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tisseur bruyant. Regarder, reconnaître un tramway électrique ou une automobile et la direction qu’ils suivent, me garer en conséquence, — tout cet ensemble compliqué reproduit les phases diverses de l’acte de volonté, avec une impression auditive comme point de départ.
Combien d’actes nerveux exécutés par un grand nombre d’éléments nerveux dans ce fait banal que nous analysons, et combien d’actes musculaires: l’écorce cérébrale, les ganglions, la moelle épinière, les nerfs, et enfin les muscles y prennent part. Tous ces organes fonctionnent pour le moindre acte de volonté, mais il faut encore qu’ils s’entendent, que leurs fonctions se coordonnent, enfin qu’ils agissent tous synénergiquement.
« On voit, écrit Paulhan, à quelle large réalité physiologique correspond le fait psychique de la volonté, et quelle quantité de faits somatiques elle implique, qui lui sont propres ou qui caractérisent aussi d’autres formes de l’activité. Chaque fois que nous parlons d’une Abolition, il s’agit non pas d’un acte psychique supposé indépendant de l’organisme, mais d’un acte psychique qui, comme tous les faits psychologiques, réalise un complexus de faits physiologiques. » Disons plutôt qui constitue, ainsi que tous les faits psjxhologiques, à la fois un complexus de phénomènes psychiques, et de phénomènes somatiques, car nous avons vu qu’il y a dépendance intime, concordance étroite, entre l’âme et le corps. La psychologie n’est pas un chapitre de la physiologie: ^elle a ses lois et ses phénomènes spéciaux qui sont irréductibles.
On a dit avec une grande part de vérité, que le génie est une longue patience. Non seulement l’homme qui sait vouloir accroît considérablement la valeur productive de son intelligence par la concentration de ses efforts et la persévérance dans ses études, mais il domine ses passions, les dirige et s’en sert; bien plus, il s’impose à ses semblables, et dompte la nature elle-même, comme le dé- ] montrent les magnifiques travaux d’art des ingénieurs.
Comment reconnaît-on qu’un homme a de la volonté? A ce qu’il sait se décider, qu’il exécute ce qu’il a résolu.
et surtout qu’il persévère dans ses résolutions et ses entreprises. La condition indispensable pour cela, c’est que l’âme possède une santé normale et que le psychisme soit sain.
La décision reste tout intérieure; cependant, elle nécessite un travail de comparaison entre les moyens et exige un effort véritable pour arrêter son choix, pour se déterminer à l’action. L’effort est si réel, que certaines personnes ne peuvent le faire et restent longtemps dans l’indécision. Ensuite, la volition arrive à la phase de l’exécution. Là, il faut des efforts plus nombreux, parfois très pénibles; beaucoup se décident, un grand nombre commencent la réalisation de leur volition, mais ordinairement peu de personnes possèdent assez d’énergie persévérante pour aller jusqu’au bout, parce qu’elles se découragent chemin faisant: l’asthénie de la volonté, Y aboulie, sont des phénomènes morbides, purement psychiques (telle, la neurasthénie).
Toutes ces notions sur les organes de la volonté étaient nécessaires à donner ici; mais elles recevront leur application surtout au chapitre suivant qui traitera de l’auto-suggestion. Nous allons étudier maintenant les éléments de la volonté prise en soi, qui viennent d’être effleurés à l’instant.
La volonté est une faculté complexe, qui peut se décomposer en quatre éléments solidaires les uns des autres: la possession, la délibération, la détermination, et enfin l’action: Ces quatre faits constitutifs de la volonté sont indissolublement liés ensemble et dépendent absolument les uns des autres, la délibération découle de la possession; la détermination est la suite logique de la délibération; et l’action est la conclusion naturelle de la détermination. En effet, si l’âme n’est pas libre, il n’y a pas possession; si elle ne se possède pas, il n’y a pas de délibération possible; si, d’autre part, la délibération est fausse ou incomplète, il ne peut y avoir de saine détermination: et enfin l’action est toujours en raison de la détermination: énergique ou faible suivant que la détermination a été forte ou indécise. Tout repose donc eu
-somme sur le premier terme dont F absence vicie tout le reste. D’où l’on peut conclure que la volonté ne peut exister si l’on n’est absolument maître de soi.
Mais, comme tout s’enchaîne, la volonté peut, à son tour et par son essence même, réagir sur la maîtrise de soi, l’affermir, l’augmenter dans de fortes proportions; et cette maîtrise de soi, ainsi développée, contribuera à accroître la force de volonté; d’où cette conclusion certaine que, l’une et l’autre étant développées parallèlement et simultanément, la volonté y acquerra, comme résultante finale, une dynamisation qui sera en raison directe des efforts accomplis dans l’un et l’autre sens, ce qui revient à dire qu’elle est susceptible d’affermissement, de développement, de dynamisation. Il existe, pour atteindre ce but, différents procédés qui seront examinés plus lqin; je continue, pour l’instant, l’étude analytique de la volonté prise en elle-même.
