‹ Méthode de direction des œuvres de jeunesse (volume 2)Chapitre 27 sur 55 · VII · texte numérisé non relu

VII

De l'esprit de Foi

Ces trois vertus d'humilité, d'obéissance- et de zèle forment l'héritage que nous ont légué les premiers disciples de M. Allemand. Nous avons parlé de l'esprit de sacrifice qui en est la suite, de f amour de l'Œuvre et de ses coutumes qui en est le moyen, de la pureté des mœurs qui en est le couronnement. Il nous reste à parler de l'esprit de Foi, et, disons-le tout d'abord, c'est la vertu principale dans une Œuvre. Soyons sincères avec nous mêmes : sommes-nous assurés que nos enfants persévéreront dans l'humilité, dans l'obéissance, dans la chasteté, surtout? Non, hélas! non, mille fois non. Apparent rari liantes in ffurgite vasto. Tous trouveront les tempêtes de la mer du monde, mais bien peu les trouveront sans naufrage et pourront <lire à la fin de leur vie transivimus per ignem et

(1) Depuis que ces lignes ont été écrites, en 1858 pour la première fois, nous avons publié, mais pour les prêtres seulement, un traité de la confession, on ces matières ont été traitées avec plus de développement.

aquam et dedtt, xisii nos in refrigerio. Presque tous, au contraire, s'écrieront tôt on tard : v.eni in altiiudinen maris et tem.pestas demersii me . CPs. 68. 3.)

Je ne répondrai plus aux Directeurs laïques ébahis qui me disent : mais alors votre méthode est mauvaise puisqu'elle ne sauve pas tous les jeunes gens. Comme si leur propre expérience, leurs propres souvenirs, un retour sur eux-mêmes, ne leur racontaient pas et les défaillances de leur vie et cependant leur retour sincère à Dieu. La possibilité, la facilité, j'oserai presque dire l'infaillibilité du retour à Dieu, voilà ce que doivent rechercher par dessus tout les Directeurs d'Œuvres, dans cette hypothèse trop vraie que leurs jeunes gens s'égareront souvent et pour toujours, s'ils n'ont pas à leur portée ce fil conducteur qui leur fera retrouver le vrai chemin. Ce fil conducteur c'est l'esprit de Foi.

Aucune vertu n'est plus nécessaire que celle-là, dans notre siècle surtout ; et l'apôtre, s'adressant à une époque aussi mauvaise (jue la nôtre proclamait hautement que sine fîde imposslhile est placere Deo. L'enseignement de cette vertu est trop négligé dans la plupart des établissements d'éducation. Plusieurs sont entrés franchement dans cette voie mais dans un trop grand nombre on l'ignore ; on se croit encore aux siècles précédents où la foi, étant sucée avec le lait dans une sociélé toute chrétienne, se maintenait sans effort. Voltaire n'avait pas atteint le peuple, son impiété avait

perdu les hautes classes ; 93 a pourri la bourgeoisie ; 1830 a entamé le peuple, 1858 l'a précipité dans l'incrédulité ; 1870 l'a achevé. Employer les vieux moyens en face d'un pareil danger, ne pas prémunir nos jeunes gens qui vivent dans un milieu sans foi, entourés de camarades libres-penseurs, de parents francs-maçons, de journaux immondes et irréligieux, tant vaut les jeter dans le feu et tourner la tête pour ne rien voir, ce sera ])lus vite fait.

Dans ma conviction sincère, la foi est le plus pressant de nos besoins, mais si pressant que la société me semble tout entière envahie par un horrible incendie : ounws simul erracerunt. C'est le fruit de la déplorable éducation primaire et populaire depuis quarante-cinq ans. La maison brûle et pendant que nos législateurs font des lois dont les résultats sensibles se verront dans vingt ans, arrachons les âmes à ce feu dévorant de l'impiété. L'Eglise, qui connaît si bien la faiblesse de ses enfants, n'invoque pas leurs mérites pour toucher le cœur irrité du Souverain Juge ; mais elle s'écrie avec les accents d'une mère qui veut sauver ses enfants et en face de leur cadavre : quia in te spe-

ravit et credidit non pœnas inferni sustineai •.

Et si in te peccaverit, non tamen te negavit. Si vos enfants ne sont pas toujours sages, regrettez-le, mais c'est inévitable. Si votre éducation n'a pas donné la foi,%t une foi inébranlable, au moins à la très grande majorité, dites-vous bien que vous avez

manqué votre but, que votre Œuvre ne vaut rien, est absolument inutile et recommencez à nouveau.

La première manière de donner la foi c'est d'enseigner la pratique des vertus dont nous venons de parler, parce qu'elles ont leur base dans des motifs surnaturels, qu'elles les supposent et la foi ne vit que de surnaturel. Il est donc indispensable que les Œuvres qui croient devoir faire beaucoup d'administration, de contrôles, de caisses d'épargnes, de tontines, de fêtes et autres choses purement humaines, avec beaucoup de surveillance et même d'espionnage, donnent beaucoup plus encore à la pratique du surnaturel. Ce surnaturel doit tout animer dans une Œuvre, imbiber sa vie, être son atmosphère. Un jeune homme en causant m'avouait une grande faute. Je lui demandais s'il l'avait commise à l'Œuvre. A l'Œuvre ! me répondit-il avec indignation, je n'oserais jamais. Ce cri du cœur doit être celui de tous mes enfants. La présence de Dieu doit se faire sentir partout et toujours dans l'Œuvre. Le cœur en inspirera les moyens, ces choses ne peuvent se réduire en formules.

