mot, de tous les principes constitutifs de l’être, il ne subsiste en lui que la partie matérielle et la vie mécanique,, celle qui préside aux fonctions physiologiques inconscientes; encore les expériences de Rochas ont-elles démontré qu’en certain cas les battements du cœur peuvent se ralentir.
L’expérimentateur est donc, en cas d’extérior'ationj, comme l’être humain qui se trouverait soumis à la fois au chloroforme abolissant en lui la sensibilité, au curare qui anéantit la force musculaire, et à un stupéfiant quelconque suspendant les fonctions cérébrales.
Est-ce à dire que le sarcosôme vit alors d’une vie végétative? Pas même, car le végétal possède la sensibilité qui n’existe plus chez le dédoublé. La vie qui reste en lui n’est plus que la vie mécanique inconsciente qui est plutôt de la non-mort que de la vie, tant elle se rapproche de la léthargie lorsque le fantôme (intelligence — sensibilité — vie) n’ordonne aucun mouvement: c’est lui en effet qui comporte la vie véritable, et s’il ne la tranmettait pas au sarcosôme par le lien fluidique qui les unit l’un à l’autre, celui-ci passerait en quelques secondes à l’état de cadavre que rien ne pourrait faire revivre. Et il est aisé de voir à la merci de quels accidents se trouve ce lien fluidique.
Voici pour le dédoublement lui-même; voyons maintenant ce qui se passe lors de l’envoi au loin du fantôme extérioré.
Tant que ce fantôme demeure près du sarcosôme, il comporte en soi le corps odique (c’est-à-dire la vie matérielle) avec lequel il peut se mouvoir dans un rayon de quelques mètres. Mais lorsque le fantôme est envoyé au loin, il s’opère alors une scission en lui: le corps odique, titulaire de la vie, se sépare du fantôme et rentre dans le sarcosôme qui, privé de lui, mourrait rapidement. De même que le corps odique est réuni au sarcosôme par un lien Iluidique transmetteur de vie, de même le fantôme proprement dit (corps astral, corps mental, etc.) est réuni au corps odique par un lien fluidique, transmetteur d’ordres et de sensations. Or, ces deux liens
fluidiques, qui sont de véritables cordons ombilicaux reliant le fœtus expulsé à la mère, s’amincissent de plus en plus, en proportion directe de l’éloignement. Le cordon odico-sarcosomatique ne s’amincit relativement que peu, puisque le corps odique extérioré demeure toujours à proximité du sarcosome. Mais le cordon odicoastral est exposé à atteindre une longueur énorme, quandr par exemple, le fantôme est envoyé à Dakar ou à Nouméa. A quel degré de ténuité doit-il arriver alors! oiv si l’on comprend tous les accidents auxquels est exposé un lien de quelques mètres, il est impossible de supputer tous ceux qui peuvent léser un fil ténu de plusieurs centaines, de plusieurs milliers de kilomètres.
Il convient cependant d’apprécier exactement les choses et de ne pas considérer ce lien comme un fil matériel, soie ou coton. S’il en était ainsi, toute expérience de ce genre serait mortelle. Il est lluidique, c’est-à-dire constitué par une immatière que l’on pourrait dire douée d’une incommensurable élasticité si ce terme n’évoquait une idée purement matérielle: ce n’est donc pas là qu’est le danger, mais en ceci que, comme je l’ai déjà dit, cette immatière est de nature électrique, c’est-à-dire soumise au pouvoir dissolvant des pointes comme l’électricité atmosphérique, et désagrégeable instantanément par un traumatisme subit et violent tel que celui d’un coup de fusil, comme l’est la foudre à l’état globulaire. On voit que les risques de dommage, pour moindres qu’ils sontr n’en constituent pas moins une source d’aléa redoutable.
Il n’y a donc pas à se le dissimuler: toute lésion grave, toute désagrégation partielle subie par le fantôme, par le corps odique ou par les liens fluidiques qui les unissent, c’est la mort sans phases, instantanée, brutale. Au moins est-ce ce qui peut survenir de mieux à l’imprudent, car nous verrons plus loin, en parlant des dangers hyperphysiques, qu’il peut lui arriver quelque chose de plus lamentable encore; de même, à l’article des dangers psycho-physiques, nous examinerons ce que deviennent les lésions plus légères subies par le fantôme.
2° Dangers intellectuels et moraux.
S’il est une qualité qui soit de nécessité absolue pour qui entreprend des expériences de dédoublement, c’est à coup sûr la maîtrise de l’intelligence et la pleine possession de la raison. Quiconque a déjà senti, sous les coups du sort ou par suite de quelque motif que ce soit, chanceler son inteliectuaiité, quiconque a déjà éprouvé, ne fut-ce qu’accidentellement, une obnubilation de sa pensée, quiconque en un mot n’a pas, pour me servir d’une locution populaire mais disant énergiquement ce qu’elle veut dire, le cerveau solidement vissé dans le crâne, doit rigoureusement et de la façon la plus absolue s’abstenir de toucher aux choses du Mystère, à peine de sentir son intelligence sombrer au détour d’une expérience et sa raison s’effriter en lambeaux sous un vent de folie.
Aussi une telle expérimentation doit-elle être énergiquement interdite — aux enfants — aux jeunes filles et jeunes femmes — à l’homme et à la femme qui ne sont pas arrivées à la pleine maturité de leurs forces morales, intellectuelles et corporelles — aux malades — * aux vieillards à moins qu’ils n’en aient pris l’habitude au temps de leur vigueur et qu’il n’y ait pas eu pour eux une trop longue interruption de ces expériences — aux individus de mentalité délicate ou fragile — aux caractères faibles et indécis qui pourraient, dès le premier semblant de réussite, s’en trouver fondamentalement bouleversés — aux ignorants qui, au premier incident incompris d’eux en cours d’essais, seraient désemparés et affolés, en un mot à tous ceux qui n’ont pas l’acquis d’énergie, de sang-froid, de savoir, d’intelligence et de raison nécessaire pour pouvoir parer sur-lechamp à toutes les péripéties contraires que comporte ce genre d’expérimentation.
Et je prie le lecteur de croire que je ne noircis pas le tableau à plaisir, dans le but, comme certains peuvent le penser, de détourner de la production d’un phénomène dont cet ouvrage montre la possibilité, mais que les
'dangers signalés sont loin d’être fictifs — sans touteiois être exagérés. En effet, j’ai jusqu’ici montré que le dédoublement est une opération très abordable à beau- < oup, puisque beaucoup s’y livrent inconsciemment durant leur sommeil; mais il y a pour moi un devoir hautain de conscience à éclairer les imprudents et les débiles pour qu’ils sachent bien que si le fait en lui-même ne présente pas un danger au-dessus des forces et de la résolution humaines, il est du moins entouré de circonstances multiples et multiplement périlleuses contre lesquelles il serait fou de ne pas se précautionner — et, pour fauteur personnellement, il serait exécrablement malhonnête et odieux de ne pas mettre le lecteur en garde.
Or, parmi les risques inhérents à cette expérience, les périls intellectuels et moraux occupent le premier rang. Je ne les détaillerai pas par le menu, le sujet serait trop vaste et dépasserait à lui seul les bornes de cet ouvrage; il me suffit de les signaler, pour que chacun, si peu qu’il réfléchisse, les touche en quelque sorte du doigt. Mais certainement le danger mental l’emporte de beaucoup sur le péril moral, car, il ne faut pas se le dissimulée, c’est côtoyer un abîme de folie que de se livrer à une tentative si en dehors de toute condition de vie normale, et ceux-là seuls pourront l’aborder qui ont la science, l’énergie et la force de caractère nécessaires pour arriver à la réussite. Pour ceux qui s’exposent à tomber en chemin, à quoi bon un essai dérisoire dont le résultat le plus clair sera d’apporter le trouble dans leur cerveau?
Il doit en être de cette expérience comme de certaines autres — de chimie, par exemple — dont les dangers sont tels que les maître seuls les réalisent en s’entourant d’un luxe excessif de précautions; quant aux élèves, quant à ceux, même, qui n’étant plus des élèves n’ont pas le besoin absolu d’opérer personnellement, ils <se contentent de lire les procès-verbaux, d’étudier théoriquement les procédés d’action, et de juger si les résultats annoncés répondent bien au but de l’opération.
Quant au reste, ils laissent à plus forts, plus savants, plus résolus qu’eux-mêmes, le soin de faire les recherche pratiques et d’expérimenter dans la réalité des choses.
Cependant, comme il faut compter avec la liberté individuelle, fût-elle même dirigée vers un but nuisible, comme ces pages pourront tomber entre les mains de lecteurs qui voudront malgré tout mettre leurs enseignements en pratique, il convient de donner ici une règle de conduite dont l’application aura pour effet d’atténuer au moins, dans une certaine proportion, le péril mental de l’entreprise: c’est, si l’on y tient, de suivre la progression telle qu’elle a été indiquée aux pages précédentes, les entraînements, essais, etc., mais en décomposant le but final en une quantité de buts secondaires et partiels:; le but final est trop haut, trop immense: il écraserait les mentalités mal préparées; tandis qu’il est loisible à chacun d’essayer successivement, par exemple, ce que produira en lui la dynamisation de la volonté ou du corps astral, puis de faire quelques essais, les plus simples, naturellement, de dédoublement — mais avec le ferme propos de renoncer s’il échoue, de ne pas s’entêter et de ne jamais passer à une tentative plus forte avant d’avoir bien réussi, à plusieurs reprises, celle qui précède — avec, aussi, la résolution bien arrêtée de tout abandonner dès qu’il éprouvera la moindre fatigue ou la plus petite exaltation cérébrale. Dans ces conditions, et s’il applique rigoureusement cette ligne de conduite, il a chance de conserver sa mentalité intacte.
Il est, de plus, un autre point sur lequel il importe d’attirer l’attention de l’expérimentateur, car il s’agit de sa propre sécurité.
Il lui faut, dès les premiers essais, se rendre compte si, chez lui, après l’expérience, la réintégration se fait correctement et normalement. Si cette réintégration est pénible et s’accomplit mal, il en est averti par une fatigue générale qui est surtout cérébrale; une sorte de courbature étreint son corps, et il ressent un certain vide dans la tête.
Le cas échéant, il lui est recommandé — et très instamment — de ne pas franchir le degré où il est parvenu, mais de recommencer la même expérience dans des conditions identiquement semblables, et de la réitérer plusieurs fois, jusqu’à ce que cette fatigue particulière ait totalement disparu à la suite.
Seulement lorsque sa réintégration subséquente s’accomplit normalement, c’est-à-dire sans amener avec elle la moindre gêne, il lui est loisible de passer à une auttfe expérience d’ordre différent et de degré plus élevé.
3° Dangers psycho-physiques.