Je passerai sous silence les deux objections tirées contre la liberté humaine et, par suite, contre la maîtrise de soi, de la prescience divine et de la puissance des motifs; ces deux objections — les principales, sinon les seules qui existent — peuvent être prises au sérieux par un caractère faible et versatile; elles n’existent pas pour quiconque a réellement conscience de sa force morale et de sa possession de soi-même.
Nous venons d’analyser les quatre facteurs dont l’ensemble constitue la volonté; il nous faut voir maintenant quels sont les éléments de son mode d’action.
Ces éléments sont au nombre de trois: la connaissance du but poursuivi, le pouvoir senti d’y parvenir, et le jugement intérieur que l’action des organes doit suivre immédiatement le vœu de la pensée.
I. — La connaissance du but poursuivi est incompatible avec l’instinct ou toute autre détermination organique. Si donc nous voulons accomplir un acte, il faut nous dégager de tout ce qui, en nous, tend instinctivement à nous démontrer l’impossibilité d’accomplir cet acte.
Une idée impulsive surgit en nous, provenant de la croyance générale antérieure: « La dissociation de la
personnalité humaine physique et vivante n’est, ne peut être qu’un rêve »... il faut réagir contre cette idée, sinon votre volonté s’évanouira; il faut vous dire que les expériences de laboratoire, que l’observation, dans tous les pays du monde, de centaines et de centaines de cas étudiés et prouvés, recueillis par des gens qui ne sont pas des visionnaires mais des hommes de science, sont là pour nous démontrer la possibilité, la réalité du phénomène.
L’instinct de la conservation nous affirme que cette expérience doit être excessivement dangereuse... loin de moi l’idée de nier absolument l’existence de ces dangers sur lesquels, au contraire, je me réserve d’appeler plus loin l’attention; mais encore faut-il les analyser pour les examiner, pour leur trouver, par suite, un palliatif; une crainte vague, sans objet précis est le plus déplorable facteur de toute expérience, parce que son imprécision nous amène infailliblement à heurter de front le danger véritable que nous n’avons pas su préalablement définir et, par suite, à nous faire briser. Nul ne contestera que l’emploi de la dynamite, dans les travaux de mine, est des plus périlleux, et cependant on est arrivé à manier ce redoutable explosif avec une sécurité presque complète qui ne fait défaut que par suite d’imprudence. Pourquoi? parce que l’on a établi certaines règles absolues à l’observation desquelles se conforment tous ceux qui sont appelés au maniement de cet agent.
Ainsi en est-il quand il s’agit d’un dédoublement de l’être humain. 11 faut connaître les dangers qui l’accompagnent, il faut connaître les précautions à l’aide desquelles on peut parer à ces dangers et qui, prises par un homme sûr de soi, sûr de sa force — intellectuelle et morale, — sûr de sa volonté, suffiront pour les neutraliser (1).
(1) Le lecteur voudra bien remarquer que tout ce qui est dit ici de la volonté, se rapporte exclusivement à l’objet qui nous occupe. U y aurait trop à dire s’il me fallait entrer dans d’autres généralités, et il serait oiseux de donner des aperçus qui, pour intéressants qu’ils sériaient, n’auraient aucune utilité au regard du phénomène expérimental qu’étudient ces pages.
II. — J’aborde maintenant le deuxième élément de la question.
Le pouvoir senti de parvenir au but voulu est incompatible avec le désir. — Le désir, en effet, n’est qu’une aspiration vague vers un objet, alors que la volonté suppose une proposition ferme et sûre de la réussite.
L’homme qui dit: « je veux atteindre tel but, mais je ne sais si j’y parviendrai », émet deux propositions contradictoires pour ne pas dire inconciliables; puisqu’il n’est pas sûr de parvenir au but proposé, c’est que la volonté lui manque, car le propre de la volonté est précisément d’écarter ou d’anéantir tout obstacle. L’homme qui a sa volonté, au contraire, dira: « je veux atteindre tel but: pour un autre ce serait peut-être impossible; pour moi, cela ne l’est pas parce que je veux! » Pourquoi peut-il s’exprimer avec une telle assurance, avec une telle fermeté? simplement parce qu’il sent en soi le pouvoir de réaliser sa volonté.
