I. — La volonté est une force
II. — La volonté dépend de la maîtrise de soi sur laquelle elle réagit à son tour.
III. — Comme toute force quelconque, la volonté est susceptible de diminution et d’augmentation.
IV. — Les variations d’énergie dans la volonté peuvent s’obtenir soit en agissant sur la volonté elle-même directement, ou, indirectement, sur la maîtrise de soi (1).
B) La volonté dans le sommeil .
Tout ce qui vient d’être dit s’applique à la volonté considérée dans son activité normale, c’est-à-dire à l’état de veille; mais les dédoublements sont excessivement rares qui se font à l’état normal; le phénomène se produit le plus généralement lorsque le sujet est, soit à l’état de sommeil complet — ce qui constitue la majorité des cas — soit dans un état de somnolence, d’engourdissement ou de torpeur qui est très voisin du sommeil.
Il faut donc examiner ce que devient la volonté en pareille occurrence, sans se dissimuler que la question est des plus obscures et, par conséquent, des plus controversées.
D’abord, qu’est le sommeil (2) au point de vue physiologique, le seul qiii nous intéresse ici? On peut, sous cet aspect, le définir: une période caractérisée par le repos des organes qui servent à la vie de relation, et par un redoublement d’activité dans les fonctions de la vie intérieure.
D’une part, en effet, une des causes principales du sommeil est l’exercice prolongé des fonctions qui nous met-
(1) On lira avec intérêt Pouvrage de M. Hector Durville: Le magnétisme personnel ou psychique , éducation de la Pensée , développement de la Volonté. Pour être heureux, fort, bien portant et réussir en tout. Cette méthode, très pratique, permet de développer en soi, rapidement, par une voie naturelle, sa volonté, son magnétisme personnel. (HenrJL Durville^ imprimeur-éditeur).
(2) Je ne parle naturellement ici que du sommeil normal, laissant de côté les sommeils anormaux, coma, léthargie, hypnose, etc.
tent en relation avec les objets dont nous sommes environnés, d’où suit la lassitude des organes qui appartiennent à ces fonctions. D’uin autre côté, tandis que les organes de la vie de relation sont frappés d'une sorte de paralysie durant la période de sommeil, ceux de la vie intérieure non seulement continuent d’agir mais encore jouissent en général d’une plus grande énergie que dans i’état de veille; c’est ainsi, par exemple, que toutes les fractures, luxations, etc., se guérissent plus vite sous Finfluence du sommeil.
En résumé, malgré la suspension d’activité de certains organes, le sommeil est un état essentiellement actif (1).
D’autre part, il paraît exister entre les lois qui régissent nos facultés physiques et celles auxquelles sont soumises nos facultés intellectuelles, une certaine analogie, digne d’appeler l’attention. De même qu’il y a, durant le sommeil, redoublement d’avtivité de forces vitales, internes et passives du corps humain, favorisé par la suspension de forces expansives d’action, de même il y a augmentation de puissance et d’intensité dans ce qu’on peut appeler les forces passives intellectuelles — par exemple la mémoire, l’imagination lorsqu’elle est abandonnée à elle-même tandis que, sensiblement affaiblies, l’attention et la volonté, ces forces expansives de J’âme, ne peuvent plus s’exercer sans effort.
Donc, la volonté est affaiblie durant le sommeil; elle est même complètement abolie, suivant certains auteurs (2), Darwin, Boerhave et Formey entre autres; Darwin est même à cet égard résolument affirmatif: « La puissance de volition, dit-il, est totalement suspendue pendant lé sommeil (3). »
Pour ma part je ne partage pas cet avis, et je me ran-
(1) Dictionnaires des sciences médicales, art. Sommeil, p<ar Montfalcon»
(2) « Je repousse l’opinion des physiologistes qui veulent que l’exercice de l’attention et de la volonté soit totalement suspendu dans nos rêves, mais je ne vais point jusqu’à dire que ces facultés conservent habituellement toute leur énergie pendant le sommeil. (Les Rêves et les moyens de les diriger, sans nom d’auteur (D’Hervey de Saint-Denis), 1 vol. in-8°, Paris, 1867).
