‹ Méthode de direction des œuvres de jeunesse (volume 2)Chapitre 18 sur 55 · DES ASSEMBLÉES · texte numérisé non relu

DES ASSEMBLÉES

Pour mieux nous faire comprendre, mettons un peu d'ordre dans les divers moyens dont nous avons parlé, pour porter les enfants à la piété. Les uns sont des pratiques individuelles, comme la vi-

« dans une maison d'éducation, dans un petit séminaire, à « son sens, c'était cesser de ramer sur un courant rapide, lais- « ser aller la barque à la dérive, c'était tout perdre

« Cette grande autorité, pour prêcher toujours et partout, (I tanquam potesiateni /*a/>e«sf Monsieur Allemand ne la de- '( vait pas seulement à la magnanimité et à l'indépendance « chrétienne et sacerdotale, effets de sa profonde humilité ; « ce qui lui assujettissait surtout ses auditeurs, c'était la « grande vénération qu'inspirait à tous son éminente vertu ; « et l'air si frappant de sainteté qui reluisait sur son visage « et dans toute sa personne

« Monsieur Allemand n'écrivait pas ses sermons, mais cela « n'empêchait pas qu'il se préparât toujours fort solidement. « Quelque grande que fut sa facilité, il aurait cru tenter Dieu « s'il était monté en chaire sans savoir le fond de ce qu'il de- « vait dire. Il faisait ordinairement des canevas fort courts, « dont on en a conservé un très grand nombre. L'indication « du sujet, la division toujours claire et naturelle, quelques « textes, l'énoncé des pensées principales et de quelques « détails de mœurs, c'est tout ce que contiennent ces petits a canevas qu'il écrivait très souvent à genoux, tenant de la « main gauche un gros livre qui lui servait de pupitre, et sur « lequel il pressait avec le pouce un petit papier volant auquel (' il confiait ses pensées. » Me Oe M. Allemand, page 275.

site au Saint-Sacrement, les entretiens pieux, la fréquente communion, la méditation et la direction. Les autres sont des pratiques s'adressant à tous, comme les sermons et les instructions. Enfin, les autres dont nous allons parler s'adressent à quelques-uns seulement.

Nos enfants sont d'âge très différents. Réunis ensemble dans les exercices généraux, parce que ce mélange est un des fondements de notre Œuvre, nous les divisons dans quelques asssemblées particulières, qui sont destinées à agir sur une collection du même âge et de la même position. Ces assemblées, dans notre maison, sont de quatre sortes, indépendamment des associations dont nous parlerons plus tard, et qui diffèrent des autres assemblées par leur but et par les moyens.

Du Catéchisme des 2^6tits

Nous recevons les enfants dès l'âge de dix ans. Par une exception qui n'est pas dans le règlement, mais que l'usage a consacré, les congréganistes ont le droit de faire recevoir leurs petits frères à neuf ans. Nous sommes très sévères sur ces limites d'âge, qui, au contraire, ont toujours été devancées chez M. Allemand. De son vivant, j'avais été reçu moimême dans l'Œuvre à l'âge de huit ans (1).

(1) Daus notre OEuvre nous avons devancé cet âge depuis

Je ne comprends pas pourquoi presque aucune Œuvre de France ne veut recevoir si tôt les enfants. Admis bien jeunes, ils prennent mieux l'esprit de l'Œuvre, et deviennent un jour nos meilleurs congréganistes; ils sont l'objet du zèle des plus anciens, nous les préparons mieux à une bonne première communion ; le passage si dangereux de la première communion à l'atelier se fait avec moins de péril ; enfin, c'est plus évangélique, Notre-Seigneur ayant toujours eu des préférences marquées pour les petits enfants. Ceux qui persévèrent dans l'Œuvre, après y être venus jeunes, y conservent mieux leur innocence. Que de motifs pour recevoir les enfants ! Que de bénédictions Dieu ne répandra-t-il pas sur ceux qui les admettent ! J'ai lu dans Saint François de Salles cette belle pensée, que les anges des petits enfants sont remplis de reconnaissance pour ceux qui soignent leurs petites âmes.

Quoi qu'il en soit, il est évident que si on reçoit ces enfants, il faut leur donner des soins spéciaux. Leur assemblée qu'on appelle le petit catéchisme, a lieu tous les dimanches, une heure à peu près après la messe. Deux ou trois des anciens en sont charquelques années; nous recevons nos enfants à neuf ans et un jour. Ce qui nous a déterminé à cette réforme, car ça en est une, c'est la précocité toujours plus grande des enfants dans le mal. On ne saurait croire combien ils sont gâtés jeunes ; il est rare de trouver un enfant pur parmi ceux qui ont déjà fréquenté les écoles, et il n'y en a presque point qui échappent à cet écueil.

gés. Toutes les réunions sont ainsi organisées, le Directeur n'a qu'à veiller sur l'ensemble et à présider quelquefois ces assemblées. Quelques petits coups de cloche en donnent le signal, et les enfants s'étant réunis deux à deux en rang et en silence, ils entrent dans la chapelle qui leur est destinée. Remarquons que c'est la seule association qui aille en rang ; il est de principe à l'Œuvre que chacun va comme il veut, c'est moins écolier. Mais les petits, quand ils ne sont pas mêlés avec les grands, ont besoin d'être un peu plus tenus (1).

Celui qui préside le petit catéchisme avec ses aides, a trois fonctions : 1° il apprend et fait réciter d'abord les prières, les actes, les commandements, parce que plusieurs enfants parviennent quelquefois à un âge avancé sans les savoir, puis le catéchisme diocésain. Cette première instruction de nos enfants est un devoir dont nous ne devons pas nous décharger sur d'autres, quand même ils ne devraient pas faire la première communion à l'Œuvre ; 2° il doit donner des avis sur les fautes que font les enfants, sur leurs négligences à fréquenter l'Œuvre, à se confesser, à savoir leurs leçons. Il répète et

(1) Depuis que nous avons une école, comme nous le dirons à la 4° partie, ce petit Catéchisme du dimanche a été supprimé. Nous le faisons le jeudi matin pendant deux heures, et d'après la méthode ici indiquée. Il dure depuis la rentrée des classes vers la fin de septembre, jusqu'à la fin du mois d'août.

fait mieux comprendre les avis généraux, les reproches que M. le Directeur a faits en chaire et qui peuvent les concerner. Tous doivent se confesser tous les mois, on nomme chaque dimanche les retardataires ; 30 il doit aller tous les lundis chez ceux qui ont manqué, s'informer des motifs, prévenir les parents.

Cette petite assemblée maintient l'ordre et la discipline dans la portion la plus turbulente de notre troupeau, et lui infiltre peu à peu l'esprit de notre Œuvre sans qu'il s'en doute. Je le répète, ces enfants quand ils persévèrent, sont nos metlleurs congréganistes. Neuf ou dix ans après, quelques-uns ont eu les premières dignités de l'Œuvre ; qui pouvait mieux les remplir que ceux qui avaient passé par tous les degrés ? C'est ce qui explique l'aptitude extraordinaire de nos grands pour la direction de l'Œuvre, que la plupart d'entre eux n'eussent jamais pu apprendre par la seule théorie. Ce petit catéchisme commence le 1^^ juillet et finit le l^'' mai. Cette interruption de deux mois à l'époque de la première conuriunion, fait qu'il recommence avec plus d'entrain au mois de juillet, parce que les enfants se lassent aisémeiit de ce qui dure trop.

Du Catéchisme de la première Communion

Par un privilège bien précieux, nous sommes autorisés, par les statuts synodaux à faire faire la

première communion à nos enfants. C'est un grand surcroît de travail, mais c'est une bien douce consolation que je souhaiterais à toutes les Œuvres. Leurs ressources sont bien grandes pour préparer convenablement ces enfants à cette grande action ; aucune paroisse, même des mieux organisées, ne peut disposer d'autant de moyens qu'une Œuvre spéciale de jeunesse, si elle est, elle-même, bien organisée et bien dirigée. Cependant je ne serais pas d'avis que la plupart des Directeurs des petites villes obtinssent cette faveur. C'est un droit devenu paroissial ; il naîtrait de là souvent des difficultés fâcheuses. Mais dans les grandes villes, où le nombre des enfants est si considérable, les Directeurs d'Œuvres de jeunesse feraient bien d'adopter cette méthode, s'ils le peuvent, qui leur préparerait d'excellents congréganistes pour l'avenir.