Il lui faut donc, avant tout début de tentative, s’analyser, se scruter sérieusement: s’il n’éprouve que le désir, sans plus, d’aboutir, il arrivera fatalement à un échec. 11 faut qu’après examen rigoureux de soi-même, il se sente le pouvoir d’agir. Et ce pouvoir d’agir, comment l’acquerra-t-il? par l’étude et par le raisonnement d’une part, et, d’un autre côté, par la conscience qu’il possède de la dyanmisation de sa volonté, et de l’entraînement de son triple organisme.
Nous allons dire un mot de chacun de ces trois facteurs.
a) L’Etude — acquis de ses études antérieures — lui affirmera: Tu connais maintenant toutes les faces de la question; tu en as délimité le fort et le faible; tu sais quels sont les risques d’échec et les chances de réussite; tu as pesé les uns et les autres; tu es en pleine possession des moyens tant physiques qu’intellectuels et moraux à employer pour neutraliser les premiers et pour augmenter les secondes; tu as repéré et assuré ton point de départ; tu as prévu tous les obstacles qui peuvent surgir sur ta voie et entraver ta marche, mais tu sais
nussi comment on les écarte et comment on les brise; tu as défini nettement ton point d’arrivée; laisse maintenant les livres qui ne t’ont enseigné que la théorie, lèvetoi: emporte avec toi ton viatique de science, et marche; ton acquis antérieur te donne l’assurance d’arriver au but; tu dois y arriver parce que tu as le pouvoir et la volonté d’y arriver!
b) Le raisonnement, d’autre part, lui affirmera: Es-tu donc le premier à tenter telle expérience? loin de là. Les réussites de laboratoire t’ont montré combien elle est possible et même, jusqu’à un certain point, facilement réalisable; les observations faites de toutes parts par des hommes sérieux, par toi-même, te prouvent qu’elle a été maintes fois réalisée, qu’elle l’est couramment, certaines fois .inconsciemment, mais d’autres fois en pleine conscience de l’opérateur. Ce que d’autres ont fait, ne peux-tu donc le faire? Et tes devanciers étaient-ils donc mieux armés que toi ? Avaient-ils plus de science que toi? plus de volonté? plus d’énergie? non, tu es leur égal sous tous les rapports; pourquoi donc échouerais-tu là où ils ont réussi?
Est-ce au contraire le mépris du danger qui, chez eux, était supérieur à ce qu’il est chez toi? Mais le mépris du danger n’est qu’un mot — un mot de folie. En ceci, pas plus qu’en autre chose, il ne faut mépriser le danger; il faut le reconnaître, l’apprécier à sa juste valeur, et se prémunir contre les aléas par les moyens que t’enseigne l’expérience de tes devanciers jointe à la connaissance théorique de la question. Es-tu donc moins averti qu’eux? Tes connaissances sont-elles inférieurs aux leurs? Non! tu es en pleine possession de toutes tes facultés, de tous
tes moyens, de toute ton instruction technique: - par
tout cela, tu as le sentiment de ton pouvoir, et tout dépend de ta volonté puisque vouloir c’est pouvoir!
c) Enfin, la conscience que l’on possède d’avoir judicieusement appliqué les procédés d’entraînement spéciaux à la volonté et à l’organisme psycho-physique et d’y avoir acquis des résultats certains est peut-être le
meilleur agent qui puisse donner à un homme le sentiment de son pouvoir spécial.
Votre volonté était sinon faible, du moins indécise et molle; par une auto-suggestion sans cesse répétée et dont le mécanisme et le détail seront étudiés plus loin, vous êtes arrivé à avoir la preuve, dans les mille incidents de la vie journalière, que vous savez vouloir, c’est-à-dire que, quand un obstacle surgit sur votre route, vous le jugez rapidement, vous voyez nettement les moyens de le briser, vous prenez une décision précise, et vous la mettez à exécution sur-le-champ, contrairement à ce qui se serait passé avant votre entrainement où vous auriez hésité, tergiversé... vous avez la preuve expérimentale et personnelle que maintenant vous savez vouloir: en un mot, vous sentez indéniablement que vous avez le pouvoir d’agir parce que vous en avez la volonté — je le répète, vouloir, c'est pouvoir (1).
Une assurance morale identique naîtra en vous de ce fait qu’ayant bien compris que la constitution occulte de l’être humain est essentiellement différente de ce que croit banalement le public, ayant bien saisi le mécanisme de ses rouages divers ainsi que les procédés qu’il convient d’employer pour actionner celui-ci ou celui-là, et les ayant mis en œuvre pour atteindre le but poursuivi, vous avez compris que chez vous, la maîtrise de soi ne dirige pas seulement vos actes extérieurs, ne domine pas uniquement votre corps physique et votre être moral, mais s’étend encore, par suite d’un entraînement spécial, à tout l’organisme psychique et aux énergies liyperphysiques qui S’v rencontrent.