(3) Darwin, Zoonomy of sleep.
ge plutôt — au moins partiellement — à celui de Dugald- Stewart quand il se demande (1): « Dans le sommeil, la faculté de vouloir est-elle suspendue? » et qu’il répond:
* Les efforts que nous faisons dans le sommeil et dont nous avons conscience, montrent assez que la faculté de vouloir n’est pas suspendue. Ainsi, dans un rêve, nous nous croyons en danger et nous voulons appeler au secours. Ce désir, il est vrai, est d’ordinaire sans effet et les cris que nous poussons sont faibles et indistincts, mais c’est ce qui confirme précisément l’opinion que, pendant le sommeil, la liaison entre la volonté et les mouvements volontaires est rompue. La volonté continue d’agir, mais son action reste insuffisante.
« De même encore, dans le cours d’un rêve effrayant, nous sentons que nous faisons effort pour nous dérober par la fuite au danger qui nous menace; mais, en dépit de nos efforts nous festons couché dans notre lit. Le plus souvent, dans ce cas-là, nous rêvons que quelque obstacles nous arrête. Le fait est qu’alors, probablement, le corps n’est pas soumis à l’action de la volonté. On peut donc conclure en disant: Pendant le sommeil régulier, naturel, la faculté de vouloir subsiste, mais elle a perdu toute autorité sur les organes du corps. »
Ici, le philosophe écossais se montre trop absolu dans ses conclusions: on ne peut dire que la liaison entre la volonté et les mouvements volontaires est abolie: elle est simplement relâchée; on ne peut davantage dire que la faculté de vouloir, tout en subsistant, a perdu toute autorité sur les organes, mais que cette autorité s’exerce plus difficilement. Beaucoup de personnes ont la preuve de ce que j’avance, et qui consiste en ceci que, si, pour sortir d’un cauchemar en amenant le réveil, la volonté seule est impuissante, elle pourra néanmoins produire un mouvement violent, par exemple amener une brusque détente des muscles extenseurs de la jambe (faire donner un coup de pied), dont le résultat sera d’amener le
(1) Eléments de la philosophie de l’Esprit humain (3 vol. in-4, Edimbourg 1792-1814-1827).
réveil. Et cela est si simple, si à portée de la plupart, que nous verrons plus tard à utiliser ce moyen au point de vue qui nous intéresse. Je continue la citation:
« Allons plus loin: lorsque nous cherchons à nous endormir, ce qui nous arrive souvent, notre esprit revêt naturellement un état voisin de celui dans lequel il se trouvera lorsque le sommeil sera pleinement établi. Or, il est manifeste que les moyens dictés par la nature pour amener le sommeil ne consistent pas ià suspendre la faculté de vouloir, mais bien l’exercice des facultés qui dépendent de la volonté. S’il fallait qu’avant de nous endormir la faculté de vouloir fût suspendue, il nous serait impossible, par aucune espèce d’effort, de hâter le moment du sommeil. La supposition même d’un tel effort est absurde, car c’est dire que la volonté serait dans une activité soutenue pour suspendre les actes mêmes de la volonté.
« D’où l’on est porté à conclure:
« Que l’effet du sommeil sur les opérations mentales a la plus parfaite ressemblance avec celui qu’il a sur le corps. La faculté de vouloir subsiste, mais elle n’a aucun empire sur les facultés de l’esprit... »
Ici encore la conclusion est trop absolue. Oui, la faculté de vouloir subsiste, mais, comme nous l’avons vu plus haut, si son action semble abolie sur les forces expansives de l’âme, au contraire cette action semble plus puissante sur les forces intellectuelles passives (la mémoire qui fait naître les rêves, l’imagination qui leur donne un aliment, etc.)
On ne peut donc réellement dire que, malgré la subsistance de la volonté, son action est totalement abolie, car à qui d’entre nous n’est-il pas arrivé plus d’une fois, en s’endormant, de vouloir se réveiller le lendemain à telle heure, et de se réveiller en effet à l’heure dite? C’est donc que la volonté reste active... Et cependant la pratique de chaque jour nous la montre s’assoupissant ellemême, cessant virtuellement d’agir à l’approche du sommeil. Comment concilier ces deux phénomènes en apparence inconciliables? De façon bien simple.
