‹ Méthode de direction des œuvres de jeunesse (volume 2)Chapitre 10 sur 55 · DES MOYENS INTERIEURS POUR FORMER LES JEUNES GENS A LA PIÉTÉ · texte numérisé non relu

DES MOYENS INTERIEURS POUR FORMER LES JEUNES GENS A LA PIÉTÉ

Nous n'avons parlé jusqu'ici que des moyens extérieurs pour former les enfants à la piété. Ces moyens nous les croyons excellents, mais, il faut se hâter de le dire, ils seraient fort insutïisants si on se bornait à parler aux sens extérieurs. Ces moyens sont Técorce, le fruit estau-dedans ; il faut savoir le chercher, et nous voici arrivés au plus difficile, mais aussi au plus consolant de notre ministère.

L'àme est naturellement chrétienne ; le péché l'a bien viciée, mais au milieu des mauvais penchants surnage toujours quelque chose de cette ressemblance avec Dieu qui lui fut imprimée dans la création. Quand on prêche la piété aux jeunes" gens que le vice n'a pas encore blasés, on est étonné de leur facilité à comprendre, de leur ardeur à se jeter dans l'amour de Dieu pour lequel ils ont été créés. Chose étonnante ! on craint de trop demander à la jeunesse et on n'obtient presque rien : on demande beaucoup et on obtient plus qu'on ne demande. D'où cela vient-il ? de ce que les jeunes gens n'étant pas capables de grande réflexion, c'est le cœur qui pense chez eux ; la tête n'a qu'un

rôle secondaire ou si elle agit c'est par riniagination. Leur pente est aux extrêmes. S'ils sont libertins, ils le sont avec excès. Profitez de cette disposition, et si vous voulez les faire pieux ne craignez pas l'exagération. Il faut quelque chose qui remplisse ces jeunes âmes, elles sont incapables de comprendre les équations de piété. Qu'ils aiment l'Œuvre avec exagération, qu'ils se portent aux pratiques pieuses avec exagération ; vous ne pouvez pas changer leur naturel ; ne serez-vous pas toujours à temps d'enlever le trop plein, de les diriger avec prudence ? Partez bien du principe que c'est en vain que vous chercherez le juste milieu, idole de notre siècle ; difficilement le trouverez-vous dans l'âge mùr. pourquoi donc poursuivre cette chimère chez les enfants ?

Mais, dira-t-on, ce qui est violent ne peut diu'er. Qu'importe, pourvu que les résultats soient bons, et ils le sont. Cet enfant vient de faire sa première communion; laissez-le se gâter, la fougue des passions ne durera pas non plus ; à leur tourbillon et à leurs orages succédera le calme et l'indifférence de l'impiété, l'abrutissement d'un cœur usé par les excès. Au contraire, attirez cet enfant au bon Dieu, passionnnez-le pour l'Œuvre, pour ses pratiques pieuses pour ses jeux innocents : cela ne durera pas non plus peut-être, mais ce qui restera au bout de quelques années ce sera un fond de foi, de respect, d'amour, que rien ne pourra plus détruire, ou qui reviendra tôt ou tard : l'expérience le prouve tous

les jours. Nous reviendrons peut-être trop souvent sur ce point, mais jamais assez, ce nous semble, pour bien faire comprendre toute notre pensée, tant nous croyons ceci important. La suite de ce petit ouvrage le fera peut-être mieux entendre.

Ces principes étant admis, une sorte de découragement s'empare quelquefois de Tàme d'un Directeur, quand il considère tout ce qu'il faut faire pour porter à Dieu un jeune homme qui vient à lui pour la première fois. Par où commencer ? Que faire ? Que dire ? Nous ne croyons pas qu'on puisse donner ici une méthode graduée, comme celle que l'on emploie dans l'étude des sciences humaines. 11 faut, selon l'inspiration du moment, commencer par un bout quelconque, tantôt par l'un, tantôt par l'autre; tout vient ensuite peu à peu. Nous n'avons donc pas voulu suivre une méthode tout à fait logique, dans le classement des moyens dont nous allions parler ; mais nous avons cependant cherché à y mettre un certain ordre, une certaine gradation, que pourront suivre à peu près, selon les circonstances, ceux qui voudront travailler à la sanctification des jeunes uens.

ARTICLE PREMIER

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