Le second moyen, c'est que nos jeunes gens croient tout ce que croit l'Eglise, et comme elle le croit. De grâce, si vous avez le malheur d'être catholiques libéraux, car, s'il n'y a pas d'impies parmi les directeurs de nos Œuvres, il y a peutêtre de ces amphibies, respectez la ptreté de la foi de vos enfants comme vous respectez la pureté de

leurs mœurs ; l'une est aussi nécessaire que l'autre. Qu'on ne dise pas que c'est tout naturel et tout simple, car cette foi immaculée n'est pas toujours comnuuie dans notre siècle, surtout pour nos enfants exposés au dehors à tant de dangers. Que les Directeurs s'épuisent dans ce ministère, non seulement en chaire, au catéchisme, aux avis, mais dans les conversations de tous les instants. Si vous trouvez un article remarquable dans les journaux catholiques que vous lisez, et un père de jeunesse doit en lire, pour se tenir au courant du mouvement religieux, s'ils racontent quelque trait édiliant, chevaleresque, généreux, lisez-les à vos enfants. Revenez sans cesse sur les questions importantes, les questions historiques, surtout, rectifiez leurs erreurs, n'en laissez passer aucune. L'histoire sainte se refait aujourd'hui et avec une grande science ; povu^ les enfants l'histoire c'est la théologie sous une forme affirmative, concrète, plus à leur portée que la démonstration scholastique et in forma. On me racontait, il y a quelques jours, que dans un cours d'histoire composé d'humanistes et de rhétoriciens dans un collège ecclésiastique, la le^on prise dans l'histoire contemporaine, selon le perfide programme de M. Duruy, amena l'épisode du jeune Mortara. A peine le professeur eut-il exposé les faits que ce fut une réclamation générale de tous les élèves, un concert général contre la tyrannie du Pape, l'abus d% son pouvoir et autres lieux communs du libéralisme. Voilà-t-il pas de gentils élèves,

qui promettent une belle génération de chanuants catholiques 1 Le professeur ahuri de tant de bruit se contenta de répondre qu'il exposait le droit du Pape conformément à la doctrine de l'Eglise sur son pouvoir sur les âmes et que chacun en prendrait ce qu'il voudrait. Le calme se rétablit sur cette assurance. Ce professeur en préparant sa classe ne pouvait-il pas rechercher les admirables articles de M. Veuillot et des autres journalistes catholiques sur cet épisode IVIortara ou bien tant de dissertations publiées par les revues scientifiques et historiques ? Ses élèves eussent eu ime erreur de moins sur la conscience. Qui peut compter les redressements qui se feraient dans l'espace d'une ou deux années ? En 1870, voyant le flot des préjugés hostiles menacer ma maison, je me mis à faire deux fois par semaine une classe de philosophie de l'histoire, à l'aide de mes notes de Fribourg. Le cadre me permettait, à propos de tout, de disserter sur toute sorte de clioses. Je ne puis dire le bien que cela fit à mes jeunes gens. Il ne m'en est resté que le regret de n'avoir pu continuer, la préparation me faisait négliger trop de choses plus pressantes, sinon plus importantes. Aussi le dis-je avec un cœur plein de reconnaissance envers Dieu : si j'en excepte les surprises non prévues de 1848, j'étais alors si jeune ! Jamais une erreur, à ma connaissance, n'est entrée dans ma maison ; et dans ces moments de tristesse et de remords dont je ne puis me défaire en considérant et les mauvais exem-

pies que j'ai donnés trop souvent à mes jeunes gens, et ces négligences innombrables qui ont laissé perdre, peut-être tant d'àmes par ma faute, une seule chose me console et ce sera ma seule espérance au terrible jugement de Dieu pas une seule fois : aucun des Directeurs, prêtres ou laïques, de notre maison n'a enseigné une erreur. Nous avons toujours combattu les principes de 89 et du libéralisme ; nous avons toujours été avec le Pape, Souverain temporel et Docteur infaillible; nous avons toujours pris parti pour l'Eglise, dans les questions controversées plus communément, comme l'abolition des Templiers, la Saint-Barthélémy, la Ligue, l'Inquisition, etc., etc. Sans en rechercher l'occasion nous la trouvons tous les jours dans les questions de nos enfants ; nous les encourageons à nous exposer leurs difTicultés. S'arrêtant peu sur un sujet, c'est de leur âge, une objection en amène une autre. Dans une heure on en a résolu dix. Et pas besoin d'une grande science pour cela : il en faut un peu sans doute, pour savoir de quoi il s'agit ; mais il faut surtout procéder par affirmation. L'erreur, presque toujours, repose ou sur des préjugés d'enfance, ou sur de fausses idées reçues par la lecture ou les conversations. Combattez ces deux sources de fausseté, vos enfants vous croiront facilement; et quand une erreur devient plus générale, comme dans certaines époques, alors prenez-la à corps en chaire, revenez-y souvent, comme je le fis six mois de suite, une fois par semaine, pendant une heure,

à tous mes plus grands, à propos du Syllabus aussi honni que peu compris, et encore moins lu par ceux qui en parlaient tant. Je passais rapidement sur les erreurs philosophiques, sur les droits de la raison et de la foi, sur l'ontologisme, c'était hors de la portée de mes auditeurs, et aussi, je dois l'avouer, de leur professeur. Mais les erreurs plus palpables se réfutaient en deux mots. Que diriez-vous, mes chers enfants, si je vous permettais de corrompre la foi et les mœurs de vos camarades dans votre petit journal hebdomadaire, en niant par exemple la présence sacramentelle ou en racontant des récits orduriers ? Toutes les figures me répondraient que j'aurais perdu la tête. Et que diriez-vous si je laissais ce petit journal (on l'appelait le Furet) attaquer les dignitaires et les plus anciens de l'Œuvre, nier leur pouvoi]-, appeller les plus jeunes à la révolte ou seulement à la désaffection, insulter vos Directeurs et rendre leur ministère impossible ? Eh ! bien voilà, cette liberté de la presse que condamne le Pape. Vous voyez bien que vous l'avez jugée dès longtemps comme lui. Ces arguments ad hominem persuadent les jeunes gens, leur font toucher la vérité au doigt.

Cet enseignement catholique manque, presque généralement, dans les écoles populaires. On y fait de nombreux catéchismes sur les vérités peu combattues usuellement, on ne donne pas aux enfants cette foi nécessaire dans ces moments de lutte que nous traversons. Cette méthode longtemps prati-

quée habituera nos jeunes gens au combat; et, comme ils y sont naturellement portés par leur âge et leur tempérament, nous n'aurons pas la douleur de les rencontrer plus tard dans les rangs ennemis. Ils exagéreront quelquefois ce sentiment, le trop n'est pas un défaut en pareille matière : il est plus facile d'en enlever que d'y en ajouter. A notre Œuvre, par exemple, nos jeunes gens prennent un peu trop à la lettre cette vérité qu'ils sont membres de l'Eglise militante, ce qui leur fait distribuer un peu trop de coups de poings quand, moins prompts à la riposte, ils sont à court d'arguments. Mais les couches de la foi se superposent peu à peu sur une Œuvre jusqu'au moment où une stratification épaisse la mettra à l'abri de toute déviation, ce qui est un des buts les plus essentiels d'une Œuvre de jeunesse ouvrière.

L'esprit de foi s'entretiendra par l'esprit de religion, qui est une de ses formes concrètes. Vos enfants sont d'abord fort jeunes ; avant qu'ils aient grandi et que ces enseignements, dont nous parlons, leur aient été successivement donnés, il faut aller au plus court et nous y arriverons avec l'esprit de religion. J'en ai déjà parlé dans le chapitre des moyens extérieurs, comme j'avais déjà parlé de l'esprit de Foi ; mais le sujet m'a paru si important, si considérable, si fondamental que j'ai cru devoir y revenir enc<n-e. Qu'on me le pardonne, comme je pardonne, moi, si facilement, aux longues dissertations qu'on imprime sur l'organisation matérielle et

légale d'une Œuvre. Je les lis avec résignation, qu'on m'accorde la même faveur.

On objecte que j'attache trop d'importance à ces moyens extérieurs; que M. Allemand ne connaissait pas ces magnificences du culte divin. D'abord M. Allemand avait assez de perfections pour ne pas les avoir toutes; il lui en manquait même plusieurs, comme de ne rien entendre à la discipline extérieure d'une Œuvre, aux finances, etc. , qu'est-ce que cela prouve '? Aucun saint n'est parfait. Nous cherchons lui modèle ; si un seul ne réunit pas tout, il faut en chercher d'autres. D'ailleurs, il y a plusieurs explications plausibles à ce que nous regardons comme une grande lacune dans la méthode de M. Allemand. Enfant de la révolution, le saint prêtre ne pouvait avoir que les idées de son temps. Toutes les églises avaient la même pauvreté, faisaient à proportion aussi mal les cérémonies du culte, et cela se conçoit: le petit nombre de prêtres échappés à la mort avaient bien assez à faire pour rebâtir l'édifice spirituel. L'affreuse chapelle de son Œuvre n'était guère plus affreuse que les autres églises de Marseille qu'il a fallu presque toutes reconstruire successivement, à commencer par la cathédrale. Quelque profond que fût son esprit de religion, cependant ses goûts, sa voix, sa tournure, son éducation, sa très petite taille, la faiblesse de sa vue, le rendaient fort impropre aux magnificences du culte divin. Mais ses enfants n'ont pas cru altérer son esprit en réparant et ornant sa chapelle, en meublant sa sacristie.

en achetant un bel orgue qui eût bien étonné leur père, qui n'assistait pas même aux offices et qui ne venait à l'église que pour le sermon. Et ce qui prouve que cet esprit de religion, ainsi entendu, est trèsbon dans une Œuvre, c'est l'heureuse surprise des nombreux Directeurs qui viennent nous visiter chaque année, quand ils assistent à nos offices; je n'en ai trouvé encore qu'un seul que la tenue de nos enfants ait scandalisé. Il est vrai que celui-là, n'ayant jioint de chapelle dans son Œuvre et par conséquent point d'offices, ne pouvait juger par comparaison. Ce qui le prouve encore, c'est l'importance que nos jeunes gens attachent aux pompes du culte. Ce n'est pas chez eux une admiration platonique : il faudrait que je pusse détailler tous les cadeaux qu'ils font à leur église dans le cours de l'année : chaire magnifique, qui a coûté trois mille francs, ornement complet en drap d'or, qui a coûté deux mille cinq cents francs, bel ostensoir de quatorze cents francs, conopeum et parements d'autelsde toutes les couleurs et de toutes les étoffes les plus précieuses, damas, velours, drap d'or, etc., etc. Mais vos enfants sont donc bien riches ? Non, et voilà où se montre leur esprit de religion. Je n'en citerai qu'un exemple. Nous avions pour nos grandes fêtes une fort belle chasuble en drap d'or, cadeau de ma première messe, et deux dalmatiques en affreux cuivre que j'avais achetées. Ils décidèrent que c'était indécent ; mais comment les remplacer ? Il fallait mille francs pour deux belles dalmatiques.

A cette époque, M. le chanoine Coulin faisait réimprimer son ouvrage bien connu, V Année du pieux fidèle, en une trentaine de volumes. Cet ouvrage, imprimé à différentes époques, lui avait laissé plus trois mille volimies dépareillés ; il allait les vendre au vieux papier, il a l'heureuse pensée de nous en faire cadeau. On les avait vendus autrefois à un franc 25 centimes le volume. Mes jeunes gens décident de se faire marchands de livres, horreur 1 sans estampile du ministre, sans brevet. Les voilà vendant leurs volumes à cinquante centimes. Les plus jeunes les promènent dans les rues, dans une petite caisse suspendue au cou, comme les marchands d'allumettes ; les autres les vendent aux portes des églises ; les plus grands les placent chez leurs patrons ou les exportent jusqu'en Algérie. Je ne pouvais plus sortir sans rencontrer mes livres dans les rues, sans entendre mes enfants me crier: Monsieur, j'ai fait trois francs ! Tant et si bien que nous avons eu nos dalmatiques sans débourser un centime, faisant ainsi avec un acte de religion une autre bonne œuvre, car nous avons répandu dans le public et jusqu'en Amérique deux mille volumes de ce très bon ouvrage. Nos confrères pourraient participer à cette double bonne œuvre en nous demandant un millier de ces volumes qui nous restent encore. Peu importe qu'ils soient dépareillés, ils n'en seront pas moins bons pour les méditations des enfants qui les dépareilleraient ni plus ni moins en les perdant. Pardon pour la réclame. Voilà pour

les dalmatiques. Depuis quelques années ils font une immense loterie à dix centimes le billet, qui leur a produit jusqu'à dix-huit cents francs, toujours employés à la chapelle, car le règlement interdit absolument les cadeaux personnels, sous quelque forme que ce soit. C'est ainsi que s'orne notre petite église que nos enfants trouvent la plus belle du monde, car c'est eux qui l'ont ornée. Nous le demandons encore, n'est-ce pas un excellent moyen d'entretenir la foi parmi eux ?

Une quatrième manière d'inspirer l'esprit de foi aux jeunes gens, c'est de leur apprendre à ne pas rougir de leur qualité de chrétien. Nous avons parlé du soin qu'il fallait prendre de cacher une Œuvre, de la laisser grandir et se former dans Vohscuriié., pos/'tis j3onend/s, cum grano salis. Autant il est déplorable de contraindre les jeunes gens à braver le respect humain par force, malgré eux et sans tenir compte des infirmités de leur nature, ce qui nous semble un peu le défaut de ceux qui ne veulent que des Œuvres j)aroissiales où les jeunes gens sont obligés de débuter par un acte souvent héroïque et plus souvent hors de leur portée ; autant on doit les y ramener peu à idcu, d'eux mêmes et sans le leur imposer. Nous avons dit avec quelle peine nous conduisons notre Œuvre aux cérémonies brillantes et éclatantes. En revanche nous les voyons participer avec bonheur à certaines cérémonies édifiantes. Sur leur demande expresse et pour s'éviter soixante visites impossi-

blés, ils ont voulu faire trois grandes processions du Jubilé, avec croix, bannières, enfants de chœur, douze des plus grands entourant la croix et douze autres la bannière pour leur éviter toute insulte. Malheur au passant qui aurait souri et personne ne Ta fait en voyant cette collection de barbes et de moustaches sur ces teints basanés. Tous, leur livre de chant à la main, chantaient les sept psaumes de la pénitence avec les litanies. A la troisième procession il pleuvait ; i"hésitais à sortir, on me fit sortir par force. « Nous nous sommes tous confessés, maintenant, disaient-ils, dimanche nous recevrons l'absolution et la sainte communion; si vous renvoyez à huit jours, qui sait si nous n'aurons pas fait la culbute, il faudra tout recommencer. » Et nous sommes partis en parapluie, sans bannière et avec nos plus vilains ornements, mais chantant à tue-tête et obligeant les voitures à s'arrêter, la largeur des parapluies tenant toute la rue. Il est évident que la foi qui safhrme est une foi déjà robuste et il faut yarriver peu à peu.