Tout le inonde connaît ce phénomène particulier d’hypnoiogie que l’on appelle la suggestion. Un opérateur dit à son sujet en état d’hypnose: « Demain, dans quinze jours, è telle heure vous accomplirez tel acte ». Puis il réveille le sujet qui ne se rappelle rien. Mais le lendemain, quinze jours après, à l’heure dite, la pensée surgit en lui: « Je dois accomplir tel acte ». Et il l’accomplit. Ceci est la suggestion ordinaire réduite à son mécanisme le plus simple. Mais il y en a d’autres infiniment plus compliquées, il y a la suggestion à l’état de veille, il y a l’au to-suggestion. Ce dernier mot nous donne la clé de l’énigme.
Le dormeur, avant de se livrer au sommeil, s’auto-suggestionne:
« Demain, il faut me réveiller à telle heure. » La suggestion sommeille avec lui, mais elle a été emmagasinée par le corps astral (1), par la partie astrale du cerveau, si l’on préfère, où elle demeure en puissnce d’être pendant que dort le corps physique, et qui lui donne, à l’heure dite, toute la force dont elle est susceptible, force dont la mesure est en raison directe de celle de la volonté qui l’a produite.
En d’autres termes, la volonté avant de s’assoupir a créé un monoïdéisme qui veille et qui agit à son heure. Nous verrons plus loin (2) que bien qu’assoupie au point de vue physique, la volonté conserve son action propre sur certaines facultés cérébrales, mais, pour l’instantr nous n’avons à nous occuper que de cet autre mode d’action que constitue la création d’un monoïdéisme par la volonté.
La transition de la veille au sommeil est toujours caractérisée par un moment plus ou moins long de rêvasserie durant lequel les idées et les réminiscences s’enchaînent et se déroulent spontanément, suivant leurs lois d’association. Il en résulte que, pour que se produise cette rêvasserie, il faut que l’attention soit suspendue; or, la
(1) V. Chap. V. Constitution occulte de l’être humain.
(2) Chapitre XI, § E.
suspension de l’attention, c’est la suspension de l’action de la volonté, qui dès lors ne s’exerce plus que sur certaines facultés cérébrales en dehors de notre conscience. C’est donc avant cet instant de rêvasserie, c’est quand notre volonté est encore dans la conscience qu’il faut la faire agir pour créer de toute son énergie le monoïdéisme, l’idée fixe si l’on veut, qui veillera malgré le sommeil physique, qui remplacera normalement la volonté, alors manifestée dans d’autres conditions et avec plus de difficulté — qui présidera, en un mot, à toute la série des opérations.
On comprend maintenant comment la volonté peut agir durant le sommeil en créant au préalable un « ordre » qui s’exécutera d’une façon passive s’il a été donné avec fermeté. La situation est identiquement semblable à celle d’un commandant de navire qui, avant de se livrer au sommeil, a donné une consigne spéciale à l’officier de quart; il peut s’endormir, il peut endormir avec soi sa volonté; l’ordre émané de sa volonté s’exécutera en quelque sorte mécaniquement.
C) Procédés de dynamisation .
Dans son Education de la Volonté (1) J. Payot démontre que les moyens intérieurs dont l’efficacité est infaillible pour créer, fortifier ou détruire certains états affectifs, et qui doivent nécessairement précéder les moyens extérieurs, comprennent la réflexion méditative et faction. A quoi il faut ajouter que cette action, pour être efficace, doit être essentiellement continue, parce que c’est précisément la continuité qui donne à l’action sa toute puissance.
Nous allons trouver l’application de ces deux principes dans les pages qui vont suivre.
D’abord, pour ce qui touche à la méditation préalable, i! convient de se bien pénétrer de ce qui vient d’être dit de la volonté en général et de son mécanisme, tant à
(1) 1 vol. in-8, Paris, 1900.
Fétat de veille qu’à l’état de sommeil; ceci est élémentaire; c’est l’application du: principe en vertu duquel on ne peut bien conduire un cheval que si on le connaît à fond, que l’on ne peut bien dessiner que si on est au courant de tous les procédés pratiques du dessin, etc. Il faut donc non seulement bien comprendre ce qui précède, mais encore étudier sur soi-même, dans les actes courants de l’existence journalière, tous les phénomènes psychiques auxquels donne naissance l’exercice normal de la volonté, les analyser, les disséquer, de façon à bien se rendre compte de leur mode de production et, par suite, être au courant de la théorie et de la pratique de la volonté.