Au cours de cet entraînement quantité de menus faits, dont vous saurez trouver la cause, vous montreront à l’évidence les progrès que vous aurez faits en ce sensi, l’acquis que vous vous serez constitué et vous acquerrez ainsi la conscience de votre pouvoir d’agir.
(1) Il est évident que l’application de cet aphorisme doit être guidéepar la raison: un fou, seul, peut vouloir ce qui est matériellement ois logiquement impossible.
III. — Je vais enfin analyser le troisième élément du mode d’action de la volonté.
Le jugement intérieur que l’action des organes doit suivre immédiatement le vœu de la pensée exclut toute idée de mécanisme. — Ce serait donc une erreur de croire que la volonté n’est qu’un instrument initial d’action: elle doit agir par elle-même non seulement pendant toute la durée de l’action mais encore sur tous les modes particuliers de cette même action.
Un ouvrier veut mettre une machine en marche: il appuie sur un déclic, et aussitôt, par suite des énergies accumulées, un ressort actionne des rouages qui réagissent les uns sur les autres en se communiquant la force que chacun d’eux transforme et utilise suivant les données qui ont présidé à sa construction. En ce cas, l’ouvrier a pu vouloir mettre la machine en marche, et il a agi dans ce sens jusqu’au bout, c’est-à-dire depuis la connaissance du but poursuivi jusqu’à l’acte terminal qui est l’appui sur le déclic; mais il n’a pas eu, il ne pouvait avoir la volonté de faire marcher cette machine qui ne se meut que par l’utilisation de force mécaniques extérieures auxquelles sa volonté s’est bornée à rendre leur liberté d’action. Ceci est du mécanisme et non de la volonté, laquelle a cessé d’agir au moment, précisément, où la machine s’est mise en marche.
Considérez au contraire une bataille. On a pu dire avec raison que dans tout combat, la victoire appartient à celui des deux adversaires qui la veut avec le plus d’énergie, avec le plus de ténacité. Le chef ne borne pas sa volonté à simplement engager la lutte, à donner l’ordre de marcher en avant, escomptant mécaniquement le succès final, non; il étend sa volonté à toutes les phases de l’action, surveillant ce qui se passe à sa droite, à sa gauclie, à son Centre, prêt à donner des ordres nouveaux suivant les péripéties de la journée, prêt à parer à tout événement, maintenant en un mot sa volonté en pleine activité, et, s’il sait vouloir plus longtemps, plus fermement que son adversaire, il finit par lui imposer sa volonté. Malheur au général qui croit, à n’importe quel moment
de la lutte, que la réussite finale n’est plus qu’affaire de mécanisme technique et que sa volonté peut se reposer !
Le 14 juin 1800, les troupes françaises et autrichiennes se heurtaient à Marengo. Mêlas, après avoir repoussé toutes les attaques et forcé Bonaparte à la retraite juge que c’est dès lors affaire de pure mécanique militaire et il abandonne à son chef d’état-major le soin de terminer la journée: en un mot, il cesse de vouloir. Survient Desaix, et Bonaparte, continuant à vouloir, juge que, si la bataille est perdue, il lui reste le temps, avant la nuit, d’en engager une autre — et de la gagner, Bonaparte a voulu avec plus de ténacité que Mêlas, et Mêlas a été battu.
Vouloir! tout le secret des succès militaires du premier empire est là. Tous les généraux de l’Europe coalisée ne voyaient dans une bataille, toutes les académies militaires ne préconisaient que l’ordre géométrique qui n'aboutit qu’à une mécanique tactique. Napoléon survenait, s’étant assigné un but, voulant l’atteindre — et sa volonté brisait le mécanisme de ses adversaires.
Pour en revenir au point qui nous accupe, il ne faut pas croire que la volonté n’est que l’instrument initial du dédoublement personnel: elle doit en être le ressort constant. Il ne suffit pas d’avoir voulu un instant pour que, mécaniquement, les parties constitutives de l’être humain se dissocient et que le fantôme soit libéré du corps physique, il faut vouloir pendant toute la durée de l’opération dont chaque phase doit être surveillée et activée par la volonté.
En résumé, la volonté est le principal agent de toute opération hyperphysique ou autre, par cela même qu’elle
domine l’ensemble de l’être: - son système intellectuel,
par l’attention et la réflexion — son système moral, par l’intention et la préméditation — son système psychophysique, par l’entraînement qu’elle lui a fait subir et par suite duquel elle sait énergiquement s’imposer; en un mot, la volonté humaine c’est l’homme lui-même.
De tout ce qui précède, je dégagerai les quatre propo-
sitions suivantes que je prierai le lecteur de vouloir bien se rappeler, en vue de ce qui va suivre: