CHAPITRE XV
ÉTUDE PRATIQUE ü’UN DÉVELOPPEMENT
X... est u<n homme âgé maintenant d’environ 60 ans, assez fort, n’ayant eu, depuis une enfance assez délicate, qu’une maladie importante vers l’âge de 28 ans; en somme, une bonne santé, et un tempérament nerveux-bilieux avec forte prédominance de neuricité. Au moral, c’est un individu très calme, très rassis, de qui la vie s’est écoulée au milieu de travaux intellectuels, scientifiques et autres. Il ne croit ni au merveilleux ni au surnaturel, mettant en pratique ce que l’on a appelé le principe d’Hamlet: « Tout est possible », mais ^admettant que ce qui lui est démontré.
Il y a quelques trente-cinq ou trente-six ans — k date exacte lui échappe — il eut l’occasion de connaître des ouvrages d’occultisme qui sollicitaient sa curiosité Les théories relatives au corps astral lui semblèrent très acceptables parce que conformes à la réalité des choses. Il lut des cas de dédoublement et la pensée lui vint un jour d’essayer sur lui-même si réellement ce phénomène rentrait dans le domaine des possibilités.
Il savait par ses lectures que toute opération hyperphysique (et il regardait alors comme telle l’acte du dédoublement) doit être précédée d’un entraînement spécial d’une certaine durée et basé sur le végétarisme; d’autre part, considérant l’extérioration du corps astral comun phénomène dû à la neuricité de l’organisme, il en conclut que cet entraînement devait également avoir
pour but de développer sa neuricité. Comme on le voit, il y avait du vrai et du faux dans son raisonnement.
En conséquence, il se composa un régime alimentaire plutôt végétarien, se priva de sommeil, s’astreignit à des séances d’électricité et à de profondes méditations sur l’acte projeté, absorba du café et autres excitants; il se coucha régulièrement à une heure et demie du matin, passant la fin de la soirée à réfléchir, dans la pénombre d’une lampe baissée, etc.
Comme il était marié, père de famille, et ne voulait mettre personne au courant de son projet par crainte d’en être détourné, il ne pouvait suivre rigoureusement le régime alimentaire qu’il s’était fixé, de peur de susciter des commentaires, mais il s’en rapprochait dans la mesure du possible. Le hasard fit que la neuricité, qui dominait dans son tempérament, était facilement extensible et se développa au cours de ce régime de vie si imparfaitement qui’il fût suivi. Mais d’autre part, un motif différent et dû au hasard, compensa l’imperfection de ce régimç: pour être plus sûr de sa réussite, il avait assimilé ce dédoublement projeté à une des grandes opérations d’hyperphysique qui exigent un entraînement de quarante jours: le prolongement du régime compensa son irrégularité et amena, en quelque sorte mécaniquement, le résultat désiré, lequel se produisit, peut-on dire, malgré lui.
En effet, tous les soirs, durant quarante jours, il méditait profondément sur son projet, jusqu’à une heure et demie du matin; puis il se couchait avec la volonté très ferme de se dégager dans tant de jours.
Les premiers temps, tout alla bien et sa volonté ne subit aucun affaissement; d’autre part, à certains indices, il sentait s’accroître sa sensibilité nerveuse: tout était donc pour le mieux.
Mais lorsque le terme fixé se rapprocha, l’enthousiasme des premiers jours fit place à de sérieuses réflexions; le danger de l’expérience lui apparut avec toutes ses conséquences extrêmes, et une idée fixe s’empara de lui: « Si je n’allais pas pouvoir réintégrer mon corps phy-
sique? » Il en résulta que la veille ou ravant-veille de la fin de l’entraînement, saisi par une angoisse plus forte <fue lui, à dix heures du soir, il « envoya tout au diable », suivant son expression, et allai se coucher, avec un regret lancinant: celui d’avoir tout fait pour préparer une expérience qu’il abandonnait de la sorte au dernier moment.
Il est à remarquer qu’à son insu, et fatalement, peuton dire, il venait de se mettre dans les conditions les plus favorables pour la réussite de l’épreuve: les nerfs exaspérés à la fois par sa crainte et par le dépit d’abandonner son projet. Cette double pensée le tracassa longtemps, chassa le sommeil qu’il appelait, et ne le laissa s’endormir qu’au moment habituel: une heure et demie.
Que se passa-t-il ensuite II ne sait trop. Voici dans quels termes il me raconta ce qu’il appelait sa mésaventure:
« J’ignore depuis combien de temps je dormais: peutêtre depuis deux minutes, peut-être depuis des heures, je ne sais. Je pris conscience de moi dans une sorte de rêve: je me promenais, au milieu de la nuit dans ma chambre dont, malgré l'obscurité, je distinguais nettement les moindres objets et les plus petits détails. Je sentais en moi un bien-être, une légèreté surprenants; il me semblait qu’à chaque inspiration mon corps s’élevait, comme il descendait à chaque expiration; en un mot, il me paraissait que je llottais dans l’atmosphère. A ce moment, je ne doutais pas que je fusse en train de vivre un rêve lucide. Mais que faisais-je ainsi, et à la suite de quelles conditions hypnagogiques me trouvaisje errant de la sorte dans ma propre chambre? Un rêve a son but, d’ordinaire, vers lequel il s’achemine avec une vélocité qui vous fait vivre parfois des années en quelques minutes... ici, rien de tel! Je vis ma femme qui dormait placidement, et la pensée me vint qu’il ne fallait pas l’éveiller. Je pensai alors à ma fille, qu’il me sembla tout naturel de voir instantanément devant moi, bien que sa chambre fût séparée de la mienne par deux cloisons, toutes portes fermées. Je pensai de nouveau à
ma femme, que je revis. Mais près d’elle, je vis quelqu’un... qui?... je ne sais... un corps humain en sommeih.. Soudain, la pensée me vint que ce corps occupait ma place, que ce devait être le mien!... Alors, dans un éclair, je compris tout: c’était mon corps qui reposait dans le lit... et moi... moi! ou j’étais mort, ou j’étais extérioré!... Et une épouvante me saisit, celle de ne pouvoir réintégrer mon corps, épouvante encore dynamisée par la pensée, si j’étais mort, de toutes les tâches inachevées que je laissais derrière moi. Et j’eus comme un déchirement de désespoir avec la volonté intense, folle, de rentrer dans mon corps... Ici, je ne me rappelle plus... je me retrouvai debout sur le lit (1), cherchant à m’enfuir, pendant que ma femme réveillée en sursaut, cramponnée à moi, m’appelait, essayait de ine retenir, car, le salon étant en réparation, notre chambre était encombrée de meubles; il y avait notamment près du lit une paire de chenêts de bronze pointus, sur lesquels une chute pouvait me faire blesser dangereusement. Sur le moment, je restai dans une hébétude profonde, immobile, ne sachant ce que je faisais; le froid acheva de me rendre possession de moi-même, et je me recouchai machinalement, en murmurant: « J’ai dû avoir un cauchemar! »
« Le lendemain, je m’éveillai fatigué. Ma femme me plaisanta à propos de ma fuite nocturne dont je me gardai bien de dire la véritable raison. Je me promis bien de ne plus recommencer semblable équipée.
« Cependant, à la longue, mes souvenirs, d’abord épars, se coordonnaient. Et je me demandai: « Comment se fait-il que la pensée de ma fille me l’ait fait voir ellemême dormant, immobile, dans son lit? Est-ce ma pensée seule qui m’a mené vers elle, ou bien l’ai-je réellement vue à travers les deux cloisons qui nous sépa^' raient? »
« Cette idée me poursuivait, de plus en plus tenace.
(1) Le choc de réintégration avait dû être si violent qu’il avait fait redresser d’un bond le sarcosôme soudainement ranimé.
en même temps que s’effacait la terreur des premiers moments. Après tout, la réintégration avait été simple, très facile... Pourquoi ne recommencerais-je pas l’expérience — seulement pour voir si c’est uniquement ma pensée qui agit en pareil cas, ou bien si mon corps astral est réellement emporté à la suite de ma pensée?
« Et, l’idée devenant fixe, je résolus de tenter une nouvelle et dernière épreuve, uniquement pour me rendre compte de ce détail qui me hantait.
(( Je repris mon entraînement durant quelques jours, et; un soir, je me couchai avec la ferme volonté de m’extériorer pour aller visiter ma fille dans son sommeil.
« Là encore, je ne puis me rappeler les premiers instants de mon dédoublement. Je me trouvai en complète possession de moi-même, sans savoir comment cela s’était fait, debout, près du lit de ma fille, et la regardant lîien dans sa chambre, dont je voyais tous les meubles. J’éprouvais encore une certaine crainte, mais d’une façon vague, et le sentiment qui dominait en moi était plutôt de la curiosité. Je me rappelle avoir soigneusement examiné les meubles pour bien m’assurer que j’étais en réalité dans cette chambre et que ce n’était pas ma mémoire des objets qui me les faisait voir: en un mot, ils étaient bien, objectivement, devant mes regards et non subjectivement dans mon cerveau. Après quoi, la pensée me vint, que, tout de même, l’expérience était dangereuse et que je ferais bien d’y mettre fin. Je voulus énergiquement rentrer dans mon corps physique — et, de ce moment, je ne me rappelle plus rien.
« Le lendemain, je m’éveillai avec le souvenir très net de ce qui s’était passé...
« Je pensais n’avoir plus à réitérer cette expérience que, malgré son heureuse issue, je persistais à trouver dangereuse, lorsque, en y réfléchissant, un point d’interrogation se dressa dans mon cerveau: « Comment, par quel procédé, étais-je arrivé à réintégrer mon corps physique? » Je ne pouvais, en effet, me rappeler quoique ce fût de cette opération. D’autre part, j’avais lu dans certains ouvrages que le fantôme se trouve relié
ail corps matériel par un lien coloré... je n’avais rieiï remarqué de tel. — Cette pensée, à la longue, devint comme impérative et je résolus de tenter de nouveau l’expérience en me promettant de la façon la plus absolue que cette fois serait la dernière.
« Je m’astreignis de nouveau, durant quelques joursr à mon système d’entraînement, et, un soir, après beaucoup d’hésitation, je me couchai avec la volonté de me dégager.
« Alors, comme les fois précédentes, et sans plus me rendre compte que les fois précédentes combien de temps avait pu s’écouler entre mon assoupissement physique et mon réveil astral, je repris conscience de moi: j’étais près de mon corps physique, mais dédoublé. L’idée maîtresse qui était cause de cette troisième sortie en astral m’apparut; je regardai entre moi et mon corps, et ce fut comme si mon attention avait fait naître l’objet que je n’avais pas encore observé; toujours est-il que, en examinant attentivement je vis une sorte de lien, de gros >oyau, qui sortait très nettement du côté de mon corps matériel et qui, arrivé près de moi s’élargissait en une innombrable quantité de faisceaux lumineux et colorés qui m’enveloppaient tout entier comme dans un vaste filet. C’étaient comme des anneaux successifs d’un rouge jaunâtre ou clair ou bleuâtre qui, tout en étant immobiles dans la chaîne semblaient animés d’un mouvement vibratoire très rapide: quelque chose comme les stries qui se forment dans un tube de Geissler au passage d’un, courant électrique. Je considérais ce lien avec curiosité: il me semblait que si je n’avais pas voulu le voir, il aurait été inaperçu de moi: j’examinai alors plus attentivement mon corps physique qui m’apparaissait, sous les couvertures, comme translucide, mais de façon assez vague; ce souvenir même est un peu confus chez moi, toutefois il me semble que si j’avais voulu en voir fonctionner tous les organes intérieurs, cela ne m’eut pas été impossible. Mais je regardais autour de moi où il nie souvient d’avoir vu comme des mouvements fluidiques circulaires: quelque chose d’analogue, mais sur
une plus vaste échelle — et surtout plus rapide, plus confus — à ce qu’on voit quand on mélange une essence avec de l’alcool et qu’on agite le flacon; ces fluides étaient diversement colorés, de nuances harmonieuses; en môme temps, je les sentais parcourus par des êtres innombrables, mais là encore mes souvenirs sont flottants et sans netteté, ce que j’attribue à ce fait que, voulant voir deux choses à la fois — mon corps physique et mon ambiance — je n’ai bien vu ni l’un ni l’autre* D’autre part, je n’osais pas remuer; il me semblait que le lien m’unissant à mon corps matériel m’attirait vers lui et que j’aurais éprouvé de la douleur si j’avais tenté de lui donner de l’extension en m’éloignant. Car je seniais qu’il était élastique. Quoiqu’il en soit, je cédai à l’attraction qu’il me paraissait exercer sur moi et je rentrai dans mon corps par l’endroit où il sortait de lui, mais d’une façon particulière: ce ne fut pas comme si j’avais pénétré en lui par une ouverture déterminée, mais comme si les faisceaux lumineux qui m’enveloppaient en sortant du lien fluidique s’étaient amplifiés de façon à l’absorber lui-même, et comme si, par suite, il y avait eu fusion des deux corps en un seul.
« Je me sentis alors pris d’un engourdissement rapide, et ne m’éveillai que le lendemain, ayant quelque peine à me rappeler l’expérience dont les détails ne revécurent que peu à peu, avec effort, dans ma mémoire.
« C’était bien là ma dernière tentative de ce genre, car jamais depuis je ne l’ai renouvelée: la pensée terrifiante de tous les obstacles qui peuvent empêcher la réintégration du corps physique m’a toujours empêché de recommencer. Et ce n’est que des années plus tard — un jour où ma femme rappelait l’étrange sursaut qui avait marqué ma première réintégration — que j’en avouai la cause véritable, avec d’autant plus de franchise que je n’avais jamais plus recommencé l’expérience et que je n’avais pas la moindre velléité de la réitérer.»
Quoi qu’en pense l’auteur de cette auto-observtion, il me paraît qu’il a dû plus d’une fois depuis, se livrer à des sorties en Astral, mais de façon inconsciente au
point de vue subjectif, et objectivement soit sans rentrer — au cours de ce dédoublement — sur le plan physique, soit en n’y rentrant que près de personnes incapables de percevoir sa présence près d’elles.
En effet, cette faculté, si curieusement éveillée en lui, subsistait à l’état latent. Il en eut la preuve des années et des années plus tard, quand, dernièrement, une jeune femme qu’il connaît, qui possède des facultés médianimiques assez développées, et, par suite, une grande sensitivité lui dit au cours d’une rencontre fortuite:
— À-h! Monsieur X..., vous me faites d’étranges visites!
— Que voulez-vous dire? Quelle visite vous ai-je faite?
— Il y a trois nuits, vous — non pas vous, mais votre fantôme, votre double, n’importe!... Enfin vous êtes venu chez moi.
— Moi? Vous rêviez!
— C’est ce que j’ai pensé d’abord. Je ne dormais qu’à moitié. Je me suis senti tirer par les cheveux. J’ai d’abord pensé que c’était mon mari en dormant. Je l’ai regardé à la lueur de la veilleuse: il dormait à poings fermés, pelotonné dans la ruelle et me tournant le dos. Cependant, on me tirait toujours les cheveux: je me suis détournée, et vous ai vu: vous étiez debout près du lit et c’est vous qui me tiriez les cheveux. Stupéfaite, je me suis redressée et vous ai regardé: vous avez alors éclaté en un rire silencieux, comme si vous étiez heureux de m’avoir réveillée. Aussitôt j’ai appelé mon mari pour lui faire constater votre présence, mais alors vous avez disparu.
A ce récit, X..., d’abord incrédule, argua de la possibilité d’un songe ou d’une hallucination. Mais devant les affirmations très nettes du sujet réceptif, il pensa que l’affaire valait la peine d’être éclaircie, et il annonça qu’il ferait effort pour aller trouver le sujet certaines des nuits suivantes qu’il ne désigna pas, en vue du contrôle.
Il jugea inutile de reprendre son système d’entraînement: dès lors qu’il pouvait (en admettant qu’il n’y eut pas eu rêve ou hallucination) se dissocier sans prépara-
tifs spéciaux, il pensa superflu de s’astreindre à un régime gênant; de deux choses l’une: ou la perception savait été réelle, et il n’avait rien à faire pour tenter de la renouveler; — ou il n’y avait eu là qu’une hallucination visuelle de cette jeune femme, et il ne tenait pas à se soumettre aux ennuis d’un entraînement particulier en vue de reprendre des expériences qu’il avait dès longtemps et délibérément abandonnées.
Or, plusieurs fois par la suite, cette jeune femme fit savoir à X... qu’elle l’avait revu dans les mêmes conditions; tantôt il lui parlait, et d’autres fois, ne faisait que se montrer sans dire un mot. La plupart du temps, il V^veillait en lui tirant les cheveux, preuve évidente que le fantôme était bien condensé et matérialisé. Et toujours les dates correspondaient exactement à celles où X... avait voulu tenter la production du phénomène par un simple jeu de sa volonté.
Car, pour lui, les conditions de l’épreuve s’étaient excessivement simplifiées: :il lui suffisait de vouloir, avant de s’endormir, aller retrouver sa correspondante, pour que le phénomène s’accomplit — non pas toutes les fois cependant, car il y avait insuccès en moyenne une fois sur deux, ce qui semble, en présence des réussites, devoir être attribué à des conditions accessoires de température, d’atmosphère, etc., qui paraissent avoir modifié également les résultats, car- il se montrait plus bu moins visible, plus ou moins vivant, etc. Peut-être aussi ces différences de degrés dans la réussite provenaientelles des différences d’intensité de la volonté qui produisait le phénomène, car il était des soirs où X... était plus ou moins dispos ou fatigué.
En tous cas un fait était certain: les soirs où sa correspondante annonçait l’avoir vu concordaient bien avec ceux où il avait voulu se dédoubler, à dates très irrégulièrement espacées, en vue dii contrôle, et, en moyenne, deux ou trois fois par mois.
Mais le phénomène présentait une bizarrerie particulière*. bien que se produisant avec une facilité relative jbien plus grande que lors des premiers esais, le dédou-
blement ne laissait aucune trace dans la mémoire de X.*qui ne se rendait compte de l’accomplissement de sa volonté qu’à un détail assez fugitif et difficilement appréciable: un état de légère fatigue où il se trouvait à son réveil et qui disparaissait au moment du lever (1). Aussi voulut-il avoir recours à un contrôle sérieux de la réalité de ses dédoublements, en utilisant le phénomène maintenant bien connu de répercussion des blessures du corps astral au corps physique.
Dans ce but, il pria le sujet réceptif de garder à sa portée une forte aiguille et d’en égratigner, d’en blesser le fantôme à la première occasion, autant que possible aux bras.
Quelques soirs plus tard, il actionnait sa volonté dans le sens du dédoublement; le surlendemain, Mme X... recevait de la correspondante de son mari une lettre qu’il m’a communiquée et dont j’extrais les passages suivants:
« Cette nuit de mercredi à jeudi, je me suis réveillée oppressée, et M. X... était près de moi. J’étais souffrante et je me suis demandé sur le moment si j’étais bien éveillée. Comme cela [la vision] persistait, je me suis levée, et j’ai pris une épingle, puis je suis allée à ma veilleuse... M. X... paraissait navré et très triste (2). J’ai voulu le piquer, mais impossible de l’approcher ! J’allais à lui: il se sauvait à l’autre bout de la chambre, et tout le temps ainsi, pendant quatre minutes. Il était 1 h. 25, M. X... semblait avoir peur de mon épingle. J’étais vexée de ne pouvoir l’atteindre: aussitôt que j’étais près de lui, aussitôt il était ailleurs. Tout à coup je me retourne, et j’aperçois S... (3) qui riait — de la mine de M. X... je pense. Et comme il venait vers M. X... celui-ci a disparu très vivement... »
(1) Ce manque de souvenir provient très vraisemblablement de ce que, dans ces circonstances nouvelles, la ncuricité de X... n’est plus exacerbée comme elle l’était au cours de ses premières expériences par une longue retraite et des exercices mentaux.
(2) X..., interrogé à ce sujet, ne se rappelle aucun motif de tristesse qui aurait pu lui donner un air d’affliction.
(3) J’ai dit que la correspondante de X.., possède des facultés médianimiques: S... est uné des Entités de l’astral qui la visitent le plus souvent.
Dans cette lettre, les faits sont nettement précisés: — La correspondante de X..., pour être sûre qu’elle est bien éveillée, se lève, prend une épingle, va à sa veilleuse, constate l’heure que marque sa pendule au commencement et à la fin de l’apparition, marche vers le fantôme et le poursuit à travers sa chambre pour l’égratigner avec son épingle... Il est bien difficile, il est impossible en ce cas, d’arguer d’hallucination ou de rêve!
D’autre part, X... qui s’intéresse au mouvement occultiste dont ses expériences personnelles lui ont montré le bien-fondé, va de temps à autre dans des réunions psychiques. Vers cette époque, se trouvant dans un milieu de cette nature, il demanda à l’Entité qui se manifestait de vouloir bien l’examiner et lui dire s’il était constitué pour se dédoubler facilement. L’Entité l’a fortement engagé à persévérer dans cette expérimentation, et a conclu: « Vous ne savez pas tout ce que, avec de la persévérance, vous pourriez obtenir dans cette voie. » — L’entretien dont s’agit a eu lieu devant cinq personnes de qui je connais les noms.
Au sujet des sorties de X..., un détail est à noter: c'est que les faits et gestes de la journée qui précède le dédoublement influent généralement sur celui-ci. Dans le cas précité ou X... s’est montré navré et très triste, il me paraît certain que, bien que ne se le rappelant pas, X... devait avoir eu des soucis avant de se dissocier. D’autre part, quelques temps après, il apparut à ce même sujets dansant, sautant, faisant des folies, de façon à le faire rire: or, cette sortie avait eu lieu le soir d’une journée passée en famille, où X... s’était beaucoup amusé après avoir fait honneur à un déjeuner arrosé de vins fins. — Il semble donc acquis que les influences sous lesquelles s’est trouvé placé le moral de l’expérimentateur dans la période de temps qui précède immédiatement le dédoublement agissent sur la nature de celui-ci.
Cependant, X... voulait obtenir la certitude de la réalité de ses sorties en Astral, non qu’il eut des soupçons sur la véracité de sa correspondante qui n’avait aucun intérêt à l’induire en erreur, mais pour se donner à soi-
même la satisfaction de savoir s’il était comme certains expérimentateurs qui ne peuvent se manifester qu’à un seul sujet et qui échouent auprès des autres, ou bien s’il lui était possible d’envoyer son fantôme vers d’autres personnes: la réussite de l’expérience devait lui opporter la certitude poursuivie, que n’avait encore pu lui procurer la répercussion, sur son sarcosôme, d’une blessure volontairement infligée à son aérosôme extérioré.
Dans ce but il s’adressa à une autre personne qu’il savait très nerveuse et qui lui avait fait part antérieurement de certaines visions qu’elle avait eues tant à l’état de sommeil qu’à l’état de veille: il pensait donc trouver en elle un bon sujet réceptif, et lui demanda de ne pas s’effrayer si, à quelque nuit elle le voyait paraître devant elle. Là encore, la proportion des réussites fut, en moyenne, de une sur deux tentatives.
La première fois que le phénomène se réalisa chez cet autre sujet, celui-ci, très troublé — on le serait à moins — d’être ainsi réveillé par son étrange visiteur, ne trouva que ceci à lui dire: — « C’est vous, monsieur X...? Asseyez-vous donc! » — Et le fantôme s’assit.
Une autre fois, comme le sujet percipient ne s’éveilfait pas assez vite malgré ses appels répétés, le fantôme fui saisit le bras droit, et, le lui secouant vigoureusement, le força à sortir de son sommeil. Alors, il lui parla de choses qui les intéressaient tous deux, puis il s’évanouit au milieu d’une fumée assez épaisse (1).
Tous ces détails, naturellement, sont donnés par les sujets réceptifs, puisque X... ne se rappelle maintenant vien de ce qui s’est passé au cours de ses dédoublements; mais il s’exerce en ce moment à acquérir cette mémoire spéciale ainsi d’ailleurs que les autres éléments qui constituent la complète sortie en astral qui lui manquent encore. Dans ce but, il s’étudie à perfectionner ses procédés de dédoublement afin d’arriver à un résultat aussi com-
(1) Sans doute un nœud du congulat de matière astrale, constitutive -lu fantôme, qui avait été violemment désagrégé par un choc du fantôme contre un meuble. — V. à cet égard l’affaire dite de Cideville: le fantôme du berger Thorel, blessé, s’évanouit au milieu d’une si épaisse >umée que les assistants sont forcés d’ouvrir les fenêtres.
plet que possible, et se livre assez régulièrement à ses expériences.
Ce n’est pas dire qu’il n’ait éprouvé quelques mécomptes, et même qu’il n’ait récolté quelques plaies et bosses au cours de ses sorties, car il ne possède pas encore, malgré ses efforts en ce sens, ce que j’ai appelé ailleurs la conscience de sa direction, et il lui est arrivé, à ce sujet, quelques mésaventures dont la plus curieuse est celle qui suit:
En juin 1910, il se trouvait dans une petite ville de Normandie. Un soir, il eut l’idée de s’extériorer et aller trouver un sujet réceptif, Mlle A..., qui habite Paris,dans l’avenue de l’Opéra, mais sans se rappeler ensuite si ce fut de sa part une simple vélléité ou une idée fixe dans la période d’engourdisesment qui précède le sommeil. Le lendemain matin — je rappelle qu’il ne con-' serve aucun souvenir de ce qu’a fait son double en cours de dédoublement, — il se réveilla avec une assez forte douleur au côté droit du ventre, tout près de l’os illiaque. Vérification faite, une ecchymose circulaire de dix centimètres de diamètre, avec boursouflures locales, complètement noire, occupait l’endroit douloureux.
Très intrigué, X... interrogea, Imais vainement, ses souvenirs; il ne se rappelait avoir reçu, ni la veille, ni durant la nuit, un choc assez violent pour lui avoir causé une telle lésion; d’ailleurs, le coup devait avoir été assez fort pour n’avoir pu passer inaperçu ni à l’état de sommeil, ni, à plus forte raison, à l’état de veille.
Il était donc très perplexe et ne savait que penser, lorsqu’un de ses familiers, au courant de ses expériences, lui demanda: Ne serait-ce pas un choc reçu en cours de dédoublement?
Et, en fait, il ne voyait que cette façon d’expliquer la douloureuse énigme.
Précisément, peu après son retour à Paris, j’eus F occasion de le conduire dans un milieu où, à l’aide du Oui-ja, l’on a de très curieuses communications avec le Mystère.
X... s’approcha des opérateurs, exposa les faits, et demanda si l’on pouvait lui en donner l’explication.
— Attendez, que je voie! répondit l’Entité qui se communiquait alors.
Et, après quelques instants consacrés sans doute à l’examen de la lésion, s’engagea l’étrange entretien qui suit, transcrit au fur et à mesure des répliques:
— Vous étiez, dit l’Etre, parti faire une fugue, et vous avez reçu un bon coup, mais qui ne vous était pas destiné.
— - Un coup de quel instrument?
— Un « machin » (sic) contondant.
— Quoi encore? Veuillez préciser. Trique Marteau?
— Ni trique ni... un coup de matraque bien appliqué.
— Mais dans quelle circonstance?
— Vous vous êtes trouvé dans une bataille, et vous auriez pu avoir pis!
Et comme on fait remarquer en riant à l’opérateur, que, durant ses sorties en Astral, il a des fréquentations déplorables:
— M. X... est innocent.
— Mon dédoublement ayant été inconscient, je ne m’explique pas comment j’ai pu me trouver en si fâcheuse compagnie.
— En allant en escapade.
— Mais encore quelles étaient ces gens? Où suis-je tombé?
— Au milieu d’apaches.
— Alors, dans cette bataille, je pouvais être tué?
— Presque.
— En pareille occurence, il doit arriver souvent des accidents que l’on ne peut ensuite expliquer?
— Il y a un Dieu pour les dédoublés.
— Quels étaient ces apaches qui se battaient?
— Deux hommes, trois femmes, et un gros chien.
— Vous venez de parler de risques courus par moi... Quels étaient ces risques?
— Un gros gourdin vous a effleuré la tête.
— Vous venez de dire que c’est un coup de matraque qui m’a touché...
— Le coup de matraque était destiné à celui qui brandissait le gourdin.
— Les dédoublements ne devraient pas assujettir à tant de dangers!
— Pourquoi, quand on sort de chez soi, reçoit-on quelquefois des tuiles?
— Et quel hasard m’a empêché de recevoir le coup sur la tête?
— C’est une des femmes qui a retenu le bras du possesseur du gros gourdin.
— Expliquez-moi donc ceci: La douleur a dû être intense; pourquoi donc, quand elle s’est répercutée sur le corps physique, ne m’a-t-elle pas réveillée?
— Parce que vous étiez très bien dédoublé.
— Et à quel endroit s’est passée cette scène?
— Dans votre quartier, sur les « fortifs » (sic)...
Il est certain que le quartier de X..., à Paris, se trouve sur la ligne droite qui unit la ville de Normandie où il était, au N°... de l’Avenue de l’Opéra où il avait voulu diriger son double; il est non moins certain que X..., quinze jours après cette aventure hyperphysique, portait encore un gonflement jaunâtre et peu douloureux alors (1) mais qui avait été noir d’encre, très large et très sensible et dont des témoins sérieux peuvent certifier l’existence; il est, de plus, certain qu’il ne savait à quelle cause normale rapporter la lésion dont il avait souffert; il est enfin certain que X... s’extériore avec facilité, sans toutefois conserver le souvenir de ce que fait son double durant ces sorties en Astral.
D’autre part, X... a, depuis, fait interroger une autre Entité du Mystère pour contrôler les explications qui précèdent.
Je transcris cette seconde communication telle qu’elle me fut présentée.
« Tu peux dire à X... que les explications fournies sont
(1) Ce soir-là encore, il en fit constater l’existence par témoin.
absolument vraies, et que, d’ailleurs, il recevra encore d’autres coups de matraque. Il est étonné, dit-il, de n’avoir pas été réveillé sur le champ... il y a plusieurs manières de recevoir sur le corps physique les marques faites au corps astral: quand on est très bien dédoublé* on ne se réveille pas toujours; quand on n’est qu’à moitié endormi, une piqûre sur le corps astral peut suffire à réveiller le corps physique... »
Je viens de donner les deux communications reçues as. cet égard, et de présenter les observations relatives à la réalité matérielle du fait, je m’abstiendrai de tout commentaire, laissant le lecteur imaginer ce qu’il voudra s î l’explication qui précède ne lui convient pas. Pour moi* je ne puis prendre parti: la réalité de cette explication: ne m’étant pas matériellement démontrée, l’explication elle-même ne peut être reçue qu’à défaut d’une autre.., — Mais cette autre, je ne la conçois pas. Alors, quoi?
De telles mésaventures, tant qu’elles ne sont pas plus graves, constituent les risques ordinaires que comporte en soi toute expérience de quelque nature qu’elle soitp X... est le premier à en rire et y trouve au contraire un motif pour vouloir acquérir au plus tôt la pleine conscience de ce qu’il fait au cours de ses sorties.
Il y a quelque temps, je lui avais conseillé de donner en quelque sorte mécaniquement la voie à son fantôme* en plaçant sous son oreiller, avant de s’endormir, une lettre de la personne près de qui il désirait se manifester: le corps astral, comme je l’ai expliqué plus haut* devait rencontrer cet objet, au cours de son expansion? hors du sarcosôme, et par suite y trouver un fluide à Isl source duquel il remonterait tout naturellement.
Le 28 août 1910, X... suivit mon conseil et avertit sa femme que le soir il allait essayer de se dégager pour aller retrouver une correspondante qui était en ce moment dans sa famille du côté de Langres. 11 se coucha? après avoir placé sous sa tête une lettre de cette personne*, et s’endormit en voulant s’extériorer. Le lendemain, il s’éveillait avec une certaine fatigue qui lui laissa supposer qu’il avait réussi — et il attendit les événements^
Deux jours plus tard, il recevait une lettre qu’il me communiqua et dont j’extrais les passages suivants:
« A la hâte, je vous envoie ces lignes pendant que mon souvenir est net.
« Vous en faites de jolies, M. X, par exemple! Cette nuit, je fus réveillée, ainsi que mon mari, en sursaut, par un bruit épouvantable. Nous dresser sur notre lit fut l’affaire d’une seconde, et qui est-ce que je vois? M. X... au milieu de la pièce, avec son visage narquois, qui nous regardait. Alors, je m’écrie vers mon mari: « Oh! M. X...! cette drôle de tête! » (je vous répète textuellement). Mais mon mari dit: « Eh bien! qu’a-t-il pu faire tomber pour que cela fasse un bruit semblable?... Si on pouvait arriver à le piquer (1)? »
« Mais il est probable que l’effort que vous aviez fait \ous avait enlevé toutes vos forces, car vous vous êtes effondré, et je ne vous ai plus revu. Aussitôt après, je me suis levée et j’ai constaté qu’une boule à repriser, en bois, qui se trouvait dans une vitrine, près de mon lit, n’y était plus. »
Suivent les détails notés au fur et à mesure des souvenirs de la correspondante et que je replace dans leur ordre logique:
« Je m’en étais servie [de cette boule] le soir même et je l’avais remise à sa place habituelle [dans la vitrine] qui était restée ouverte. Or, cette boule était sous des chaises [faisant face au lit] devant lesquelles vous étiez. Pour moi, vous avez pris la boule et vous l’avez jetée contre le mur, sous les chaises, pour nous éveiller — et vous avez réussi.
« D’autre part, mon mari me dit: :« Je rêvais qu’il allait se pasesr quelque chose. » Effectivement, il s’est passé quelque chose. — Quant à moi, je ne dormais pas positivement, et je pensais (2) que l’on tirait ma couverture, mais je ne peux affirmer, car, sans être endormie, j’étais engourdie: c’est le seul mot que je trouve...
(1) Avec l 'aiguille tenue en réserve dans ce but, selon la recommandation antérieure.
(2) C’est-à-dire: « j’avais la sensation ».
« A peu près tous les deux jours, je vous sens dans mon sommeil, et comme j’ai le sommeil dur en ce moment, il est probable que cela ne vous plaît pas et que vous avez pensé à me réveiller autrement. Quel saut nous avons fait, mon mari et moi!... Je vous demande de recommencer.
« J’ai demandé à C... (1), parce qu’elle était là, si c’était vous qui aviez produit cela; elle m’a répondu: « Il a été aidé, mais la plus. grande partie a été faite par lui. Il fera mieux encore, car il est très bon pour cela. »
Dans le courant de septembre 1910, X... qui se trouvait chez moi, au fond de la Bretagne, entreprit une expérimentation d’une semaine avec ce sujet sensitif qui était alors dans la Haute-Marne: c’est dire qu’il y avait, entre l’expérimentateur et le sujet, une distance d'environ mille kilomètres.
En conséquence, le 1er septembre, il lui écrivit de se tenir prêt depuis le dimanche 4, dix heures du soir, jusqu’au lundi 11, six heures du matin, le priant de placer chaque soir un papier et la boule de bois (2) sur un siège au bas d’une étagère vitrée qu’il savait exister près du lit du sujet: son but était d’arriver à jeter sur le parquet cette feuille de papier ou cette boule, suivant sa force du moment. D’autre part, il ne comptait pas expérimenter tous les soirs, mais seulement le mardi 6, vendredi 9 et samedi 10, de façon à voir si sa présence serait bien notée les jours qu’il voulait se dédoubler.
Or, le vendredi 2, il ne comptait faire aucune expérience, ce jour n’étant pas compris dans la huitaine indiquée; mais le soir, en se couchant, il songea que sa correspondante devait être prévenue depuis le matin; de plus, par une association naturelle d’idées il fut amené à penser à la petite étagère vitrée au pied de laquelle
(1) Je rappelle ce qui a été dit plus haut: cette correspondante est douée de réelles facultés médiumniques, et C... est, comme S..., dont il n été question ci-clessus, une des Entités de l’astral qui la visitent habituellement.
(2) Une houle de bois qui avait servi à des expériences antérieures.
il devait opérer; et il se demanda si elle était placée au pied du lit — qu’il savait occuper un angle de la pièce — ou en face, craignant que son ignorance de la topographie locale ne fit manquer l’expérience, et regrettant de n’avoir pas demandé une explication à cet égard.
C’est sous l’obsession de cette idée qu’il s’endormit, et bien qu’il ne comptât pas se dégager ce soir, bien qu’il n’eût rien préparé en vue de cette éventualité, la dissociation se fit automatiquement et inconsciemment en lui sous l’emprise de cette idée fixe.
Il recevait en effet, peu de temps après, une lettre où sa correspondante lui disait avoir eu son avertissement le 2, et avoir été très étonnée — puisqu’elle ne devait se tenir prête qu’à partir du 4, et que, par suite, rien n’était préparé en vue de l’expérience — de le voir dans la nuit du 2 au 3. « A 11 h. 10, vous êtes venu; je dormais. Sur un buffet qui se trouve à un mètre de mon lit, j’avais placé, dans une petite corbeille, une petite lampe et un bougeoir de poupée que je compte emporter à Paris. Vous avez pris ces deux objets et vous les avez jetés sur le parquet. J’avoue que nous sommes étonnés, mon mari et moi; si je ne l’avais pas vu, je ne le croirais pas. Vous vous êtes écroulé (1) quatre fois, ce qui prouve que vous aviez employé toute votre force à prendre les objets. La cinquième fois vous m’avez dit, sans que je songe à vous adresser la parole: « Je fais des essais, et je ne réussis pas mal, n’est-ce pas, Madame? » Et comme je pensais tout bas: « Mon ami, tu devrais bien te rappeler ce que tu viens de faire! » aussitôt votre visage a changé, et vous m’avez dît: « Je ne sais pas comment cela se fait, mais je ne me suis souvenu de rien encore; mais j’étudie cela en ce moment. Ainsi, l’autre soir où je suis venu...» Alors, vous n’avez pas fini ce que vous aviez commencé; vous vous êtes écroulé, et je n’ai pas su ce que vous aviez voulu dire ».
Ce dégagement ayant eu lieu en dehors de la période réglementaire fixée, n’est rapporté ici qu’à titre docu-
(1) Evanoui par affaissement vers le parquet.
are ïi taire, car il fui: absolument involontaire et amené seulement par les circonstances; quant aux dédoublements de la période indiquée, voici ce qui se passa.
Côté de Vopérateur. — Comme je l’ai dit plus haut, X... comptait se dédoubler, non chacun des jours fixés, mais seulement, dans un but de contrôle, les mardi, vendredi et samedi.
Or, dans la nuit de lundi à mardi, X... ne fit que tousser, sans pouvoir clore l’œil; le mardi, il se leva grippé, courbaturé et hors d’état d’expérimenter. Le mercredi, il en fut de même, et il se demandait s’il n’allait pas écrire au sujet réceptif pour l’aviser de la situation; mais, en somme, la période fixée n’était pas finie, et puis, après tout, il verrait bien ce qui adviendrait s’il ne se dédoublait pas volontairement.
Le jeudi fut employé par lui à se médicamenter, et le vendredi, il constata que sa grippe était enrayée: il résolut donc d’opérer le soir même, le samedi et le dimanche.
Le vendredi soir, X... se couche à neuf heures et demie, après avoir placé éparses sous son traversin, toutes les lettres qu’il possède de sa correspondante; il déploie une grande énergie de volonté pour aller la retrouver; en s’assoupissant, il parcourt mentalement le chemin qui le sépare de la plus prochaine station du chemin de fer, suit la voie jusqu’à Paris, traverse Paris de la gare Montparnasse à la gare de l’Est, suit de nouveau la voie ferrée... Le sommeil le prend alors; un sommeil profond et continu. Il s’éveille à huit heures du matin, très fatigué cérébralement et corporellement, mais ne sachant s’il doit rapporter la cause de cette fatigue à sa dissociation nocturne ou à son malaise des jours précédents; en résumé, il ne croit pas s’être dédoublé, n’étant pps encore remis de son indisposition (1).
Le samedi soir, il se couche, dans les mêmes conditions, à 9 h. 45 après les mêmes préparatifs, et avec une
(1) Comme il n’a pas été vu cette nuit-là, il est probable que, vu son état de santé, il n’a pas eu la force nécessaire pour se manifester.
volonté intense de réussir. Il refait mentalement le chemin et s’endort vers 10 h. 1/4. Il se réveille vers 11 h. 1/2; courte insomnie qui cesse entre 11 h. 50 et minuit. Ensuite, sommeil continu, calme jusque vers 8 heures du matin. Sensation de fatigue surtout cérébrale. 11 croit s’être dédoublé, mais son insomnie vers 11 h. 1/2 lui laisse quelques doutes.
Le dimanche soir, même mode de procéder, coucher à 9 h. 1/2. Sommeil à 10 h. 1/2, d’abord profond, puis agité. Réveils successifs entrecoupés de somnolence jusque vers 5 heures du matin, puis sommeil lourd jusqu’à 9 heures. Fatigue générale. 11 ne croit pas s’être dédoublé.
Côté du sujet réceptif. — Tous les premiers jours de la semaine, jusqu’au vendredi inclus, pas de résultat. Le samedi soir, le dédoublement se produit. Voici en quels termes en rend compte la correspondante.
« Cette nuit de samedi à dimanche, vous êtes venu à une heure moins un quart (1). J’avais laissé la vitrine ouverte et j’avais mis une boule de verre et une feuille de papier blanc sur le premier étage de la vitrine, qui contient en outre des cahiers à moi et quelques livres à vous. (Toute la semaine, j’avais mis ces deux objets sur un pliant devant la vitrine, mais ce jour-là le pliant était occupé par un chien qui ne veut pas coucher ailleurs quie dans ma chambre. Je me demande si ce n’est pas lui qui vous a empêché toute la semaine de venir, et si aujourd’hui seulement vous êtes habitué à lui). Enfin, comme la boule de bois avait été perdue par ce chien, j’ai pris la boule de verre et l’ai mise dans la vitrine ouverte, premier étage dans le bas. Donc, à une heure moins un quart vous êtes venu; vous avez pris la boule et vous l’avez jetée, si bien qu’elle s’est cassée en mille morceaux;* vous avez laissé la feuille de papier mais vous avez pris un livre de Phaneg ( Psychométrie ) et vous l’avez jeté aussi sur le plancher; puis vous vous êtes baissé et m’avez dit en vous balançant: « Mais, Madame.
(1) C’est-à-dire après sa courte insomnie de 11 h. 1/2.
ce n’est plus la même boule » Donc, vous saviez que cette boule était là pour vous. Nous avons éteint notre veilleuse; mon mari voulait essayer de vous voir, mais il n’a rien vu. Je vous ai appelé; vous vous êtes rapproché sur la descente de lit; nous allions vous parler, mais vous vous êtes évanoui. Ce qui m’étonne le plus, c’est que mon chien n’a rien dit, rien du tout !... Je suis bien étonnée de ce que vous avez fait; mais mon idée est que vous n’êtes pas venu le jour que vous vouliez (1); je pense que vous devriez faire cela devant témoins ». . .
L’expérience du dimanche soir ne donna lieu à aucun résultat.
Au courant du mois de novembre 1910, X... assistait un soir, chez M. L... magnétiseur, au dédoublement expérimental d’un sujet magnétique. Pendant une minute, pour faciliter l’opération, le gaz fut éteint. Lorsque la lumière fut refaite, Mme L., qui assistait à l’expérience, à quelque distance de X... et qui est un sujet sensitif et voyant, affirma avoir été touchée, dans l’obscurité, par le double de X...; celui-ci nia d’abord la possibilité de ce fait, car il était resté éveillé, et, jusqu’alors, il n’avait jamais fait l’expérience qu’en cours de sommeil; il croyait que Mme L. avait fait ereur et qu’elle avait confondu quelque projection du sujet expérimenté avec son propre fantôme; cependant il lui fallut bien admettre la réalité du phénomène lorsque le sujet magnétique, mis en état somnambulique, eut déclaré que c’était bien le fantôme extérioré de X... qui avait heurté Mme L. C’était donc pour lui un nouvéau stade de développement franchi, puisque maintenant il se dédoublait à i’état de veille.
Pour acquérir une certitude à cet égard, X... convient avec Mme L. que, durant une nouvelle période d'obscurité qui allait avoir lieu, il ferait effort pour se dégager et envoyer son double la frapper sur l’épaule droite. Après expérience, Mme L. affirma avoir été heurtée à
(1) On a vu, plus haut, que cette sortie était, au contraire, voulue ce jour-là.
l’épaule gauche et à la jambe, et, en ce dernier point, assez fortement pour réclamer de son mari quelques passes magnétiques en vue de retrouver son état normal. Là encore, le fait fut certifié par le sujet magnétique mis en état de somnambulisme: il était indéniable, pour X..., que maintenant il se dédoublait à l’état de veille, et consciemment.
Un peu! surpris de ce progrès inattendu, il interrogea le sujet magnétique, lui demandant s’il avait quelque entraînement à suivre pour augmenter sa force expérimentale soit au point de vue de la neuricité, soit à celui de la volonté.
La réponse fut: — Il n’y a rien à faire du côfé de la neuricité; le corps astral est absolument au point voulu pour se dégager facilement. Par contre, il y a quelques progrès à faire en ce qui concerne la volonté, qui doit acquérir une plus grande énergie: c’est là que doivent tendre vos efforts.
Quelques jours( après, X... renouvelait l’expérience avec Mme L.... qui fut touchée comme précédemment. Mais, chose bizarre! Mme L. chaque fois qu’elle était touchée par X... accusait une sensation particulière de brûlure dont ses autres sujets réceptifs n’avaient jamais encore parlé. Cela tient-il à une disposition particulière de son propre organisme? Cela tient-il à l’état de veille où X... opère avec elle? Seule, une expérimentation ultérieure pourra donner la clé de l’énigme.
— Tout récemment (11 janvier 1911), X... fit une expérience en public, dans un milieu composé uniquement d’occultistes et de psychistes, dans le but de savoir expérimentalement s’il lui était possible de se dissocier dans une ambiance non pas hostile, mais défavorable parce que formée des lluides émanés par la curiosité certaine de l’assistance.
Cette expérience eut lieu dans les conditions suivantes.
X... devait aller frapper un sujet réceptif assis dans l’assistance (1), pendant que deux sujets magnétiques.
(1) Au dernier moment, il y eut une petite modification: le fantôme
placés à sa gauche et mis en état de voyance, devaient décrire à l’assistance toutes les phases de l’opération. D’autre part; plusieurs voyants naturels (le marquis de G..., Mme V... etc.) devaient contrôler les dires des sujets magnétiques.
Pour neutraliser, dans la mesure du possible, les fluides défavorables dus à la curiosité des assistants, X... les pria d’unir leurs volontéss et d’en diriger le faisceau dans le sens de la réalisation du phénomène. Enfin, il eut. recours à un autre moyen de contrôle tiré du métapsychisme.
« En pareil cas, dit-il, je sais qu’il y a lutte autour de moi, que je suis entouré d’Entités du Mystère dont les unes me viennent en aide et les autres au contraire veulent m’empêcher d’aboutir; parmi celles qui me viennent en aide, il en est une surtout qui devra être près de moi; je l’ai décrite sur un papier que je remets sous enveloppe à M. L... qui, comme magnétiseur des deux sujets voyants, devra diriger l’expérience pendant mon état d’anéantissement; il demandera à ces deux sujets de dépeindre les Entités qu’ils vont voir m’aider; le signalement de la principale d’entre elles devra répondre à celui que j’ai mis sous enveloppe et dont, seulement alors, on donnera lecture publique. »
Puis, après avoir fait ses préparatifs (bandeau sur les yeux, tampons d’ouate dans les oreilles, etc.), de façon à n’être distrait par aucune cause extérieure, il s’absorba, en soi-même, dans l’intense volonté de se dégager, appelant à son aide les Entités du Mystère qui, paraît-il, l’aident dans l’accomplissement du phénomène.
Peu de temps après, les sujets magnétiques déclarèrent voir se dégager à sa droite et à sa gauche des vapeurs lumineuses et colorées dont la réunion, à sa gauche, forma le fantôme qui se condensa rapidement.
Dès lors, les voyants de l’assistance eurent la percep-
étant d’ordinaire très craintif, puisque, séparé de l’aérosôme, il redoute toujours d’être blessé, on préféra placer le sujet réceptif en dehors de l’assistance, à environ trois mètres et à la droite de l’opérateur, de façon cjue l’espace les séparant fut libre de tout obstacle.
tion visuelle de ce fantôme, Mme V... déclara voir, ait- ' dessus de l’opérateur, paraître une boule lumineuse, fa il qui fut confirmé par les sujets magnétiques (1),
Ceux-ci alors déclarèrent: — L’opérateur était entoes ré d’Entités de couleur rouge (2) qui formaient cercle autour de lui, et voulaient empêcher le fantôme de s’éloigner du corps physique. Mais, presque aussitôt, des Entités brillantes, bleuâtres (3), s’approchaient de lui* parmi lesquelles ils signalèrent, entre autres, un homme à puissante carrure, aux traits énergiques mais sansbeauté, aux cheveux taillés en brosse, qui paraissait commander...
Quand, ensuite, on ouvrit l’enveloppe contenant le signalement, ce signalement correspondait absolument celui de cette Entité.
Celle-ci rompit le cercle des Etres rouges — toujours: * d’après les dires de sujets magnétiques — et fit place k faérosome de l’opérateur qui s’éloigna du corps physique et circula dans l’espace libre ménagé devant les assistants, parmi lesquels ceux qui étaient voyants constatèrent sa présence et ses déplacements d’accord avec les deux sujets magnétiques.
Ce fantôme se dirigea vers le sujet réceptif, pour le frapper ainsi qu’il était convenu. Mais c’est autour de lui qu’alors s’était reformé le cercle des Etres rouges^ comme pour défendre son approche. Les autres Entité* du Mystère étaient parties, ou, du moins, n’étaient plus visibles.
Est-ce à cette circonstance qu’il faut rapporter le fa(£ que le sujet réceptif ne fut pas frappé par le fantôme vivant extérioré? N’est-ce pas plutôt pour cette autre cause que trois dames présentes — qui ne voyaient dams la tentative qu’un phénomène curieux sans se douter de sa portée scientifique — n’ont cessé de bavarder pendant tout le cours de l’expérience? On ne sait. Mais * sieurs fois, le marquis de G... fut obligé de rappeler as
(1) C’était, très vraisemblablement le corps mental qui se dégagtfa2&<-
(2) Le rouge est, sur le plan astral, la couleur des Entités du m»L-
(3) Le bleu est la couleur des Entités du bien.
-silence ces maladroites assistantes, et de constater qu'il n’y avait pas, dans le public, l’indispensable unanimité de volonté.
Quoiqu’il en soit le fantôme circula devant les assistants pendant un certain temps sans but, et, par suite, sans pouvoir réintégrer le corps physique; ce ne fut •qu’après environ un quart d’heure que la réintégration put se faire.
Un détail est à noter: X... comptait faire l’expérience à la llamme bleue du gaz, c’est-à-dire de manière que chacun pût constater sa présence sur son siège pendant toute la durée de l’expérience; mais dès le début, cette lumière, pourtant faible, gêna les deux sujets magnétiques qui y virent en même temps un obstacle au dégagement du corps astral de l’opérateur, , et demandèrent son extinction. En conséquence, l’expérience eut lieu en pleine obscurité, et la lumière ne fut rétablie — très faiblement et momentanément — que pour lire le signalement placé sous enveloppe. Elle ne fut refaite complètement qu’après que X... eut repris possession de soimême.
Toute la soirée, comme conclusion, il se sentit le cerveau vide et l’organisme fatigué, et, le lendemain seulement, à son réveil, il était redevenu lui-même, c’est-àdire en pleine possession de toutes ses facultés. D’après son dire, de toutes les expériences de dédoublement qu’il avait tentées jusqu’alors, aucune ne l’avait autant fatigué — ce qui tient, selon moi, à la difficulté qu’il avait eue à surmonter et qui provenait de l’ambinace défavorable.
— Le 18 mars suivant (1911), une nouvelle expérience eut lieu dans les memes conditions et dans le même milieu, avec le même sujet réceptif; un des deux sujets magnétiques, destinés à être mis en état de voyance pour décrire les phases du phénomène, avait seul été changé: d’autres voyants naturels se trouvaient dans l’assistance. Le but de l’expérience n’avait pas varié: tenter de frapper le sujet réceptif placé à environ 2ni50 à 3 mètres de l’opérateur; mais un but accesoire avait
été adjoint, voici:
X... avait pensé à tenter de renverser un objet léger placé en équilibre sur une table non loin du sujet réceptif; mais, à F examen, une difficulté s’étalt présentée: d’une part, si l’objet était trop lourd, le double pourrait ne pas avoir la force nécessaire pour agir sur lui; d’autre part, s’il était trop léger, il pouvait être renversé par une autre cause étrangère (trépidation du mur par le passage d’une voiture dans la rue, ébranlement du parquet ou du meuble par le mouvement inconscient d’un ou de plusieurs assistants), etc. En résumé, le résultat pouvait ne rien présenter de convaincant.
Au dernier moment, M. F..., qui avait eu connaissance de la tentative qu’on allait faire, se présenta porteur de deux plaques de verre enduites de noir de fumée, et demanda si X... pourait y faire apposer les mains de son double alin que l’on pût ensuite étudier les empreintes digitales. Cette solution de la difficulté fut aussitôt acceptée par X... et les deux' plaques, placées sur l’extrémité d’un bureau, derrière le sujet réceptif et à environ lm,50 de lui, demeurèrent sous la garde de la personne qui les avait apportées.
Aussitôt l’obscurité faite, le dédoublement commença, bien plus rapide que la précédente fois (ce qui montrerait que le fantôme se familiarise avec le milieu) et décrit dans ses phases générales par le principal sujet magnétique.
X... avait prévenu, comme précédemment, qu’il allait v avoir lutte hyperphysique autour de lui, et avait remis au secrétaire général du groupement où il opérait, la description, sous enveloppe, des Entités qu’il allait appeler, et qui devaient, pensait-il, l’aider.
Il y eut lutte, en effet, car dès que le sujet-voyant eut anoncé que le fantôme, formé à gauche, se préparait à quitter X... pour aller à droite dans la direction du sujet percipient, il vit se révéler un Etre rouge qui s’opposa au passage du double contre lequel il engagea la lutte. Mais alors, une Entité bleue — la même que la dernière fois, et dont la description se retrouva dans l’enveloppe
préparée par X... — intervint, et sépara le double vivant de l’Etre astral. Celui-ci, furieux, se jeta sur le sujetvoyant et tenta de l’étrangler. Ce dernier, épouvanté jeta des cris et voulut prendre la fuite dans l’obscurité. Le magnétiseur eut quelque peine à le saisir, à le ramener et à le faire rasseoir en le calmant. Là, la lutte continua entre le sujet-voyant et l’Etre rouge qui saisit celui-ci au poignet: le sujet-voyant accusa une violente sensation de brûlure, puis parvint à se débarrasser de son adversaire hyperphysique.
Pendant tout le temps qu’avait duré cette scène, oi n. s’était naturellement peu occupé du double de X..., quE avait été perdu momentanément de vue. Quand le calme fut rétabli, les sujets-voyants accusèrent sa présence à. la droite de l’opérateur et en avant de celui-ci; le sujet réceptif déclara le voir s’avancer vers lui, puis, presque aussitôt, annonça que le fantôme venait de lui toucher la main droite. Le double continua sa route vers le bureau où se trouvaient les plaques enduites de noir de fumeé; arrivé là, il demeura quelques instants, comme indécis, et revint vers X...
Il y avait environ dix minutes que durait l’expérience; le magnétiseur en jugea la durée suffisante, et réveilla les sujets-voyants, dont l’un — celui qui avait soutenu une lutte avec l’Entité rouge — donnait des sigués particuliers d’agitation. L’opérateur eut quelque peine à se réintégrer, et Ton fut obligé d’employer, pour lui, le souffle froid.
Alors, on contrôla les résultats de l’opération.
Le sujet-voyant qui avait accusé une brûlure au poignet, dans sa lutte hyperphysique, montra la place où; l’on constata en effet l’existence d’une brûlure: la peai£ était rouge par places (il).
De même, le sujet réceptif montra sa main droite om se voyait également une brûlure (2) mais plus légère
(1) La nature particulière de ces brûlures hyperphysiques a été détaillée ailleurs.
(2) I! a été expliqué plus haut que lorsque X... touche ce sujet, H ïœ* brûle, sans savoir encore si ce phénomène provient de l’organisme pai-
**}ïie sur le sujet-voyant.
On examina alors les plaques: une d’elles portait certains indices que l’on ne savait d’abord à quel motif rapporter: soit à un attouchement très léger, soit à une ■cause accidentelle.
X... annonça à M. F... que s’il avait réellement touché üa plaque, il y aurait report des parcelles de noir de fumée sur son propre épiderme lorsque la réintégration serait complète, c’est-à-dire le lendemain ou le surlendemain.
Pendant les deux jours qui suivirent, X... examina constamment et minutieusement ses extrémités digitales, mais sans y constater aucune trace de noir de fumée: ëï en avertit, par lettre, M. F..., et regarde en conséquence cette partie de l’expérience comme complètement déamée de résultat.
La réintégration complète fut encore plus longue à se faire que la précédente fois: le dédoublement avait eu lieu le samedi soir, et le lundi matin seulement, l’opérateur se retrouva dans son état normal.
En somme, il y avait progrès. Le double, plus familiarisé qu’ antérieurement avec le milieu où il avait à se mouvoir, avait réussi à toucher le sujet réceptif, ce qu’il Savait pu faire à la séance du 11 janvier. Quant à son 'échec au point de vue de l’attouchement des plaqués rffsm* le but d’y laisser ses empreintes digitales, X... le considère comme purement accidentel; il se déclare sûr « le >a réussite à une séance ultérieure, puisqu’il a conscience d’avoir accompli antérieurement, en cet état, des actes qui nécessitaient un plus grand déploiement de forces que n’en exige la simple apposition d’une main sur une plaque.
Cet échec partiel peut, selon lui, tenir à trois causes:
1 La lutte que le double a eu à subir au début du dégagement, et qui l’a certainement affaibli.
2V La présence de trois dames — les mêmes qu’à la
àfëesiiter du sujet, ou Lien du fait que, le dégagement de l’opérateur ayant ’iüctx «rt cours de veille, la force déployée est plus considérable que celle ioÿs.5 <£st mise en jeu à l’état de sommeil.
séance précédente — qu’on lui a dit ensuite n’avoir pas cessé de bavarder entre elles, au lieu de l’aider de leur volonté, comme il l’avait demandé à tous les assistants: il en est résulté pour lui des lluides contraires qui ont neutralisé une partie de ses forces déployées.
3° Enfin le fantôme extérioré est toujours très craintif; peut-être a-t-il eu peur devant l’acte nouveau dont l’aecomplissement lui était demandé, et, par suite, s’est-il dérobé à la volonté de l’opérateur (1).
— Le 20 janvier 1912, un nouvel essai public de dédoublement fut tenté par X... dans le même milieu, composé uniquement, comme on l’a vu, d’occultistes et de psychistes. La technique en fut légèrement modifiée selon les conditions suivantes:
1° La plaque de contrôle, au lieu d’être saupoudrée de poudre de charbon, pour laquelle certaines expériences semblent avoir démontré que le fantôme vivant a de la répulsion, fut recouverte d’une légère couche de talc, et laissée, comme la fois précédente, sous la garde de M* F. qui était venu exprès^
2° Le sujet réceptif, au lieu d’être placé entre l’opérateur et la plaque de contrôle, fut placé au delà de cette plaque, de façon, en attirant le fantôme, à le forcer à passer près de cette plaque.
3° Le sujet magnétique mis: en état de voyance, au lieu d’être placé à la gauche de l’opérateur, fut réuni au. sujet réceptif,' en vue de doubler la force attractive (le iantôme de l’opérateur ayant dans d’autres expériences, montré qu’il était familiarisé avec ce sujet) qui devait amener ce fantôme près de la plaque de contrôle. X... s’était soigneusement entraîné, les jours qui avaient précédé l’expérience, de manière à produire le maximum de résultats.
Avant la tentative, bien que très énervé par son entrai-
(1) Il semble aussi que ]a matière employée pour saupoudrer la g’ace a pu avoir une influence négative. — En effet, les mêmes expériences reprises ensuite avec un sujet, c’est-à-dire avec un fantôme objectivement extérioré ont montré qu’on obtient facilement, de ce fantôme, des empreintes digitales sur de la poudre de talc, mai sjamai& sur du noir de fumée.
peinent préparatoire, X... fit à l’assistance — parmi laquelle se trouvaient un certain nombre de médecins, — une conférence sur le mode de production du phénomène, uniquement pour montrer que si. son organisme était dans un état complètement anormal, le cerveau, en lui, était absolument lucide et en possession de toutes ses facultés.
Après avoir anéanti autant que possible et momentanément en lui chacun des cinq sens qui nous mettent en relation avec l’ambiance, après avoir appelé à son aide l’Entité de l’Astral qui le portège en pareil cas, X..., en ramassant toute sa volonté, s’assoupit dans l’espèce d’anéantissement particulier à cette expérience.
Le sujet voyant indiqua successivement toutes les phases du dégagement et décrivit le fantôme, très grand, très fort, plus net que jamais, suivant lui (1). Dès que le fantôme fut dégagé, à la gauche de l’opérateur, il se mit lentement en marche vers les sujets; mais alors une Entité rouge se forma devant lui, pour l’empêcher de franchir la porte de la pièce où se trouvaient les sujets, réceptif et voyant, et l’appareil de contrôle. Il y eut une sorte de lutte entre le fantôme de X... et cette Entité hostile. Pendant cette lutte, une autre Entité se révéla, qui parait être celle qui aide X... dans ses expériences. Très grande, très forte, elle demeura jusqu’à la fin à la gauche de l’opérateur sur l’épaule de qui reposait sa main droite, et fut vue ainsi par plusieurs personnes de l’assistance.
Enfin, le fantôme de X... réussit à écarter TEntité rouge et franchit le seuil de la chambre voisine, où il resta quelques secondes près de la plaque de contrôle sur laquelle il étendit sa main droite; puis il se dirigea vers les sujets, tira les cheveux du sujet réceptif et frappa au bras le sujet voyant.
(1) Un sujet réceptif habituel de X, qui assistait à l’expérience lui dit cependant après: « Vous étiez indécis de contours et sans, netteté; 'votre fantôme est infiniment plus net, plus lumineux et plus visible quand noua faisons rexpérieiiee dans le privé et que, vous dégageant seul chez vous, vous venez me trouver seule chez moi ». — Cela prouve combien la présence des assistants forme obstacle à la production du phénomène.
Pendant tout ce temps un certain nombre d’assistants, non-voyants , parmi lesquels se trouvait un ami personnel de X..., M. Paul H..., virent autour de son corps physique s’agiter et s’entremêler comme une série de traînées .'lumineuses semblables à des vapeurs phosphorescentes.
Effrayée par la vue de ce phénomène, une jeune femme, Mme T... qui, bien que très nerveuse, avait voulu assister à l’expérience, s’évanouit alors en criant.
Le secrétaire général de la société où se passaient ces faits, se tenait près de X..., prêt à lui donner les soins magnétiques qu’exigeait éventuellement son état, éleva la voix, dans l’obscurité, pour rassurer les assistants, en friant à son tour:
— N’ayez pas peur! N’ayez pas peur!
Ce double cri lit sortir X... de sa torpeur. Son fantôme réintégra son corps physique, et l’on refit de la lumière. X.~ demeura quelque temps avant de revenir complètement à soi, et, tout le reste de la soirée, jusqu’à son départ, il resta dans un certain état de prostration. Quant i* ta jeune femme dont la malencontreuse faiblesse avait m te> fin à l’expérience, elle ne tarda pas à reprendre ses sens, grâce aux soins qui lui furent donnés, mais elle Ütait brûlée à la joue... par quoi?... comment?... (fig. XXXIII).
On examina alors la plaque de contrôle. Elle ne portait '■fjMMS, comme l’eut voulu et comme avait tenté de le faire ^opérateur, d’empreinte digitale que l’on pût identifier, mais au milieu (dans le sens horizontal) et dans le bas ?:me marque particulière comme celle d’un coup: sur une hmgueur de 0,025 légèrement incurvée, et sur une largeur de 0,003, le talc était nettement enlevé; on attribua .vsette trace à un asesz violent coup d’ongle du fantôme ^matérialisé (1).
Mais alors il se produisit un fait éminemment regret-
<1) Par la suite, en répétant l’expérience avec le fantôme d’un sujet objectivement dégagé, on obtint une marque semblable; le sujet interrogé sur le mode de production de cette marque, dit qu’elle provenait non d’un coup d’ongle de son fantôme, mais d’un filament fluidique v/siané par sa main et qui avait touché la plaque. Il est vraisemblable Svfil en avait été de même dans l’expérience de dédoublement personnel.
table. M. F. qui avait désiré contrôler l’expérience ét,:à qui, par suite, avait été confiée la surveillance de la plaque de contrôle, interrogé à cet égard, ne put pas affirme? par oui ou par non si cette marque, pourtant bien visible, se trouvait sur la plaque du contrôle au moment où il e’s avait pris charge. Il se borna à dire qu’il ne pouvait rieæ préciser, ce qui est déjà bizarre pour un contrôleur. Mais ensuite, poussé à bout par les questions précises du se crétaire général qui était sûr que la marque en question avait été faite au cours de l’expérience, il argua que, les deux sujets, réceptif et voyant, n’étant pas très éloigne*: de la plaque, l’un d’eux avait pu, fortuitement, toucher cette plaque.
Or, il est à remarquer qu’en plaçant ces deux sujets m delà de la plaque, le secrétaire général avait demandé à Al F. s’il avait quelque objection à faire relativement à l’em placement de ces sujets, et que M. F. avait déclaré n’avoh aucune critique à présenter.
La conclusion de l’incident est que l’on peut juge? avec quelque sévérité un contrôleur qui ne sait pas dam quel état lui a été remis l’instrument de contrôle, et qui désapprouve, après l’expérience, les dispositions qu’& avait approuvées avant. Et il est à regretter qu’un contrôle digne de ce nom exige des qualités qui ne sont pa* l’apanage de chacun.
Pour en terminer avec cette expérience, voici la lettre qu’un témoin doué de voyance, Mme la comtesse de G«~. .écrivait à l’opérateur quelques jours après et sur sa demande, de manière à avoir un récit précis de l’expérience.
Cher Monsieur,
26 janvier 1912.
C’est avec plaisir que je vous envoie les renseignement que vous me demandez, s’ils vous peuvent être de quelque utilité. Je vais tâcher d’être aussi précise que possible.
I. — Au début de votre dédoublement, je n’ai rien viàl. J’étais à genoux sur ma chaise pour dominer le chapeau dr ma voisine, et je regardais avee la plus grande attention.
II. — Au bout de 4 à 5 minutes, je distinguai au-dessus votre tête, des vapeurs blanchâtres, peu distinctes, niait/
assez cependant pour les voir de forme ovale, et d’environ 40 centimètres de haut.
III. — Quand Mme Lambert (1) a décrit votre venue à la plaque talquée et votre demi-lutte avec le fantôme rouge, je n’ai absolument rien distingué dans V embrasure de la porte où devait se passer le fait. Par contre, alors que je ne regardais que cette embrasure de porte, mes yeux ont été tout à coup attirés par une forme assez blanche pour trancher sur l’obscurité profonde, forme qui se tenait debout à votre gauche, par conséquent très à ma droite. J’étais presque en face de la porte, je ne regardais qu’elle, et mes yeux ont été attirés à votre gauche, c’est-à-dire à ma droite (2). Je dis attirés, car je ne pensais pas du tout à regarder de votre côté, persuadée que votre double était dans la porte où le décrivait Mme Lambert. Donc il a fallu que la forme soit assez précise, assez vive, pour que je tourne brusquement la tête à droite en me disant à mi-voix: « Tiens! qu’est-ce que c’est que ça?»
J’ai donc regardé de toutes mes forces... la forme était très grande — au moins lni,80 — forte, très imposante. Elle semblait avoir les bras (ou le bras) légèrement en avant, et se tenait immobile, parfaitement calme et forte (mes sensations sur ce point sont absolument nettes); elle devait avoir le bras droit posé sur votre épaule gauche. Alors, mentalement, j’ai prié cet être: « Oh! oui, protégez-le! faites qu’il ne lui arrive pas de mal!...» J’ai pensé cela avec force, et c’est là que j’ai vu, au sommet de la forme, deux yeux brillants se tourner vers moi. Et j’ai crié, de saisissement et mes bras se sont tordus de peur... j’ai crié tout haut: « Oh! ce^ yeux! » (3).
A ce moment, disait Mme Lambert, vous alliez revenir. Vous, je ne vous ai pas vu. Mais, au-dessus de votre tête, une ruée de choses blanches, indéfinissables, à hauteur, presque, du plafond, avec des éclairs brillants, s’est précipitée de la porte d’où vous veniez dans le coin où je me trouvais, en roulant au-dessus de vous et de votre Entité protectrice. J’ai encore crié (cette fois, je claquais des dents). Et on a refait la lumière .
Je ne parle pas des points doubles, brillants (des yeux,
(1) Le sujet voyant.
(2) Le témoin joint à sa lettre un petit croquis explicatif qui a pu être supprimé ici en modifiant légèrement cette phrase explicative.
(3) Cette forme est celle de l’Entité astrale qui protège X... au cours de ses expériences.
peut-être?) que j’ai vus çà et là, apparaissant, s’éteignant aussitôt; car cela ressemble si peu à des yeux! Cela n’en a que le rapprochement, c’est-à-dire que je les vois deux par deux, à distance d’yeux humains. Mais ce sont plutôt des étincelles. Est-ce fatigue de la rétine? Est-ce chose -réelle? Les yeux de votre Entité ont été cependant, en y réfléchissant, de même nature, mais plus visibles, un peu plus ternes peut-être, et je les ai vus quatre à cinq secondes * — cinq siècles pour ma frayeur!
Je dis frayeur, mais notez bien que je n’avais pas peur de Lui! Je l’aimais, ce fantôme. J’avais peur simplement de ce que je voyais...
Maintenant, cher Monsieur, voulez-vous me permettre de vous faire part d’une chose que je ne comprends pas. — - Nous étions là cinquante personnes. Parmi ces cinquante, il y avait au moins trois voyantes, Mme Lambert, Mn,e L. et Mme A. Enfin moi, qui ai la chance, le bonheur de voir quelque chose. Eh bien! comment se fait-il qu’à nous quatre nous n’ayons pas vu toutes absolument la même chose? M“e Lambert décrivait votre double et le fantôme rouge. D’ailleurs où elle était, je crois qu’elle ne j^ouvait pas voir dans la salle (1), Mme L. voyait très bien ce que voyait Mme Lambert (2), et cela est logique, puisque le « drame » se passait près d’elles, autour d’elles.
Dans la salle, M,ne A. vous voyait et ne voyait pas votre Entité protectrice (3). Moi, je ne vous voyais pas (4), et je voyais cette Entité, et je sentais qu’elle était brave, que vous n’aviez rien à éraindre; il me .semble enfin que mon âme .sentait les sentiments de son âme...
(1) C’est surtout parce que, en la mettant dans un état de sommeil spécial pour lui permettre de voir, le secrétaire général, qui était son magnétiseur, lui avait ordonné de porter toute son attention sur les faits et gestes du fantôme de X..., dont l’examen formait le but principal de l’expérience: elle ne s’est donc pas occupée de décrire les faits accessoires.
(2) A remarquer que Mme Lambert était en sommeil magnétique, alors que Mme L. était éveillée, à l’état normal.
(3) Il y a là une légère erreur. On avait, paraît- il demandé à Mme A. si elle voyait l’Entité en question. Comme elle pensait que Mme Lambert allait, comme il avait été convenu avant l’expérience, décrire cetto Entité par le menu, elle craignait, a-t-elle dit ensuite, d’influer sur la description que devait faire, pensait-elle, Mme Lambert. Dans ces conditions elle préféra répondre qu’elle rj voyait pas. Après la fin de l’expérience, elle rectifia les faits, mais dans un groupe où n’était pas la signataire de cette lettre, ce qui explique l’erreur de cette dame.
(4) Le témoin parle de fantôme ex*érioré. j
Gomment expliquer cela? Est-ce que, en somme, tout ce qui se meut dans l’au-delà n’est pas de même nature fluidique, que certains fluides sont perceptibles à certains yeux, d’autres à d’autres? Est-ce que mes yeux pouvaient percevoir le fluide brillant de votre Entité (j’emploie les mots que je sens, sans savoir s’ils sont exacts), sans percevoir le vôtre, de nature différente? Et réciproquement, pour Mme A.? Qu’en pensez-vous? (1).
Quel mystère! puisque la présence de plusieurs personnes, de bonne foi, qui voient quelque chose, ne peut pas servir de contrôle (2).
Avec mes excuses pour ceite longue lettre, et souhaitant qu’elle vous trouve tout à fait remis et dispos, recevez, cher Monsieur, etc.
A la suite de cette séance, il m’a été donné de comprendre à quel point la pratique de F occultisme déconcerte certaines personnes — par ailleurs intelligentes — et leur fait commettre les pires bévues au point de vue scientifique.
Plusieurs médecins étaient présents à cette expérience, l’un d’eux que le hasard m’avait fait rencontrer peu après, et à qui je demandais: Que pensez-vous de l’expérience de dédoublement 'à laquelle vous avez assisté? me répondit textuellement: Mais je n’ai rien vu, par conséquent, pour moi, tout cela est fictif! — Vous pensiez donc voir le fantôme qui est invisible pour les vues normales? — Dame! (3).
(1) Là, en efTet, est la solution de l’énigme qui intrigue la signataire de cette lettre. Outre qu’il existe sur le plan astral bien des fluides de nature absolument différentes (odiques ou aithériques, astraux, mentaux, etc.) qui peuvent être perçus par les uns et non par les autres, chaque espèce de fluide présente des quantités de variétés. Il est par exemple évident que la substance astrale qui constitue la base du fantôme du vivant est bien plus chargée de matérialité que celle qui constitue le fantôme du Mystère: ces deux manières d’être de la même substance en font, pour ainsi dire deux substances différentes qui peuvent influencer tel organe sensoriel vivant et passer inaperçues pour le même organe chez un autre individu. N’y a-t-il pas, dans notre monde maté* riel des yeux qui voient mieux de loin que de près ou réciproquement, d’autres auxquels échappe la perception de telle ou telle couleur, etc.?’
(2) On voit, par les notes explicatives qui précèdent, que cette opinion est erronée.
(3) Quand il y a des années, Hectoi Durville fit sur le fantôme des vivants une conférence expérimentale qu’il eut le tort de rendre publique.
Dans la naïveté de eette réponse se décèle la vanité de la science normale, ou plutôt celle de ses tenanciers. Ce médecin ne semblait pas se douter que, pour voir quelque chose de précis au microscope, il faut avoir fait des études spéciales de microscopie; que pour comprendre quelque chose aux débuts d’une maladie, il importe* d’avoir suivi un cours de séméiologie; que, enfin, pour comprendre de visu les résultats d’une autopsie, il importe de posséder quelques notions d’anatomie et de physiologie.
Dans son inconscience scientifique, ce médecin a encore été dépassé par un de ses confrères qui, quelque temps avant, me disait en propres termes: « Je ne puis pas admettre qu’une autre personne voie ce que, moi, je ne vois pas! » Celui-là, on l’aurait sans doute bien surpris en lui apprenant que chacun ne possède pas la même acuité visuelle que son voisin; qu’il existe des myopes qui voient mieux que lui de près, des presbytes qui voient de loin ce qu’il ne voit pas, des daltoniens qui voient les couleurs autrement que lui, et celui-là ne se doute même pas que, pour acquérir toute son acuité, un organe doit subir un certain entraînement, et que c’est en soumettant l’œil à cette sorte d’entraînement qu’on devient voyant. En somme, ce qu’il disait était exactement aussi logique que s’il avait affirmé: « Moi, je ne comprends pas qu’il y ait des gens qui sachent jouer du violon, quand moi, je ne sais pas jouer du violon! » On l’aurait peut-être étonné si l’on avait dit à ce médecin: « Moi, je ne puis pas admettre que vous sachiez soigner des malades alors que moi-même, je ne sais pas! » Il est probable qu’en telle occurence il aurait répondu, avec un sourire de pitié, sinon avec un haussement d’épaules: « Parbleu! il faut avoir fait des études spéciales et avoir acquis la pratique!... » Mais il ne lui vient pas un instant à la pensée que, pour savoir autre chose que ce qu’il sait, ou pour acquérir des fa-
quatre-vingt-dix-neuf pour cent des spectateurs s’attendaient à ce qu’on leur présenterait le fantôme sur un plateau!... Les çiinus habentes devraient être écartés de ces sortes d’études.
cultes qui lui sont forcloses, il faut avoir étudié, avoir pratiqué, s’être, en un mot, soumis à un entraînemer qu’il ne soupçonne même pas pouvoir exister.
J’ai indiqué ailleurs (1) comment et par quel mode ci’entraînement on peut acquérir la faculté de voyance; je me contenterai d’y renvoyer le lecteur sans m’y attarder davantage. Mais tout ceci montre combien certains hommes qui se qualifient de science sont absolument et irréductiblement antiscientifiques! Ceux-là furent peutêtre de bons écoliers pendant leurs études médicales; ils ont sagement appris leurs leçons et, dans la vie, ils les répètent en élèves dociles pour qui rien n’existe en dehors du magister dixit que leur a inculqué l’Ecole; mais il n’ont pas Taine des découvreurs: c’est peine perdue que de leur dire qu’il existe une science en dehors d’eux... ils croient tout savoir! Il est terrible de songer que l’obstacle qu’oppose au progrès l’ignorance des foules n’est rien auprès de la barrière d’inertie que forment les demi-savants qui pensent que rien ne peut exister au-delà de ce qu’ils ont appris! Tout ceci est vraiment lamentable... Passons!
— Ce qui suit est l’étude du phénomène produit par le même opérateur, mais à Timproviste, en quelque sorte, et en dehors de toute participation de sa volonté, ce qui montre avec quelle facilité l’organisme peut prendre Faecoutumance à des actes qui, à première vue, semblent absolument anormaux et contraires à la nature de l’être.
Le dimanche 18 février 1912, X... s’était éveillé avec une intense fatigue qui le tint accablé toute la journée. Autour de lui, sa famille et ses intimes le plaisantèrent vivement, ià maintes reprises, lui disant qu’il avait dû vagabonder la nuit précédente. X... ne pensait pas que sa fatigue fut due à un dédoublement; il l’attribuait plutôt à l’agitation de son sommeil, mais sans être sûr de rien, puisque sa mémoire normale n’enregistre pas encore le souvenir de ce qu’il a fait durant ses périodes de
(1) L'au-delà et ses problèmes (Composition des miroirs magiques* théorie scientifique de la vision dans TAu-delà, méthode pratique...) 1 v. in-12, Paris, 1907. (Henri Durville, imprimeur-éditeur).
dissociation. Toutefois, devant les plaisanteries dont il était l’objet, il songea que si réellement son état de fatigue provenait d’un dédoublement involontaire, il lui faudrait réagir dans la suite contre un phénomène dont la production automatique le laissait ensuite dans un tel état d’abattement. Il se coucha donc de bonne heure en vue de prendre du repos, mais sans pouvoir s’empêcher de réfléchir aux moyens qu’il y aurait d’éviter à l’avenir la production du phénomène à son insu et en dehors de sa volonté.
Le sommeil s’empara rapidement de lui, et le lendemain il s’éveilla complètement dispos et plein d’entrain: toute fatigue de la veille avait disparu, et il vaqua jusqu’au soir à ses occupations habituelles; il était, en un mot, dans un état absolument normal de santé physique et morale.
Aussi ne fut-il pas peu surpris quand le dernier courrieur de la journée lui apporta, sous une seule enveloppe, la double lettre qui suit, provenant d’un de ses plus habituels sujets réceptifs et du mari de celui-ci.
Cher Monsieur X .
Mon mari me dit qu’il va vous écrire, mais moi, je préfère vous adresser aussi mon mot.
Cette nuit, j’étais réveillée par mon mari (à 5 heures moins 10) me disant: « Tu n’entends pas ce bruit? » Il se lève et me montre deux écrins à bague et une petite lampe qu’il ramasse sur le parquet. Il me demande: « Où ces objets étaient-ils? » — Je réponds: « Dans la bibliothèque », et, les yeux encore pleins de sommeil, je me rendors à moitié , tandis que mon mari se recouche.
Au bout d’à peu près cinq minutes, je sursaute dans mon lit parce qu’on m’appelait (la porte de la chambre à coucher était seulement poussée et une veilleuse brûlait derrière elle); s’entendant plus rien, je me renfonce complètement sous mes draps. Aussitôt la même chose se produit. Alors, je m’assieds complètement dans mon lit, et, derrière la porte, je vois votre tête seulement. Vous pensez si je regardais! Et
wjs m’avez dit: « Vous la reconnaissez, la petite lampe de M. (1)? C’est moi qui Fai jetée sur le parquet; il y a autre rho.se, sous la chaise, près de la fenêtre ».
Il faisait sombre, et on ne pouvait pas voir.
Vous me dites encore: « J’ai abîmé la bibliothèque ». Puis encore: « Votre lumière est bien trop forte, madame, je m’en ’ais, mais j’emporte cet éclat de verre (1) ».
Mon mari s’est levé et est allé voir sous la chaise indiquée: 4 y avait ce qu’on peut appeler un compotier de poupée, auquel il manquait une partie du pied que vous avez emqortée; et même, je suis très fâchée après vous, car cela me vient d’une grand’mère.
Vous n’aviez donc pas peur de vous couper? J’imagine que mus avez peut-être le morceau chez vous; ne le jetez pas, /ans me le rendrez.
Ensuite, mon mari est allé voir la bibliothèque, qui n’avait n’en, sauf qu’un livre d’anglais, une boîte de poudre et une ftoîte de perles gisaient sur la carpette. Je me demande comment vous avez eu la force de prendre tous ces objets dans «à bibliothèque où ils sont toujours, les uns sur les autres. 4 est vrai que la bibliothèque n’est jamais fermée, mais cela hq fait rien: quand vous viendrez, vous verrez de quelle fason ces objets sont rangés habituellement.
En tous cas, ce n’est pas moi qui vous ai donné ces objets •sa verre à toucher; vous l’avez bien fait vous-même. J’ai même remarqué que vous sembliez bien joyeux!
Tout cela est bien drôle! Vous voyez qu’il n’y a pas besoin jfËs Esprits pour faire l 'esprit frappeur .
Allons! Quand vous reviendrez, ne me cassez plus rien! Ce mjii m’amuse, c’est que vous avez reconnu la lampe de M.
A bientôt. Monsieur X..., et recevez, etc.
Voici maintenant l’attestation du mari de Mme A., témoin du phénomène (M. A. n’est pas doué de voyance; l n’a donc pas uu le fantôme, il n’a vu que la production des effets physiques du phénomène).
(1) Il s’agit d’une lampe de poupée que le double de X... avait jetée à !*rre, dix-huit mois avant, alors qu’étant au fond de la Bretagne, il expérimentait avec Mme A., alors à M., dans la Haute-Marne. — Voir le '/Æft de cette autre expérience, page 418.
(1) Interrogé ensuite, le sujet ajouta que le fantôme de X... lui montrait un morceau de verre qui était, comme on verra plus loin, le fragdu pied d’une petite coupe de verre.
Cher Monsieur,
Quelques mots pour mon compte personnel.
Monsieur X..., vous voilà aussi fort que les Mahatmas (1)! 3e me suis trouvé cette fois-ci, comme la première, à M., isisms üe bonnes conditions pour observer.
Toiei dans quelles conditions les phénomènes que vous isvets produits (car, il n’y a pas de doute, c’est bien vous qui les avez produits) se sont déroulés.
Jfô était environ cinq heures moins un quart du matin, et Je ^nais de m’éveiller brusquement, sans cause apparente.
Ce réveil s’est produit souvent chez moi, précédant prestoujours quelque phénomène psychique.
Je sautai du lit presque aussitôt pour savoir l’heure qu’il iHaàl: l’aiguille de ma montre marquait cinq heures moins œn quart ou moins vingt. Je me recouchai aussitôt sans réwifier ma femme, mais je ne pus me rendormir.
Il y avait environ dix minutes que j’étais recouché, quand ^entendis un bruit très fort, provenant, me semblait-il, de plusieurs objets tombant par terre au milieu de notre chambre h coucher, et ayant dû se briser.
Je me précipitai de nouveau à bas du lit, j’allumai la lam- ■pe9 et j’aperçus, au milieu de notre chambre, près d’un guéîsdm 1, une petite lampe en porcelaine et deux écrins à bague <çeb gisaient sur le plancher.
M' réveillai ma femme qui n’avait rien entendu, et lui rouirai les objets. Elle parut étonnée, se trouvant encore Ain demi-sommeil, et ne sembla pas y attacher beaucoup an ce.
Je me recouchai donc. Mais, à ce moment, je la vis qui ifxsfil une partie de la pièce plus obscure (car j’avais laissé lampe allumée). Je lui demandai donc ce qu’elle voyait; *ïf,ï- me répondit: « C’est monsieur X... Monsieur X... ajoutatt-e dit qu’il y a encore quelque chose de tombé sous la «Mse... » Et elle me montrait une chaise du doigt. Puis: os qu’il a abîmé la bibliothèque ».
me levai donc une troisième fois, et j’allai ramasser, •ssosss ïa chaise indiquée, une petite soucoupe en verre, avec le pied brisé, et dont il manquait un morceau — assez fort, Su reste. Puis je passai dans la pièce à côté, où je trouvai.
Entités supérieures mais vivant de la vie humaine, scion la doctfùdbae de la Théo sophie.
gisant par terre, au pied d’une petite bibliothèque, deux petites boîtes en carton et un dictionnaire anglo-français.
Ma foi! monsieur X..., j’avoue que ce sont de beaux phénomènes, très probants pour nous. Vous devenez de plus en plus fort, et si vous avez réellement emporté ce morceau découpé, c’est encore mieux!
A votre place, je mentionnerais cette expérience dans une revue spéciale, ou plutôt vaut-il mieux attendre de pouvoir la reproduire avec des sujets réceptifs autres que nous.
Ce phénomène, produit inconsciemment et à l’insu de son auteur, appelle quelques réflexions.
A. — Il paraît vraisemblable que, X... ne songeant pas du tout à se dédoubler ce soir-là, c’est la pensée de chercher les moyens d’obvier à la production inconsciente du phénomène, pensée avec laquelle X... s’est endormi, qui, en créant un monoïdéisme spécial — très puissant — a amené la réalisation du dédoublement.
B. — Le fantôme de X... extérioré, a dp chercher chez quel sujet il allait se rendre. Or, à Paris, les sujets avec lesquels X... a surtout expérimenté sont au nombre de trois: l’un venait d’épro.uver un deuil très douloureux et n’était certainement pas en état de réceptivité; il devait en être de même du deuxième pour quelque cause ignorée; il est donc allé trouver Mme A. qui est, de tous ses sujets réceptifs, celui avec lequel X.,. a le plus expérimenté, celui, par conséquent, avec lequel il est le plus familiarisé, et enfin celui qui, par suite, lui communique la plus grande quantité de force aithérique.
C. — Un fait difficilement explicable est l’emport du morceau de verre: il convient de l’analyser.
On sait que le fantôme vivant est composé: 1° du double aithérique ou corps odique, détenteur de la vie physique, ne s’éloignant jamais, pour ce motif, de plus de quelques mètres du sarcosôme dont il émane; 2° du corps astral qui peut aller n’importe où, mais qui, pai" lui-même, ne peut se matérialiser ni, par suite, agir sur la matière s’il ne reçoit pas communication de la force aithérique ou odique provenant d’un double, le sien ou celui d’une autre personne, du sujet réceptif dans l’es-
pèce; 3° de différents principes supérieurs inutiles à mentionner ici.
Or, dans le cas susdit, le sujet réceptif habite à environ un kilomètre et demi de la demeure de X...; ce n'était donc pas de X... que le fantôme recevait la force odique nécessaire, mais du double aithérique de Mme A.* le sujet réceptif. On s’explique parfaitement que, dans ces conditions, il ait pu agir sur la matière dans l’ambiance de Mme A., c’est-à-dire jeter et briser des objets relativement légers, et tenir à la main un fragment de verre. Mais a-t-il réellement emporté ce fragment comme il l’a annoncé? Il faudrait pour cela que le fantôme pût conserver par devers soi pendant un certain temps, et, en s’éloignant de sa source, au moins une partie de îa force aithérique qui lui a été communiquée précisément parce qu’il se trouvait dans le voisinage immédiat du sujet réceptif. Est-ce possible? On ne peut le nier a priori , mais cette possibilité semble infirmée par tout ce que nous savons, expérimentalement , du double aithérique qui ne s’éloigne jamais de plus de quelques mètres du corps physique auquel il appartient; il y aurait donc en quelque sorte dissociation des forces aithériques, ce qui n’est nullement démontré, au contraire (1).
D’autre part, X... a fait chez lui de sérieuses recherces en vue de retrouver ce fragment de verre, s’il s’y trouve; mais quoique soit considérable la difficulté de trouver ce débris dans un appartement composé de huit pièces, il est présumable que le morceau de verre ne s’y rencontrera pas. Or, qu’à-t-il pu se passer puisqu’on n’a pu le retrouver dans l’appartement — bien plus petit et plus facile à explorer — de Mme A.? Ceci, très vraisemblablement: — Le fantôme a annoncé qu’il emportait
(1) Cependant, d'après G. Delanne, on peut faire quelques réserves à ce propos, car il est des cas bien constatés où le double du vivant a puisé manifestement l’énergie nécessaire aux manifestations physiques à grande distance, dans son propre corps matériel, car le synchronisme des mouvements du corps fluidique et de l’organisme démontraient la liaison intime existant entre eux à ce moment. Le cordon fluidique reliant le double au corps physique faisait l'effet de conducteur de l’énergie, à la façon d'un fll électrique rattachant deux postes. Dans ce cas, le sujet est son propre médium.
LobjeL... Peut-être pensait-il pouvoir le faire, ou peutêtre plaisantait-il, ce qui semble plus probable. Il a pu . certainement sortir cle la maison en gardant ce petit débris, mais, à huit ou dix mètres de Mme A., la force aîihérique du sujet l’a abandonné, et le morceau de verre a dû tomber dans la rue.
En tous cas, de même que Mme A. conserve l’objet :ï>ris.é, de même X... cherche chez lui le morceau manquant. Le rapprochement des deux parties, en effet, donnerait la preuve expérimentale de l’existence d’un phénomène jusqu’ici encore inconnu. Dans le but de le retrouver, de savoir où il se trouve, deux moyens semblent devoir donner quelque résultat: — 1° Interroger Entité astrale le jour où l’on sera en communica- ,3km avec elle; 2° Interroger le fantôme de X... quand d se manifestera de nouveau près de Mme A., si toutefois» il est à sa convenance de vouloir bien répondre, car os -sait, par de nombreuses expériences, que le fantôme ^xtérioré possède une volonté propre qu’il est difficile -je dominer.
Quoiqu’il en soit, ces deux moyens d’investigation dirent employés dans la mesure du possible.
En effet, en ce qui le concerne, les nuits suivantes, '35Lf s’efforça de se dégager pour envoyer son double xhez le sujet réceptif dans le but de le faire interroger. Les premières tentatives furent infructueuses, probajfctexnent à cause de la trop grande énergie de volonté ïépfoyée, qui amenait après elle un sbmmefl agité', ^jest-â-dire la condition la plus contraire à la production du phénomène.
Enfin, le 24 février X... reçut des époux A. la lettre mllective suivante qui, bien que ne donnant pas la solution attendue du problème, marque une étape nouille et inattendue dans le développement du phéno-