‹ Méthode de direction des œuvres de jeunesse (volume 2)Chapitre 9 sur 55 · DE L'ESPRIT DE L'ÉGLISE DANS LE CULTE EXTÉRIEUR · texte numérisé non relu

DE L'ESPRIT DE L'ÉGLISE DANS LE CULTE EXTÉRIEUR

Un des plus sûrs moyens de réussite dans la direction des âmes, c'est bien certainement, de suivre pas à pas la méthode et les procédés de l'Eglise dans la conduite de ses enfants. On fait trop bon marché, aujourd'hui, de ces usages qui ne sont que les formes extérieures de l'esprit intérieur de l'Eglise. Un vrai chrétien doit pleurer quand l'Eglise pleure, il doit se réjouir quand elle se réjouit. N'est-elle pas inspirée du Saint-Esprit ? Qui donc peut mieux qu'elle nous instruire? Quel meilleur guide pouvons-nous suivre dans les voies du salut?

Au moment oi^i j'écrivais ces lignes, une conférence d'ouvriers célébrait sa fête patronale de

Saint-Joseph, dans une église de religieux. Un superbe reposoir y avait été élevé, surmonté de la statue du Saint. Rien de mieux, sans doute ; mais, par mallieur, c'était le dimanche de la Passion, où il n'est jamais permis de faire aucune fête, pas même de la dédicace. La rubrique dit bien coopeiHnntuv imagines sanctorum vélo violaceo nec detef/uniur quolibet occiirenïe festo etiafn titularis et paironi ; une double décision de la S. C. R. de 1659 et 1663 a bien confirmé cette rubrique, mais on trouva que ce serait moins beau, et cette raison suffit pour répondre à toutes les objections. Le même jour, nous aurions dû célébrer aussi cette même fête, qui est la troisième de notre Œuvre, mais il nous sembla que nous n'en avions pas le droit. Ne nous restait-il pas la fête du Patronage ? Enfin, cette ressource nous eût-elle fait défaut, ne valait-il pas mieux supprimer, pour une année, la fête de Saint-Joseph, que d'effacer, pour ainsi dire, un des deux dimanches consacrés aux douleurs de Notre-Seigneur, en y substituant une solennité bien moins importante, et qui peut toujours, du reste, avec permission, se renvoyer à un autre jour?

Plus nous allons, plus nous nous convainquons que de tous les moyens extérieurs, pour former les enfants à la piété, aucun n'est plus utile que ce respect pour les usages de l'Eglise et que la docilité à ses prescriptions. Cet esprit, je le disais, se revêt d'une forme extérieure, et c'est cette forme exté-

rieiire qui entre par les sens pour parvenir, peu à peu, jusqu'à la moelle de l'âme.

Dès la fin de novembre, nous annonçons en chaire le renouvellement de l'année ecclésiastique. Quatre semaines seulement nous restent encore pour nous préparer à la fête de Noël. Il faut donc bien les employer, être plus recueilli qu'à l'ordinaire, se confesser plus exactement. Nous annonçons que nous prêcherons tous les dimanches des sermons plus graves et plus sérieux qu'à l'ordinaire. Nous les préparons, en effet, avec beaucoup plus de soin. Le chant si pieux du Rorate rappelle chaque dimanche, au Salut, le temps de l'Avent. L'orgue se tait, l'autel est sans fleurs. Le troisième dimanche Gauclete, avec les ornements roses, fait seul exception. Nous chantons en leur temps les grandes antiennes 0, et les enfants, qui savent que c'est une sorte d'octave préparatoire à la solennité de Noël, accourent tous les soirs en grand nombre, pour mieux se disposer à cette fête. La veille de Noël, nous chantons à dix heures et demie le grand office; les plus jeunes enfants ne sont pas admis pendant cette nuit, de peur qu'ils ne soient fatigués. Quelques avis, donnés le dimanche précédent et répétés avant l'ofiice, font comprendre aux jeunes gens le bonheur qu'ils vont avoir de chanter, une fois dans l'année, ce bel office que tant d'ordres religieux chantent toutes les nuits, précisément à l'heure où Notre-Seigneur est né. Une nombreuse communion termine la grand'messe de minuit.

et après les Laudes, on recommande aux enfants de se retirer, comme les bergers le firent, louant et bénissant Dieu. A huit heures, la deuxième et la troisième messe les réunit encore, et les offices ordinaires du soir achèvent cette belle journée.