ARTICLE ONZIEME

DES DÉVOTIONS DK l/ŒlVRK

Toutes les dévotions approuvées par l'Église sont bonnes, mais on ne peut les conseiller toutes aux jeimes gens; leur grand nombre serait phisnui-

sible qu"Litile à la piété. Quelles sont donc les dévotions qu'il faut choisir de préférence ? Je crois que ce sont celles qui correspondent le mieux à l'esprit d'une Œuvre, de manière qu'elles soient l'aliment de cet esprit, et que cet esprit soit l'âme de ces dévotions. Il faut en tout une sorte de parallélisme, parce que tout se tient dans un édifice bien construit. Il faudrait que le caprice ne présidât jamais aux choix des patrons, que ce ne fût pas même ordinairement la dévotion privée du Directeur. Pour cela, je voudrais qu'on ne se hâtât pas de choisir dès le début, les saints (jui auront la préférence ; on pourrait s'en tenir aux dévotions générales de l'Eglise envers Notre-Seigneur, la Sainte Vierge, quelques principaux saints, et on laisserait au temps, aux circonstances, et surtout à la pente naturelle que prendrait la piété des enfants, le soin de choisir. Je vais parler des dévotions établies par M. Allemand : les pratiques d'un saint n'ont pas été prises au hasard, voilà pourquoi je les ai toutes introduites dans cette Œuvre que je voulais jeter dans son moule. Il est vrai que le temps a apporté quelques modifications dans le classement de ces dévotions ; mais comme les circonstances seules ont déterminé cet ordre, nous avons cru que la Providence l'avait ainsi réglé, pour le plus grand bien de nos jeunes gens.

De la dùvotion au Sacré-Cœvr de Jèsufi

M. Allemand avait placé son Œuvre sous le patronage de Jésus enfant. Il célébra d'abord cette fête le saint jour de Noël ; mais les fêtes de famille de ce beau jour nuisant à la piété et au recueillement des enfants, celui de la Circoncision devint plus tard la solennité de son Œuvre. Voyant bientôt, toutefois, que la dissipation du jour de Tan, était encore plus grande qu'au jour de Noël, le saint jour de l'Epiphanie fut définitivement choisi pour la fête titulaire de l'Œuvre du Saint Enfant Jésus.

Enfant et prêtre de la Société du Sacré-Cœur, M. Allemand ne pouvait oublier l'éducation de son enfance, la Congrégation chérie où s'étaient écoulées les premières années de son sacerdoce ; après la fête de l'Epiphanie, celle du Sacré-Cœur devint la principale. Nous l'avons imité, et, pendant les premières années, nous avons cherché à inspirer l'amour de ces deux dévotions à nos enfants encore non formés. Mais les événements ont prononcé en faveur du Sacré-Cœur ; et, comme Notre-Seigneur est également l'objet de ces deux dévotions, nous avons suivi nos enfants, trop heureux de les voir si dévoués à l'amour de notre Bon Maître. Ce récit pourra peut-être intéresser nos lec-

teurs et augmenter leiu' piété envers le Sacré-Cœur de Jésus.

La dévotion au Sacré-Cœur est extrêmement chérie à Marseille. Chaque année, le vendredi après l'octave du Saint Sacrement, une solennité extraordinaire rappelle à la population les bienfaits dont ce Cœur adorable a comblé notre pays. Nos enfants étaient donc tout prédisposés à recevoir une fête à laquelle ils n'avaient jamais été étrangers. Dès 1850 notre Œuvre, à peine fondée depuis trois ans, fut tout à coup environnée de difficultés, qui menacèrent si gravement son existence, que tout semblait perdu sans retour, si un miracle du bon Dieu ne la protégeait. Un jour surtout, que toutes les ressources étaient épuisées, convaincu de l'impuissance des moyens naturels, je pris le parti de me retourner vers Dieu seul. Je réunis mes plus fervents, je leur conte succintement mes alarmes, et tous promettent de réciter tous les jours les Litanies du Sacré-Cœur, et d'offrir deux communions le premier vendredi de chaque mois, si le bon Dieu fait réussir nos projets (15 août 1851). Ils n'attendirent pas d'avoir été exaucés, et après quelques mois de crainte et d'espérance, le 19 mars 185'J, une convention à long terme assurait notre existence pour quinze ans. Nos jeunes gens reconnaissants ont tenu leurs promesses ; seulenient le nombre des communions, fixées à deux, est allé croissant d'année en année, et un grand nombre viennent tous les mois, malgré mille difficultés, témoi-

gner leur reconnaissance au Sacré-Cœur de Xotre- Seigneur, qui nous rend chaque fois au centuple les petits efforts que nous faisons pour Tlionorer. Cette protection si évidente pour qui a connu nos embarras, n'est pas sue de tous nos enfants, que nous ne pouvions faire entrer dans tous ces détails, mais le bon Dieu a permis que d'autres faits plus éclatants vinssent les enchaîner au Divin Cœur de Jésus par les liens de la reconnaissance. En 1849, le choléra fond sur Marseille et chaque jour les décès se comptent par centaines. Nos enfants étaient épouvantés; je leur promets, au nom du bon Dieu, qu'il ne leur arrivera rien s'ils sont bien dévots au Sacré-Cœur ; ils promettent, de leur côté, de faire faire un tableau qui ornera les murs, alors si nus, de notre pauvre chapelle ; et, quand, après six mois d'épidémie, nous pûmes nous compter, pas un ne manquait à l'appel, pas un n'avait perdu aucun de ses parents. L'inscription qui surmonte notre tableau du Sacré-Cœur rappelle cet événement : ad te clamaveruni^ et salci facii siint. (Ps. xxi. 6j.

En 1852, même protection. En 1851, ce fut bien autre chose : le choléra sévit avec une violence encore inouïe. Nos enfants consternés s'enfuient de tous côtés, et les réunions du dimanche qui voyaient deux cents jeunes gens, n'en comptent bientôt plus (jue quatre-vingt-dix. Je les réunis le IG juillel, et tous promettent par écrit, que si Dieu les protégeait, eux et leur famille, ils viendraient pendant un an, tous les premiers vendredis, à l'exercice du soir.

jusque là peu suivi. Inutile de dire que le choléra nous épargna tous, enfants et parents, et c'est de cette époque que date la grande pompe que nous donnons à cette fête mensuelle. Monseigneur TEvéque, approuvant notre promesse, nous permit d'exposer le Très Saint Sacrement pendant un an ; et depuis que notre église a été consacrée, nous faisons ces soirs-là, une procession intérieure du Très Saint Sacrement. Plusieurs congréganistes infidèles, qui depuis longtemps ont abandonné le bon Dieu, ne manquent jamais de venir à ce pieux exercice ; c'est un dernier lien qui nous les rattache encore. Aussi, quand il a fallu donner un patron à notre Œuvre, le jour de son érection canonique, un titulaire à notre Eglise, le jour de sa consécration, nous n'avons pas hésité un instant, nos cœurs avaient tout prononcé d'avance : le Sacré-Cœur de Jésus, a été ce patron, ce titulaire, l'objet spécial de notre dévotion.

Je n'aurais pas autant insisté sur ces faits, si un troisième motif n'était venu se joindre aux deux autres, et c'est à ce point de vue, surtout, que je crois devoir recommander cette dévotion à tous les Directeurs de la jeunesse. Je veux parler des grands secours que donne la dévotion au Sacré- Cœur pour la conversion des jeunes gens et leur avancement dans la perfection chrétienne. Quel est le Directeur, quelque saint et pieux qu'il puisse être, qui ne soit mille fois attristé et découragé même, peut êti'e, à la vue des nombreux insuccès.

([ui viennent constamment détruire le fruit de ses labeurs ? Convertir un jeune homme semble souvent aussi impossible que de le créer de nouveau ; le faire persévérer sans tache, le conserver intact dans cette brûlante fournaise des passions, l'enchainer à Tamour du bon Dieu, au nulieu de l'agitation du monde, tout cela dépasse les forces de la nature. Aujourd'hui, l'expérience de mes confrères, leurs confidences m'ont appris ces choses, mais autrefois je ne les savais pas ; l'inconstance de mes enfants me consternait, et je ne coimaissais personne à qui je pusse le dire ; des voix presque unanimes m'auraient répondu : pourquoi vous obstiner à un travail inutile que votre expérience a reconnu sans résultats ? Le Sacré-Cœur de Jésus, asile des pêcheurs, consolateur des affligés, vint à notre secours. Je puis l'aflirmer à tous les Directeurs dans la peine : ils ne l'invoqueront jamais sans être exaucés ; les cœurs les plus endurcis dans le mal ne sauront résister aux attraits d'un cœur qui est la victime des pécheurs ; les plus dissipés recouvreront le calme à ses pieds, et une Œuvre vouée au Cœur de notre Bon Maître est une Œuvre qui réussira nécessairement, qui ne trouvera dans ses peines, ses contradictions, ses persécutions même, qu'un moyen de plus pour atteindre sa fin, la sanctification des âmes des jeunes gens. Il est vrai que cette dévotion si douce, si consolante, si sublime, ne semble pas, de prime abord, à la portée des jeunes intelligences ; mais ce n'est pas un motif pour

la repousser, au contraire, il faut la leur faire comprendre, et quand on a pu y réussir, c'est une grande preuve de leur avancement dans la vertu. Le Sacré-Cœur de Jésus est tout à la fois le grand convertisseur des cœurs qui Toutragent, le soutien des cœurs repentants, le maître des cœurs dociles, l'asile des cœurs parfaits, en un mot, il est comme le chantent les litanies. Cor JesK rex et ccntrum omnium cordium. Je ne sais si je m'avance trop, mais qu'on me laisse affirmer une proposition qui me semble tout résumer : Je n'ai confiance dans tous ces moyens, dont nous parlons depuis le commencement de cet ouvrage, pour former les enfants à la piété, qu'à proportion de leur dévotion au Sacré-Cœur de Notre-Seigneur. En un mot, notre Bon Maître semble avoir pris notre Œuvre sous sa garde spéciale, comme nous le redit sans cesse la belle phrase gravée en lettres d'or autour de notre sanctuaire : Saatificavi domum hune et erunt oculi met et cor ineum ihi ctinctns dlebus, (m. Rég. IX. 3.J

Le démon essayant toujours de tout gâter, il faut prévoir une objection que les Jansénistes ont faite dès l'établissement de cette dévotion : c'est que nos jeunes gens feront abstraction de toute la personne sacrée de Notre-Seigneur, pour ne plus honorer que son divin Cœur, dans leur culte. Mais c'est aux Directeurs à prévoir cet inconvénient, à bien instruire leurs enfants, comme notre vénérable Evêque, Monseigneur de Mazenod, voulut le faire lui-même

avec toute son autorité. En nous permettant, après le dernier choléra, d'expos(^r le Très Saint-Sacrement pendant un an, tous les premiers vendredis du mois, il voulait bien nous écrire, le 5 août 1854, avec sa bonté ordinaire : « Je n"ai pas besoin de « vous recommander de bien faire comprendre à « vos jeunes gens, qu'en rendant leurs adorations « au Sacré-Cœur de Xotre-Seigneur, ils ne doivent « pas tellement fixer leur attention à cet objet sacré « de notre amour, qu'ils ne retendent à la per- « sonne vivante et présente de Jésus-Christ. Il est « facile de bien diriger la dévotion à ce sujet; mais « il ne faut pas le négliger. Je vous bénis avec toute « votre chère famille qui est bien aussi la mienne.» Nous avons scrupuleusement suivi cet avis; nous le donnons plusieurs fois par an, et tous nos jeunes gens, capables de réflexions, savent bien que c'est dans le Très Saint-Sacrement qu'ils doivent chercher le cœur de leur Bon Maître, et que c'est le seul endroit, avec le ciel, où il soit réellement présent.

De la dévotion à la Très Sainle Vierge.

Evidemment, la dévotion à notre Bonne Mère ne doit passer qu'après celle à Notre-Seigneur Jésus- Christ. Cependant cet ordre logique ne doit pas beaucoup nous préoccuper ; les hommages que nous rendons à la Très Sainte Vierge ne remontent-ils

pas à son divin fils / n'est-il pas vrai de dire qu'ils sont communs ? Il n'y a pas une prière à la Sainte Vierge dont Notre-Seigneur ne soit l'objet principal ; c'est toujours, selon la formule de l'Eglise : Per Dotnimini Nostrum Jesutn Chrisiitm. Ceci posé, je comprends très bien que le plus grand nombre des Œuvres de Jeunesse, établies depuis quelques années se soient mises sous la protection de Marie ; Notre-Dame des Champs, Notre-Dame de Nazareth, Notre-Dame de toutes Grâces, Notre- Dame de Toutes Joies, etc. Nous avons donné le Sacré-Cœur de Jésus pour titulaire à notre première œuvre ; la seconde s'est appelée Notre-Dame de la Viste, du nom du quartier, la troisième, est dédiée à Saint Joseph. La dévotion à la Sainte Vierge est le caractère distinctif de notre époque, l'ancre du salut qui rattache encore le ciel à la terre. Aussi, avec le Sacré-Cœur de Jésus, Marie Immaculée est-elle notre patronne, et c'est sous ce double titre que notre Eglise est consacrée.

Je ne m'étendrai pas sur cette dévotion , ses motifs, ses avantages, son absolue nécessité. Tout ce que je pourrais en dire resterait bien au-dessous de ce que nous faisons dans nos Œuvres ; rien ne pourrait assez faire connaître combien nous y aimons notre Bonne Mère. Mais au milieu des pratiques innombrables que la piété des fidèles a su inventer pour honorer Marie, voyons quelles sont celles que nous devons spécialement recom-

mander à nos jeunes gens, qui ne peuvent les prendre toutes à la fois.

lo Les fêtes de l'Eglise. Nous avons pour principe de toujours commencer par là ; il y a une bénédiction spéciale à faire comme elle et en même temps qu'elle. Célébrez toutes ces fêtes avec une dévotion proportionnée à leur rang , avec une pompe extérieure suffisante, mais surtout avec une dévotion intérieure, qui sera le plus bel bommage rendu à notre Bonne Mère. Il y a des grandes fêtes de la Sainte Vierge, presque tous les mois; babituez vos enfants à n'en oublier aucune, à choisir de préférence , ces jours-là pour s'approcher de la Sainte Table. L'Assomption est la principale, l'Immaculée Conception, la plus chérie, puis la Nativité, l'Annonciation, la Purification, la Visitation, la Présentation, ce sont les sept plus grandes ; il y en a beaucoup plus d'un rang inférieur.

2° Tous les ans, il y a le mois de Marie, dévotion uni"versellement répandue, que les enfants aiment beaucoup. C'est une sorte de retraite annuelle, toujours couronnée des plus heureux résulats ; c'est un motif pour attirer tous les soirs les enfants aux pieds de leur Mère, surtout dans les Œuvres qui n'ont pas coutume de se réunir quotidiennement.

3° Tous les jours le chapelet. J'ai peu connu d 'Œuvres qui le récitassent en entier ; on a peur de lasser les enfants. Nous n'y manquons jamais, sous aucun prétexte, si ce n'est pendant les trois grands

jours de la Semaine-Sainte, où l'Eglise semble ne plus avoir d'autres prières publiques que celles de son office solennel ; encore, ce jour-là, chacun le récite-t-il en son particulier à la chapelle du Très Saint Sacrement. Le chapelet, récité convenablement, ne dure pas beaucoup plus de dix minutes ; c'est bien peu, pour fatiguer même le plus dissipé. Plusieurs ont pris l'habitude de le dire en revenant du travail, les mains dans les poches, vus et entendus de Dieu seul. Nous le disons tous les soirs à l'Œuvre, en commun ; et, quoique nous préférions cette méthode, je ne puis dire combien je fus édifié, à Nantes, de voir les bandes de jeunes gens qui sortaient le soir, réciter à demi-voix leur chapelet, éviter ainsi les fautes de la conversation et charmer pieusement les ennuis du trajet. La piété avait trouvé le moyen de tromper la distance, vraiment beaucoup trop grande de l'Œuvre au logis. Nous récitons toujours le chapelet en latin, c'est plus conforme aux usages de l'Eglise catholique, et les enfants comprennent aussi bien ce latin que leur langue maternelle.

4° Le Scapulaire et la Médaille miraculeuse. La Sainte Vierge est si bonne, qu'elle a proportionné sa dévotion aux forces de chacun. Pour les enfants pieux,le Scapulaire est une décoration, un emblème, une livrée qui dit ce qu'on est, à qui on appartient. Pour les pauvres jeunes gens sans piété, c'est un dernier lien qui les rattache à l'Eglise ; le démon fera tout son possible pour le briser. Nous veillons

avec soin à ce que tous le portent exactement. Le premier moyen pour cela, c'est de s'en assurer très souvent, et le second,de tenir toujours à leur portée des scapulaires tout faits, bon marché, et même gratis pour ceux qui n'auraient pas toujours deux sous. La dépense en est si minime qu'elle est hors de proportion avec le résultat.

5° Les confréries, comme celles de Notre-Dame des Victoires et autres, pourvu qu'elles ne fassent pas manquer les exercices de l'Œuvre, parce que le but serait mal atteint. M. Allemand défendait sous peine d'exclusion, de faire partie d'une autre Société même religieuse, en même temps que de son Œuvre; son expérience lui ayant appris que la dévotion des enfants perd tout caractère sérieux quand elle s'éparpille.

Il y a bien d'autres pratiques, que je n'indique pas, l'expérience de chaque Directeur les lui fera choisir <à proportion du bon résultat qu'on peut y trouver. Quelques Œuvres font des pèlerinages ; la nôtre les proscrits absolument, comme nous l'avons dit (Art. 10°", § I" ). Sans blâmer les Directeurs (pu' ont leurs motifs pour les faire, nous ne voudrions pas sacrifier un seul moment de nos dimanches, déjà trop courts. L'auteur de l'imitation semble l'avoir écrit expressément pour les jeunes gens: <7?// iindium jieregrinantur raro sanctificantiir . La plupart ne trouvent dans ces saintes pratiques qu'une occasion de dissipation, quelquefois qu'un bon repas à faire, et la surveillance est bien difïicile, quand

il faut conduire, au milieu d'une grande ville, un grand nombre d'enfants. Cependant nous ne blâmons que ce qui nous parait un trop grand dérangement, car nous allons nous-mêmes trois fois par an à Notre-Dame de la Garde, mais c'est dans la semaine. La première fois, c'est le jeudi api'ès la Pentecôte, avec les enfants qui viennent de faire leur première communion, selon l'usage de Marseille; la seconde fois, c'est le 31 juillet, jour qui nous a été assigné depuis qu'un pèlerinage quotidien à Notre-Dame de la Garde a été institué dans ces dernières années. La troisième fois, c'est le 31 octobre, dernier jouj" de notre année, pour remercier notre Bonne Mère de ses soins maternels pendant l'année qui vient de s'écouler ; c'est un souvenir de la fondation de notre Œuvre. Le 31 octobre 1817, veille de la bénédiction de notre ancienne chapelle et de tout le local, nous fûmes suspendre à la statue de Notre-Dame de la Garde la clef en argent de notre local, et jamais maison n'a été mieux gardée envers et contre tous, par celle qui est à la fois la porte et la maternelle portière du Paradis.

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