Nous commençons ce catéchisme le l^^" octobre ; jusqu'à Noël, il a lieu tous les jeudis à quatre heures ou cinq heures selon la saison ; les enfants qui en font partie, doivent de plus assister à la petite assemblée du dimanche. Le catéchisme de ce diocèse, le plus difficile de tous les catéchismes, est divisé en trois parties ; avant Noël, nous faisons réciter la première partie. Un premier examen classe dès lors les enfants selon leur force, et comme nous tenons pour certain, que les leçons apprises une fois seront promptement oubliées, la préparation de l'examen les fait repasser une seconde fois, en attendant qu'après Pâques, ils les re-

passent une troisième fois encore. Cet examen se fait avec une certaine solennité, le résultat est proclamé le jour des Saints Innocents, de nombreuses récompenses sont distribuées et on renvoie ceux qui, par leur paresse, leurs nombreuses absences ou leur négligence à se confesser, ne donnent déjà plus d'espoir pour leur première conmiunion.

Il ne faut pas se montrer trop sévère à ce premier examen; plusieurs enfants qui ont mal fait, peuvent mieux faire à l'avenir et profiter davantage que s'ils étaient définitivement expulsés. Il ne faut cependant pas hésiter à renvoyer ceux qui ne donneraient plus aucun espoir; ces enfants feraient peut-être à la fin des efforti qui empêcheraient leur renvoi, mais qui seraient trop tardifs, pour qu'ils pussent faire une bonne première communion. D'ailleurs, en les renvoyant à Noël, ils peuvent encore se faire recevoir dans leur paroisse, sans nuire au bon esprit des autres, comme leur mauvais exemple pourrait le faire, s'ils demeuraient plus longtemps dans notre catéchisme.

Pendant cette première période, les moyens d'émulalion doivent être très multipliés ; la perspective d'une première communion éloignée de huit mois, ne pouvant suffire à les encourager beaucoup. Nous les divisons pour cela en deux partis, les plus forts ont les premiers numéros ; le parti vainqueur a droit à certains privilèges, chaque leçon a sa note. Autant que possible, les enfants doivent s'attendre à être interrogés chaque fois. .le

donne des bons points qui s'échangent à la fin du mois par des images, des médailles, des li\Tes.

Un des plus grands obstacles à la bonne première communion des enfants, c'est la mauvaise volonté des parents eux-mêmes qui ne s'en préoccupent guère qu'au dernier moment et souvent d'une manière bien malheureuse. Nous envoyons chez eux, dès les premiers mois, pour leur recommander : 1° de veiller beaucoup sur leurs enfants, 2° de leur faire apprendre leurs leçons, 3° de les envoyer exactement à l'Œuvre le jeudi et le dimanche. Les réponses des parents nous fixent déjà sur ce que nous pouvons attendre ou craindre de leur concours (1).

La seconde partie du catéchisme s'apprend de Noël au Carême. Les enfants sont alors moins nombreux; ils se préoccupent davantage de la première communion qui approche. Un second exa-

(1) Voici le petit règlement imprimé que nous distribuons le premier jour à chacun de ceux qui fréquentent TOEuvre sans venir à notre école.

1° Tous les enfants qui fréquentent l'Œuvre et qui n'ont pas fait la première communion, doivent assister aux catéchismes qui se font dans la maison. Ils ne sont reçus qu'à cette condition et ne seraient pas gardés s'ils ne venaient que pour jouer seulement.

2° Le catéchisme se fait tous les jeudis, à huit heures du matin.

Depuis l'Epiphanie jusqu'à Pâques, tous les jeudis, à la même heure, et tous les lundis à cinq heures et demie, après la classe.

men semblable au précédent se fait le jour des Gendres sur cette seconde partie. A dater de ce jour, outre la petite assemblée du

De Pâques à la Pentecôte, il a lieu tous les soirs, à cinq heures, excepté le samp.di. Les enfants qui sont sur le point de faire leur première communion à l'Œuvre, fréquentent seuls ce dernier catéchisme, les autres en sont dispensés.

3" Aucun enfant n'est obligé de faire sa première communion à rOEuvre, chacun peut la faire où ses parents le désireront, mais rien ne dispense du catéchisme ; il ne peut que servir beaucoup à ceux qui fréquentent le catéchisme des paroisses et les aider à faire une bonne première communion, y

i" Les parents qui voudront cependant que leurs enfants fassent leur première communion dans l'OEuvre y trouveront de grands avantages. Ils sont mieux surveillés, mieux tenus, mieux entourés que partout ailleurs. La première communion y est peut-être plus difficile que dans les paroisses, mais les ressources de l'OEuvre sont plus grandes pour la mieux faire.

5° Il y a un catéchisme spécial qui se fait à sept heures tous les soirs, depuis le l" octobre jusqu'à la première communion, pour les enfants qui ne savent pas lire ou qui sont retenus par le travail. On recommande beaucoup d'exactitude à cette réunion, malgré la nuit, la fatigue ou le mauvais temps. Ces enfants ayant besoin de plus de soins que les autres, les parents devront accepter ces sacrifices pour leur bien. On ne les dérangera jamais de leur travail, si ce n'est les deux dernières semaines.

6° La première communion se fait le saint jour de la Pentecôte. Les enfants entrent en retraite le mercredi soir; nous les gardons toute la journée, pendant ces quatre jours, de six heures du matin à huit heures (Ju soir.

dimanche, toujours obligatoire pour tous les enfants, le catéchisme se fait tous les lundis et jeudis; la confession est exigée tous les quinze jours et plus souvent s'ils le désirent. Quand la fête de Pâques est extrêment avancée, c'est dès le jour de l'an qu'a lieu ce double catéchisme et cette confession plus fréquente. Quoique toutes les pratiques de piété se fassent librement et sans contrainte dans notre Œuvre, ces enfants cependant doivent se confesser à jour fixe et tous à la fois contrairement à notre usage ordinaire. Au lieu de les confesser dans mon cabinet, je les confesse à la chapelle, où ma présence les retient mieux dans le devoir quand je n'ai personne pour les surveiller. Pendant la semaine sainte, un troisième examen termine la troisième partie du catéchisme.

Après Pâques, les enfants de la première communion ne vont plus au petit catéchisme du dimanche. Les moyens d'émulation sont supprimés, ils sont désormais inutiles. L'approche de la première communion les préoccupe alors suffisamment dans leur maison, dans leur école comme à l'Œuvre. Les parents, eux-mêmes, commencent à y regarder. Nous n'envoyons plus chez eux., ils nous accablent d'instances, de visites ; nous en profitons pour obtenir d'tux tout ce qui est possible.

Le catéchisme a lieu, dès lors, tous les jours, excepté le samedi et le dimanche. On reprend les leçons depuis le commencement; c'est la troisième

fois qu'ils les récitent, la troisième fois que les mêmes explications leur sont données. Des rivalités très vives animent le catéchisme et y excitent l'émulation, les enfants y prennent cœur, le plus grand nombre parvient à savoir ses leçons et à les comprendre, autant qu'il est possible de le demander à leur âge et à leur petite intelligence.

Telle est notre méthode pour le catéchisme. Jusqu'ici c'est à peine si quelques, détails diffèrent de ce qui se pratique partout où les catéchismes sont bien faits. Mais voici maintenant ce qui est propre à notre Œuvre : la formation de ces jeunes cœurs à une vraie piété, qui les^ prépare à la meilleure première communion possible. Les Œuvres bien dirigées ont pour cela des ressources que personne ne leur peut disputer, et qu'il faut soigneusement mettre à profit ; autrement le privilège d'y faire la première communion serait sans motifs.

Dans nos pays, les enfants n'ont pas une intelligence fort précoce. J'ai remarqué, après des observations faites avec soin, qu'ils avaient, par la suite, plus d'imagination que ceux du Nord. Dans le jeune âge, ils sont au contraire moins intelligents. En revanche, les mauvais penchants se font plutôt sentir chez eux, un enfant est plus tôt gâté dans le Midi, mais ses passions seront moins vives à dixhuit ans. La Providence a tout compensé. Nos enfants arrivent donc rarement à la première communion avec leur innocence baptismale. Ils ont à peu près tout fait et tout su de ce qu'on peut faire et

savoir à leur âge. Mais ils ne sont pas pour cela très vicieux, ils n'ont pas encore de ces mauvaises habitudes indéracinables, il est donc facile, par de fréquentes confessions, de leur donner de l'horreur pour le péché mortel, et de les faire vivre assez innocemment.

Il n'en est pas de même de la piété qui, ayant son siège dans le cœur, demande des sentiments assez développés pour être comprise. Le peu d'éducation qu'on reçu nos enfants est ici un obstacle ; mais un plus grand obstacle, il faut le dire, c'est le genre de piété superficielle et purement extérieure qui s'inspire dans quelques écoles. Cependant, sans une piété vraie et intérieure, la première comniQnion n'est guère qu'une formalité dont l'impression passe avec le jour qui l'a vue s'accomplir. La piété inspirée aux enfants est, ce me semble, ce qui distingue la première communion de notre Œuvre de celle des paroisses. Nos enfants sont peu nombreux, nous les avons tous les jours autour de nous ; ils sont habitués à entendre souvent parler des choses de Dieu ; nous avons beaucoup de jeunes gens pieux dans l'Œuvre, qui sont pour nous de précieux auxiliaires ; avec ces secours, il nous est facile de faire ce qui serait, ailleurs, presque impossible. Nous confions chaque enfant du catéchisme à quelques-uns des jeunes gens les plus fervents de l'Œuvre. Dans les premiers temps où nous étions plus pauvres l'association des Saints-Anges était seule chargée de ce soin : mais

notre but n'était pas très bien atteint. Les enfants de cette association sont trop jeunes, la plupart même ont tout juste assez de piété pour eux; ils sont embarrassés pour parler des choses de Dieu. La réunion du Sacré-Cœur remplit mieux cet objet; les jeunes gens qui la composent sont plus grands, plus fervents, le zèle est leur obligation principale, c'est même pour eux une sorte de noviciat, que cette manière d'exercer le zèle avec les petits ; cependant chaque année peut apporter quelque changement dans le choix des moyens. Il faut considérer toujours le bien des enfants, une règle générale pourrait nuire. Ainsi, en 1858, les enfants du catéchisme n'étant que quatorze, je les avais confiés tous au seul maître des novices qui était peu occupé, la direction était ainsi plus uniforme. Quoiqu'il en soit, ceux qui sont chargés de ces enfants doivent les voir au moins tous les dimanches, leur parler du grand bonheur qu'ils vont avoir, leur faire remarquer leurs petits défauts, leur apprendre la pratique de la direction, leur recommander la visite au Saint-Sacrement, les y conduire avec eux, leur céder les prie-Dieu, etc Il serait difficile de dire le bien que peuvent faire de tels entretiens; ils inspirent peu à peu ce genre de piété que nous avons à l'Œuvre, piété libre, facile, volontaire, mais intérieure, si différente de cette piété écolière que les enfants suivent si facilement, et qui n'étant qu'une piété de formule, s'en va à l'âge des passions plus vite encore qu'elle n'était

venue. Nous avons soin de demander souvent à nos jeunes gens de quelle manière ils s'acquittent de leurs fonctions de zèle auprès des petits; par eux, nous apprenons quelles sont les dispositions de nos enfants et nous parvenons à mieux les connaître.

La première communion se fait, chez nous, le saint jour de la Pentecôte. Elle arrive donc presque toujours vers la fin du mois de Marie. C'est une des pratiques de dévotion qui nous aide le plus pour la préparation prochaine à la première communion. Tous les matins, il y a messe de congrégation : les enfants y assistent volontiers : la classe n'étant pas dérangée par cet exercice, les maîtres n'y apportent aucun obstacle, et les parents eux-mêmes, si indifférents jusqu'ici, nous donnent tout le concours désirable à ce dernier moment.

Par ces divers moyens, les enfants ont pendant le dernier mois : 1° la sainte messe et la lecture du grand jour approche tous les matins; 2° le catéchisme tous les soirs ; 3° la confession toutes les semaines ; 4'^ les soins que leur donnent les grands; 5° les pratiques volontaires de piété qu'on leur inspire; 6° les prières que font pour eux les membres des associations ; 7° neuf jours avant la première communion, nous faisons faire une neuvaine aux Clarisses et aux Capucines ; 8° enfin, nous recommandons aux enfants de réciter tous les jours le Souvenez-vous les uns pour les autres. Tous ces moyens employés, la grâce de Dieu peut seule faire

le reste ; mais nous connaissons dès lors ceux dont la persévérance est probable (1).

Il faut cependant éviter deux écuells : le premier, serait de fatiguer les enfants par une tension excessive. Plusieurs ne sauraient alors aller jusqu'au bout ; d'autres éprouveraient, après la première communion une réaction d'autant plus dangereuse que cette tension aurait été plus forte. Rien, d'ailleurs, ne serait plus opposé à l'esprit de l'Œuvre, où la bonne volonté doit être soutenue, mais jamais forcée.

Un second écueil serait de trop espérer et de croire, qu'après tant de soins la réussite doit être certaine. Les enfants sont toujours des enfants, leur légèreté se fera toujours sentir plus ou moins. Le Directeur doit donc, pour faire respecter la règle, montrer en public une grande sévérité, mais la racheter par la plus grande douceur et la plus grande patience, dans les rapports privés, sans jamais se lasser de l'ingratitude et de l'inconstance des enfants. Quand ils ne répondent pas à ce qu'on fait pour eux, il faut redoubler d'efforts pour obtenir la meilleure première communion possible. C'est un jalon sur le chemin du ciel placé dans la

(1) En 1864 nous prêchâmes la retraite annuelle du Collège de Felletin (Creuse) où est érigée rarchiconfrérie de Notre- Dame de première Communion. Depuis cette époque, nous faisons recevoir tous nos enfants dans cette Confrérie quelques mois avant leur première Communion.

vie de ces enfants ; leur conversion pourra s'y rattacher un jour.

Tous les matins du mois de Marie, les autres enfants étant sortis, ceux de la première communion restent seuls à la chapelle ; on leur lit le beau livre Le grand jour approche. Il est aussi d'usage que tous répondent à la messe à haute voix. Nous dirons ailleurs comment se fait la retraite et la première communion.

Nous ne devons pas oublier un excellent usage que nous recommandons spécialement à tous les prêtres, à cause des fruits merveilleux qu'il produit. Tous les ans pour la Présentation de Notre- Dame a lieu la grande retraite annuelle de l'Œuvre. Les enfants de la première communion en suivent les exercices. Préparés avec soin les deux semaines précédentes, nous leur faisons faire cette confession générale qu'on fait ailleurs, seulement avant la première communion, et nous leur donnons la sainte absolution. Il s'opère dès lors un changement considérable dans leur âme, et il est rare que six mois après, ces enfants aient quelque nouveau péché mortel à accuser. La préparation prochaine se fait en état de grâce, au lieu de se faire en péché mortel jusqu'aux dernières heures. Il n'y a que quinze ans que nous avons adopté cette méthode, nous ne nous pardonnerons jamais de ne pas l'avoir fait plus tôt ; mais ce n'était l'usage nulle part, nous n'en avions pas eu l'idée. Donner l'absolution plusieurs mois avant, après une pré-

paration suffisante, au lieu de la donner seulement la veille de la première communion, telle est la formule.

Du Catéchisme des ignoranis

Nous avons peu à dire de cette assemblée. Elle se compose des enfants qui, ne sachant pas lire, ne sauraient apprendre eux-mêmes leur catéchisme et de ceux qui, travaillant toute la journée, ne peuvent pas venir dans la journée comme les autres. En général, les enfants que Ton applique trop tôt au travail sont aussi les plus bornés. Comme tous ces enfants ont besoin de soins spéciaux, un ancien congréganiste, intelligent et choisi, est chargé de leur faire tous les soirs, à sept heures, un catéchisme spécial. On leur fait peu apprendre la lettre par cœur, mais nous tâchons de la leur expliquer le mieux possible. Hélas ! malgré tous nos soins, ces intelligences rebelles sont aussi les moins propres à comprendre la piété, et, après trente années, j'ai acquis la triste conviction que ces enfants persévéraient bien moins facilement après leur première communion. A moins d'impossibilité, ils assistent aussi au catéchisme des autres ; ces leçons spéciales du soir ne sont qu'un supplém.ent pour mieux leur mâcher, si je puis m'exprimer ainsi, les enseignements com-

muns. Je n'ai pas à en parler davantage, si ce n'est pour dire que quelquefois, à force de patience et de zèle, nous sommes parvenus à obtenir la persévérance de ces pauvres enfants ; mais ce n'est que la rare exception.

§ nii

De l'Assemblée des Novices

Tout enfant ou tout jeune homme qui se présente à l'Œuvre, est immédiatement inscrit sur un grand registre, qui contient la date de son entrée, son nom et ses prénoms, son âge, sa profession, celle de ses parents, sa demeure et le nom de la personne qui l'a présenté. Nous recevons tous ceux que le règlement de M. Allemand exclut de son Œuvre, destinée aux classes supérieures et moyennes, c'est-à-dire les ouvriers ou fils d'ouvriers, les enfants des écoles gratuites et les enfants illégitimes. Ce règlement empêche toute concurrence entre les deux maisons, qui, avec des moyens et un esprit semblables, ont cependant un but différent. Cette immatriculation une fois faite, l'enfant s'il n'a pas fait sa première communion, est remis aux soins du supérieur du petit catéchisme, qui sera chargé de veiller sur lui ; s'il a déjà accompli ce grand acte de la vie chrétienne, il est novice et remis entre les mains du troisième dignitaire de l'Œuvre, que nous appelons maître des novices.

Ailleurs, je crois, on les appelle aspirants, candidats ; ce sont des différences de mots qui ont épouvanté quelques Œuvres, mais qui changent peu à la chose ; tout le monde sait, dans les villes maritimes, qu'un novice est un marin apprenti, et, par conséquent, ce n'est pas nécessairement un religieux.

Tous les dimanches, ces novices se rassemblent dans leur lieu de réunion. Le maitre des novices leur lit et leur explique notre règlement pendant une demi-heure. Chaque dimanche aussi, il les voit tous en particulier, ou au moins tous les quinze jours, s'ils sont trop nombreux, il leur donne de bons conseils, leur apprend nos usages, les engage à se confesser, à bien jouer, à être exacts. Après deux mois, si on les en juge dignes, ils sont solennellement reçus congréganistes. Les enfants qui ont fait leur première communion dans l'Œuvre passent aussi par le noviciat, mais pendant un mois seulement ; le long séjour qu'ils ont déjà fait parmi nous les dispense d'une plus longue épreuve. Ce noviciat est extrêmement important. Il nous débarasse d'une foule de nouveaux que la curiosité ou le hasard nous ont conduits et qui ne sont pas faits pour notre Œuvre, car il ne faut jamais oublier cette parole de M. Allemand : « L'Œuvre demande une vocation que tous n'ont pas ; il faut y être vraiment appelé de Dieu. » En revanche, bien des petits mauvais sujets touchés par la grâce, par les bons exemples, par les bons conseils, deviennent de très

bons congréganistes. Dès le temps de M. Allemand, on avait fait des remarques qui ne peuvent être rigoureusement générales, mais que l'expérience du saint prêtre avaient analysées avec beaucoup de justesse. Par exemple, les enfants les plus contrariés par leurs parents sont souvent les plus fervents; ceux qui sont dans les plus mauvais ateliers persévèrent souvent mieux que les autres , il est rare que deux frères soient également bons : si l'un est bien fervent, l'autre souvent ne l'est pas ; les enfants des sacristies des paroisses n'ont qu'une piété de forme, ils ne persévèrent pas dans notre ŒmTê.

Quand j'ai le bonlieur de rencontrer un bon maître de novices, l'Œuvre, pendant toute l'année est comme renouvelée par ses soins; les réceptions deviennent plus nombreuses, les enfants plus fervents ; ils s'attachent mieux à la Congrégation, mais c'est une des fonctions les plus difficiles à cause de l'inconstance des nouveaux. Sur cinq enfants, petits ou novices, un seul, en moyenne, parvient au rang de Congréganiste ; deux s'en vont dès les premiers jours, deux autres ne restent que quelques mois. Dans vingt-huit ans nous n'avons reçu que dix-sept cent vingt-sept Congréganistes sur six mille neuf cent trois inscrits.

Les réceptions se font ainsi qu'il suit : dès le dimanche précédent, les récipiendaires copient euxmêmes leur formule de consécration au Sacré- Cœur, sur une feuille d'un format uniforme, que

nous conservons ensuite dans nos archives. Le mercredi soir, chacun en son particuher, commence une petite retraite, sans aucun exercice commun. La veille, tous se confessent; c'est une condition sans exception pour pouvoir gagner l'indulgence plénière. Le dimanche, après la messe, le maître des novices dit à haute voix : « Nous prierons pour ceux qui doivent être reçus Congréganistes ce soir, » et on récite un Pater et un Ave pour eux. Après vêpres, le Directeur, revêtu d'une étole, entonne le Veni Creator; les récipiendaires conduits par le maître des novices, un cierge et leur consécration à la main, se rangent autour de l'autel. Le verset et l'oraison récités, tout le monde étant assis, le Directeur adresse aux novices, qui demeurent à genoux, quelques mots sur l'importance de l'action qu'ils vont faire. Tous prononcent ensemble et à haute voix, leur formule de consécration, on chante le Laudate Dominum avec le verset et l'oraison ^ro gratiarum actione et on récite un Pater et un A\:e pour la persévérance de ceux qui viennent d'être reçus. Les nouveaux admis vont s'asseoir aux bancs des Congréganistes, après avoir reçu leiu's lettres patentes scellées du sceau de l'Œ'uvre ; et après la bénédiction du Très Saint- Sacrement, ils reçoivent à la cour les félicitations de M. le Directeur et de tous leurs frères. Ces réceptions se font toujours un jour de fête de second rang. Les Congréganistes seuls sont membres, proprement dits, de notre Œuvre, ils en sont comme

les profès. A eux les pi^emières places à la chapelle, à eux seuls les charges et les dignités; eux seuls peuvent gagner les innombrables indulgences accordées à notre Œuvre. C'est parmi eux seuls aussi que se recrutent les associations dont nous allons parler.

Les Congréganistes n'ont pas d'assemblées spéciales; leurs assemblées ce sont celles de toute l'Œuvre. Pas un d'eux cependant qui ne soit confié aux soins de quelques-uns des plus anciens comme nous l'avons dit ailleurs.

Voici notre formule de Consécration :

Formule de Consécration des Conrjréganistes au jour de leur réception, et qu'ils renoucellent tous les ans le jour du Sacré-Cœur.

« Cœur Sacré de Jésus, mou Sauveur, brûlant d'amour pour le salut des hommes, et en particulier pour celui des jeunes gens ; je me consacre aujourd'hui, et pour toujours, à votre service ; je promets de vous honorer toute ma vie d'un culte spécial, et d'être toujours l'enfant fidèle de cette Congrégation qui vous est consacrée.

Je vous en conjure donc. Cœur adorable do Jésus, recevezmoi au nombre de vos enfants, donnez-moi Tesprit d'humilité, d'obéissance et de charité, afin qu'après vous avoir honoré toute ma vie dans cette Sainte Maison, je puisse vous adorer éternellement avec tous mes frères dans le Ciel. Ainsi soit-il.

ARTICLE NEUVIÈME

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