Notre fête patronale des Rois arrive peu après. Le Saint-Sacrement, exposé avant la grand'messe, demeure jusqu'après vêpres sur notre autel. Trente adorateurs se renouvellent toutes les demi-heures. Cette fête est à peine terminée que la Septuagésime s'annonce. C'est un temps de tristesse que le monde souille par les joies profanes ; nous le passerons dans le recueillement. L'orgue se fait encore entendre, l'autel se pare encore de fleurs ; ce n'est pas encore le Carême, mais c'en est l'annonce. Le dimanche gras, jour de folie dans le monde, est un jour de dévotion pour nous. Les jeudi, lundi et mardi gras, ne pouvant pas faire toutes les quarante heures, nous exposons le Très Saint-Sacrement le soir, à l'heure où nos ouvriers commencent à quitter leur travail, vers les cinq heures. L'adoration se termine à huit heures par le Salut. Mais le dimanche de la Quinquagésime, il demeure exposé tout le jour.

Le Carême est un temps de pénitence. Nous recommandons le jeûne à tous nos congréganlstes majeurs, ne les en dispensant jamais entièrement, quelque soit leur travail, on peut toujours faire quelque chose. Nous ne manquons pas de leur imposer les Cendres avant la grand'messe, et nous

tenons à ce que, dès ce premier jour du Carême, notre chapelle n'ait plus d'ornements, fallût-il passer la nuit pour enlever tous ceux qui ont servi aux quarante heures. Tous les mercredis soir, il y a le Chemin de la Croix ; malgré les fatigues d'une journée de travail, les jeunes gens y assistent très nombreux.

La fête de Saint .Joseph, que nous célébrons le dimanche qui suit le 19 mars, en vertu d'un Induit du Saint-Siège, interrompt seule les tristesses du Carême (1). Cependant, si ce dimanche était un dimanche de première classe, nous la remettrions au troisième dimanche après Pâques, fête du Patronage.

Le dhnanche de la Passion, toutes les Croix et les statues sont soigneusement voilées. La bénédiction et la procession des P^ameaux précèdent la grand'messe du premier joiu' de la Semaine-Sainte. Excepté la bénédiction des fonts, nous faisons tous les offices, le matin si tôt et le soir si tard que presque tous nos jeunes gens peuvent y assister. Je crois pouvoir affirmer, grâce à cet arrangement, que nos congréganistes sont à peu près les seids ouvriers de Marseille qui, dans tout le cours de

(I) Notre Œuvre étant devenue beaucoup plus pieuse en vieillissant, nous n'usons plus de ce privilège; la fête se célèbre le jour même, avec la plus grande dévotion, avant et après les heures du travail; mais la solennité est renvoyée au Patronage, qui est le dernier dimanche du temps pascal à Marseille.

leur vie, aient vu les belles cérémonies de la Semaine-Sainte. Nous faisons un aussi beau reposoir que possible, mais jamais au maître-autel, pour que l'accessoire ne devienne pas le principal. Dans Taprès-midi, nous lavons les pieds à douze de nos petits enfants de la première communion. Pendant la nuit, divisés en plusieurs bandes, les plus grands se relèvent toutes les deux heures devant le reposoir. Le Vendredi-Saint, après les ténèbres, nous prêchons la Passion.

Arrive enfin le jour de Pâques, la solennité des solennités. Nous déployons toutes nos pompes; aucune autre fête, dans l'année, n'égale ce jour que le Seigneur a fait. La grand'messe, les vêpres, le sermon, le salut, les chants joyeux, les ornements de l'autel, tout annonce la plus grande de toutes les fêtes. Plus la transition entre les tristesses du Carême et les joies de Pâques a été rapide, plus il est facile d'en pénétrer les enfants, dont la nature est si impressionnable.

De fêtes en fêtes, de joies en joies, nous arrivons à la Pentecôte, qu'une ancienne tradition de l'Œuvre de M. Allemand a choisie pour la première communion. Cela n'arrête pas le cours de nos solennités ; la Fête-Dieu, et surtout notre grande fête titulaire du Sacré-Cœur, avec sa rénovation des promesses des congréganistes et sa procession du soir couronnent toutes ces solennités. L'anniversaire de notre dédicace est un jour béni. Nous la célébrons, par Induit du Saint Père, le troisième dimanche de

juillet. Le jour de l'Assomption est notre grande fête de la Très Sainte Vierge ; nous terminons cette journée par un feu de joie, un feu d'artifice et une illumination de la statue de notre Bonne Mère qui est dans la cour.

Le jour de tous les Saints est une des fêtes que nos enfants célèbrent avec le plus de dévotion. Ils ont de graves motifs pour cela. Cette fête est éloignée de toutes les autres; on a plus de temps pour l'annoncer. Les fuyards, que les bastides nous ont enlevés depuis l'été, reviennent au bercail ; et puis, c'est l'anniversaire de la fondation de l'Œuvre, et les enfants se ressouviennent, tous les ans, des miracles que le bon Dieu a faits pour établir et conserver cette Œuvre, envers et contre tous fl) .On renouvelle les charges ce jour-là, grand sujet de préoccupations avec une forme de gouvernement qui, ne laissant rien à l'élection, ménage les plus grandes surprises. Enfin la Commémoraison des Morts, qui se célèbre presque simultanément, donne à cette fête une teinte de joie douce, de tristesse recueillie, qui distingue ce jour de tous les autres jours de l'année. Ap-'ès les vêpres de tous les Saints, nous chantons les vêpres des morts devant

(!) La veille, 31 octobre, nous allons en pèlerinage remercier Notre-Dame-de-la-Garde de sa constante protection. La veille de notre fondation définitive, 31 octobre 1847, nous déposâmes à ses pieds la clé en arp:ent de notre OEuvre» Jamais maison n'a mieux été gardée par la Bonne Mère, au milieu des plus incessantes persAcutions.

l'autel subitement revêtu de noir, puis le Directeur monte en chaire, avec le registre des charges qui excite toutes les curiosités. Il rappelle, en quelques termes courts mais animés, les trois fêtes de ce jour : Fête de tous les Saints, de nos parents, de nos amis qui nous ont précédés dans Téternité bienheureuse ; commémoraison des fidèles trépassés, qui sont saints aussi, mais ne jouissent pas encore de leur bonheur et l'attendent de nos prières ; enfin, fête de la reconnaissance pour les bienfaits dont Dieu nous a comblés depuis l'établissement de l'Œuvre, et particulièrement pendant cette année. On chante le Te Deum et les nouveaux dignitaires reçoivent, à la cour, les félicitations de leurs frères. Le soir, la chapelle est tendue de noir, et l'absoute termine cette journée. Selon l'usage du pays, les glas sonnent une partie de la nuit à notre clocher, pendant que les membres de la Communauté, qui sont dans la maison, consacrent leur récréation, après souper, à réciter les Matines et les Laudes des morts fl). Le lendemain, à 7 heures, grand'rnesse pour les fidèles trépassés ; le soir à 7 heures et demie, les vêpres et l'absoute.