Après cette étude seulement, on pourra avec fruit mettre en œuvre les moyens pour dynamiser la volontés
Ces moyens sont assez nombreux mais ne sont en général que les variantes d’un seul principe: l’application de Fauto-suggestion. Je donnerai donc seulement les deux les plus simples que chacun pourra modifier et adapter à son développement personnel.
Mais avant, je dois le dire une fois pour toutes: ce que j’appelle volonté — car on a pu voir au commencement de ce chapitre que le mot en lui-même possède bien des acceptions parce que la volonté elle-même possède bien des degrés et revêt des formes multiples — ce que j’appelle volonté n’est pas plus celle, capricieuse, de l’enfant qui veut manger un gâteau, que celle désordonnée, du foui qui voit rouge et veut tuer — non! La volonté } si j’en puis donner tel exemple, est, pour moi, celle que semble devoir déployer un passager tombé d’un paquebot en marche, ne sachant pas nager mais ayant conservé tout son sang-froid; il voit l’embarcation qu’on a mise à la mer pour venir le sauver; il calcule qu’il lui faudra cinq minutes avant qu’on n’arrive à lui et se dit avec une pleine connaissance de soi: « Je veux me soutenir à la surface de l’eau durant tout ce temps! » La volonté doit donc, pour être réellement telle, revêtir un triple caractère: elle doit être calme sans répit, énergique sans violence et continue sans variation d’intensité.
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J’aborde maintenant les procédés de dynamisation.
Le lecteur est prié de se rappeler ici deux des propositions énoncées plus haut: « La volonté dépend de la maîtrise de soi... » et: « Les variations d’énergie dans la volonté peuvent s’obtenir, soit en agissant sur la volonté elle-même directement, soit indirectement sur la maîtrise de soi. » Cette distinction va donner lieu à l’examen de deux procédés que je vais étudier successivement.
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Action directe.
La volonté est une force; c’est peut-être la plus grande de toutes celles qui sont au service de l’homme; c’est, eu tous cas, celle à l’aide de laquelle il peut maîtriser toutes les autres.
Or, sur cette force qui est la plus puissante de toutes, quelle autre force peut agir? Aucune, sinon la volonté elle-même quand elle possède un degré supérieur d’énergie. Là est le principe de l’hypnotisme dont les phénomènes sont amenés par l’emprise d’une volonté forte sur une volonté faible.
Mais l’hypnotisme est basé sur la suggestion, et, si l’hétéro-suggestion agit sur le sujet, l’auto-suggestion agit sur l’opérateur lui-même. On voit tout le parti que, dans la présente question, on peut tirer de l’auto-suggestion (1).
Il s’agit donc de formuler une idée dont l’énonciation, simple, nette, claire et précise; se grave facilement dans le cerveau et fasse impression sur l’imagination.
Celle-ci est à recommander parce qu’elle dit bien en ce qu’elle veut dire: « j’ai de la volonté et je suis ÉNER¬ GIQUE ».
^Ayez-la toujours présente à l’esprit, répétez-la sans cesse mentalement, quand vous vous trouvez en présence d’autres personnes; à mi-voix et même à haute voix, quand vous êtes seul*
(1) Je
n’examine ici que l?auto-suggestion appliquée à ce cas particulier: j’aurai plus loin (chap. V) à m’occuper plus amplement de l’autosuggestion en général.
Mais il ne s’agit pas de faire en ceci un travail purement mécanique et de répéter machinalement cette formule comme les bonnes femmes qui croient prier parce qu’elles égrènent leur rosaire en marmottant toujours de mémoire les mêmes paroles, non ! Pénétrez-vous bien, tout d’abord, du sens de ces mots, de façon que, quand vous les répéterez, ce ne soit pas seulement l’image ou le son du mot qui attire votre attention, mais bien la signification intime de ces deux petites phrases.
Dans ce but, commencez par en faire, en vous-même, un commentaire, une paraphrase, pour que leur sens soit bien défini dans votre esprit. Songez, par exemple: « J9 ai de la volonté , c’est-à-dire que je suis mon propre maître et que je dois faire non pas ce que je peux mais ce que je veux, quel que soit le travail ou l’acte que j’entreprends. Quand je parle de volonté, j’entends une volonté sérieuse, mais non versatile ou procédant par àcoups; il me faut donc, avant chaque acte, avant chaque travail, voir bien ce que je veux et m’y tenir quoiqu’il advienne. Ma volonté ne doit fléchir que dans deux cas: 1° s’il survient un événement imprévu qui modifie complètement l’aspect de la question et lui donne une apparence toute nouvelle; 2° si des avis judicieux me font voir une face de cette même question qui avait échappé à ma réflexion; mais, dans l’un et l’autre cas, ma volonté ne doit être que suspendue jusqu’après nouvelle méditation des conditions nouvelles, pour, ensuite et selon ma décision prise en toute liberté, en toute puissance de moi-même, soit se tendre plus forte vers le même but pour regagner le temps perdu, soit se tourner vers un autre but, mais plus forte aussi pour neutraliser ses effets précédents vers un but qui n’est plus le mien. — Je sais énergique, c’est-à-dire que je ne puis être dominé que par une volonté plus puissante que la mienne. Or, cet autre volonté, je ne veux pas qu’elle existe; il me faut donc développer l’énergie de la mienne propre de telle façon qu’elle ne puisse jamais rencontrer en face d'elle une volonté étrangère capable de la dominer. Mais mon énergie ne doit pas seulement se manifester au dehors.
car elle n’aboutirait dans ce cas qu’à transformer ma volonté en entêtement, une qualité en un vice; il me faut être absolument maître de moi: c’est donc sur mes forces intérieures que doit, surtout et avant tout, se diriger mon énergie qui s’en augmentera d’autant; mon corps et mon intelligence ne doivent être que les esclaves de ma volonté, les cadavres qu’elle seule anime et vivifie: si, en un mot, je suis maître de moi, je suis maître de tous, et nulle volonté adverse n’arrivera, non pas seulement à fléchir la mienne, mais même à réagir contre elle. »
On le voit: le thème est inépuisable et l’on trouvera sans cesse de nouveaux commentaires à établir en ce sens; et, plus on avancera dans cette voie, mieux on comprendra ce que doit être une volonté parfaite, celle qui est sûre d’elle-même et inattaquable à quiconque. Ces deux petites phrases, « fai de la volonté , je suis énergique » ou toute autre de même genre que vous aurez adoptée, doivent être les compagnes de votre existence de chaque jour, de chaque heure, de chaque minute, que vous soyez au travail ou au jeu, à table ou en voyage, en repos ou en activité; ce sont elles que vous devez avoir présentes à l’esprit le matin dès votre réveil et c’est en les méditant que vous devez vous endormir le soir; de cette façon, la nuit même, leur sens vous pénétrera, car vous avez, avant de vous livrer au sommeil, créé en vous un monoïdéisme que n’atteindra pas l’assoupissement momentané de votre volonté et qui agira sur votre sommeil lui-même, c’est-à-dire, durant cette période de repos, sur votre subconscience, sur vos rêves, en un mot sur toute votre activité latente de la nuit.
Mais il est surtout des instants où ces petites phrases doivent vous êtes présentes avec leur sens aussi complet que vous aurez su l’établir jusqu’alors: c’est quand il s’agira de passer de la théorie à la pratique, autrement dit quand l’occasion se présentera de traduire ces deux petites phrases en acte.
Or, que ce soit pour une détermination banale ou pour une décision importante, ces instants se succèdent pour chacun de nous tout le long du jour, et c’est alors seule-
Jnent, par l’expérience, qu’on se rend compte, si l’on a répété les mots en question comme un perroquet répète sa leçon, ou si on les a dits avec la conscience d’un e're intelligent, c’est-à-dire en creusant leur sens intime et en se pénétrant de leur signification.
Il vous faut donc traduire en acte la théorie que vous avez sans cesse présente à l’esprit, arrêter une décision ferme et ensuite poursuivre sa réalisation. Dans ce but, vous devrez apporter une grande précision aux opérations mentales qui vont suivre: se rendre un compte exact de l’ensemble de la question; bien définir ce qu’il convient de vouloir; embrasser d’un coup d’œil général le point de départ, la voie à parcourir — et, dans cette voie, les obstacles possibles ainsi que les moyens de les neutraliser — et enfin le but à atteindre, nettement précisé. Cette méditation préalable doit être rapide et complète; rapide pour développer l’esprit de décision qui est un prodrome de la volonté (1) — complète pour ne pas ensuite avoir à procéder à un nouvel examen qui ne ferait qu’affaiblir la volonté. De cette méditation doit sortir, pour l’opérateur, la certitude qu’il n’y a rien d’impossible à atteindre le but proposé; et, de la détermination qui suivra, devra naître une volonté infrangible d’arriver à ce but. — Que l’on se rappelle à ce propos la grande parole de Nietzsche: « Il n’y a qu’une chose qui puisse démontrer si quelqu’un a de la valeur ou non: Tenir bon! »
Ainsi donc, deux parties dans cet entraînement : la réflexion théorique qui doit être constante, sans interruption, et créer en vous la certitude que vous avez de la volonté et de l’énergie — et l’application pratique à chacun des actes de la vie, du plus petit au plus important, mais une application nette, décidée, rapide, suivie, aussitôt après décision, d’une mise en œuvre de la volonté^ telle que vous vous la serez créée ou développée.
(1) A ce point de vue, la pratique de l’escrime est un excellent facteur de volonté parce qu’elle habitue à juger d’un coup d’œil le fort et le faible de l’attaque de l’adversaire, à prendre instantanément la décision de la riposte convenable, et à la réaliser avec la r'apidité de l’éclair.
J’indiquerai d’ailleurs au chapitre V, et de façon explicite, comment on peut s’exercer au développement d’une auto-suggestion, et comment on peut l’utiliser pour faire l’éducation de la volonté; je n’ai voulu ici qu’en exposer l’application la plus simple au sujet qui nous occupe.
2°. — Action indirecte.
Nous venons de voir quel genre d’action l’homme possède directement sur sa propre volonté; il nous reste à voir de quelle façon il peut la dynamiser indirectement en développant la maîtrise de soi qui est le principal facteur de volonté.
La maîtrise de soi , dont la signification se comprend sans autre définition, est la caractéristique de l’homme averti, et surtout de l’âme forte. Elle existe chez chacun de nous, à un degré infinitésimal chez les uns, à un point très élevé chez les autres: nul n’en est dépourvu, mais nul non plus ne la possède de façon absolue; de même que dans le caractère le plus faible, chez les individus que l’on peut en croire les plus dénués, elle se révèle sous l’empire de certaines circonstances, de même certaines circonstances peuvent prendre au dépourvu l’homme le plus maître de soi et lui enlever tout sang-froid: il n’est, à ce- sujet, personne qui n’ait son défaut de la cuirasse et son talon d’Achille.
La maîtrise de soi, existant chez tous, plus ou moins affirmée, comporte un nombre infini de degrés; elle est, par suite, susceptible de développement.
Ce développement s’obtient de différentes façons, les unes purement mécaniques, les autres ressortissant à faute-suggestion. Je viens de parler de l’auto-suggestion et d’en expliquer sommairement le mécanisme, et j’aurai à y revenir plus loin pour entrer dans de plus amples détails; je me contenterai, pour f instant, de laisser à chacun le choix de la suggestion qui rentre le mieux dans ses aptitudes. Je ne citerai qu’un procédé d’entraînement mécanique qui a l’avantage de pouvoir être employé con-
curremment avec celui d’auto-suggcstion dont il a été question pour agir directement sur la volonté. Et je le cite parce que son emploi m’a toujours paru donner d’excellents résultats.
Ce procédé mécanique consiste en ceci:
Chaque matin, attendez dans votre lit l’éveil complet, en rappelant à vous le souvenir de tout ce que vous avez à faire au cours de la journée. Quand ces souvenirs soit nets, quand l’éveil est parfait, asseyez-vous sur votre lit, le dos non soutenu par des oreillers ou par tout autre moyen; cette position légèrement gênante vous empêchera d’être repris par le sommeil. Recouvrez alors votre tête avec le drap de lit, pour éviter toute distraction extérieure de vos sens. Puis, méditez. Passez en revue tous vos actes de la journée qui vient, depuis le moment où vous aurez sauté du lit jusqu’à celui où vous y rentrerez. Etablissez heure par heure l’emploi de votre temps. Passez minutieusement en revue toutes les occupations qui vous attendent. Pour vos lettres à écrire, voyez dans quel sens vous les rédigerez. Pour vos démarches à faire, élaborez le plan préalable de ce qu’il vous conviendra de dire en vue du but que vous vous proposez. Etablissez même l’emploi du temps supplémentaire qui vous restera si les personnes que vous avez à voir doivent être absentes (1).
Comptez-vous prendre quelque distraction, quelque délassement? Fixez-en d’avance le programme ne varietur ainsi que le laps de temps que vous voulez y consacrer. En un mot, prévoyez tous vos actes de la journée. Que dans ce travail cérébral votre pensée ne soit ni vague ni llottante, mais nette et précise, embrassant bien l’objet du moment; de même que vous avez recouvert votre tête de votre drap pour éviter toute distraction extérieure, de même tenez votre attention fermement fixée sur le pro-
(1) Surtout il faut bien se garder d’imiter ces êtres faibles, qui, ayant une démarche ennuyeuse à faire, se présentent de préférence à l’heure où ils ont le plus de chances de ne rencontrer personne, et cela pour la vaine satisfaction de se dire que ce n’est pas de leur faute si leur démarcher a été inutile: cette façon d’agir est puérile et ne sert qu’à perdre du temps et à amoindrir la volonté.
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jet qui doit alors l’occuper, de façon qu’elle ne soit distraite par aucun à-côté de la question; en un mot, évitez toute rêvasserie, mère d’une somnolence engourdie qui ramène vite le paresseux au sommeil. Quand le programme de votre journée est soigneusement, minutieusement établi, alors seulement levez-vous, et réalisez-le dans tous les détails que vous avez préalablement fixés; suivez-le point par point sans vous en laisser écarter par tous ces futiles incidents de chaque jour qu’il est si facile d’éloigner de son attention. Il ne faut cependant pas vivre votre journée mécaniquement et hypnotisé par la seule réalisation du programme élaboré: il peut survenir des événements dont l’importance force votre attention; il en est d’autres qui s’imposeront à vous (tels que l’arrivée d’un visiteur, la réception d’une lettre vous forçant à sortir sur le champ, etc,); il est évident qu’il faut vous plier à toutes ces circonstances imprévues: il serait puéril d’ailleurs de les regarder comme nulles et non avenues, de ne pas recevoir le visiteur, de négliger les indications de la lettre, pour la seule satisfaction de suivre aveuglément votre programme du jour; mais dès que ces circonstances ont cessé ou dès que vous êtes libéré de leurs suites, revenez aussitôt à votre programme; voyez rapidement ceux de ses articles dont vous êtes forcé de renvoyer à plus tard la réalisation, et ceux que vous avez encore le temps d’accomplir, et reprenez-en le cours de façon aussi stricte que possible.
Le soir, résumez mentalement votre journée; voyez celles de vos précisions que vous avez réalisées, celles que forcément vous avez négligées, celles auxquelles, par apathie, vous vous êtes dérobé, et rassemblez de la sorte les éléments de votre programme du lendemain.
Il est certain que ce régime vous occasionnera d’abord de l’ennui; il est non moins certain que, les premiers temps, vous constaterez beaucoup de défaillances dans l’emploi de votre journée; mais apportez toute votre ténacité à réaliser chaque jour les décisions prises le matin, et vous remarquerez, au bout de peu de temps, avec quelle facilité vous y arriverez. Pourquoi? parce que.
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ime fois l’habitude bien prise et fermement observée, votre maîtrise sur vous-même s’est augmentée journellement, à votre insu, et vous êtes parvenu rapidement à être maître de vos actes et de vos pensées. Votre volonté en ceci vous a aidé, certes, puisqu’elle trouvait dans cette façon de procéder son application de tous les instants, et elle a, par cela même, profité directement de cet entraînement : mais aussi elle vous a donné une grande possession de vous-même, et, cette possession de vousmême, c’est la source où votre volonté puisera à la fois et son énergie propre et la conscience de cette énergie.
Progressivement les réactions se feront de plus en plus importantes entre la maîtrise de soi et la volonté, et celle-ci jinira par y conquérir un dynamisme supérieur qui fera réellement d’elle la force la plus considérable que l’homme ait à sa disposition.
On le voit, ces deux méthodes — directe et indirecte — d’entraînement peuvent se suivre simultanément sans se gêner l’une et l’autre; les résultats donnés par chacune d’elles, prise isolément, ont toujours été des meilleurs, et je ne doute pas que leur réunion ne produise sur Ta volonté une dynamisation de premier ordre.