Ces dangers sont basés sur la loi de répercussion qui peut se formuler ainsi: « Toute lésion faite au corps astral se répercute sur le corps physique ». Dans l’état actuel des choses, nous ne savons si la répercussion est immédiate et se fait par l’intermédiaire du lien lluidique, ou bien si elle ne se produit qu’au moment de la réintégration du sarcosôme par le fantôme; mais de quelque façon qu’elle se produise et de quelque façon qu’on l’explique, si incroyable, si inexplicable même qu’elle paraisse, la répercussion est un fait maintes fois constaté et indéniablement établi. Il en a déjà donné quelques exemples dans les chapitres précédents, et j’en ai personnellement constaté d’autres cas des plus étranges au cours de mes expériences (1). Je n’en citerai que deux, dont la bizarrerie montre que le phénomène de répercussion obéit à des lois très étendues et compliquées, bien que nous les ignorions dans leur généralité.
— Au cours d’une séance (1910), Hector Durville, occupé à magnétiser son sujet (Mme Lambert) à qui il faisait face, échauffé par ses efforts de magnétisation, s’enlève un vêtement et le jette brusquement derrière lui en se retournant à demi. Dans ce geste, il heurte du
(1) V. la note finale dans la Sorcellerie des campagnes, 1 vol. in-S°, Paris, S. D. (Henri Durville, imprimeur-éditeur).
bras un fantôme que j’avais amené (1). Ce traumatisme se répercute sur le fantôme alors extérioré cle Mme Lambert, puis, en tin de compte, sur elle-même. L’explication qui m’a été donnée depuis du phénomène est celleci: — Tout acte, produit sur le plan astral et émanant du plan physique, doit retomber par répercussions successives sur le plan physique. Le choc s’était produit sur le fantôme complètement astral; il avait rejailli aussitôt sur le fantôme vivant (c’est-à-dire mi-astral miphysique) avec qui l’autre était en relation à ce moment,, et, de là', soit sur le champ, soit après la réintégration du sarcosôme par le fantôme, sur le corps physique du sujet.
— Une autre fois (1911), avec le même opérateur, le fantôme extérioré de Mme Lambert est doué d’une force telle qu’il prend à la taille successivement deux sujets réceptifs, Mme C.. et Mme L..., et les jette sur le parquet (2). Dans cette chute, Mme C... se fait au genou une forte meurtrissure que le sujet, Mme Lambert, accuse aussi sur son propre genou. L’explication, demandée ensuite,- a été la suivante: : — Une lésion se répercute non seulement de l’astral au physique, mais sur tous ceux qui sont liés lluidiquement. Mme C... avait émané son fantôme sur lequel s’est répercutée la meurtrissure de son genou; ce fantôme était lié iluidiquement à cet instant avec celui de Mme Lambert: celui-ci a également été lésé, et, de lui, la lésion est retombée sur le corps physique de Mme Lambert.
Ces deux faits montrent combien sont complexes les lois du phénomène de répercussion. Il se peut donc que l’expérimentateur qui a opéré son dédoublement se trouve corporellement lésé non seulement par les traumatismes et blessures que reçoit son fantôme extérioré,
(1) Un fantôme de î’Au-Delà. Il s’agissait, pour moi, de mettre en présence un fantôme vivant et un fantôme du Mystère, pour étudier certaines réactions de l’un sur l’autre.
(2) C’est, autant qu’il m’en souvient, au cours de cette même séance que le fantôme extérioré de Mme Lambert bouscula les sièges des assistants comme le montre la figure 16 (p. 120). On voit par là qu’avec le fantôme extérioré, il est des cas où le danger est purement physique.
mais par tous ceux qui atteignent les personnes — et notamment le sujet réceptif — avec lesquelles il est en relation iluidique.
Mais ce qu’il a surtout et avant tout à redouter, il est à peine besoin de le dire, ce sont les lésions qui touchent son propre fantôme; or, celui-ci est exposé à une invraisemblable quantité d’aléas, par suite du dédoublement lui-même, et par suite de sa propre maladresse à se conduire. J’ai expliqué ailleurs d’où provient cette maladresse: le corps astral, habitué à se laisser guider dans ses mouvements par le corps physique auquel il est uni et auquel l’habitude de se mouvoir dans la matière a donné une certaine adresse à éviter les chocs et les heurts, manque par lui-même de cette adresse; il en résulte qu’il se heurte à tous les obstacles (1) et que le sarcosôme souffre de sa gaucherie; et, en état de dédoublement, les occasions de se blesser abondent pour le fantôme. Etudions-les un peu.
Au moment même de l’extérioration, les causes de lésion sont nulles, à moins d’incident imprévu : chute d’un objet quelconque, etc. Mais dès qu’on le fait mouvoir r il se heurte aux meubles de la chambre (2), aux murailles, au plafond même, car dénué de poids, il peut s’élever très facilement (3). Et si on le fait sortir, L’expérience a encore chance d’être plus accidentée, car au dehors, tout est pour le fantôme — maladroit à se guider — , une occasion de blessure, d’autant plus que quand aucun chemin ne lui a été prescrit, pour arriver à un endroit voulu, celui qu’il prend est toujours celui
(1) Dans certains cas d’expériences avec un fantôme objectivement extérioré, lorsque l’on voulait lui faire franchir une porte, il préférait sc dématérialiser complètement et passer par la muraille (quitte à se tematérialiser dans l’autre pièce) plutôt que de passer par la porte où sa maladresse le faisait violemment heurter aux chambranles, ce qui, par suite de la transmission de la sensation du traumatisme au sujet, faisait crier ce dernier.
(2) C’est pourquoi il a été recommandé ailleurs à l’expérimentateur, de visiter soigneusement la pièce où il doit se manifester pour se familiariser avec tous les meubles et objets qui s’y trouvent.
(3) Le fait s’est produit au cours de certaines expériences de Hector Durville, et le sujet endormi ressentait les chocs de son fantôme contre le plafond (V. le Fantôme des Vivants, par Hector Durville, 1 vol. in-12. Paris, IStfcV
qui se rapproche le plus de la ligne droite. Aussi a-t-il l’habitude, dès qu’il est dehors, de s’élever pour passer au-dessus de tous les obstacles; mais enfin, quand il approche du but assigné, il lui faut bien redescendre sur la terre, et alors tout lui est une cause de lésion, depuis le passant qui le heurte (1) jusqu’à l’angle d’une rue qu’il contourne maladroitement.
Mais ce n’est pas tout: il peut lui arriver des accidents réellement invraisemblables en cours de route. J’ai cité plus haut le fait d’un expérimentateur blessé d’un coup violent au ventre pour s’être trouvé, en dédoublement, et sans savoir comment ni pourquoi, au milieu d’une bataille d’apaches: j’aurai à y revenir plus loin; il s’agit là d’un opérateur qui agit toujours prudemment et en s’entourant de toutes les précautions voulues, aussi lui arrive-t-il rarement de rentrer blessé. Mais, par contre, je connais un sujet médiumnique qui a constamment les membres et le corps couverts de meurtrissures, de contusions, d’égratignures et même de plaies plus importantes, le tout provenant de ses multiples sorties en astral. Aussi me suffit-il de lui regarder les bras, et, quand j’y constate l’existence de lésions plus récente» que les autres, je lui dis sans crainte de me tromper: — La nuit dernière, vous avez fait une promenade hors üe vous !
Il est certain que celui qui se dédouble et envoie son fantôme dehors doit s’attendre à une série de mésaventures, car il est rare, très rare, que l’on réintègre le sarcosôme sans plaie ni bosse — suite, çe le répète, de la maladresse d’un corps astral privé de son guide naturel le corps physique: ce sont là les menus désagréments de l’expérieince (2).
Mais tout ceci est généralement peu grave tant que le
(1) Un sujet dédoublé en sommeil magnétique est envoyé chez lui: comme son fantôme gravit l’escalier, il dit à son magnétiseur: — Quelqu’un descend; il va me faire mal en passant. — Rangez-vous pour le laisser passer — Je ne puis pas... Oh! il m’a écrasé le pied... — Après la séance, le pied du sujet était meurtri.
(2) D’ordinaire, on constate, au réveil, l’existence d’un « noir » douloureux sur une quelconque des parties du corps. Lorsque le dédoublement s’est fait inconsciemment, l’opérateur qpi n’est pas averti, se de-
fantôme n’entre en collision qu’avec la matière inerte. 11 en va autrement quand il se trouve en présence d’un être humain qui, par méchanceté, par sottise, par simple manque de sang-froid, — moins que cela, par curiosité incrédule, bête, et voulant voir ce qui arrivera à la suite d’un coup de poignard ou de révolver, blesse le fantôme. Les observations abondent de cas graves de ce genre dont beaucoup ont eu une issue fatale (1). Aussi est-il de la plus grande imprudence, pour qui est arrivé à se dédoubler, d'envoyer son fantôme chez n’importe qui, sans avoir préalablement prévenu la personne: on a, en pareille circonstance, assez d’occasions d’être blessé, même gravement, sans faire naître encore d’autres occasions que l’on peut éviter. Beaucoup de gens, en effet, ne s’endorment qu’avec une arme à leur portée: or, quelle pensée leur peut venir lorsque, tirés brusquement de leur sommeil, ils voient dans leur chambre vaguer une ombre? Ils ne songent qu’à la présence d’un malfaiteur, et leur premier mouvement est en quelque sorte instinctif: faire usage de leur arme. Il existe dans ce sens une observation typique, dite cas Rojanoo, que l’on trouvera dans Y Initiation d’avril 1893: dans l’aventure, la femme — il s’agit d’une sorcière qui se dédoublait — a reçu un coup de sabre qui lésa son fantôme: elle en est morte.
On ne saurait donc trop recommander un excès de prudence en pareille matière; d’autant plus que, si l’on sait dans quels cas on peut affirmer que se produit la répercussion, il en est beaucoup d’autres où elle a lieu en vertu de lois qui nous sont totalement inconnues; j’en ai cité deux observations au début de ce paragraphe, qui, si elles n’avaient pas pris le fait en quelque sorte en flagrant délit de production, auraient semblé incoyables et inexplicables. Et dans combien d’autres circonstances se produit le phénomène de répercussion,
mande avec surprise, en faisant la constatation, comment il a pu se heurter avec une telle force dans son lit... — Ce cas se présente très fréquemment, et il n’est peut-être personne qui n’en ait été victime, tl) Cf. le cas en quelque sorte classique du meunier Bigot.
que nous ignorons, que nous ne pouvons même pas soupçonner !
Je donne ici plusieurs photographies de lésions au corps astral, dans certaines expériences, et répercutées sur le corps physique.
La première présente le développement d’une brûlure hyperphysique survenue dans les circonstances suivantes :
Un soir d’avril 1911, Mme Lambert était dédoublée par M. Hector Durville. Le fantôme, bien extérioré, est envoyé par l’expérimentateur près d’une table d’expérience pour renverser un objet désigné.
Au moment d’abattre cet objet à l’aide de sa main gauche, son avant-bras est saisi par une énorme main, dit le sujet, une main monstrueuse qui le lui tord. Le sujet pousse des cris d’effroi et c’est avec peine que l’opérateur arrive à faire lâcher prise à l’adversaire invisible, puis, le sujet reconstitué, il lui festa, sur l’avantbras gauche, une contracture intense qui ne disparut qu’avec difficulté.
Au réveil, le sujet ne sent plus sa douleur et rentre chez lui; mais la souffrance reparaît au moment où il se couche, et il ne dort pas de la nuit.
Le lendemain, on constate:
1° l’augmentation de volume de l’avant-bras gauche; la mensuration prise à 9 centimètres au-dessous de l’épitrochlée donne à gauche 24 centimètres et à droite 22 centimètres, soit 2 centimètres d’augmentation (fig. XXX) ;
2° une rougeur diffuse s’étendant du pli du coude jusqu’à 5 centimètres de l’articulation du poignet; à 9 centimètres de l’épitrochlée et sur la face antéro-externe de cet avant-bras gauche, on remarque une rougeur plus accentuée mesurant 7 centimètres de diamètre, accompagnée d’une multitude de phlyctènes de la grosseur d’une tête d’épingle, ainsi que le démontre la photographie prise le lendemain de l’accident; en passant la main sur le reste de l’avant-bras, on peut sentir d’innombrables phlyctènes en voie de formation, mais très minuscules à la vue.
Le deuxième jour de cet accident, la rougeur diffuse s’est accentuée; les minuscules phlyctènes du reste de l’avant-bras ont légèrement augmenté de volume; celles précitées de la grosseur d’une tête d’épingle se sont ouvertes pour laisser sourdre une sérosité analogue à celle d’une brûlure au deuxième degré; l’oedème de l’avantbras a maintenant envahi la face dorsale de la main et, par ce fait, la flexion des doigts est devenue légèrement douloureuse.
Le troisième jour, les minuscules phlyctènes ont séché sans s’être ouvertes; celles qui s’étaient ouvertes semblent se sécher en formant une croûteîle; l’œdème de la main gauche persiste encore; légère .diminution dans le volume de l’avant-bras; la douleur diminue sous l’influence d’un traitement approprié (compresses d’eau magnétisée). En résumé, vers le quatrième jour, cette singulière brûlure est en voie de cicatrisation.
Bien que la cause efficiente de cette brûlure soit demeurée assez obscure, il s’agit là, indéniablement, d’une lésion ayant affecté le fantôme vivant extérioré, et répercutée ensuite sur le corps physique
Donc, l’expérimentateur qui se dédouble doit se bien pénétrer de cette idée: son fantôme est appelé à se mouvoir dans un milieu mystérieux, où les embûches vont pour lui revêtir toutes les formes, sans qu’il ait aucune boussole, aucun guide pour lui faire éviter tous les risques qu’il va infailliblement rencontrer.
On m’objectera que ces risques ne sont pas tellement dangereux que l’on n’ait jamais vu personne revenir d’une sortie en astral... D’accord! mais enfin ils existent, j’en ai donné des prèuves, et, à ce titre, je devais les signaler pour engager tout opérateur à la prudence; les fous seuls croient que la prudence est la négation du courage et de la résolution; au contraire, l’expérience de chaque jour nous apprend que les gens les plus braves sont généralement les plus prudents: il est tel malin titulaire de plusieurs médailles de sauvetage, c’est-àdire ayant risqué indéniablement sa vie en pleine tempête, sans hésiter, pour sauver ses semblables, qu’on ne
ferait jamais sortir en mer pour une promenade, quand, à son avis, le temps n’est pas sûr.
Dans les expériences de dédoublement, il faut agir de même; s’informer du danger possible pour s’armer de précautions contre lui, c’est le propre de l'expérimentateur vraiment digne de ce nom, qui pense qu’un péril connu est un péril déjà à demi évité.
On se gardera donc, au cours de ces sorties en astral, d’aller trouver le premier venu, sans d’abord savoir quel accueil vous y attend; c’est même pour cela qu’il a été recommandé de prendre comme sujet réceptif une personne de sang-froid et incapable de le perdre en présence d’une apparition aussi extraordinaire, même prévue, que celle d’un fantôme vivant. Je connais un sujet réceptif qui, bien que prévenu à l’avance de la visite étrange qu’il allait recevoir, et à laquelle il avait donné son adhésion, fut si impressionné par la réalisation du phénomène, qu’il ne trouva qu’une phrase à dire en se dressant sur son séant: « C’est vous, Monsieur X...? As scyez-uous donc ! » Il est évident que ce sujet était alors profondément troublé; supposez que son trouble, au lieu de se traduire par cette phrase hors de circonstance, se soit manifesté par un geste instinctif de défense, que serait-il advenu?
Donc la prudence est à recommander avant tout. Mais quand toutes précautions logiques sont prises, l’homme résolu aborde l’expérience en se fiant à la parole qui m’a été dite un jour: « Il y a un Dieu pour les dédoublés! »
Il est un autre genre de risques psycho-physiques dont il me faut parler ici, bien qu’il ne menace pas l’opérateur, mais parce que le sujet réceptif en peut être victime: je l’ai mentionné ailleurs, au cours de l’étude du développement, parce que sa réalisation donne une preuve évidente du dédoublement: il s’agit des cas où le fantôme brûle , par son attouchement, le sujet réceptif.
Ce cas est plutôt exceptionnel, il convient de le dire tout de suite; mais enfin il n’est que d’une rareté relative et il m’est arrivé plusieurs fois d’avoir à constater sa
production; à ce titre, il importe de lui consacrer quelques lignes d’explication.
En réalité, nous en connaissons l’existence, mais nous ignorons complètement les conditions dans lesquelles il se produit, et nous ne savons qu’une chose, à cet égard, de ce phénomène: c’est qu’il n’est pas constant; pour n’en donner qu’un exemple, je citerai seulement un expérimentateur qui brûle certains de ses sujets réceptifs, en les faisant toucher par son fantôme extérioré, et ne brûle pas les autres.
Cette brûlure, je me hâte de le dire, présente le plus généralement très peu de gravité mais il est aussi quelqus cas où, sans être très importante comme intensité, elle offre cependant une apparence assez sérieuse: j’en donne un spécimen (fig. XXX), qui représente un cas de brûlure reçue au cours d’une séance de dédoublement.
Comment se réalise tel phénomène? Ici encore, nous en sommes réduits aux hypothèses. Je suppose, pour ma part, que le fait se produit non pas directement sur l’organisme matériel, mais sur l’aérosome extérioré du sujet, d’où il se répercute sur le corps physique, et cela, par suite d’une théorie qui m’est personnelle, que, naturellement, je ne donne que sous les plus expresses réserves, et qui est celle-ci: — De certaines expériences particulières, il m’a semblé pouvoir conclure que « lorsque deux substances astrales sont mises en contact, celle qui est la plus pure réagit sur celle qui se rapproche le plus de la matière, à la façon d’un caustique sur des cellules vivantes. Lorsque la substance touchée n’appartient pas à un corps physique, nous ignorons les suites de la réaction; lorsque, au contraire, elle est attachée à un corps vivant de la vie matérielle, il y a répercussion de la lésion du corps astral au corps physique sous l’apparence d’une brûlure qui est, comme nous allons le voir, d’une modalité particulière ne se trouvant dans aucun degré de brûlure normale. »
D’après cette théorie — et en admettant naturellement son exactitude — le fantôme de l’expérimentateur bien extérioré, c’est-à-dire bien dégagé de matérialité, serait
astralement supérieur au fantôme peu extérioré, et par suite, chargé de matérialité, du sujet réceptif; et la réaction produirait une sorte de brûlure répercutée sur le corps matériel de celui-ci; ou encore le corps astral du sujet serait, par lui-même et de sa constitution propre, formé de fluides plus ou moins purs, ce qui expliquerait qu’un même opérateur puisse brûler certains de ses sujets réceptifs alors qu’il laisse les autres indemnes. Je le répète, il y a là certains facteurs très obscurs et qui nous échappent.
D’autre part, si je qualifie de brûlure la lésion qui se produit en pareille circonstance, c’est que l’apparence extérieure de cette lésion ainsi que la douleur qu’elle provoque chez le sujet semblent la classer parmi ce que l’on appelle ainsi d’ordinaire.
Mais un examen approfondi montre généralement dans ce genre de lésion des particularités qui ne se rencontrent dans aucun degré de brûlure normale, c’est-à-dire provenant d’instruments, de vapeurs, de caustiques, etc.; parmi ces particularités, je citerai notamment une desquamation de l’épiderme circonscrivant la plaie, et un hérissement de la peau (chair de poule) circonscrivant lui-même la desquamation sus-indiquée (1). De plus, les brûlures aussi profondes que celles analogues à la lésion représentée par les planches XXX et XXXI laissent très généralement après elle des cicatrices; en aucun cas il n’en va ainsi des sortes de brûlures psychophysiques dont nous nous occupons ici.
Enfin j’aurai tout dit, en ce qui les concerne, lorsque j’aurai ajouté qu’elles se guérissent très facilement en quelques jours avec des applications d’eau magnétisée; j’ignore, faute d’essais en ce sens, l’effet que pourraient produire, sur ce genre de brûlure, des remèdes ordinaires, tels que des applications de liniment oléo-calcaire. d’acide picrique ou d’ambrine.
(1) On trouvera dans une note terminale de la Sorcellerie des campagnes, du même auteur, la description détaillée et la discussion d’une lésion de même nature relevée sur un sujet d’expérience. — Je reproduis ici (fig. XXXI) la photographie qui a été prise lors de cette brûlure.
4° Dangers hyper physiques.
J’ai dit plus haut qu’il était en mon dessein de conduire cette étude jusqu’à son terme sans aborder, autant que possible et seulement quand les lumières de la science normale nous feraient absolument défaut, le côté hyperphysique de la question, laquelle, en somme, peut être résolue en se tenant non pas sur le terrain de la science ordinaire qui, en ceci, n’a fait que nous donner des indications, mais sur celui des observations techniques.
En de rares occasions seulement, au cours de ce travail, j’ai été amené forcément à parler occultisme mais uniquement quand j’y ai été forcé par la nature même du sujet traité (captation et assimilation des énergies des plans supérieurs, dispositions psychiques etc).
Au point ou j’en suis arrivé, il me faut parler occultisme. Le lecteur qui n’y croit pas en sera quitte pour passer ces pages avec un haussement d’épaules, mais ce n’est pas en cachant le danger hyperphysique que l’on peut le neutraliser, et, qu’on l’affirme ou qu’on le nie, je sais pertinemment qu’il existe: je suis donc, bon gré, mal gré, dans l’obligation d’en dire quelques mots.
Il a été parlé plus haut des Entités du Mystère avec lesquelles nous entrons en relation soit directement, quand notre organisme nous fournit les fluides nécessaires, soit indirectement, par l’intermédiaire d’individus doués d’une organisation appropriée. Ce n’est pas ici l’endroit d’étudier leur nature ni leur raison d’être: elles existent et se mêlent à nos actions, tantôt à notre connaissance, et tantôt — le plus souvent — à notre insu: cela suffit.