Tel est, bien en abrégé, le cours de notre année ecclésiastique. Pas une fête de l'Eglise que nous ne célébrions selon nos moyens et les loisirs de nos

(1) Pour satisfaire la piété du plus grand nombre, qui ne pouvait assister à cet office, nous le récitons, depuis plusieurs années, à 6 heures du matin. Prés de "200 jeunes gens sont toujours présents.

jeunes gens. Nous nous levons plus tôt s'il le faut, nous nous couchons plus tard, mais nous tenons à célébrer toutes les fêtes chacune selon son rang. Les avis que nous donnons d'une part, les ornements de la chapelle de l'autre, tiennent tous nos enfants au courant de leur calendrier, et les usages de l'Œuvre sont si invariables, qu'un congréganiste sait d'avance toutes les fêtes qui se célébreront. Aucune fête de dévotion n'a le pas sur les grandes fêtes de l'Eglise, et si on peut remarquer un peu de prédilection pour la fête de tous les Saints, nous dirons que la dévotion des enfants donne seule plus d'éclat à cette fête, que nous n'environnons pas de plus de solennité extérieure que les autres du même rang.

Est-il besoin de dire combien l'esprit de foi et de piété des enfants doit s'accroître et se raffermir par le spectacle de chacune de ces fêtes renouvelées pendant plusieurs années, par les avis qui les précèdent, par les sermons et les belles cérémonies qui les accompagnent ? N'est-il pas malheureusement trop vrai qu'en dehors de notre Œuvre bien peu d'ouvriers peuvent parcourir avec la même facilité le cycle ecclésiastique ? Aussi, puis-je le dire, toutes les dépenses nécessaires à la beauté du culte se font avec bonheur dans la maison ; et, si nous ne pouvons lutter de richesse avec les grandes églises, nous les égalons, nous avons même la prétention de les surpasser souvent en bon ordre et en propreté. Nous les surpassons surtout par la grande

quantité des jeunes gens employés, à divers titres, aux cérémonies du culte. Mais voici une plus grave conséquence de notre manière de célébrer les fêtes à laquelle on n'a peut-être pas réfléchi.

Notre Œuvre n'est pas destinée à garder toujours les membres qui la fréquentent. Dès que nos jeunes gens sont mariés, ils ne nous appartiennent plus. L'édification exige qu'ils aillent à leur paroisse, car c'est là que tout, en détinitive, doit aboutir. Le congréganiste habitué à nos usages, qui sont ceux de l'Eglise, ne trouvera pas de différence sensible entre sa paroisse et l'Œuvre. Ce sont les mêmes fêtes ; les mêmes cérémonies, les mêmes chants, qu'il sait par cœur. Il ne sera pas étranger dans une église où il retrouvera tout ce qui frappa son enfance. En sera-t-il de même des membres de certaines associations, saturés de fêtes, toutes plus belles, plus extraordinaires, plus théâtrales, quelquefois, les unes que les autres, lesquellesn'iuspirent souvent que du dégoût pour ces offices de paroisse qui sont, pourtant, ceux que l'Eglise a établis? Ah! que les otffces seraient plus beaux, et qu'il y aurait plus d'entrain si tous les hommes avaient reçu une éducation religieuse pareille à celle que nous tâchons de donner à nos chers enfants !

J'avoue qu'il m'en a coûté des dépenses et surtout des peines incroyables pour en venir à ce point. .le me souviens qu'ayant chanté dans notre chapelle les vêpres de la Sainte Vierge, pendant toute la première aimée, je voulus me hasarder le

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saint jour de Pâques 1847, à chanter les vêpres de la solennité. Malgré tous mes efforts, nous échouâmes complètement. Les enfants de chœur eux-mêmes ne faisaient pas mieux que les autres. Mais depuis quelques années nous pouvons célébrer toutes les fêtes avec leurs chants propres, et nous avons un nombre sulïisant d'enfants aussi bien formés aux cérémonies et au chant que modestes à l'autel.

Résumons ce premier chapitre : nous comptons beaucoup sur les moyens extérieurs que nous fournit l'Eglise pour former les enfants à la piété. Une tenue irréprochable à la chapelle ; le spectacle des pompes ecclésiastiques; l'esprit de l'Eglise expliqué pendant de longues années et introduit par tous les sens extérieurs ; voilà, nous le croyons, des mo^'Bns infaillibles pour commencer heureusement ce grand travail que les moyens intérieurs perfectionneront plus tard.

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