Pour le spiritisme, ce sont les esprits désincarnés de nos morts, élevés ou inférieurs, bons ou méchants, légers ou sérieux, présentant en un mot toutes les séries de développement intellectuel et moral que nous rencontrons dans l’humanité.
Pour l’occultisme, ce sont des Etres en évolution — Elémentaires — déjà parvenus à un degré supérieur de
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développement, immortels, doués d'intelligence et de responsabilité, et ayant charge de la conduite du monde (1), ou bien des Etres en involution — Elémentals ou Larves — très inférieurs à l'humanité, mortels, et par suite, affamés de vie, doués seulement d’instinct et sans responsabilité, chargés de mouvoir les éléments sous la direction des Elémentaires: les derniers représentent l’animalité du plan astral, alors que les précédents en forment en quelque sorte l’humanité.
Ces deux doctrines étant les plus répandues, je ne m’occuperai pas des autres qui, à cet égard, s’en rapprochent plus ou moins.
Quoi qu’il en soit, nous sommes indéniablement entourés d’Entités, bonnes ou mauvaises, dont les unes nous aident, que nous en ayons conscience ou non, et les autres sont à l’affût de toutes les occasions de nuisance: — soit, selon le spiritisme qui voit en elles d’anciens être humains ayant vécu dans la méchanceté, pour continuer le mal qui a été l’essence de leur vie; — soit, ruivant l’occultisme qui les regarde comme des êtres affamés de vie, pour prendre leur part de notre existence en commettant le mal qui est seul à leur portée et que, d’ailleurs, elles ne savent pas discerner du bien.
Or, il faut reconnaître que, quand nous passons sur le plan astral, nous y sommes fatalement comme désorientés, faute d’habitude; nous n’y évoluons que maladroitement; nous y sommes, en un mot, dans un état d’infériorité absolue, au regard des Entités qui y vivent normalement. Nous sommes donc une proie toute désignée à la méchanceté des Entités basses à qui nous nous livrons en quelque sorte pieds et poings Jiés si nous n’avons pas recours, préalablement, à certaines précautions.
D’un autre côté, il convient de remarquer que, dans notre état normal, le mal que peuvent nous faire les Entités méchantes de l’astral ne saurait dépasser certaines limites — très restreintes si notre genre de vie les
(1) Quelquefois cependant, suivant cette doctrine même, ce sont les âmes désincarnées de vivants qui se manifestent à nous.
écarte, très étendues, au contraire, lorsque nous leur prêtons le liane ou que nous les appelons. Mais le fait même de notre dédoublement nous met en face d’elles dans une situation particulière assez dangereuse: — d’une part, la partie supérieure de notre être, envoyée sur le plan astral s’y meut avec maladresse, gênée par le lien lluidique qui l’attache à son corps matériel; et, d’autre part, le sarcosôme laissé inerte à l’abandon et sans défense sur le plan physique, est exposé à toutes les entreprises sans pouvoir y résister; et il offre une proie trop facile à tous les appétits astraux qui veulent soit revivre pour continuer à faire le mal, soit prolonger leur propre vie en nous volant la nôtre. Donc, dès qu’un vivant extériore son fantôme, c’est-à-dire dès qu’il abandonne sans défense son corps physique, ce corps physique est aussitôt en butte aux attaques d’Entités du Mystère qui voudraient s’y loger; en d’autres termes, quand le maître de la maison est absent, les cambrioleurs se sentent la liberté d’opérer — et ils en usent.
Lorsque le sarcosôme est en proie à une attaque matérielle, il a vite fait de rappeler ses éléments supérieurs au moyen du lien fluidique qui les unit à lui (1). Mais ce lien lluidique est précisément composé en grande partie d’une matière astrale; par conséquent, il sè trouve exposé aux entreprises des Entités astrales. Je ne crois pas, à vrai dire — et sans avoir aucune certitude de ce que j’avance, qui est simplement mon opinion personnelle — je ne crois pas, dis-je, que ces Entités aient le pouvoir de rompre complètement ce lien, me basant sur ceci que la rupture du lien serait la mort pour l’expérimentateur et qu’il semble y avoir une loi supérieure interdisant aux Entités astrales d’interrompre une existence humaine; mais au moins ont-elles le pouvoir, h l’aide de certains agissements, de distendre tellement ce lien, d’y interposer de tels obstacles, que la rentrée de l’aérosôme soit rendue virtuellement impossible. Alors
(1) En cas de blessure ou de traumatisme sur le corps physique, ce rappel se fait instantanément.
elles s’installent dans ce corps sans maître — et c’est la folie !
On peut mettre en fait que dans tous les cas où il y a folie sans y avoir lésion cérébrale, cette folie est causée par l’intrusion d’une larve ou d’un esprit mauvais. — La folie est douce lorsque l’intelligence qui a abandonné son sarcosôme reconnaît l’impossibilité d’y rentrer et se résigne; elle pst, au contraire, furieuse lorsqu’il y a lutte entre le voleur et le légitime propriétaire: ceci explique pourquoi, parmi lés déments, les agités présentent plus de chances de guérison que les autres: leur volonté latente de recouvrer leur organisme vient en aide aux soins de la thérapeutique mentale.
Et remarquez que la doctrine spirite explique tous les genres de démence: l’intrusion d’un esprit qui, de son vivant, fut un ambitieux ou une personnalité puissante, amène la folie des grandeurs; si l’esprit est celui d’un meurtrier, la folie sera sanguinaire, et ainsi de suite.
On voit donc, de reste, et sans que j’aie besoin d’y insister davantage, combien sont terribles les risques hyperphysiques que présente une sortie en astral: — embûches au fantôme d’une part — attaques contre le sarcosôme de l’autre. Et s’il n’y avait pas moyen d’y parer, on peut avancer en toute certitude que le dédoublement de l’être vivant ne saurait présenter que deux issues: la mort ou la folie.
Heureusement, — sans quoi toute expérience de cette nature serait d’une absolue impossibilité — il existe un procédé pour se mettre à Tabri de ces deux éventualités terribles.
Je viens de dire que les Entités du Mystère se mêlent constamment à nos actions, et qu’elles sont, au point de vue de la moralité, bonnes, neutres, ou méchantes. Tout être vivant a donc autour de soi une sorte de réunion de ces Entités, avec prédominance de l’une d’elles (que la doctrine occultiste appelle le maître , la doctrine spirite le guide , et la doctrine catholique l'ange gardien ) qui a mission de veiller sur l’être incarné et de faire naître en lui des impulsions vers le bien.
Mais comment est composé ce groupe d’Entités astrales qui entourent le vivant? Comme le vivant lui-même Vaura voulu ! — Le proverbe: Qui se ressemble s'assemble est plus vrai encore dans l’au-delà que dans notre monde; un homme habitué aux actes vils et aux pensées criminelles s’entoure vite d’Entités viles et criminelles; au contraire, l’homme de bien, le juste, se font un entourage d’Etres de justice et de bonté. La force développée par le vivant à cet égard est telle, qu’elle peut aller jusqu’à influer stir son propre guide qui finit par être neutralisé ou éloigné lorsque l’entourage est trop puissant en méchanceté, ou par être remplacé par un Etre supérieur lorsque les progrès du vivant dans les voies de la morale lui nécessitent un guide d’essence supérieure.
Or, dans tout dédoublement, le guide suit d’ordinaire le fantôme, et c’est l’entourage qui garde et défend le sarcosôme abandonné.
Si donc l’expérimentateur est un homme de bien, ayant su grouper autour de soi, par sa vie antérieure, par ses actes et ses pensées de chaque jour, des Entités d’une moralité élevée; si, d’un autre côté, il n’est guidé dans sa tentative de dédoublement que par des motifs supérieurs de science, de progrès et de charité, il lui sera loisible de s’éloigner sans crainte: il laisse derrière soi de fidèles gardiens qui veilleront jalousement sur son sarcosôme inerte et abandonné, et le lui remettront intact au moment de la réintégration.
Si, au contraire, l’expérimentateur est un pervers, i, n’ayant attiré près de soi jusqu’alors par ses actions et ses pensées journalières que des Etres de mal; s’il veut faire cette redoutable expérience dans un seul but de nuisance, de malignité ou simplement d’égoïsme, il est à plaindre: les Entités qu’il laisse derrière soi seront les premières à livrer l’assaut au sarcosôme sans défense et à se partager ses dépouilles; — on a remarqué que beaucoup, parmi les gens qui se livrent à la sorcellerie et à la goétie, finissent dans le cabanon d’une maison de fous: ce sont ceux qui ont voulu mettre le phénomène
du dédoublement au service de leurs appétits et de leurs passions.
Ceci doit donc être bien entendu: — Quiconque ayant derrière soi une vie qui n’est pas d’une pureté absolue, quiconque ayant vécu jusqu’alors suivant les règles d’une moralité boiteuse, quiconque n’a jamais, dans sa pensée ou dans sa conduite, donné la prééminence à l’altruisme sur l’égoïsme, et veut entreprendre cette expérience dans un but qui n’est pas d’essence supérieure, celui-là, en vérité, fera mieux de s’abstenir. Ce conseil pourra faire ricaner les esprits légers, incrédules et ignorants, pour qui rien n’existe que ce qui tombe sous leurs rsens, et qui puisent dans leur ignorance même le droit de railler tout ce qui dépasse l’étiage bas de leur compréhension, — peu m’importe! Ceux qui savent se rendront compte du point auquel j’ai raison d’agir ainsi.
D’ailleurs, il y a là un danger formidable, insoupçonné de la plupart*, il m’était nécessaire de le mettre en pleine lumière; il fallait qu’après avoir indiqué les voies et moyens de l’expérience, après avoir donné toutes les facilités possibles pour la tenter, j’attire l’attention du lecteur d’aujourd’hui qui peut être un oseur de demain, sur les périls inhérents à telle tentative, et que j’insiste particulièrement, non pas sur les dangers physiques dont le premier venu peut se rendre compte, et mesurer l’étendue, mais, particulièrement sur ceux qui, insoupçonnés de beaucoup, n’en sont que plus redoutables — .et les dangers hyperphysiques sont de ce nombre.
Je supplie le lecteur, s’il n’est pas familiarisé avec ces idées, de ne pas croire que je pousse au noir, que j’exagère par un dilettantisme en ceci déplacé: il doit comprendre que sa tentative, si elle réussit, le fera vivre, pendant toute sa durée, dans un monde qui n’est pas /son monde habituel et normal, et que cet autre milieu ,où il pénétrera présentera ses risques propres qu’il ne pourra éviter qu’en se conformant à la ligne de conduite que je viens d’indiquer et que je résume en deux mots: n’avoir derrière soi qu’une vie pure — n’avoir devant .soi qu’un but élevé.